CHOLÉRA-MORBUS
Quelques médecins avouent ou sont tout près d'avouer les étonnants effets du magnétisme; ils pensent même que cet agent peut être utilement ei^ployé dans quelques affections nerveuses ; ils posent aiiisi les limites de son action curative. Erreur de leur esprit ! Le magnétisme , nous Ta- VQps déjà dit , ne guérit pas tous les malades , mais il peut guérir toute espèce de maladie.
Citons encore quelques exemples à l'appui de UOt^e assertion.
Lors de la cruelle époque du choléra , un jeune homme attaché au ministère des affaires étrangères fut atteint par ce mal cruel. Au sortir du bain, lorsque je le vis , il était sur son lit, n'ayant plus
qu'une respiration douteuse, les yeux à demi fermés , la face rendue méconnaissable par la rigueur du mal ] le nez était allongé et mince , le corps réduit à un état de maigreur à peine croyable, les membres roidis par les crampes, qui avaient; duré douze heures. Les déjections et les Yomissemei)i^ ne s'étaient arrêtés que parce qu'il n'y lavait plus; rien dans l'estomac et les intestins. , Depuis dix-huit heures le mal l'avait envahi, et, malgré tous les remèdes et de nombreuses frictions , sa marche , d'une effrayante rapidité, n'avait pu être enrayée. Une teinte bleuâtre, livide, couvrait tout son corps ; la déglutition , d^uis longtemps, n'avait plus lieu. Une saignée avait été tentée; la veine ouverte n'avait donné que quelques gouttas d'un sang très-noir et coagulé. Tout espoir était éiejnt. J'étais le voisin de cet homme. Noijs demeurions nue Jacob. Comme il n'y avait plus rien à faire ^ on vint, me chercher. Le désir d'être utile me fit accepter avec un empressement sans égal l'essai que l'on me proposait. Après avoir constaté les ravages causés par quelques heures de maladie sur un liompae qu'on dirait être plein de santé un jour auparavant, je me mis à le magnétiser avec une grande ardeur. Après trente > minutes de magnétisation, à ma
grande surprise , le sang coula par Touverture de la saignée que Von avait laissée béante ; les premières gouttes de sang étaient noires encore^ mais bientôt il apparut avec sa couleur naturelle; trois ou quatre onces s'écoulèrent ainsi. On banda le bras , et , dès cet instant , le malade recouvra sa connaissance , il exécuta quelques mouvements et se plaignit vivement de douleurs dans les entrailles et dans les jambes ; il put voir, reconnaître les personnes qui Tentouraient, et, ne sachant pas qui j'étais et ce que je faisais , il suivait machinalement des yeux le mouvement de mes mains. Je continuai ainsi deux heures de suite; ce fut' alors qu'il put boire sans vomir. La peau se couvrit d'une légère sueur que nous excitâmes par des couvertures chauffées, et je me retirai content de mon essai ; mais à peine étais-je rentré chez moi qu'il m'envoya chercher en toute hâte : de nouvelles crampes s'étaient manifestées, et il criait d'une manière lamentable ; un hoquet survint , ce qui ajoutait à ses angoisses. Je me remis à le magnétiser et parvins à le calmer ; il sentit dès lors combien je lui étais nécessaire , et tous les dangers qu'il avait courus se présentèrent à son esprit. Moi , j'apercevais clairement le désordre des intestins , et tout ce qu'il fallait de peine et
de soins pour achever mon œuvre : j'acceptai la tâche que l'humanité m'imposait. La vessie avait été atteinte, jet de vives douleurs s'y faisaient sentir lorsqu'il voulait uriner ; si je m'absentais, ne fût-ce qu'un instant , la nuit ou le jour, il retombait sous l'empire de ses terreurs, et pendant près de deux mois je dus lui consacrer une grande parlie de mon temps. Enfin , il fut parfaitement guéri.
