‹ Essai sur l'eloquence de la chaireChapitre 30 sur 61 · XXXIX. Du discours de Cuffon sur le style · texte numérisé non relu

XXXIX. Du discours de Cuffon sur le style

Les délices d'une composition où le talent et le goût se prêtent ainsi un mutuel éclat ont été profondément senties et pompeusement exaltées par l'un de nos plus illustres contemporains. Buffon, ce peintre sublime, qui s'est montré, je ne dirai pas un orateur du premier rang , mais le pompeux historien et quelquefois le poète enchanteur de In nature , prononça un discours très-brillant sur le style, le jour de sa réception à l'Académie française. Il appartenait sans doute à un si grand écrivain de parler de son plus beau titre de gloire devant l'élite de notre littérature. Son ouvrage est resté; et il a même fait époque dans ce genre de harangues , qui n'avait guère fourni avant lui que des remerciments ou des compliments de circonstance, trop souvent sans intérêt pour le lecteur.

L'imagination de Buffon , beaucoup plus favorable à son pinceau qu'à ses systèmes , brilia de tout son éclat dans une occasion si solennelle. Ce grand maître présente des idées neuves indiquées d'une manière vaste et lumineuse sur la

IG

186 ESSAI SUR L'ÉLOQUILNCE

composition, sur !a nécessité de posséder pleinement son sujet, sur les premiers aperçus , sur les principales conceptions , sur les linéaments préparatoires du plan d'un ouvrage , dont l'esprit doit s'occuper avant de rechercher les beautés accessoires qui rempliront plus ou moins heureusement le canevas, selon qu'elles seront plus ou moins fécondes. Cette théorie d'une composition originale est très-imposante sans doute, quoiqu'il ne soit pas aisé de s'élever à la hauteur de ses conceptions , de décomposer sa méthode après en avoir été ébloui, et d'étudier en détail cette métaphysique abstraite pour mettre en pratique les règles , les procédés et les leçons d'un si grand maître. Buffon ne prétendait et ne devait pas faire un traité de rhéteur en présence de l'Académie. J'en conviens : ce n'est pas là non plus ce que je cherche dans son discours. Mais le style en est le sujet : c'était par conséquent sur le style qu'un si beau génie aurait dû nous donner de nouvelles lumières. Malheureusement pour notre instruction, son talent n'a pas suivi cette route.

Le style , dit-il, n'est que C ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées. Une pareille définition nous ôte tout espoir d'être initiés dans la méthode de l'écrivain. Thomas est venu renchérir encorp sur ce parado.xe, qu'il n'avait peut- ('tre que trop adopté sur parole , quand il a voulu tracer le portrait de Bossuet dans son Essai sur les Éloges. Il y prétend que le style n'est que la représentation des mouvements de l'âme; d'où il résulterait peut-être, à la rigueur , que le style est le discours lui-même, qui reproduit véritablement une image complète de ces émotions ; il en résulterait encore, si j'ose le dire, que toutes les fois qu'un homme de lettres écrirait sur une matière étrangère à ces mouvements, c'est-àdire , sur un sujet abstrait et dans lequel soû âme ne fût jamais émue, il ne pourrait plus avoir de st3'le. ^Mais je reviens à iîuffoa, dont la seule doctrine doit ici m'occuper. L'ordre et l". mouvement quon met dans ses pensées forment le plan, la distribution et la progression d'un ouvrage; mais est-ce bien là le style ?

La théorie du style , et surtout de celui de Buffon , qui doit peut-être à la seule magie de son pinceau toute sa renommée, développée solennellement par lui-même au moment de son triomphe littéraire, semlilait nous promettre l'explication de l'art qu'il possédait si éminemment de peindre et d'agrandir tous les objets. On devait surtout attendre de lui la méthode précise et lumineuse d'assortir son élocution à son sujet, aux effets , aux illusions même qu'on veut produire ; de donner de la couleur, de l'intérêt , de l'élan, de la variété , du trait à son langage ; de rendre la diction sage avec hardiesse et élégante avec simplicité , ferme et coulante , naturelle et noble , vive et correcte , nerveuse et pittoresque , et en même temps toujours concise et serrée dans les récits, riche avec pompe et majesté dans les tableaux , harmonieuse et périodique dans les descriptions, enfin pathétique et entraînante dans les mouvements oratoires: car le style n'est réellement autre chose que la manière d'exposer, d'exprimer, d'animer et de nuancer avec cet art toujours en action , mais toujours caché , les faits, les pensées, les sentiments et les images qui composent le discours.

