SOMNAMBULISME MAGNÉTIQUE
IPréotsion.
TRAITEIBNT U f^ LÉONIE LAHAYE.
Secourir un mortel, c'est pour un mortel une action toute divine.
Purs.
Ils Vont dit : pour toi plus d'espoir ! ton mal est incurable !
En effet, les années ont passé sur ta maladie sans en affaiblir la rigueur; chaque médecin a essayé en vain les propriétés de ses spécifiques et de ses poisons. Toute une pharmacie a été lentement introduite dans tes organes; cependant tu survis aux remèdes et k la fureur de la maladie. La nature est plus forte chez toi que chez les autres créatures
humaines. Mais toute lutte a un terme^ et celle que tu soutenais avec tant de courage depuis plus de cinq ans n'était plus que celle du désespoir. Courbée sous le poids du mal, tu fléchissais chaque jour davantage; tes membres amaigris avaient la froideur de la mort. Ta face décolorée semblait annoncer par sa pâleur que la vie fuyait aussi cette partie de ton corps. Ta voix faiblissait par degrés comme les ressorts de tout ton être, et cette altération lente et graduée était parvenue à son terme; la mort, cette fois, était prochaine et inévitable, et, comme tous ceux qui t'entouraient de leurs soins et de leur amour, tu n'ignorais pas ton cruel destin !
Qu'est-ce donc qui a fait mentir tant d'oracles? Est-ce une puissance surnaturelle descendue enfin des cieux, et que tu avais tant de fois invoquée et appelée par tes prières? Est-ce elle qui est venue réchauffer de nouveau ton ai^ile et l'animer de son souflfle? Hélas ! non ; c'est par des moyens humains que le miracle s'est opéré. Ne nions point la bonté de Dieu; peut-être ne suis-j6 que l'dnstrument de sa Providence. Il a voulu qu'une science m^risée des savants fût invoquée à son tour, et que celui qui se dit son apôtre intervint pour en m(Hitrer la grandeur et les bienfaits.
Relève ton courage abattu, faible créature de Dieu ; ne crains rien de mon art; je n'augmenterai point r ardeur brûlante de tes entrailles par de nouveaux poisons ; Topium, dont tu t'es nourrie depuis tant de temps pour te procurer un soulagement éphémère, ne sera plus employé, et cependant tu dormiras. Tu ne verras plus sous tes yeux le feu du moxas brûlant profondément tes chairs; car il a été et serait encore un tourment inutile. Ton sang ne coulera plus; tes souflRrances wnt avoir un terme, et c'est toi qui, supérieure en lumières aux savants qui l'ont traitée, vas en annoncer la fin. Vois l'inconséquence de tes docteurs. Pour diminuer et éteindre le feu qui te consume, ils introduisent dans ton corps le jus de citron pur; pour empêcher tes vomissements incessants, ils ont recours à des remèdes qui crispent et contractent tes organes. Ils ont mis en usage tout ce que peut fournir la science humaine; tu as vécu dans l'eau pendant des années; des tonnes de boissons mucilagineuses n'ont point éteint ta soif, et ces milliers de cataplasmes, qui couvriraient un arpent de terre, ont laissé tes douleurs se perpétuer. Quelle était donc ta maladie? Les médecins, sans doute, la connaissaient; caries symptômes ne pouvaient la rendre douteuse. Us viendront te visiter et s'assu-
rer d'un fait qui les étonnera, qui les confondra ; car la vie, ils savent combien elle est fragile. Us ont vu tes intestins se dédoubler , et ces selles de sang corrompu qui te laissaient si faible; ils ont constaté cette prostration extrême, suite inévitable de ces accidents que rien ne pouvait empêcher. Et toi-même alors, combien de fois n'as-tu pas dit: « Je vais mourir ! ... » Mais bientôt le délire venait mettre un voile devant tes yeux, et présenter à ton imagination un tableau moins lugubre. Hélas ! des vomissements opiniâtres, incessants, faisaient, par malheur, cesser le trouble de ta raison !
Terminons ici un pareil tabl?au; un volume, d'ailleurs, ne serait pas suffisant pour contenir l'histoire de cette maladie, et c'est seulement de sa guérison, par un nouveau traitement, que nous voulons parler.