Un autre cholérique avait été atteint par le fléau seulement depuis deux heures; comme je le connaissais, il m'envoya chercher en toute hâte. C'était un salineur qui demeurait rue Gît-le-Cœur, Lorsque je le vis il était méconnaissable ; jelui avais pourtant parlé dans la matinée. Déjà il ne pouvait plus se tenir ni debout, ni couché, ni assis; il marchait courbé par les douleurs, appuyé sur sa femme et un de ses ouvriers ; je fus obligé de le magnétiser tandis qu'il marchait ; il vomissait et rendait avec une grande violence tout ce qu'il avait dans le corps. Je fus bientôt couvert , comme ceux qui le soutenaient , de ses déjections , mais je n'en continuai pas moins avec une grande ardeur de le magnétiser dans ces positions difficiles. Pendant trois heures il était ainsi soumis à mon
action , lorsque nous eûmes le bonheur de le voir se calmer. On le mit au lit , il transpira abon-r damment ; dès cet instant il fut sauvé ; sa convalescence fut courte , ce que je dois attribuer au peu de temps qui avait séparé l'emploi du magnétisme de l'invasion de la maladie.
J'appliquai dès lors ma méthode à quelques autres cholériques avec un égal succès ; mais , quel que fût mon désir d'en secourir un grand
nombre , je dus y renoncer : mes forces ne revenaient pas aussi vite que je les dépensais. Bientôt même je fus forcé de prendre un peu de repos : j'avais gagné des douleurs d'entrailles q|ii diminuaient considérablement mon action. Mais comment résister longtemps à cette voix puissante qui vous crie : Tes frères souffrent et périssent à côté de toi; fais du moins un effort pour les sauver? Ce n'était plus une ou deux heures qu'il me fallait alors pour obtenir une réaction , mais six ou sept d'un travail assidu ; et , tout courbé , rentrant chez moi , j'étais comme un i4iot : je n'avais plus la faculté de penser.
Un des protégés du doyen de la Faculté de Médecine de Paris , que j'avais sauvé par le magnétisme , apprenant la situation critique où se trour vait son bmfaiteur, me mena avec Qmpreî^sei^ent
près de lui. Nous arrivâmes jusqu'à son lit satls rencontrer personne pour nous annoncer; le pOrtiélétait mort : c'était le second depuis quelques jours. Sept autres personnes étaient mortes dans la maiison même. Je trouvai M. le doyen gisant sans connaissance , et je pus le magnétiser ainsi trois quarts d'heure sans qu'il s'en aperçût. Le choléra avait parcouru sur lui ses périodes avec une grande rapidité; il n'y avait aucun espoir de le sauver de par la sdence.
A ma grande surprise , sous mes mains , des borborygmes se firent entendr*^ ; les douleurs, réveillées dans les intestins , firent sortir le malade de cette espèce de torpeur où il était tombé, et qui précède la mort. M. Le Roux ouvrit les yeux, me regarda et me dit : Vous me magnétisez; cela me fait mal ; je veux mourir sans douleur. Et comme il referma les yeux sans m'en dire davantage , je continuai sans tenir compte de ses paroles. Il commença à souffrir des jambes ; on lui avait appliqué force moutarde qu'il n'avait point sentie jusqu'alors; cela me donna une grande confiance. Sur ces entrefaites M. le docteur Fouquier arriva ; j'avais l'honneur d'être connu de lui ; je lui contai brièvement ce que je venais d'opérer; il m'encouragea et me dit de continuer. Je sus que M* le dofc-
leur Salmade avait fait prendre au malade le punch de H. Magendie , des excitants d'une très-grande force , enfin tous les moyens qui paraissaient avoir quelque efficacité. J'assurai M. Fouquier que les douleurs réveillées étaient un bon symptôme; mais le malade, ouvrant de nouveau les yeux, répétâmes seules paroles qu'il eût dites : Vous me faites souffrir, je veu3ô mourir sans douleur. J'eusse continué cependant, encouragé et sou tenu que j ' étais par M.Fo uquier, mais plusieurs autres médecins arrivèrent successivement ; de nouveaux moyens allaient être employés ; je ne pouvais m'empécher de les blâmer, car j'en sentais toute l'inutilité; mais, comme je n'avais aucune autorité pour empêcher leur application , je me retirai pour ne pas assumer sur moi une très-grande responsabilité. On n'eût pas manqué de dire : Que prétendait-il avec son fnagnétisme ? Il a fait perdre un temps précieux, et les moyens qui seuls pouvaient sauver le malade n'ont pas été employés. Je fis part de ces réflexions à M. Fouquier, il approuva ma conduite. Tout espoir pour moi cependant n'était pas perdu; un malheureux sans doute eût été sauvé ce jour , le grand médecin mourut dans la nuit qui suivit. Aujourd'hui ma conduite serait difl*érente ; plus éclairé , je resU^rais près d'un malade dan^ une
semblable position, car c'est une faiblesse de craindre la censure des hommes lorsqu'on est persuadé de la bonté de sa cause , et , seraient-ils écoutés plus que vous , le témoignage de votre conscience vous suffit dans tous les cas.
