‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 69 sur 73 · TES · texte numérisé non relu

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une grande jeunesse ^n'auroientpasasiur^ k c» prince la plus c'minente di^'uitéde l'£^use, ilsuffisoitiraTOir con TKucÉ POUB QDELQrE cBOSB à la conquête de cette grande âme , pour mériter d'entrer en triomphe , et couvert de la pourpre sacrée , dans le Capitole dn monde chrétien. »

I/orateur regrette sensiblement de ne pouvoir pis dire que le neveu a été t'ait cardinal pour avoir ramené l'oncle dans le sein de l'Eglise } il le loue modestement d'y avoir contribué pour quelque chose. L'éloge seroit mince pour le rentable minisire de la conversion de Turenne. Mascaron respecta l'opinion publique , et n'osa pas aller plus loin en pre'sence même du cardinal de Bouillon qui ofiicioit k celte cérémonie ; mais s'd ne flatta pas davantage sa vanité ; il la consola du moins en ne proférant pas le grand nom de Bossuet , qui l'eût trop éclipsé , et qu'une époque si solennelle dut rappeler à tousles esprits , précisément parce que l'orateur l'oublioU. C'étoit retrancher saint Ambroise de la conversion d'&ugustin.

Au surplus , ie cardinal de Bouillon et plusieurs autres grands personnages , teb surtout que le due d'Albret , avoient fort sien pu contribuer , comme l'iusinue Mascaron , k disposer favorablement l'esprit de Turenne en faveur de 1 Eglise catbolique. Un bomme si considérable , auquel le cardinal de Richelieu avoit offert en vain , dans la plénitude de sa toutepuissance , une de ses nièces en mariage , k condition qu'il professeroit la foi catholique , un homme doué d'une telle justesse et d'une telle solidité d^esprit , qui s'occupoit sérieusement de l'étude de la religion depuis la mort de sa femme , très sélée calviuiste , et tiien plus encore depuis la conversion du duc de Bouillon son frère aîné , auquel il ne voolat pas se joindre , avoit sans doute beaucoup de relations de société qui pouvoient préparer de loin son esprit à ce grand changement. Mais on savait , plusieurs mois avant son abjuration , que Bossuet avoit été admis k son conseil de conscience , et qu'il avoit avec lui des conférences suivies , dont l'objet ne devoit

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paroître eqiÛToqiie ï personne. Or , dès que Bossuei fut appelé à une pareille discussion ., la supériorité de son génie , l'ascendant de sa réputation , le mérite éminent de ses ouvrages , le souvenir et l'éclat de ses victoires en ce genre , persuadèrent ï toute la France , au moment surtout où Bossuet venoît de composer l'Exposition de la Foi , i[u'un tel controversiste ne f^uroit pas en seconde ligne dans de semblables occasions ; et Bossuet dut Être [>Ucé par l'opinion publique , comme il l'a élé depuis par l'histoire , à ta tête des théologiens qui concoururent à ce grand triomphe de la venté.

Puisque i'ai rappelé daAs cette note l'oraison funibre de TurenneparMascaron , j'ajouterai ici à ce que je dis de ce discours dans le teste de mon ouvrage , qu'en traitant le même sujet , l'orateur est resté néanmoins au-dessous de Fléchier. L'exorde et toute la première partie de Mascaron sont d'un style de narration . d'une extrême foiblesse et d'une couleur e , b l'exception de deux ou trois beaux s que son sujet lui inspire. Mais , depuis le milieu de la seconde pailie jusqu'à la fin de la péroraison , il signale son talent par de fréquentes et ^andes beautés , des idées lumineuses , des traits fins et saillants , dont rien n'appi'oclie dans ses autres ouvrages ; et j'avoue que dans plusieurs endroit! il fait mieux connoltre Turenne , et le fait aussi beaucoup plus aimer que Fléchier. 11 y déploie surtout une verve oratoire et une éloquence entraînante qu'on chercheroil inutilement dans le discours de l'évêque de I41mes. Mascaron n'avoit ni le goût , ni l'élégance , ni l'imagination , ni l'harmonie , ni le coloris de son lival. En montrant dans Xuienne le grand capitaine , le sage et le chrétien , il a la oialadresse de raconter et de célébrer la mort de son héros à la fia de sa première partie. Avec un mérite distingué comme pre'dicateur , il se montre -aussi trop didactique, trop raisonneur , trop moraliste , et veut paroître un peu liopéruditdansroraisonfunÈbreig'cnrfiii'^/oy««nc*r, dit très bien Voltaire, çHi demande deV imagination

