‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 5 sur 73 · SUR LE CARDINAL MAU&Y · texte numérisé non relu

SUR LE CARDINAL MAU&Y

iuiM avoit laissés dans L'esprit de ses collègues et du taint Père , il demanda i l'eipliquer et i la jaslifier. Ses Teclamattoas restèrent sans résultat : l'entre'e du toddaTe et la parùcipatioa aai diverses ceVémonies où son titre l'appelait , lui fuient interdites , et il Tecnt à Rome entièrement exilé de la cour pontificale. A l'époque de l'invasioa des Napolitains , Fie VII ayant abandonné cette ville , avec, tous les cardinaux rt antres princes de l'Eglise , Maury écnvil au car~ dinal Pacca pour obtenir la permission de suivire sa sainteté. Loin d'obtempérer k cette prière , on lui annonça qu'il étoit libre de retourner en France, oil Napoléon venoit de reprendrele sceptre après sa sortie de l'Ile d'Elbe. Il ne voulut point profiter de cette faculté , attendant toujours le moment de faire agréer sa iusùficatian par le pape , ou du moinï d'être admii ^ réfuter les ioculpations dont il étoit l'objet , dans un jn^ment solennel. Api'ès la défaite de Murât , et la rentrée de Pie VII dans sa capitale , il sollicita, donc , avec une nouvelle ardeur , sa mise en cause. Déjà la lecture du mémoire qu'il avûit publié k Paris un an auparavant avoit assez disposé les esprits en sa faveur ]Mur inquiéter ses accusateurs. On voulut ua instant lui répondre j mais soit qu'on redoutât sa science canonique et sa puissante dialectique , soit qu'on le crût suffisamment coavaincu d'insoumission au saiut-siége , sans l'avoir entendu juridiquement , on renonça au projet d'une réfiitaiiou , et il fut enfermé au cbiieau Saint-Ange, Il y resta six mois , et passa de cette prison dans une maison de lazaristes an milieu desqueb il vécut six mois encore. Mais cette année de pénitence et d'expbtion expirée , et s'étaot démis de l'évécbé de Moutefiascone(t), il rentra dans

les bonnes grâces du soureraia pontife. Ce u'e'toit plus temps : l'amertume et le dégoût dont il renott d'être abreuvé avoient profondément altéré sa santé. L'homme qui s'étoit élevé au premier rang des orateurs et des publicistes , en défendant l'Eglise et le iï&ne ; qui avoit reçu , dans sa brillanlc carrière , les félicitations des papes et des mis , ne pouToit sarrivrc fc l'étonnante métamorphose opérée dans sa situation et dans sa fortune , et qui avott attiré sru sa tête l'animad version, des rois et les foudres des jpapes. Dévoré des chagrins , et luttant péniblement , durant l'espace de deux années , contre les pr(^;rèi d'une affection scorbutique (i) > il <=<s*^ ^ ^'^i^ Je II mai 1817.

L'abbé Mauiy eut de bonne heure le sentiment de sa piùssance morale , et deyina sa future élévation. En venant k Paris pour la première fois , n'ayant mie de foibles ressources pécuniaires , il rencontra , sur le coche d'Auxerfe , deuï jeunes gens , l'un médecin et l'autre avocat , qui , nés comme lui de parens pauvres , s'imposoient la plus ligoureuse économie dans leur voyage , et se prometloient aussi une améliorabon dans leur fortune , de; facilités qu'offroit la capitale au développement et k l'exercice des facultés intellectuelles. Lx similitude de position et d'es-

vît daiuttt initancts de tet adversaire! la recoanoùtance d'un titre dont iti te prétendoieat déehu depuii ion neceptalion de l'archevêché de Parit,

, (i) JVba/ a'avoiupas cra devoir parler des toupçoni i/ae ouelquet pertannei , tant en France qu'en Italie , élevèreat sur le genre de mort du cardinal Uaury, ha veriion officielle assure qu'il succomba sous les atteintes d'une affection storhutitpic , c'est celle que nous avons dût adopler-

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SUR LE CARDINAL MiURY. 3,

perances établit bientôt une étroite liaison entre eux ; ils confondirent leurs pécules , et se communiquèrent leurs projets. Dans un de ces épanchemens confidentiels , que la longueur du Toyage leur permit de renouveler quelquefois, Maury , swt que sa confiance en la iôrtune fût plus grande , soit qu'il voulût ^ayer ses compagnons en leur montrant dans l'avenir les compensations 2i leurs privations actuelles , ne craignit pas de prédire les ^ns bdutes destinées ii cliacaa d'eux , sans s'oublier lui-même. « Tu seras un jour médecin du roi , dit-il au disciple d'EscuIape , et toi , président de cour souveraine ou avocat général , en s'adressant au docteur en droit : quant à m« , je prâcherai k la cour et j'obtiendrai l'episcopat. iiL'abbé Maury parloit & ThreiUard (1) et à Portai (3).

Nous pourrions ajouter k cet essai une foule de traita heureux , de bons mots et d'anecdotes piquantes , que les divers biographes , nos devanciers , oBt ignorés , et par conséquent omis. Nous nous cooteaterons de citer les plus remarquables parmi ceux dont Pautbenticité ne nous paiolt pas devoir £tre révoquée en doute.

M. de Mirabeau croyant un jour son rival enlacé dans de faux raisonnemens , s'écria : v Je le tiens , M. l'Abbé Maury , je vais l'enfermer dans un cercle vicieux. — Vous viendrez donc m' embrasser , M. de

(0 Threillarà a été tuceeitivement député aux étattgénéraax , i la convention , aux cinq-centt ^ directeur , ■tiJuitrs , memhre de la cour de castalioa , etc,

(3) 3faury n'a pat vu accomplir entièrement sa prédie^ tioa , relativement i M. Portai , aujour^hui médecin du roi; mais cevénéiable docteur était depuis loag-ftmp* placé fort haut dam U monde médical , lortque U car^ diaat ettia de finn^

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Mirabeau , réplitjui vÎTemeid 1« spirituel champion du clergé. * Et l'atseml)léc de rire , i la confusion ' «le l'agretseur. Cependant , malgré la fougue de son «aractére et l'impétuosité de sou éloquence , Maury ■Bt conserver tant de aang-froîii , au milieu des inlemiptioni les plus violentes et mime des buées ; it «OMcda le tact parkmenlatre i un si haut degré' > qu'il fut peut-être le seul qu'on n'envoya pas k l'Ahbaje , parmi les Improvisateurs de l'assemhlôe , qui prenoicnt part aui combats îournaliers de la tribune. Lorsque , sur l'invitation on l'ordre du souverain pontife , il eut adhéré à l'établissement du gouvernement impérial , et cessé par conséquent de représenter Louis XVIII auprès du saint-siège , Napt^ou qui cou' nobsoit tes anciennes relations avec ce prince , crut , dit-on , l'embarrasser en lui demandant - ob il ea ^toit avec les Bourbons. ■ Sire , répandit le cardinal , mon respect pour eut est inaltérable : mais j'ai perdu sur ce point la foi et l'eip^rancc , et il n« me reste que la charité. »

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