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L.XXIV. De ronction de Fcnelon

Il est, dans ce beau genre de l'onction ou du pathétique de la chaire, une éloquence douce et coulante, qui, sans

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exciter de violentes secousses, s'insinue sans effort dans l'âme, et y réveille les plus pieuses affections du cœur humain. C'est une suite de sentiments naturels et touchants qui s'épanchent avec abondance ; et, au moment où l'auditeur les éprouve, il oublie l'orateur qui les inspire, il croit converser avec luimême, ou plutôt assister en quelque sorte, comme témoin, a un entretien secret entre sou juge et sa conscience. L'impression qu'on reçoit d'une si tendre et si vive sensibilité se manifeste bientôt au dehors ; chaque mot ajoute à l'émotion qu'on partage, et produit je ne sais quel puissant intérêt, qui remue et fait palpiter tous les bons coeurs, par le besoin de laisser couler ces larmes de la pitié ou du repentir qu'on ne verse jamais sans quelque soulagement. Telle est l'éloquence de Fénelon, orateur plein de charme, cii;na6/e génie qui sema faut de fleurs dans un style si naturel, si mélodieux et si tendre, et fit régner la vertu j)^^ l'onction et par la douceur '. La première partie de son discours pour le sacre de l'électeur de Cologne est écrite avec la véhémence et l'élévation de Bossuet : la seconde développe toute l'âme angélique de l'auteur du Télémaque ; je ne veux ici en citer qu'un seul exemple, il est sublime : « O pasteurs! loin de vous tout cœur «rétréci! Élargissez, élargissez vos enti'ailles. Vous ne « savez rien, si vous ne savez que commander, que repren- « dre , que corriger, que montrer la lettre de la loi. Soyez « pères ; ce n'est pas assez : soyez mères ; souffrez de nou- <i veau les douleurs de l'enfantement , à chaque effort qu'il « faudra faire pour achever de former Jésus-Clirist dans im « cœur. »

LXXV. De différents orateurs qui ont excellé dans le genre pathétique.

Ce serait avoir une bien fausse idée de l'éloquence sacrée que d'exiger d'un prédicateur des discours remplis de ces élans pathétiques. Il serait même dangereux de vouloir trop multiplier ou trop étendre les morceaux touchants. La corn-

' f'auvenargues.

misération doit être de peu de durée, dit Cicéron ; car rien lie sèche plus promptement que les larmes^. L'intérêt se refroidit dès qu'on retient trop longtemps l'auditeur dans la inênie situation, sans donner aucun relâche à la sensiijilité et aucun repos à l'éloquence. Le travail peut rendre le style pur, correct , imposant , harmonieux ; mais l'effort ne produit jamais une véritable onction ; et plus il en coûte à l'orateur pour se montrer animé et pathétique, plus son discours devient languissant et froid. C'est l'accent de l'inspiration qui décèle la vérité du sentiment, comme la chaleur du génie.

D'ailleurs, toutes les matières de nos discours sont-elles susceptibles de mouvements oratoires ? Nos grands maîtres ne le croyaient point. Ils n'ont même quelquefois pas osé suivre cette route, en traitant les sujets qui semblaient devoir se prêter le plus naturellement à l'intérêtde la pitié. Bourdaloue, par exemple, a composé quatre sermons différents sur la mort de Jéstis-Chrisi ; et il n'a pas fait une seule Passion dont le caractère propre soit d'être touchante. Son génie envisageait toujours sous un autre rapport l'histoire des souffrances du fils de Dieu ; aussi dès son exorde annonçait-il à ses auditeurs qu'il ne se proposait nullementdefaire verser des larmes. On cous a cent Jois attendris , disait-il, et moi je veux vous instruire. Bourdaloue attendrissait néanmoins; mais il savait placer avec mesure , de distance en distance, ces morceaux de sentiment, qui n'auraient plus frappé l'auditoire s'il les eût étendus au delà de l'espace que les faits pouvaient remplir.