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0t urne grandeur mafastumise tpd tient un pett à ta poésie' , dont il faut toujours emprunte* queîijue chose , tfuoiqu'avee discrétion , qsard OBTUD x%5Subiime.S>hdaiehoma XIV , chaf . 3a, dat Sévuc-Ârts. ,

(5) Toale* ces anacdotH sont confbnnes aoi Ménoires tur la Vie de Turense nibiiét par Ramsai , & son }ii«b>ire t^mposée par f abbé Ragnenct , aa i4àt des m^iBoiret et des joumaui du temps , s|t^iatemeiil au jearKii si Tolttmtneax da marquis de Dangean , et , seloD l'obserralioB de Voltaire , aui lettres de Pélisson.Four ne pas surcharj^ celte oole de MUtioas, je me bornerai h rapporter les témoigoages historiques de l'abbé Raguenet et de Voltaire , ralattvemeat k la couversioa de Turenne , et k son refus d« l'^éc de cODuéUble , dont il auroit pu faire , plu^eur* années auparavant , le pii de son abjuratioD.

■ Ler« , est-il dit daos l'iiistcnre du viconte de Turenne , Toalant le récompenser des services ^'il lui avoit rendus pcndaDt le cours de celte guerre qui pre'c^ la paii des Pyrénées , lui donna ta chai«e de marecbal-ge'aà'al de ses camp et armées. LecaraÎBal Mazacia lui fit mime eoieodre qu'il ne tcaoitqn'k lui d'être Ane k une plus baute dignité ; que la charge de connétable , qui étoit la première du royàMoe , avoit k la vérité été supprimée , k cause de la trop grande puissance qui j étoit attachée ; qœ aéanmoiBs le roi la retabliroit volontiers en sa faveur , si humëme n'y mettoit obstacle p»r la reygion qu'il fnfcsstHt. Kais le vicomte de TurenBC n'étoit pas d'an caractère il se laisser temtcf par l'attrait des bonncuïs , quand il s'a^;issoit de religion. L'offire de U premî^ chaîne de la couronne ne fut ps capable de lui faîra

Ïuitter la religion calviniste , tant qu'u la cmt U neiliure , cMBme nulle coosidératien ne put l'y retenir , quand it fut persuadé du contraire, a

Il me semble que Fléchier ne pouToU i|D<X'^ ■'^ l'intention de Louis XIV , ni le refus de 'Turenne ; 't l'on n'en découvre aucune in^catioa dans sod

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ôfaisoD funèbre. Oa ne sauroit expliquer ud pareil sacrifice oratoire daat ud cuiet d'éloge assurément 1res riche , mais qui n'offroit rien de plus favorable k l'éloquence qu'un si récent et si magnifique soureuir. £n supposant , si l'on veut , que Louis Xl V , io struit par vingt-cinq années de rèj^ne , eût changé d'avis , et crAt funeste à son autorité le rétablissement de U première charge de la couronne , il e'toit facile k un orateur tel que Fléchier de célelirer le premier dessein d'estime et de reconnoissaoce du roi, sans désap^ prouver la sage circonspeclion de son expérience. L'art oratoire , si fécond en expédients de ce genre , n'auroit manqué ni de moyens ni de précautions pour rendre l'hommage d'un tel Tceu gloneus à Louis XIV lui-même , après la mort de Turenne qui en aurait eu , sans compromettre personne , tout l'honneur dans son tombeau.

Le silence absolu de Fléchier est d'autant plus étonnant , que Mascaron , son émule , loin d'user d'une si timide préiérition , venoit , peu de jours au-

Çiravant , de relever franchement ce noble refus de urenne , dans la troisième partie de son oraison funèbre. L'orateur y avoit dit , sans craindre les démentis dé l'envie et sans en être blàmë de personne , ce que je vais traBecru:e , quand il eipliquoit les délais -de son abjuration jusqu'au temps où la plus ferme conviction vint s'établir dans son ame : » Jamais homme n'a éié de meilleure foi dans l'erreur que M. de Turenne Il fut pourtant attaqué par tout ce

u'ily a sur la terre de plus fort et de plus sensible...

la foUune et la gloire le solUcitËreot par tout ce qu'elles ont de force et d'attraits. Le roi , avant la paix des Pjrénées , e&t honoré U plus grande vertu de son royaume de la première charge de la couronne , ai ïd. de Turenae eût cru ^'il eilt été permis de s'élever aui plus grande honneurs de la terre , eo foulant aux pieds la religion qu'il professoit. Qudie perte , qus tant de constance et de fermeté n'ait pas été employée pour U bonne cause 1 La Providence le permit, aJîu que U gloire de sa coaveniou ne £ta pas don-

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