Ce pompeux ouvrage, écrit avec une hauteur singulière d'expressions fastueuses, à la manière de Platon , suppose des conjectures imposantes, de longues méditations, des conceptions originales , un esprit dont l'essor aspire à de nouvelles créations pour étendre l'empire de la parole ; et il annonce beaucoup de vues sur la propagation et l'enchaînement des idées, quelquefois même sur les savantes combinaisons de l'art d'tîcrire, qui exige le concours de l'imagination , de l'esprit, de l'âme, du goût , et l'exercice simultané de toutes les facultés intellectuelles. Un pareil tableau, dessiné par une main si habile, me semble néanmoins beaucoup plus propre à exciter l'enthousiasme qu'à éclairer l'imagination. C'est l'hymne du génie qui raconte ses jouissances et exalte sa gloire ; ce n'est pas la confidence d'im talent supérieur qui nous révèle son secret; et après l'avoir lu je regrette dans mon ignorance de ne pas me trouver mieux instruit de ma route par le récit d un

tel voyageur, qui m'éblouit de sa magnificence en me parlant d'un pays que je voudrais parcourir à sa suite, et d'où il a rapporté tant de richesses qu'il étale à ma vue , sans m'apprendre à les conquérir.

J'ai souvent entendu dire à Buffon qu'avant de pouvoir se contenter lui- même il avait transcrit plus de vingt fois , ainsi que J.-J. Pvousseau , tous ses ouvrages, sans même en excepter les discussions et les détails les plus étrangers au prisme de son imagination. Ces copies, dont les corrections formeraient des leçons vivantes et intimes de goût , seraient une excellente poétique pour un écrivain qui pourrait suivre et étudier tous les perfectionnements successifs de ce style enchanteur. Je soupçonne même que ce n'est pas la seule élocution que ses changements ont améliorée. Mais quand on médite attentivement le système que Buffon expose ou plutôt qu'il célèbre devant l'Académie , et qu'on le médite surtout avec l'émulation encourageante de l'adapter ensuite à ses propres compositions , l'analyse de ce discours n'offre , parmi tant de morceaux brillants , aucune méthode didactique , aucune théorie usuelle, accessible, je ne dirai pas à l'imitation , mais du moins à l'intelligence de ses disciples , pour opposer avec succès les inspirations ou les vues de Buffon sur le style aux difficultés sans cesse renaissantes de l'art d'écrire.

Oh! si cet illustre écrivain eût daigné entrer dans les détads, qui sont tout en ce genre, sur la manière de former, d'animer et de perfectionner le style , avec autant de clarté , autant de profondeur, autant de génie qu'il en fait admirer quand il préconise et démontre , sans emphase et sans obscurité, la haute importance de l'art d'écrire, quelle rhétorique lumineuse n'eût pas consacrée Buffon , accrédité par une réputation si dominante , en devenant par ses leçons de goût l'énnde de Cicéron dans ses Inatitiiiions et ses Partitions oratoires, après s'être montré le rival et peut-être le vainqueur d'Aristote et de Pline dans l'histoire de la nature !

« Lesouvrages bien écrits , dit-ii , seront les seuls qui pas- K seront à la postérité. I-a quantité des connaissances, la

!Ji: LA CHAIRE. 189

« singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne » sont pas de sûrs garants de l'immortalité. Si les ouvrages « qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets , « s'ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie , ils « périront, parce que les connaissances, les faits et les décou- « vertes s'enlèvent aisément, se transportent, et gagnent « même à être mis en œuvre par des mains plus habiles. Ces ■i choses sont hors de l'homme : le style est l'homme même. « Le style ne peut donc ni s'enlever, ni se transporter, ni •c s'altérer : s'il est élevé, noble, sublime, l'auteur sera éga- «: lement admiré dans tous les temps ; car il n"y a que la vérité ■I qui soit durable et même éternelle. Or, un beau style n'est » tel, en effet, que par le nombre infini des vérités qu'il pré- « sente. Toutes les beautés intellectuelles qui s'y trouvent , « tous les rapports dont il est composé , sont autant de vérités « aussi utiles et peut-être plus précieuses pour l'esprit humain « que celles qui peuvent faire le fond du sujet. Le sublime « ne peut se trouver que dans les grands sujets. »