ANEVRiSME.
S'il est une maladie incurable par sa nature, n'est-ce pas une affection organique , celle du cœur surtout? Voici pourtant une guérison dont j'ai été témoin.
Un jeune médecin suivait en 1833 un de mes cours de magnétisme ; il était convaincu de l'existence réelle de l'agent contesté et des singuliers phénomèneis qu'il produit. Sa croyance, basée seulement sur l'examen des faits passés, avait cependant besoin d'une sanction. Il obtint bientôt, en magnétisant lui-même , la preuve matérielle que sa raison ne l'avait point trompé. Un jour il vint tout joyeux m' annoncer qu'il avait fait une somnambule lucide. C'était une jeune femme de vingt-cinq ans, affectée d'un anévrisme au cœur; après lui avoir donné des preuves d'une grande
clairvoyance, cette dame venait de lui annoncer qu'elle pouvait se guérir, si on suivait avec exacti* tude les prescriptions qu'elle ferait , quelle qu'en fût la nature.
Monsieur Le B ... s' était assuré par tous les moyens en son pouvoir que la maladie du cœur était des plus graves et déjà fort ancienne ; les symptômes d'ailleurs en étaient effrayants : tous les deux jours elle crachait abondamment du sang ; elle avait souvent des palpitations très-fortes, accompagnées et suivies d'étouffements ; les jambes étaient gonflées, la marche pénible ; monter un escalier lui était très-difficile. Le teint de cette jeune femme était d'un gris verdâtre ; l'oreille du médecin et l'instrument ne laissaient aucun doute sur l'existence d'une dilatation considérable d'un des ventricules du cœur.
La première médication de cette somnambule consista dans l'application immédiate dp cent cinquante sangsues : soixante - quinze devaient être posées dans la région du cœur, et les soixantequinze autres sur la région correspondante dans le dos.
Monsieur Le B, . . ne voulut rien faire sans prendre mon avis, et comme je lui avais dit que
les somnambules ne se trompaient point pour
eux , il CDnsentit à entreprendre ce traitement si je voulais en partager la responsabilité ; j'acceptai sans hésitation. J'allai donc avec lui voir cette femme; il la mit en sommeil magnétique devant moi , et elle répéta qu'elle se guérirait si on voulait de point en point suivre ses prescriptions ; elle persista dans sa première indication , assurant en outre que , le lendemain de l'exécution de son ordonnance, elle dirait ce que l'on devrait faire. La diète la plus rigoureuse devait dès cet instant être suivie.
Les sangsues furent donc appliquées, et on les laissa saigner le temps qu'elle avait indiqué; malgré cela elle devait encore avoir un crachement de sang; elle l'eut.
Endormie le même jour, elle se prescrivît une abondante saignée du bras pour le lendemain.
M. Le B. . . vint de nouveau me trouver, ne voulant rien faire que je n'eusse approuvé. Nous vtmes encore la malade en sommeil; elle répéta qu'il fallait absolument cette saignée, et que nous n'étions pas au bout. La saignée fut donc pratiquée malgré la grande faiblesse de la malade; elle n'avait déjà plus la iorce de se tenir debout. Endormie le lendemain., elle s'ordonna encore une abondante saignée pour le jour suivant , et nous an-
nonça qu'éveillée elle ferait les plus grandes difficultés lorsqu'on lui parlerait de cette saignée, mais que, pendant la discussion que cette proposition amènerait, elle aurait une syncope, et qu'il fallait profiter immédiatement de cet état pour l'exécuter .
