‹ Essai sur l'éloquence de la chaire (volume 2)Chapitre 7 sur 73 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

qu'on rend à leur mémoire. Mais si l'on s'est quelquefois permis de relever des fautes assez généralement ignorées dans les productions des grands maîtres , on a justifié cette liberté légitime de la critique par le plus grand zèle à les venger des reproches injustes qui ont été faits à leurs chefsd'œuvre. Quelques discourt assez généralement inconnus , mais dignes d'éire comptés parmi nos trésors oratoires , attendoient ■depub long-temps la justice qu'on se plaît à leur rendre dans le cours de ces observations , et n'avoient besoin que d'être reproduits en partie sur les yeux des Français , pour se recommander d'em-mémes à l'admiration publique.

Les sermonnaires étrangers sont jugés, dans l'Essai sur TÉlogueiKe , avec autant d'impartialité que nos orateurs français.

On s'est borné aux plus célèbres prédicateurs de l'Italie et de l'Angleterre , selon le degré d'estime et d'intérêt qu'ils peuvent inspirer aux jeunes orateurs. Les lecteurs qui voudront approfondir celle étude compai-ée, pourront aisément recourir aux ouvrages qu'on leur désigne , en choisissant les plus estimés dans la carrière de la chaire

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paraù ces deux nations , les seules de l'Europe qui méritent d'être nommées en France ' a?ec quelque estime dans l'histoire de l'éloquence sacrée. Les jugemens hasardés parmi nous avec tant de légèreté sur quelques prédicateurs anglais , qu'on n'a pas craint de comparer et même de préférer à nos immortels orateurs , seront relevés dans cet Essai avec la justice que réclame de la Tenté l'intérêt de la gloire nationale , pour défendre les droits et l'incontestable préémineuce de nos grands hommes.

Ou ne blesseroit jamais dans ses compositions ni la langue , ni le goût , ni les bienséances , si l'on ezerçoit une critique aussi délicate et aussi sévère en revoyant ses propres ouvrages ;' qu'en examinant les productions d' autrui , surtout de ses rivaux. Mais cette sagacité n'a encore été donnée à aucun écrivain , puisqu'il n'en existe pas ua seul auquel on ne puisse reprocher des fautes, ou des redondances, ou des négligences de style dans un travail de longue haleine. Cette observation explique le grand sens du conseil de Boileau , quand il exhorte les auteurs à faire ehoix d'un eeaseut dont le goût se montre

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touionrs pur et inexorable , sans élre jamais

ni pointilleux ni timide ,

Et dont le crayoD sAr d'abord aille chercher L'endroit que l'on sent f<»ble , et qu'on vent le cacher. Art poétique , chant IV.

Le sujet de cet ouvrage est d'autant plus intéressant, qu'il est bien peu d'études plus philosopbiijues sans doute, que d'approfondir et d'expliquer tout ce qui doit plaire ou déplaire dans un orateur. L'abbé Batteuz doit aux anciens cet heureux aperçu , dont il se fait honneur en ne les citant pas. C'est en effet , selon l'observation judicieuse de Denys d'Halicamasse et de Cicéron , Ja plus curieuse et la plus instructive métaphysique de l'esprit humain , que de remonter ainsi à la source et aux principes du vrai beau dans tous les genres , et de développer les jouissances du bon goût par l'analyse ■ raisonnée des plaisirs de l'esprit. On ne sauroit éprouver l'impression de ces beautés originales , et en avoir tout le sentiment , que lorsqu'une méditation profonde peut nous rendre raison des jugemens savans d'une saine critique , dont les observations df^enuent pour ainsi dire palpables , quand

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