Les plus beaux modèles d'éloquence pathétique dans les fastes de la religion, après nos orateurs du premier rang, sont la harangue de l'évêque Flavien à l'empereur Théodose ,' en faveur des habitants d'Antioche; la requête du vertueux prélat Barthélémy Las Casas à Philippe If contre les meurtriers des Mexicains; le sermon de Cheminais sur la crainte des

' « Coramiserationem Lrevem esse oporîct , nihil enini lacryma citius arescit. » Ad Hrrn-nnium, lib. Il, cap. ."ixxi.

jugements de Dieu, et sa fameuse exhortation pour les prisonniers.

Ce dernier discours est écrit avec autant d'onction que de naturel ; mais les idées et les mouvements oratoires ne s'y élèvent jamais jusqu'au sublime. C'est le ton du sujet, ce n'en est pas tout l'intérêt, et bien moins encore toute la profondeur. Le style de Cheminais , plein de douceur et de mollesse , annonce un très-heureux talent ; ses sermons respirent une éloquence attrayante et affectueuse, dont le charme fait regretter que cet écrivain, condamné par la nature à des infirmités habituelles, n'ait pas assez vécu pourrempHr toute sa carrière oratoire. Il semblait appelé à se montrer le plus touchant des prédicateurs; et le père Bouhours le désigne avec raison comme V Euripide de la chaire.

LXXVr. De la Péroraison.

IMais si l'onction est nécessaire à un discours chrétien, c'est surtout la péroraison qui lui est assignée comme son plus riche domaine : c'est !à qu'on s'attend à la voir triompher ; c'est là que l'orateur doit mettre en jeu tous les ressorts de la sensibilité, et frapper les plus grands coups de l'éloquence. « Il faut, dit Quintilien, réserver pour la péroraison les plus « vives émotions du sentiment. C'est ici , ou jamais, qu'il nous « est permis d'ouvrir toutes les sources de l'éloquence, et de « déployer toutes ses voiles. Il en est d'un ouvrage oratoire « comme d'une tragédie : c'est à la catastrophe du dénoûment « que le théâtre doit retentir d'applaudissements universels ' . »

Tout homme qui sait écrire n'a pas besoin d'être orateur pour prendre le ton de l'éloquence, quand il est bien pénétré lui-même de ce qu'il veut exprimer ou inspirer, pourvu toutefois que son émotion ne domine pas trop puissamment son génie. Un sentiment vrai est toujours touchant , et par consé-

I a Omnes affictus... ut cuin ex liis plurima sint reservaiida, At liic , si usquam, totos eloiiuenti;c aperire fontes îicet, tota possunms pandere vêla... Tune est comniovenJuin ihcjtrum; cum ventuni est aJ ipsuni illud quo veteres tragœclia; clauduntur. » Lib VI , cap. I , ad tiiiem.

quent naturellement éloquent. C'est ainsi que Quintilien s'élève fort au-dessus de la gloire de tous les rhéteurs et de la sienne propre , dans Tavaut-propos du sixième livre de son Institution oratoire, où il fait partager à ses lecteurs sa désolation paternelle , en déplorant avec amour la mort de son fils unique, dont il parle comme d'un prodige. Cet éloge funèbre est sans comparaison le plus beau morceau de son ouvrage. J'exhorterais volontiers les candidats de la chaire qui veulent se former le goût por d'instructives comparaisons à se proposer pour modèle une si excellente étude, et à traduire , avec les passages les plus animés de Cicéron, ce morceau touchant de Ouintilien , depuis les mots mihi fiUtis minor quint um egressus annwn, etc., jusqu'à la dernière phrase, dont la rebutante philosophie fait tomber le livre des mains, parce qu'elle est beaucoup trop stoïque dans la bouche d'un bon père, qui ne devrait pas se dire à lui-même , pour se consoler de la perte d'un enfant chéri, que personne n'est longtemps malheureux, si ce n'est par sa faute. Nemo nisi sua culpa diu dolet '.

On regrette en admirant une preuve si intéressante de la sensibilité de Quintilien, qu'il ne l'ait pas plus souvent développée dans son ouvrage ; qu'au lieu de se borner, dans son Institution, à manifester la justesse de son esprit et la délicatesse de sou goût, il n'ait pas laissé parler un peu plus fréquemment son cœur et son àme, en écrivant un chetd'oeuvre où l'on voudrait voir ses leçons en action et le trouver éloquent lui-même, quand il parle si bien de l'éloquence.

