‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 46 sur 73 · L.,l,z<,.t,C00gIf · texte numérisé non relu

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doni letptolondea idées se déreloppoient avec trop de suite pour qu'il pût s arrêter avec nonchalance dans l'éclaircissenient de . ses doutes enmatière sigriive, voulut avoir» tête à tête d'abord , et même ensuite qucl- (juefois en présence des miuistres de Charenton , des conférences réglées et intimes avec l'auteur d'un ouvrage clair et précis qui avoit jeie sa raison dans la plus cruelle incertitude. La justesse et la sagacité de son esjH'it y furent également frappés de l'ascendant du raisonnement et de la lumière de la vérité. Il annonça enfin à Bossuet qu'il étoit résolu a faire son abjuration , et le chargea d'eu aller porter lui-même la première nouvelle au roi ; en même temps il ouvrit à l'évêque de Meaux son âme tout entière : Le roi, dit-il, a dai^é m^ insinuer plus d'âne fois , çu'it me ferait eonnéialle le jour oà fab/'arerots ma religion. Dites -ha de ma part que je vais y renoncer , mais çu*en devenant eatholiaue par pure conviction , je ne dois et n^enlenas en recevoir aucune récompense SUT la terre- Assurez-U donc çue je ne mets point ma conscience à prix , et que je compte assez sur Festime de sa majesté , pour être bien certain qiielle ne me parlera jamais de la charge de connétable. Je n 'ai pas voulu l'accepter jusqu'à présent par principe de conscience ; et je crois me devoir à moi-même dé la refuser loitie ma vie , par un sentiment d'honneur (^i).

[0 Foyes 11 la fin do volume , la aou a* 5.

SDR LÉtOQUEHCÏ. I-JI

Voil^ le souvenir que nous ont iransmis les contemporains d'un événement si mémorable. Bossuet se montra aussi humble qae grand au moment où cette éclatante conquête vint signaler le plus illustre triomphe de son zèle et de son génie ; et une discrétion si remarquable ne se démentit pas une seule fois durant tout le cours de sa vie , qni se prolongea encore de trente-six années. Quand on r.en félicitoit , il ne recevoit ces hommages qu'en y, joignant le tribut de son admiration , pour eu rapporter toute la gloire à son illustre néophyte. Bossuet eut aussi la touchante délicatesse de n'en jamais faire aucune mention , ni tarant ses longues controverses avec les protestans , ni même douze ans après la mort de Turenne , dans le sublime parallèle qu'il établit entre ce héros et le vainqueur de Bocroy , lorsqu'il prononça la magnifique maison funèbre du grand Coudé.

Or , rléchier à célél)ré en détail la conversion de Turenne ; il en a fait la matière de six grandes pages , àU fin de la seconde et au commencement de la troisième partie de l'oraison funèbre , qu'on regarde avec tonte raison comme le cnef d'œuvre de son talent. Il y peint les longues hésitations d'une conscience inqiùète et d'un esprit indécis , qui lui firent consulter alors ses amis les plus éclairés et les plus habiles minis»

tres du calvinisme ; et il nous le montre comme im homme conséquent dans ses principes , bien èijféreni de ceux qui nt sortent de Ihérisie que par des vues Intéressées i

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OU qui , changeant de sentiinens sans chçnger de mœurs , n'entrent dans le sein de t Église tfue pour la blesser de plus près..-. Turenne se montra ennemi irréconciliable de l'impiété, éloigné de toute superstition et incapable d'hypocrisieli).

Ces brillantes antithèses de Flcchier ne produisent aucun effet oratoire. Les six pages vides , ternes et languissantes , que cette abjuration fournit à sa plume , n'offrent de rcmanpiablc que la belle image qu'il em-

5runte d'un père de l'Église , au momcnl où "urtnne montre à tes frères derrière lui, selon les termes de saint AugusUn , le pont de la miséricorde de Dieu , où il vient dépasser lui-même.

Si Fléchier n'a pas cru que son héros eût

(1) It laot l'avouer, Fléchier reile , comme orateur , fort au-dejsous de Mascaroa dans ce long et froid récit de la conversion de Turenne. MaicaroD yde'ploie au contraire un vrai talent, scoTent aussi une belle manièred'e'crire. On croit même quelquefois recounoltre dans ton langage l'énergique et accent la timplicité sublime de BoMuet; par exemple , quand, nous présentant son héros la Teille d'un «tamcat ou dans Pirresse de la victoire , il dit que n M. de Tu- <i renne n'a jamais plus virement senti qu'il y ayoit ■ un Dieu au-deiius de sa tête , que dans cet occaa lions éclatantes oùpresque tous les autres l'oublient, a C'étoit jklors qu'il red(Hibloit ses prières. On l'a vn « même s'écarter dans les bois , ou , b oluie sur Iï « tête et les genoux dans la boue , il aaoroit dans fl cette humble posture le Dieu devant lequel les * légions des auges tremblent et s'humilient. >

DolizccbvGoOglf

SURLtLOQOESCK. 1^3

sacrifié l'épée de connétable à sa religion , et que la conversion de Turcnne fût l'ouvrage de Bossuet , j'avoue qu'il a très bien fait de n'en pas parler. Mais s'il avoit craint simplement de déplaire , en décernant cet hommage à l'évéque de Meaux , il faudroit le plaindre de n'avoir pas su profiter d'une occasions! précieuse àréloquence. Fléchier avoit trop fle talent pour redouter de semblaliles écueils , et pour ne pas se prémunir aisément contre tout reproche.