Rappelons d'abord le souvenir des morts, puisqu'il doit augmenter le regret de leur perte et servir à honorer leur mémoire. Broussais, la lumière de l'école, le seul des médecins qui, de notre temps, ait fait époque, a voulu voir la malade dont nous esquissons l'histoire. Fléchissant lui-même alors, il devait être bientôt rayé de la liste des vivants. Il vintj malgré ses souffrances, apporter le tribut de ses hautes lumières; mais que pouvait-il? Viie
lampe était frète de t' éteindre faute ff huile. 11 sentit <jue la médecine, dans ce cas, ne pouvait prolonger la vie : il indiqua le magnétnme. Vous l'entendez, vous, médecins, qui ne pouvez surmonter vos préjugés: celui qui allait partir de ce monde, BrotmaiSf le plus éclairé d'entre vous, ordonna le magnétisme comme dernière ressource, et le jugement éclairé de cet homme célèbre doit recevoir aujourd'hui le plus éclatant hommage ^
Plus de trois ans s'écoulèrent cependant avant qu'on exécutât sadnnièrc ordonname; les médecins qui suivirent la malade ne partagèrent pas les idées de Broussais, et c'est en déclinant chaque
* Je regrette beaucoup de n*avoir pas trouvé mon confrère, M. Alibert, auprès de la malade; je vais donc lui en dire quelque chose. Il me semble qu'il y a chez elle une irritation inflammatoire chronique et trèsrnervcuse de Testomac et des intestins grêles (duodénum surtout), avec une complication d'accès extatiques et semi-somnambuliques, dont j'ai été témoin par hasard. Je pense que les aliments solides, doux, qu'on lui accorde, sont fort indiqués, mais qu'il faut essayer les narcotiques à dose très-minime (un 30« ou 40* de grain par dose dans de l'eau pannée), et n'en donner qu'un seul à la fois en finissant par la digitale ; qu'on pourra ensuite essayer la strychnine à un 100* de grain par dose, et qu'on fera bien de tenter l'influence du magnétisme. Car le fonds de cette maladie est un état d'irritation opiniâtre, fixé dans la substance nervoso-sanguine des viscères de la région sous-diaphragmatique (estomac et duodénum) et qui se répète dans le cœur et dans la pulpe cérébrale. Les sangsues et les cxutoires ne sont plus de mise. Il faut recourir aux anti-spasmodiques, et en atténuer les doses au point qu'ils ne fatiguent pas les organes. Le magnétisme est un moyen empirique à tenter. Si j'avais rencontré mon confrère, nous en aurions dit plus l)ng.
BtocssAtt-
jour, sans cesser d'user de nouveaui remèdes et de nouveaux régimes, qu'elle était arrivée au dëhiier degré de marasme et de faiblesse
Lorsque je la vis pour la première fois, ce fut le 4 décembre 1841. Elle avait alors de nombreuses ^copes; la chute du corps le plus léger sur lé carreau suffisait pour produire cette crise; le bruit de la fermeture d'une fenêtre dans un des appartements voisins la déterminait également. Elle ne jouissait que par instants de son état normal, et, de temps à autre, il survenait des mouvements convulsifs. La langue était rouge, ulcérée sur les bords, et d'un brun foncé vers son milieu. L'haleine était aigre et fiévreuse; des douleurs vives, entretenues par d'anciens ulcères, se faisaient ressentir dans le» intestins. La région moyenne de la colonne vertébrale était également douloureuse ; la malade y éprouvait des picotements insupportables ; elle ne pouvait plus même se dresser et Fe mettre sur son séant. Sa position était demi fléchie; des étouffements fréquents, des palpitations augmentaient son ^at d'angoisses; elle avait enouttie de violentes douleurs de mâchoires; car toutes les dents avaient été altérées jusque dans leurs racines parles acides qu'on lui avait fait prendre. Les mains étaient si Racées que, lorsqu'il m'arrivait de les te-
nir dans les miennes, cette sensation d'un froid de cadavre me glaçait moi-même pendant plusieurs minutes. La mort^ certainement, n'eût pas altéré davantage la face et tout le corps de cette malade. Je n'hésitai pas cependant à commencer mon traitement. Je voulais essayer si^ dans un cas extrême, je pourrais communiquer une assez grande quantité de principe vital pour venir efQcacement au secours de la nature. Je n'ignorais point qu'il me faudrait un temps très-long et supporter beaucoup de fatigua; je n'ignorais point que ma santé même aurait à souffrir de ce traitement. Mais oà donc est le dévouement, si ce n'est dans des actes semblables? Triste charité, celle qui se borne à dcmner quelque peu du superflu !