Tous ces apopbtheymes, spécialement le dernier, sont dignes des anciens. On reconnaît la voi.x de l'oracle quand le génie de Buffon avertit ie goût des orateurs que rien nest plus opposé à la véritable éloquence que l'emploi de ces pensées fines et la reclierche de ces idées légères , déliées , sans consistance , et qui, comme la feuille du métal battu, ne prennent de l'éclat qu'en perdant de la solidité. Mais on pourrait abuser de l'autorité d'un si grand écrivain quand, après avoir répandu tant de lumières sur l'importance du style, il en indique quelques procédés, et avance que le style aura de la noblesse si l'on a l'attention de ne nommer jamais les choses que par les termes les plus généraux.

On se tromperait étrauLiement sans doute, on interpréterait très-mal la pensée de iiuffon , en se faisant un principe (le goût d'une pareille généralité d'expressions qui rendraient le style inanimé, vapue et déclamatoire. Ce serait un système obsoluuieiit opposé à la méthode des anciens, qui, loin de préférer les termes généraux, se faisaient, au contraire , une

190 ESSAI SUR L'tLOQtJENCE

rèslede tout individualiser dans le choix des mots. La richesse de leurs idiomes pittoresques et de leurs noms composés se prêtait merveilleusement a cette excellente manière; et quand le vocabulaire manquait au besoin de l'idée ou de l'image intellectuelle qu'ils voulaient exprimer ou peindre, ils avaient le talent d'y suppléer par le plus magniflque emploi des métaphores.

Lorsque Buffon recommandait ainsi l'usage des termes les plus généraux, comme le principal moyen de donner de l'élévation au style, il était probablement attiré à son insu vers les objets ordinaires de ses travaux et de ses études : il voulaitparler spécialement de l'histoire naturelle qu'il composait alors , et dont les détails, souvent bas et dégoûtants, surtout dans le règne animal , ont sans cesse besoin d'être relevés parles expressions les plus génériques, qui sont toujours les plus nobles : il parlait de son genre, de sa manière ; il parlait peut-être aussi, dans l'illusion d'une théorie trop yéneraiisée. des descriptions où triomphe son style, où son coloris répand la plus riche magnificence, où les termes particuliers et usuels auraient dégradé ses tableaux , terni l'éclat de son imagination , et dans lesquelles il lui était aisé d'éblouir ses lecteurs avec la splendeur des expressions solennelles qui lui étaient si familières, mais dont il faut avouer que l'emploi, devenu trop abusif, ne coûte plus aucun effort d'esprit quand on veut en faire usage; telles que les lois du Créateur, de la nature, du mouvement , de la matière, de Y esprit humain, du sentiment, àespassiotis, de Y instinct; la sphère d'action du génie, de la puissance, de la gloire; Y être, Yespace, le temps, la circonférence, les rayons, le centre, etc., etc. Tout ce langage, plus ou moins métaphysique, appliqué à des objets sensibles étend quelquefois le domaine de son élocution , en lui donnant plus de pompe et de majesté; et il semble même agrandir l'horizon de ses idées , parce qu'il ne laisse d'autres bornes à ses conceptions et à ses tableaux que Timmensité et l'éternité.

Lue pareille méthode ne s'appliquerait pas, à beaucoup

près, si heureusement à l'éloquence. Aussi Bossuet a-t-il une tout autre règle. Si l'on veut la comparer à celle de Buffon pour mieux sentir la différence de leur manière , on pourra choisir en l'honneur de l'historien de la nature, parmi ses superbes descriptions, une des plus belles et des plus citées, celle du cheval ' , laquelle ne fera pourtant pas oublier celle de Job, celle de Virgile, que M. Delille a reproduite avec tant de magnificence dans sa traduction des Géorgiques, et même une autre plus récente , dont le talent de ce poète a su enrichir le premier chant de ses Jardins. Je n"ai pas besoin de transcrire ici ces diverses pièces de comparaison, que tous les gens de lettres doivent savoir par cœur.