Voilà un exemple mémorable de l'art, ou plutôt de l'intérêt, avec lequel un simple rhéteur s'insinue très-avant dans les âmes sensibles, par le seul épanchement de sa douleur : voici maintenant connnent un orateur sacré a su émouvoir plus vivement encore son auditoire par un récit très-court, très-simple, et très-propre à faire partager sa tendre admiration

' C'est dans ce même innrccaii fine Quintilien a consigne une Iriste observation, qui n'est maliicureusemcnt (|ue trop bien fondée, au sujet de la mort prématurée des enfants dont l'esprit se montre cxtrènieinent précoce. « Obscrvatum est cclerius occidcrc festinatain inatiuiiati m.

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pour le prince dont il prononçait l'éloge au milieu de ses funérailles;

Vers la fin de l'oraison funèbre du duc et de la duchesse de Bourgogne, le père de La Rue fit éprouver toute la puissance des mouvements pathétiques qu'un orateur peut exciter, en terminant son discours. « Quand la consternation et la dou- « leur, dit Thomas en examinant les oraisons funèbres du « père de La Rue, dans son Essai sur les Éloges, cha- « pitre XXXI ; quand la consternation et la douleur sont dans « une assemblée, il est aisé alors d'être éloquent. La Rue « fit couler des larmes, et par la force de son sujet, et par « les beautés que son génie sut en tirer. « Le panégyriste était touché , il toucha profondément son auditoire. Il osa même parler de lui , et se mettre un instant en scène avec ce prince mourant. IMais avec quelle profonde humilité, avec quel sentiment d'admiration et quel accent de douleur ne le vit-on pas révéler, pour la gloire du duc de Bourgogne, l'une de ses confidences religieuses, sans blesser néanmoins la sainte délicatesse que lui imposait son ministère de confesseur du même prince, dont il prononçait l'éloge funèbre, après avoir reçu ses derniers soupirs! « Quelle joie, s'écrie le père de La « R.ue, quelle joie pour ce prince dans ces moments où, libre « des affaires, il pouvait penser à Dieu ! Penser à Dieu, disait- « il, y a-fAl rien de plus doux? Et à qui faisait-il cette confî- « dence? à qui.^ Vous ne le saurez que par mes larmes, et je <( n'en attesterai point autrement la vérité. Penser à Dieu , « disait-il; y peut-on trouver de la peine, surtout quand on " est affligé. »

Oh ! que cette réponse est à la fois fine et touchante ! f^'ous ne le saurez que par mes larmes , et je n'en attesterai point autrement la vérité, me semble un trait sublime de sentiment et de situation. Bossuet lui-même n'aurait pu mieux dire.

Tous les sujets de morale peuvent ainsi aboutir à des mouvements patiîétiques. L'attention deTauditoire, qu'il faut toujours ranimer vers la fin d'un sermon , invite le ministre de la parole à couronner l'instruction parties images touchantes,

inêlées à des peintures vives et énergiques, qui remuent fortement les consciences et laissent dans tons les esprits comme dans tous les cœurs une impression profonde.

Quelques rhéteurs établissent comme une règle de l'art oratoire, qu'il faut rappeler dans cette partie d'un sermon ses principaux raisonnements et en présenter l'analyse. Mais une pareille répétition ne rendrait-elle pas le discours languissant si elle ramenait l'esprit de l'auditeur vers des idées dont il ne peut plus être vivement frappé, quand il en a déjà éprouvé et pour ainsi dire épuisé l'intérêt? Cicéron compare un orateur qu'on voit revenir ainsi sur ses pas aux circuits d'un serpent qui achève ses circonvolutions en mordant sa queue. On peut donc, sur la foi de Cicéron, s'élever avec confiance contre cette méthode, qui n'a jamais été suivie par aucun des grands maîtres de lart.