J'avais encore à vaincre les répugnances de la malade ; e]\e ne voulait pas être magnétisée, et ce fut dans un état de délire presque continuel qu'elle en subit) sans le savoir^ les premières applications. A peine endoriyûe du sommeil magnétique, elle en reconnut les ressoiurces et les bienfaits ; elle m' annonça que je pourrais la gu^r, mais que j'allais entreprendre une grande tAche. Sa lucidité se développant un peu, elle prescrivit son régime et cessa dès lors de prafidre aucune drc^e. L'eau de son^ seule et en glande quantité, fut sa boisson hàbi-
tuelle; elle s'ordonna ensuite des huîtres; elle put en manger d* abord trois, divisées en plusieurs parties; puis quatre, six, dix, et jusqu'à vingt par jour. Ses intestins ainsi rafraîchis, elle put prendre quelque peu de blanc de poulet, des œufs crus, des échaudés trempés dans du lait. Elle eut encore quatre selles de sang qui diminuèrent les forces déjà venues; mais les douleurs de jambes avaient cessé. La partie de la colonne vertébrale, oà l'on supposait une altération grave, avait paiement cessé de lui faire éprouver des douleurs. La face se colora un peu, ainsi que les mains; elle put se mettre sur son séant. Ce fut dans un de ses premiers sommeils qu'elle annonça qu'en lui continuant mes soins, die marcherait le 3 tnars (4842) sans bé* quilles et sans soutien. Entendue par un grand nombre de personnes, cette prédiction fut recueillie et transmise partout. On la regardait comme née d'un désir de la malade ou le fruit de son imagination; car, pour marcher, ce n'est pas assez d'avoir des jambes, il faut des muscles pour les mouvoir, et il n'y en avait point encore; des os^, présentant leurs aspérités et leurs saillies, étaient tout ce qu'on pouvait apercevoir. Mais une douce chaleur vint bientôt aux extrémités inférieures; le sang y amena des matériaux de nutrition et de ré-
paratioii; ellen*eut plus autant besoin d'une chaleur factice; le mouvement même revint, et la malade put se retourner dans son lit. Chaque jour enfin, malgré des inappétences, elle prenait quelque nourriture, et ma main, placée sur l'estomac^ en procurait la digestion. Elle ne jouissait alors que du sommeil que j'avais su lui procurer ; le sommeil naturel n^ avait pas encore reparu, et depuis plus de cinq ans elle en était privée. Elle s'ordonna quelques bains qui lui firent du bien, et ne cessa de répéter qu'elle commencerait à marcher le 3 man. Comme nous arrivions vers cette époque, j'annonçai moi-même ce fait ex^aordinaire, et j'engageai beaucoup de pa'sonnes à vwiîr le vérifier. Mats les plus incrédules étaient celles qui vivaient près de la malade, celles qui lui avaient donné des soins si assidus pendant tant d'années; elles ne pouvaient croire, encore bien moins espérer un dénoûinent semblable , et ce n'est qu'avec inquiétude qu'dles m'entendaient assurer cet immense résultat. Le prêtre qui lui avait donné des soins spirituels, et qui avait assisté à sa longue agonie, était lui^^éme comme saint Thomas, et le matin du ^mars il répétait encore : « Elle ne marchera pas. » Malgré ses doutes, il voulut assister à cette curieuse ^rtuve, et il ftit le preftn<^ au FeMlez^vous.
*<fV»
3 mars. >
Cent personnes sont réunies chez moi; elles attendent avec anxiété l'heure fixée par la malade. A trois heures, la malade éveillée est dans une grande crainte; elle doute de ses forces et me demande, à moi, sMl est bien vrai qu'elle pourra marcher; je la rassure à ce sujet et ne ûiontre auprès d'elle aucune incertitude, lorsqu'elle est endormie, elle aperçoit ma crainte et me rassure à son tour. « Vous éprouverez une grande joie^ me dit-elle ; je marcherai comme je tai annoncé; mais il faut vous conduire ainsi : vous me descendrez endormie à quatre heures et me réveiïlerez sans me toucher la tête, et seulement en magnétisant la région du cœur; sans cela vous appelleriez au cerveau des forces qui ne doivent pas y venir aujourd'hui ; sans cette précaution encore, je me trouverais mal en voyant une foule de personnes ainsi rassemblées. Ce trouble m'empêcherait à coup sûr de pouvoir faire usage de mes jambes. Il faut que mon estomac et mes intestins soient fortement soutenus par une- ceinture; car, ajouta-t-elle, la position horizontale que j'ai conservée depuis cinq ans ne sera plus tout à l'heure la même, et mes intestins, qui ont
été si malades et qui le sont encore, faisant un mou-
vement brusque et nouveau, rappelleraient les syncopes. Il faut encore mettre beaucoup de coton dans mes bas, de manière que mes brodequins puissentme serrer le bas de la jambe (il faut que l'on sache que depuis longtemps les deux pieds avaient perdu leur position naturelle; ils étaient déjetés et recouverts seulement par la peau). Ceci exécuté, je marcherai de huit à dix minutes, à deux reprises, et vous devrez me soutenir seulement le premier pas. »
Pourquoi suis-je ému? Pourquoi ces mouvements de mon cœur? Ah ! c'est que, dans un instant, si la malade s'est trompée, la responsabilité de son erreur va tomber sur moi. Je serai un sot, un fou, un enthousiaste, et partout on répandra la nouvelle de ma déconvenue. Pourquoi aussi laissai-je venir cette foule? La malade et moi, en avions-nous besoin pour que l'œuvre de sa guérison s'accomplit? Non, sans doute; mais une science semblable à celle du magnétisme ne s'établit que par des guérisons authentiques, irrécusables. Ce n'est pas assez de dire : « J'ai produit ce fait merveilleux; )>il faut qu'il soit constaté par plusieurs; il ne faut pas enfin qu'il reste xm seul doute, et les incrédules surtout doivent avoir toute latitude pour l'examen. Aussi, m' adressant à eux, je leur disais : « Assurez-vous, messieurs, de l'exactitude de mes récits;
vérifiez avec soin s'ils ont été sincères, et si vous découvrez que j'ai cherché à abuser vos esprits eu altérant la vérité, démasquez sans pitié l'homme qui a voulu tromper votre bonne foi . »
L'heure venue, j'allai chercher la malade que j'avais laissée endormie; elle était habillée suivant ses prescriptions; toute sa famille était réunie autour de son lit et attendait dans un morne silence le moment solennel. J'avoue qu'alors la crainte me prit un instant; mais la malade s'en aperçut aussitôt et me rassura en disant : « N'aie aucune crainte; je marcherai comme je Vai annoncé, et tu auras une grande joie- »
. Je la descendis moi-même, car elle avait bien recommandé de ne la laisser toucher par personne. Elle fut mise ainsi, toujours en sommeil, sur un divan. Je commençai immédiatement l'opération du réveil sans agir sur le cer\'eau; les yeux s'ouvrirent, et sans attendre qu'elle eût regardé attentivement les personnes qui l'entouraient, et dont les rangs étaient pressés, je lui dis de se lever et de marcher; et, l'aidant légèrement à se mettre debout, elle fit quelques pas dans l'espace réserve, d'abord en tremblant, avec une crainte marquée; mais bientôt, prenant plus d'assurance, on la vit marcher sans hésiter. Je l'arrêtai; il était temps,
elle oommençait à fléchir; reposée six minutes, elle marcha de nouveau devant toute l'assemblée.