Or, par une heureuse singularité à laquelle on ne s'atten-

' Je la copie ici pour la commodité du lecteur. « La plus noble conquête (jue l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre il la gloire des combats : aussi intrépide que son mailrc , le cheval voit le péril et l'af/rontc; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche, et s'anime de la même ardeur. Il partage aussi ses plaisirs : a la chasse, il étincelle; mais, docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu : il sait réprimer ses mouvements ; non-seulement il (léchit sous la main de celui qui le guide, mars il semble consulter ses désirs; et, obéissant toujours aux impressions i|u'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête, et n'agit que pour y satisfaire. C'est une créature (pii renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir; qui, par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute; qui sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour mieux obéir. »

L'inébranlable fermeté du cheval sur un champ de bataille e«t incontestable; mais eslil bien vrai qu'il soit aussi intrépide que son maître, et qu'il partage avec lui la gloire des combats? Est-il même bien vrai qu'il voie le péril et l'affronte ? Est-il bien vrai qu'il connaisse le danger quand il le brave? Est-il aussi bien vrai qu'en mourant il meurt pour mieux obéir; et qu'enfin sa soumission égale le courage raisonné, le dévouement et le sacrifice volontaire de son maître ? Si de pareils doutes avaient quelque fondement, ce ton de déclamation altérerait singulièrement la vérité et le méi'ite du tableau qu'on vante de préférence dans Buffon, et où l'on admire asec toute raison des beautés de style du premier ordre, entre autres cette expression neuve ((«'il serait si difficile de bien traduire . ne REND qu'autant qu'on veut.

192 ESSAI SUR L'KLOQUKNCE

tirait guère eu lisaut les ouvrages de Tévèque de fléaux , la souplesse de son génie s'alliait avec une telle aptitude à tous les rapports de l'esprit humain, qu'après avoir rencontré dans la collection de ses œuvres un traité d'anatomie ■ , on

' Vers la fin des études du I)nii|ilii!i, lils unif|uc de Louis XIV, le roi se plaignit un jour à Uossuet de ce que sa première éduealion avait été trèsnégligée par le cardinal Mazarin, toujours disi)Osé à craindre qu'il ne devint trop savant sous la direction de son préce^iteur, M. Péréfixe de Beaumont, mort archevêque de Paris. Le roi lui dit ()u'on ne lui avait jamais donné la moindre idée de l'organisation du coqis humain; et il ajouta ([u'ayant voulu en acquérir tpielques notions dans un âge plus mûr, il avait été si rebuté par la nomenclature de Tanatomie, que le désespoir de la fixer jamais dans sa mémoire l'avait tcjtalcnient éloigné d'une étude déjà fort rebutante par elle-même; mais qu'il désirait (jue son fils, élevé avec plus de soin , put l'aire un cours abrégé de cette science à la fin de son éducation.

Boasuet s'en rapportait à lui seul du soin d'instruire ce jeune prince. Il s'imposa donc la lâche de faire lui-même un cours d'anatomie , pour apprendre ensuite à son élève tout ce ([u'on doit en savoir, ((uand on ne veut pasappli(iuer SCS connaissances k l'art de guérir. On le vit fréquenter assidûment, durant une partie de ses soirées d'hiver, l'amphithéâtre du célèbre Nicolas Stenon, Danois d'origine, et le plus lial)ilc démonstrateur de ce genre qu'il j' eût alors à Paris.

Ce grand homme apprit bientôt l'anatomie avec assez de soin pour pouvoir en composer un cours renfermé dans trente-deux pages, que les gens du métier regardent encore aujourd'hui comme un manuel élémentaire exact et suffisant pour l'instruction des lecteurs étrangers à leur profession. Ce traité d'anatomie, où l'organisation du cor|)s humain est expliquée avec beaucoup de justesse et de clarté, se trouve dans le dixième volume inquarto des œuvres de Bossuet : il forme le seconil chapitre de son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même; et il est intitulé, du Corps humain. Bossuet fait mention de cet ouvrage dans sa fameuse lettre écrite . au pape Innocent XI , en 1679, pour lui rendre compte de l'éducation du 'i Dauphin.

Stenon , auquel l'anatomie doit plusieurs découvertes importantes, était né luthérien. Bossuet , son disciple dans cette science et très-aisément son iuaitre en théologie, réussit à le convertir; et ce ne fut pas sans doute la moindre de ses victoires en ce genre que de lui faire abjurer sa religion. Le nù-me anatomiste embrassa l'état ecclésiastique , fut sacré , par le pape Innocent XII , évêqiie in pnriibus de Titiopolis en Grèce , et devint vicaire apostolique du saint-siége dans tout le nord de l'Europe.