Si une telle récapitulation de preuves pouvait terminer avec succès un discours, ne serait-ce pas surtout au barreau qu'on l'aurait employée? Or, je n'y en connais aucun exemple. En vain voudrait-on nous opposer l'autorité et le succès de tiicéron dans sa belle harangue des Supplices contre Verres. L'orateur invoque successivement, dans sa péroraison, tous les dieux et toutes les déesses contre les dilapidations de ce brigand , qui avait pillé leurs temples , et rend ainsi plus frappant le tableau de ses sacrilèges déprédations; mais ces apostrophes sublimes ne sont-elles donc qu'une simple répétition sommaire, et ne deviennent-elles pas, au contraire, l'apogée de l'éloquence et le plus beau triomphe oratoire du plaidoyer? <jcéron a prouvé d'abord que 'Verres était dépourvu de toute ■espèce de talent militaire , et il nous l'a représenté comme également incapable de commander une flotte et une armée. 11 a rappelé ensuite les excès de ses débauches, de ses concussions, de son avarice et de ses cruautés envers un citoyen romain qu'il avait eu l'insolente lâcheté de faire crucifler sur les côtes de la Sicile, le visage tourné du côté de Rome, afin que les derniers regards de cet infortuné fussent dirigés vers sa patrie, dont Verres semblait ainsi braver avec plus d'audace

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le ressentiment, mépriser le courroux et outrager la puissance. Cicéron oublie tous ces divers attentats à la fia de son discours pour soulever uniquement contre cet impie la religion du peuple romain, en ne reprochant plus à l'accusé que ses sacrilèges. Est-ce donc là ne présenter aux juges qu'un simple résumé dans sa péroraison?

iSos plus illustres orateurs ne récapitulent jamais non plus, en finissant un sermon, le plan et les arguments du sujet. Massillon retrace rapidement, il est vrai, quelques-unes de ses preuves, dans la péroraison de son discours su/ la certitude d'un avenir ; mais, loin de s'appesantir sur les contradictions qu'il reproche aux impies, il se livre à tous les nouveaux élans vers lesquels le poussent alors les mouvements les plus pathétiques etles plus impétueux. D'ailleurs, un exemple unique, dont on pourrait même constater à la fois et le succès et la réalité, ne suffirait pas sans doute pour établir une règle générale de l'art oratoire.

Eh quoi ! devrions-nous donc imiter Massillon et Bourdaloue lui-même s'ils s'étaient assujettis à une marche si didactique et si monotone ? Qui ne sent combien de pareils corollaires attiédiraient le prédicateur et l'assemblée ? Les résultats d'un discours vraiment oratoire ne se bornent point à de simples conséquences spéculatives. Vous n'avez encore rien fait ou du moins rien gagné quand vous avez établi vos preuves ; c'est de ce point qu'il faut partir pour triompher des passions , afm qu'il ne reste plus au pécheur aucune excuse, et que la conviction excite en lui l'émotion qui doit amener le repentir. Or, pour produire de tels effets , laissez là tous vos raisonnements dès que vous les avez suffisamment développés , et croyez , sans en faire l'épreuve à vos dépens , qu'on affaiblit tout ce que l'on répète.

Paraphrasez plutôt en entier, si l'étendue du texte sacré le permet, ou du moins en partie, quelque psaume relatif à votre sujet ; et dans les regrets ou dans les faiblesses de David montrez-moi les remords et les misères de tous les hommes. Je veux apprendre de vous le secret le plus intime de

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mon âme. Or , ces commentaires pieux et dramatiques sont si propres à vous le révéler, qu'ils ont déjà fourni à l'éloquence de la chaire plusieurs belles et touchantes péroraisons. Massillon me semble en avoir donné avec un heureux à-propos le premier exemple, en appliquant le développement le plus pathétique de tous les versets du De profimdls à la péroraison de son admirable homélie sur le Lazare. L'abbé Poulie a su l'imiter avec gloire , à la fin de son sermon sur le ciel, par la paraphrase éloquente du psaume Lœtatiis stan in /lis quœ dicta simt mihl, in domum Domini ibiinus. Le psaume 23 , Domini est terra , etc. , offrirait le cadre le plus heureux aux derniers mouvements oratoires d'une instruction chrétienne sur l'amour des richesses , matière dans laquelle Bourdaloue déploie éminemment tout le courage de son zèle et toute la véhémence de son génie ' Le psaume 112, Laudate , pueri , Dominum, etc., pourrait animer, en la rendant attendrissante et sublime, une péroraison qui remuerait profondément tous les cœurs dans l'un des sujets les plus favorables à l'éloquence de la chaire; je veux dire à la fm d'un discours d'appareil pour la solennité d'une première conniiunion , où il serait si glorieux et si doux à notre ministère d'exalter au plus haut degré la piété filiale des enfants, en interprétant avec vérité, au nom de la religion, leur commune mère , la sainte joie et les déchirantes inquiétudes des auteurs de leurs jours. Le psaume 115, Credidi propter quod locutus sum, etc., semble coupé à dessein pour exposer, avec beaucoup de propriété et d'intérêt, les sentiments les plus tendres et les plus héroïques de la ferveur chrétienne , à l'occasion d'une véture ou d'une profession religieuse. Le psaume 30, In te, Domine, speravi , etc., et mieux encore le psaume 90, Qui habitat in adjxdorio Altissimi, etc., quoiqu'un peu trop long pour être paraphrasé en entier, offrimient un canevas admirable pour ranimer , avec la progression la