Quelque chose d'électrique parcourait tout mon corps; l'émotion dont j'étais pénétré était partagée par tout le monde, et la joie des parents, du frère surtout, s'exprimait par des convulsions et des pleurs.
Pour la malade, il lui sembla que c'était un éclair qui lui frappait l'âme de secousses et qu'elle revenait de l'autre monde*
(OÉRISON D'DN PiBAlTIIQDL
[ Reimst 1835 ).
Il n*y a rien qid noas approche plus «k»
la Divinité que la bienfiûsance.
CfCÉBOlf,
Quel est cet homme qui est sur les dalles de ce vieux monument, témoin du passage de tant de rois? Deux lustres et plus se sont écoulés, et, toujours à la même place, il d^naade au fidèle le pain qu'il ne peut plus gagner; son sort inspire de la pitié, car qui ne serait touché du récit de ses misères? n était actif, laborieux; ce n'est point l'ignoble paresse qui le tient enchaîné en ces lieux , car il aimait le travail, et déjà des épai^nes attestaient son labeur.
Mais un jour, au milieu de la joie générale, il, tomba subitement comme frappé de la foudre.
Etourdi par cette terrible chute, on s'empressa de le relever; mais ce fut en vain : ses jambes refuserai de le porter, et ses nerfs paralysés ne purent obéir à sa volonté.
L*arl lueiisonger, qu'on appelle médecine, ne sut rien Irouver pour le guérir, et, rebut de la sociétés il languit pendant ses plus belles années^ attendant du passant l'obole destinée au pauvre, et de la mort seule la fin de ses misères. Dieu n'a pu r^ter sourd à ses prières; mais ce ne sont pas ceux qui se disent ses interprètes qu'il choisira pour accomplir son œuvre. Hélas! ils sont passés près de lui chaque jour de leur vie sans s'informer de ses souffrances. Ils ont, chaque jour, psalmodié des prières mortes, et la grâce n'est point descendue sur le malheureux. Ici pourtant il se fit des miracles! Les prêtres étaient bons alors ; ils étaient avec le peuple, et c'était pour lui qu'ils vivaient; maintenant, ils le fuient; ils lui donnaient, maintenant ils lui ravissent; ils se joignaient à lui pour combattre ses oppresseurs, maintenant ils ont vendu leur âme à ses tyrans.
Ne blasphémons point contre Dieu , ne nous étonnons plus s'il a fui des prières menteuses. S'il revenait jamais visiter les temples qui lui furent consacrés , ce serait pour en faire trembler les murailles et pour écraser d'infidèles ministres. Viens près de nous , malheureux ! sors de ce lieu dont les sombres voûtes ont tant de fois en vain répété les plaintes ; oii lu es il n'y a d'Jiospi-
lalier que les murailles qui te servirent d'abri. Nous , nous allons te rendre l'usage de tes membres; désormais ta main ne sera plus tendue aux passants : c'est par du travail que tu pourras te procurer ce que tu avais tant de peine à obtenir de la pitié.
Celui qui va te guérir ne te demande , pour son salaire , que ces béquilles , muets témoins de toutes tes pemes ; c'est un trophée qu'il ambitionne, et, chaque jour, jetant un regard sur elles, il se rappellera qu'il a accompli l'œuvre de Dieu , car il a dit : Tends la main à ton frère nécessiteux , console t affligé dans ses misères.
iUmn l'ONB nfvRE hectique.
{Heims, 1835).
La nature ordonne aux hommes de s'enf tr'aider.
Sénèquk.