Cet illustre néophyte de Bossuet était grand oncle de Jacques Bénigne de winslow, autre anatomiste de la première classe , dont la réputation

DE LA rilAlRE. 193

pst encore plus agréablemeut surpris d'y trouver aussi la description du cheval, qu'un seul mot de l'Écriture vint offrir à sa plume, au moment oii il composait un livre de dévotion flestiné à des exercices de piété pour la communauté des visitandines de Meaux.

Buffon envisage ce superbe animal dans tout P éclat de sa beauté et de son ardeur, sur un champ de bataille, à la chasse, aux tournois, à la course, sous la main du conducteur qui le guide , enfin dans toutes les circonstances les plus propres à manifester sa vigueur, sa grâce, son agilité, son obéissance et son impétuosité.

Bossuet, au contraire , ne le considère qu'au moment ou l'écu} er le dompte, et il se contente de peindre sa docilité ; il ne change même pas de ton en traitant un sujet si nouveau pour lui : il continue simplement un chapitre ordinaire d'un ouvrage de piété.

Ce morceau est, pour ainsi dire, dérobé aux gens du monde et même aux gens de lettres , sous le voile du plus ascétique de tous les écrits de Bossuet, dans ses Méditations sur /'/.vangile, pour le cent troisième jour des méditations distribuées selon le cours de l'année; et l'on y voit comment il sait peindre les objets les moins familiers à ses pinceaux. Buffoii est ici dans son vrai talent, et sur son terrain : Bossuet se livre en passant à une excursion imprévue absolument étrangère à son genre.

« Quand il faudra agir, dit-il, l'âme trouvera ses forces

se soutient encore h Paris. VVinslow , fils d'un minislie lutliérien , fui converti comme son oncle par le grand Bossuet, qui reçut également son ;ibjuration. L'évé'iuedcMcauxenfitson médecin, son commensal et son ami.

Winslow a été le dernier de nos contcnipoiains c|ui eût vécu dans la familiarité la plus intime de Bossuet, dont il parlait toujours avec vénération, attendrissement et enthousiasme. Il mourut à Paris en 1760, à l'às^ de quatre-vingt-onze ans, avex la réputation , disent les auteurs du nouveau Dictionnaire historique, d'un des plus Iwuiicli's hommes et des plus habiles aiiatomisles de France. On ne peut trop regretter (|uil ne non» ait point laissé de mémoires sur la vie privée de son ininiortel ami.

» entières et son action d'autant plus ferme qu'elle sera plus « paisible, non plus comme ces torrents qui bouillonnent , « écument, se précipitent et se perdent, mais comme ces « fleuves bénins qui coulent tranquillement et toujours. L'âme « se remplit ainsi d'une céleste vivacité , qui ne sera plus « d'elle-même , mais de Dieu. Voyez ce cheval ardent et « impétueux, pendant que sonécuyer le conduit et le dompte. « Que de mouvements irréguliers ! C'est un effet de son « ardeur , et son ardeur vient de sa force , mais d'une force * mal réglée. Il se compose : il devient obéissant sous l'épe- « ron , sous le frein, sous la main qui le dirige à droite et à « gauche, le presse, le retient comme elle veut. A la lin il « est dompté : il ne fait plus que ce qu'on lui demande; il « sait aller le pas , il sait courir, non plus avec cette activité « qui l'épuisait, par laquelle son obéissance était encore déso- « béissante. Son ardeur s'est changée en force , ou plutôt , « puisque cette force était en quelque sorte dans son ardeur, « elle s'est réglée. Remarquez : elle n'est pas détruite, elle « se règle. 11 ne faut plus d'éperons, presque plus de bride; « caria bride ne fait plus l'effet de dompter l'animal fou- « gueux. Par un petit mouvement, qui n'est que l'indication « de la volonté de l'écuyer, elle l'avertit plutôt qu'elle ne le « force ; et le paisible animal ne fait plus , pour ainsi dire , « qu'écouter. Son action est tellement unie à celle de son « guide, qu'il ne s'ensuit plus qu'une seule et même action. « Homme chrétien, agis ainsi; et change ton ardeur en « activité, en gravité, en douceur, en règle. Noble animal , « fait pour être conduit de Dieu et le porter, pour ainsi dire , " c'est là ton courage , c'est là ta noblesse ! »

Page 1