" Sermcjn sur les richesses pour le jeudi de la seconde semaine du Carême, à l'occasion de révangile du mauvais riche.

plus intéressante de chaleur, d'élévation et d'éclat , la conclusion d'un discours sur la couOance en Dieu ou sur la prédestination. Enfin, quelque sujet que veuille approfondir un orateur sacré , le psautier offrira toujours une touchante péroraison à son éloquence.

Mais, pour produire un grand effet dans ces paraphrases oratoires d'un psaume adapté à la matière qu'on traite, il faut que chaque verset présente un nouvel intérêt avec une heureuse diversité de couleurs et de mouvements; il faut qu'une continuelle variété d'idées, de tours, d'images et de sentiments eu écarte l'uniformité et la monotonie ; il faut enfin que la terreur et la pitié , l'espérance et la crainte , la force et la douceur, l'onction et la magnificence, l'admiration et l'amour, s'y succèdent tour à tour avec une véhémente rapidité. C'est un dialogue de l'âme avec Dieu; chaque auditeur doit y retrouver sa conscience, ses contradictions, sa faiblesse , ses misères les plus intimes , son langage le plus secret , et savoir gré au ministre de la parole de l'avoir peint avec autant de vérité que de charité en servant à la fois d'interlocuteur éloquent et de fidèle interprète à tous les cœurs-

Enfin , pour varier les tons et les couleurs de vos péroraisons, exhortez, attendrissez, vos auditeurs, à l'exemple du père Le Chapelain , vers la fin très-pathétique de son sermon sur l'aumône; confondez comme lui, par les répétitions des apostrophes les plus pressantes, les divers états qui composent la société; emparez-vous de tous les cœurs; déployez toutes les richesses de votre talent pour montrer l'intérêt dans le devoir et pour prouver que le bonheur ne se trouve que dans la vertu. Que dirai-je encore ? oubliez les méthodes, oubliez l'art lui-même pour le surpasser; élevezvous vers Dieu par des prières attendrissantes : c'est le dernier et le plus puissant moyen d'éveiller le remords , ce ver rongeur du crime, qui réconcilie le pécheur avec Dieu, en armant sa conscience contre lui-même. Massillon , incomparable en ce genre , conune je l'ai déjà montré , vous présente les plus beaux modèles de cette componction oratoir'e. ainsi

que de la manière suppliante de parler pieusement à Dieu , quand il va terminer ses instructions. L'éloquence et la foi rendent alors le juge suprême présent à tous les esprits , et demandent grâce au tribunal de la croix pour tous les coupables. Dites à Dieu avec conCance, au nom du pécheur attendri , tout ce que pourra vous suggérer votre zèle : le pécheur est ému, il ne vous démentira point. Eh ! quel moyen de résister à l'orateur qui fait si bien partager ses sentiments et souscrire à toutes ses promesses ! Je vous invite à relire , surtout à imiter , comme un chef-d'œuvre de péroraison , la prière si remarquable et si entraînante que ce grand maître tire, à la tin de son sermon sur le petit nombre des élus, du développement de ces paroles que lui fournit le prophète Jérémie : C'est vous seul , ô mon Dieu ! qu'il faut adorer. Te oporiet adorari. Domine. Devenez ainsi l'éloquent intercesseur de votre auditoire auprès de la Justice divine; et que cette multitude , qui résiste encore à toutes les menaces de votre zèle , soit contrainte de céder enfln aux épanchemeuts de votre charité.

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