En exprimant ainsi mon opinion et mon vœu , je raisonne donc toujours d'après l'hypothèse que la persuasion intime de Fléchier n'opposoit aucun obstacle à l'essor de son éloquence , ou que cette prétéritioa n'a été de sa part qu'un oubli. J'exhale d'autant plus librement les regrets que m'arrachent ici les droits de la justice et l'intérêt de l'art , qu'il suffisoit à l'orateur chargé de célébrer la conversion de Turenne , oy faire intervenir le grand Bossuet , dont Louis XlV consacra si noblement le triom-

fhe , en le chargeant aussitôt de prêcher la cour l'aventde cette même année 1668, pour confirmeT , disent^ les historiens , la réunion de Turenne à VEsjise catholique- N'estîl pas manifeste en etVet que le nom , l'apparition et l'influence de ce génie immortel auroient fait du tableau en action de l'abmration de Turenne , l'mi des morceaux les plus animés , les plus dramatiques , les plus «aillans et les plus sublimes de son éloge ?

Bossuet étoit présent lorsque cette oraison funèbre fut prononcée dans l'église de

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Saint - Eustache , le lo janvier 1676. tJa cwirt intervalle de sept années s'éioit à peine écoulé depuis la conversion de Turenne , dont tout Tauditoire connoissoit alors et dut nommer avec enthousiasme le véritable moteur. Et flécbier , commensal journalier de Bossnet , son collaborateur dans l'éducation du dauphin , ne met pas en scène un seul instant dans cet éloge solennel deux interlocuteurs si dignes l'un de l'autre '. EtFléchier ne rappelle pas à ses auditeurs ces entretiens savans et intimes dans lesquels Turenne cbercboît la lumière \ où Bossuet, p^étré de respect et d'admiration pour lui , goidoit et soutenolt ses premiers pas dans les sentiers de la foi , en portant devant lui le flambeau de la vérité quilfaiïoit luire jus* qu'an fond de cette grande âme ! £t Fléchier ne le venge pas publiquement de son silence et de sa modestie ! que dis - je ? il ne sait t'en venger qu'à ses propres dépens , par un languissant remplissage qui énerve son discours ! Et il ne soulève pas même ce voile d'humilité qu'il auroit du déchirer devant tant de vertu , de génie et de renom* mée , pour la gloire de la religion , pour la gloire de Bossuet , pour la gloire du moms de Turenne , son héros , que le ciel et la terre avoient réunis sous ses yetix , et présentoient tous ensemble à l'admiration publique , dans ce jour solennel de justice»

pour les associer aux honneurs d'un si beau triomphe 1 Et au moment où il célèbre cette conversion si ardemment désirée et si longtemps attendue « un orateur tel que Fléchier

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ioa L'itoçoEHCE, I-JS

ne prend pas l'initiative sur l'histoire , en anticipant sur son témoignage , en liant , comme elle l'a fait , une pareille conquête au chef-d'œuvre de I'Ëxpositiob de ia foi , si digne d'en assigner l'époque à la postérité ! Et il ne consacre pas ou sceau de la rdigion le souvenir k jamais mémorable de cette victoire de Bossuet sur Tmrenne , qui seule auroit suffi pour les immortaliser tous 1^ deux 1 £t le panégyriste national de ce grand homme n'évoque point son ombre £ugustë et chérie ! et il ne la montre pas s élevant de son cercueil toute rayonnante de splendeur et de gloire , pour recevoir ce noble symbole delà première des dignités militaires , que son royal disciple dans la science des combats lui avoit offert , et qu'il ne voulut jamais échanger contre son honneur et sa conscience , en faisant à l'ambition le sacrifice de sa religion paternelle ! Et plus timide que Mascaron sur le vœu et les regrets que la reconnoissance avoit inspirés à Louis XIV , Flécbier ne va paschercher dans le fond du cœur de ce monarque, pouj la produire au grand jour et l'en faire jouir , une pensée si digne de la justice et de la munificence du ixone! Et Fléchier ne profère pas non plus un seul mot sur ce refus héroïque de répée de Duguesclin, qu'il falloit faire briller de tout son éclat anx yeux de ses auditeurs du haut de la chaire , ou plutôt qu'il falloit déposer solennellement avec respect , au nom du roi luimême , sur le mausolée de Turenne , sans craindre d'être ni démenti ni désapprouvé ,

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eu Te proclamant connétable de France an milieu de ses funérailles ! £st-il possible , hélas ! que l' esprit symétrique de tléchier , séduit par des antitbèses éblouissantes , oa resserré dans l'alignement d'une diction cadencée , nombreuse et sonore , n'ait pas senti tout ce qu'un pareil tableau offroit de neuf, de sublime et même d'imiquc à l'éloquence sacrée '. On dira tant qu on voudra que toutes ces réticences ne pouvoient faire aucun tort à l'immense renommée de Bossuct et de Turenne. Certes j'en conyiens hautement , et sans aucune inquiétude pour tant de gloire ; mais en est-ce moins une perte pour la célébrité de Fléchier , qui n'a pas su partager un si magnifîquc triomphe en le soiennisant d'une manière digne de lui?

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