Approche, pauvre ouvrier, Ion aspect m'inspire de la pitié. Qui l'a rendu si misérable? Jeune encore y tu languis; tes membres amaigris ne peuvent plus porter Ion faible corps , la douleur et la fièvre te dévorent , une sueur froide comme le marbre des tombeaux fait frissonner de crainte la main amie qui te donne un appui.
Tu cherches un soulagement à tant de maux.
La médecine t'abandonne après avoir reconnu son impuissance et laissé sur ton corps les stygmates de son ignorance.
La nature , fatiguée d'une lutte qu'on a méconnue , cesse de veiller sur son propre ouvrage. La mort , la cruelle mort , qu'aucun sacrifice n'apaise , approche de ton chevet , et les yeux hagards annoncent assez que lu l'as vue venir.
Reprends courage , un homme pense à toi , il a vu tes misères. L'aumône qu'il va te faire , ce n'est point *de l'or, car à quoi te servirait ce métal? C'est de la vie qu'il te faut, et la sienne est pour les malheureux.
Bientôt tu cesseras d'avoir besoin d'aides, tes membres amaigris vont reprendre leur première souplesse; h, l'insomnie des nuits succédera un sommeil doux et bienfaisant. La nature va te sourire encore; il te restera à remercier la Providence ; tu ne me devras rien à moi , car, en accomplissant son œuvre, elle m'a donné plus que tu ne pourrais m'offrir.
, Nous l'avons déjà dit et répété sans cesse , il n'existe aucune force dans la nature plus capable de rendre la santé que le magnétisme ; c'est une fontaine de vie où ceux qui en manquent peuvent puiser. Chercher ailleurs un secours est cho$^ douteiise et remplie de dangers. Ç$t-ce donc si difficile de pratiquer cette médecine, pour qu'elle répugne tant aux médecins ? Hélas ! non. Dieu a voulu qu'elle Ifùt de la plus grande simplicité , et c'est, il faut le dire, la cause de son abandon. Il faut c^ux médecins des préparations chimiq^^s» des sophistications, des poissons même; sanscela ils
ne croiraient pouvoir guérir. Il leur faut de l'extraordinaire; ils sont allés jusqu'à infuser le sang d'un homme sain dans les veines d'un infirme ; la mort presque instantanée est venue leur prouver la folie de leur tentative. Mais transfuser la vie ellemême est chose qu'ils ne peuvent comprendre. Ils usent de ce qui révolte le bon sens, la raison, de ce qui peut tuer enfin, et non de ce qui peut guérir.
Ix)rsque la vie nous quitte, jeune encore, si ce n'est par la destruction brusque d'un organe , soyez certains qu'il y a ignorance de l'art pour qu'il en soit ainsi . La plupart des maladies sont curables à leur origine. Elles le sont même lorsqu'elles sont avancées, mais plus difficilement alors. Les moyens de guérison sont nombreux et d'une variété infinie. La nature , par ses seules forces , en guérit un bon nombre , et lutte avec persevérance contre les maux incurables; si elle cesse enfin la lutte , c'est qu'on n'est pas venu à son aide , ou qu'en y venant on s'est trompé sur les moyens.
Le magnétisme et le somnambulisme mettent à jour le travail de la nature ; il est visible même pour l'intelligence la plus faible. Ces précieuses découvertes vont bientôt établir sur des bases immiiables le véritable art de guérir les maladies.
En effet, que se passe-t-il donc dans une organisation épuisée par de longues luttes ? Lorsqu'on y introduit une somme de principe magnétique, on voit la force médicatrice s'emparer rapidement du secours qui lui est offert, le porter sur les organes en souffrance, et parvenir avec cet af. flux à chasser ce qui les opprimait. Ce travail est sensible pour le malade lui-même, mais bien plus encore pour le médecin. Celui-ci peut reconnaître que le malade se trouve replacé dans les conditions d'une vitalité riche et bienfaisante. Toutes les crises favorables qu'on voit survenir chez Tadulte bien organisé se produisent ici : les sueurs, les urine» abondantes et chargées, si ce sont ces voies qui servent d'émonctoires ; des sécrétions sanguines ou fécales sont utilisées par le même principe intelligent; quelquefois même il développe des fièvres que rien ne justifierait, si vous ne saviez la puissance du moyen que vous employez ; elles aident à purifier l'organisation des humeurs viciées qui s'y étaient accumulées. Quelquefois encore c'est par le ralentissement de la fonction d'un organe ou d'un exutoire que la nature ramène l'équilibre détruit. Il n'en est point ici comme de la médecine ordinaire , car il ne peut y avoir de doute. Combien de fois n'ai-je pas,
pour m* assurer de la cause de ce travail, cessé tout à coup de verser dans l'organisation la dose nécessaire de magnétisme , et toujours j'ai constaté le ralentissement, la cessation même des e0brt^ salutaires.
Ce qui pourrait donner une nouvelle preuve de ce travail critique, c'est que les désordres suivent, pour disparaître, la marche qu'ils avaient suivie pour se manifester. Ce qui avait paru en dernier lieu de la maladie est ce qui s'en va d'abord, et les affections sympathiques ou secondaires cessent dès les premiers instants. Les preuves pourraient être accumulées au-delà de ce que l'esprit le plus sceptique pourrait exiger, et ces démonstrations rigoureuses se feront un jour au lit du malade. Ici je n'ai voulu faire connaître que ce que j'ai vu et constaté en magnétisant des gens souffrants , sans autre but que celui de m'éclairer^ n'exigeant pas qu'on croie aveuglément ce que j'adopte.
Voilà donc l'agent thérapeutique par excellence découvert et mis entre les mains des hommes. La nature , si fertile en moyens lorsqu'il s'agit [de conserver ses ouvrages, n'a pas borné là ses dons. Toutes les maladies ne pouvant guérir par le magnétisme , elle a donné à l'homme une faculté
précieuse: celle de pouvoir choisir lui-même les médicaments qui lui sont nécessaires arec une certitude si absolue, dans certains cas , que Ton est tenté de croire à des révélations mystérieuses; révélations que Y dJitiqniié , phtôt avertie par faoeomplmement des prédictions qu'instruite par la raison^ avait admises; car, dès les temps les plus reculés , le sommeil lucide dont nous parlons avait été étudié, quoique produit souvent par des causes qui n'étaient pas celles que nous connaissons aujourd'hui .
Révélation y prévision, mots puissants rayés du dictionnaire de nos grands savants. Langage et faits d'autrefois, que venez-Vous faire aujourd'hui parmi nous? Qu'est-ce qui peut vous comprendre et vous adopter? Pourquoi sortir des temps qui ne sont plus? Les morts doivent-ils venir troubler les vivants? Et d'ailleurs, la terre est couverte de nouveaux habitants parlant un autre langage; personne aujourd'hui n'écoute la nature; elle a perdu ses interprètes, elle ne peut plus se faire entendre; il n'existe plus de dieux, la chaîne des temps a été rompue; à un peuple de nains a succédé une nation de géants; leur origine est inconnue; ils ne se souviennent plus du passé. Ah ! fuyez ces guides insensés; ils renient l'antiquité
qui fut le berceau des sciences el des arts; fuyezles, car ils ne voient point pour eux-mêmes ; comment pourraient -ils vous conduire? Principes précieux de conservation, pourquoi reparaître aujourd'hui? Qu'est-ce qui songe à conserver? La mort doit moissonner le champ de F humanité avant que les épis ne soient mûris. La terre est si fertile qu'il n'y aura jamais disette d'habitants. Les voyez-vous s'acheminer sans réfléchir vers le terme fatal? Jeunes encore, mais flétris, les riches précèdent le troupeau ; l'aisance ne les a pas préservés d'un si triste destin. Arrêtez- vous, cruels, il est un autre chemin; la nature va vous l'indiquer, non la science.
Hélas! je suis sans puissance pour me faire écouter; je n'ai nulle autorité parmi les hommes, et on leur a appris à mépriser la vérité que j'enseigne. Je conçois maintenant pourquoi ceux qui furent instruits de cette découverte précieuse ne firent point d'efforts pour la répandre. A quoi bon?
Ils eussent , comme moi , usé leur vie à un appel inutile ; bien plus sages ils contemplaient dans le silence, et le recueillement les erreurs et les misères des hommes , qu'ils étaient heureux de ne point partage. Les temps sont changés; maintenant, on va profaner la vérité la plus sainte,
le sommeil Itmde serdi mis sur des tréteaux ^exposé à la curiosité des oisifs , et pollué par le premier saltimbanque qui s'intitulera magnétiseur. Lorsqu'on l'aura ainsi couvert de la boue des ruisseaux , les savants y qui le redoutaient déjà, le signaleront au monde comme un objet de mépris. On verra alors ceux qui auront ainsi avili le magnétisme battre des mains à cette sentence, car on le leur aura laissé en propriété , et tout homme honnête refusera de défendre une découverte abandonnée au charlatanisme.
J'aurai du moins protesté contre la mauvaise foi et l'ignorance des savants , j'aurai prévu les maux qui vont venir s'ajouter aux maux passés. Que n'ai-je l'éloquence des hommes qui parvinrent à réhabiliter quelques êtres injustement condamnés? Ma voix serait entendue, et une immense vérité , trop longtemps flétrie, serait de nouveau recherchée et honorée. Cependant, quelles que soient ma faiblesse et mon impuissance , je dois signaler le bien qui pourrait se faire et ne rien cacher du mal qui peut se produire. Que ceux qui ont des oreilles entendent.
Le magnétisme est la médecine par excellence, mais il n'est tel qu'avec la morale. Il faut plus de vertu chez celui qui magnétise que chez le
médecin ordinaire. Examinons d'abord celles qu'il faut posséder pour exercer la médecine classique. Voici ce que pensait Hippocrale, l'oracle des médecins.
Hippocrate, après avoir énuméréles connaissances nécessaires au médecin, et avoir fait bien comprendre que tousles hommes ne peuventles acquérir, car il faut une vocation toute particulière , ajoute : « Quand , pour un léger salaire , vous l'adoptâtes , « il jura de conserver dans ses mœurs et dans ses « fonctions une pureté inaltérable. Qu'il ne se con- « tente pas d'en avoir fait le serment : sans les ver- « tus de son état , il n'en remplira jamais les de- « voirs. Quelles sont ces vertus ? Je n'en excepte « presque aucune , puisque son ministère a cela « d'honorable qu'il exige presque toutes les quart lités de l'esprit et du cœur. Et , en effet, si l'on « n'était assuré de sa discrétion et de sa sagesse, « quel chef de famille ne craindrait pas, en l'ap- « lant , d'introduire un espion ou un intrigant « dans sa maison , un corrupteur auprès de sa « femme et de ses filles? Comment compter sur a son humanité , s'il n'aborde ses malades qu'aw vec une gaîté révoltante ou une humeur brusque V et chagrine ; sur sa fermeté , si , par une adu- « lation servile^ il ménage leur dégo\\t et cèdfe
« à leurs caprices ; sur ses lumières, si, outre celle « justice générale que l'honnête homme observe « à l'égard de tout le monde, il ne possède pas celle « que le sage exerce sur lui-même, et qui lui ap- « prend qu'au milieu du plus grand savoir il se « trouve encore plus de disette que d'abondance; « sur ses intentions, s'il est dominé par un fol or- « gueil et cette basse envie qui ne fut jamais le c( partage de l'homme supérieur; si , sacrifiant « toutes ces considérations à la fortune , il ne se « dévoue qu'au service des gens riches. Celui en- « fin qui , après avoir lutté de toutes ses forces « contre la maladie, est heureux et modeste dans « le succès , et peut du moins se féliciter, dans « les revers , d'avoir suspendu les douleurs et « donné des consolations. •
Voilà les vertus que le médecin devrait posséder, car elles seules peuvent lui donner lefe lumières nécessaires à l'exercice de son art; city dit encore Hippocrate, « ce n'est ni dans la poùfe- « sière de l'école, ni dahs les otivrages dès pftt- « losophes et des praticiens qu'oh apprend Vkti * d'interroger la nature, et l'art plus difficile d*at- « tendre sa réponse. »
Le magnétisme, donnant le pouvoiif de hitë pliis
^ue la médecine , exige aussi des Tefttiè pitié êt#fi-
dues 11 n*est pas nécessaire de les énumérer ïcî, tout le monde les a comprises ; elles sont inscrites d'ailleurs dans la vie de Jésus.
Ihresque dès l'apparition du somnambulisme , on abusa de cet état si précieux ; il fut détourné de ses voies : on chercha à le faire servir à la fortune y en faisant révéler les lieux qui recelaient des trésors enfouis, en faisant prévoir l'avenir pour jouer ainsi un jeu de bourse immoral. Mais ici les frompeun sont trompés. L'instrument se vicie bien vite entre des mains cupides. Réfléchissant les pensées comme une glace les images^ les somnambules d'un degré inférieur voient ce qui n'existe pas, et les monceaux d'or rêvés par le magnétiseur ne peuvent être découverts.
La lucidité dans tout ce qui est en dehors des besoins de l'organisation est donc soumise à des conditions de rigueur. Le somnambulisme m^jtrche mieux seul qu'avec un guide à idées folles. Gela est incontestable. Vous , aveugles , comment prétendriez-vous conduire un voyant? Votre imagination vous égare lorsque vous espérez de lui des choses qui li'en dépendent point. Les révélation» frappent le somnambule à son insu ; il est l'écho de voix inconnues des hommes dans l'état babi-
luel. Pour trouver il ne faut pas qu'il cherche. Il doit attendre , et souvent même, lorsqu'il lui est révélé , il n'est pas libre de transmettre les secrets qui lui ont été dévoilés- Ici la vérité est plus dangereuse que l'erreur ; la suprême sagesse a pris ses précautions contre nous , elle ne nous livre cette vérité qu'avec une extrême réserve. Elle sait que l'homme désire et cherche ce qui est presque toujours contraire à ses véritables intérêts. Richesse, gloire^ puissance sont des choses périssables que l'homme sage ne recherche point , car elles sont inutiles au véritable bonheur ; mais ceci est une lumière que le vulgaire ne veut voir qu'à sa dernière heure et lorsqu'il est près de rendre l'âme. Nous devons nous attendre à ce que le somnambulisme soit employé dans toutes ses parties , bien moins pour y chercher la santé et la science véritable que pour y trouver quelques secrets exploitables. De cruelles déceptions attendent ceux qui penseront ainsi ; non-seulement ils ne trouveront rien, mais ils perdront le peu qu'ils possèdent. Nous savons parfaitement qu'on a découvert les choses les plus cachées , et qu'aucun mystère n'est désormais à l'abri de la révélation; mais c'est seulement lorsqu'on ne cherche pas que les choses secrètes se révèlent. L'esprit du somatm-
bule plane sur le monde ; pour lui il n^y a plus de corps opaque; il pénétre partout , même dans un cervCTu humain, et y voit la pensée se formuler.
Cette parcelle de luniière divine agit et se dirige par un moteur inconnu ; ce sont donc des insensés ceux qui lui assignent une direction, au lieu de suivre celle que la nature lui a tracée. Le somnambule à fait telle chose, il fera telle autre. Orgueil dés hommes, tu prépares aux générations qui vont vehîr des préjugés dangereux î la science cfet dans le magnétisme , mais pour l'y trouver il faut d'abord dépouiller le vieil homme- 11 faut presque lôtijôurs une entière abn^ation de soi-même lorsqu'on magnétise , savoir garder Un secret , lo1^sqùè même il pourrait nous servir; ce n'est qu'en forçant sa propre organisation à fournir les forcée inves qui doivent être portées ààn§ les bimanes inalades que l'dn peut espérer ptotlvbîr guéHr.
Combieii de fois h' est-on pas obligé de surmonter ^antipathie que l'on éprouve à traiter certâines ihabdies , et cependant il faut aimer celui (Ju'on màgh'étise , y penser sans cesse , plonger Sbtt re^hM en lui , le loucher, recevoir quelquefois des émanatiohs putrides, sans jamais vous . îtesfei^lïîttms plaindre, l'opération mécanique du
magnétiseur ne produira presque rien si le consentement du cœur ne l'accompagne. Par vos mottyemenls voijs ne faites q^ie déplacer Tair. Cette teinture vitale ne s'échappe pas de vous $ans 1^ condition du vouloir et du sentir. •
Combien de foi§ ne me suis-je pas aperçu dp l'eflicacitë 4^ fl^es pensées , même lorsque j'étais éloigné de me^ pjalqidps ? Leurs nuits étaient meilleures lorsque mon sommeil était interrompu , et que celte dispositipp me permettait de m'occupa d'eux. Et quand, préoccupé de leur santé^^ je me rendais de meilleure heure pour les voir, ils étaient avertis de mon intention , et l'une surtout s'écria un jour : Voici X. Dupotet; c'est la vie qui m'arrive. Rien au mond6 n'avait pu l'avertijr de mon inlention qu'une force mystérieuse <}ui ne connaît point d'espace.
Ce n'est pas la reconnaissance des mjodades qui doit vous inspirer du dévouement : leur mémoire est souvent infidèle. Vous avez été l'intrument de leur guérison ; qu'importe pour eux , alors que la santé est revenue? Ils ne songent plus à vous que s'ils éprouvent une rechute.
Et toi, magnétiseur, si tu n'as en vue que le profit , il y a là un écueil , car tu seras bientôt distrait de ton opération pcpr des calculs d'intérêt
peu favorables à la transmission de les forces. Cependant il faut que tu vives et que ta position soit honorable ; il faut même que tu apprennes ton art et qu'une partie de ton temps soit employée à des études nécessaires. Le magnétisme demande des connaissances pratiques : ne point les posséder est exposer les malades à des accidents et manquer leur guérison. Ces connaissances préliminaires sont nécessaires pour ne point annoncer des faits qui ne peuvent venir, et des guérisons qui sont souvent impossibles.
C'est un traité qu'il faudrait écrire ici; traité essentiel qui manquera longtemps encore , quelle que soit la passion de quelques hommes pour le magnétisme. Doit-on parler du bien que l'on a fait et s'enorgueillir de ses œuvres? Oui, sans doute, il le faut , car c'est un moyen de s'encourager et de poursuivre une carrière où souvent vous n'avez pour appui que le seul témoignage de votre conscience. N'ai -je pas vu nier le produit réel de mes heureux efforts, et mettre sur le compte de la nature des guérisons dont seul j'étais l'instrument? La preuve était donnée par des faits matériels , et je ne pouvais convaincre , souvent parce qu'on voulait se soustraire à la reconnaissance. Humanité , ah ! que la douleur que l'on éprouve
est grande et profonde ! car ici vous avez arraché à la nature ce qu'elle avait toujours refusé : c'est en épuisant votre vie qu'une autre s'est prolongée. Tous les malades ne le sentent pas , devez-vous les accuser? Non, Il faut les plaindre et renfermer dans votre cœur des sentiments qui ne peuvent être partagés. Vous devez avoir plus d'amour €t de chaleur que pour des œuvres communes.
Il faut enfin que vous possédiez plus de vertus que le médecin ordinaire si vous voulez continuer de faire plus que lui. Soyez heureux à la vue de vos succès. N'est-ce donc rien que le don de guérir? En est-îl de plus beau dans le monde ? Songez que votre santé elle-même peuts'entretenir par un emploi raisonné de vos forces. Ces forces croupissent chez les hommes étrangers à votre science, elles se vicient bientôt et troublent toutes les fonctions delà machine humaine, tandis que vous, au contraire , vous êtes plus vivants , les élans de votre cœur sont plus faciles , et la nature vous rend avec usure ce que vous avez dépensé à la perfection de ses ouvrages.