L'inquiétude commençait à nous gagner, nous nous interrogions des yeux, M. LeB. . , et moi, mais la malade , devinant notre pensée, nous dit : // ne fallait pas commencer n vous ne vouliez pas finir! If ailleurs vous n'êtes pas au bout.
La faiblesse de cette jeune femme paraissait déjà extrême, la diète la plus rigoureuse avait été observée ; sa parole était à peine entendue , et nous dûmes cependant faire encore cette abonda/nte saignée. Nous nous y résolûmes. Tout se passa comme elle l'avait dit; elle ne voulut, malgré tous les raisonnements, y consentir dansson état de veille. Vous voulez me tuer y disait-elle, mus m'assassinez; ce sont des essais que vous faites sur moi, etc., etc. Mais bientôt elte succomba à la fatigue ; la bande fut ôtée tandis qu'elle était sans connaissance, et il coula de nouveau un sang dont la couleur n'était déjà plus riche et foncée , mais une espèce de lymphe rosée; de légères convulsions eurent lieu. On la magnétisa , elle s'endormit ; nous Finter-
rogeâmes , elle nous assura que nous avions bien fait , qu'elle voyait parfaitement son cœur et le travail qui s'y faisait, qu'il reviendrait immanquablement sur lui-même pour reprendre son volume et sa consistance ordinaires, mais qu'il fatlait encore tirer du sang, A cette parole , le nôtre s'était glaeé dans nos veines ; elle aperçut notre trouble , et ne cessa ^ quoique d'une voix faible, de nous encourager : <* Je mis ce que)e fads, je sais ce qui est bouy je suis savante pour moi. Demain^ demain il faut que je sois comme une morte , mon pouls ne doit plus battre qu'imparfaitement; ma respiration doit à peine être sensible; mes yeux ne doivent plus voir^ mais tout cela est né-eessaire pour que je guérisse ; demain donc, vous me ferez une dernière saignée, plus copieuse que les autres* » Et, afin qu'on ne commit aucune erreur, elle demanda un saladier qui était dans un buffet voisin, et, l'ayant entre les mains, elle traça avec son doigt, près du' bord supérieur, une ligne où, dit-elle, nous devions seulement nous arrêter, w Cette saignée durera fort longtemps , car ce sera du sang baveux ( ce sont ses expressions) ; mais gardez-vous d'interrompre ; j'aurai les convulsions de la mort, je serai prise par un hoquet pendant lequel|e rendrai des pulpes de cerises,.
tr«rises que j'ai mangées le matin du jourderapplî- ^ation des sangsues. Elles sont dans mon estomac , je les vois ; laissez-moi ensuite dans mon état de faiblesse, et pour tout remède ne faites que passer sur m«s lèvres, de temps à autre, des barbes de plumes trempées dans du vin d'Alîcanle. H faut que mes forces soient bien lentes à revenir ; dans quelques jours seulement on pourra me donner une cuillerée de bouillon dans une tasse <l'eau; on augmentera graduellement la dose de bouillon, et ce n'est que dans un mois que je pourrai prendre quelque chose de solide. » Elle donna ensuite pour toute autre chose que pour elle des preuves de clairvoyance. Mais, je dois l'avouer, nous n'étions nullement rassurés; M.LeB... regrettait d'avoir suivi mon conseil, Bt moi je me repentais amèrement de l'avoir donné. Un ami de M. Le B. . ., aussi médecin, et qui était dansla confidence de ce traitement, s'adjoignit à nous; nous nous consultâmes, nous résolûmes de nous trouver tous le lendemain au lit de la malade. M. LeB..., qui la magnétisait de temps en temps, n'était pas le moins inquiet; dix fois il alla voir son état, et à chaque visite son effroi augmentait : il voyait un visage livide, des yeux voilés; il n'entendait plus sortir de sa bouche que des sons formés par une
voix éteinte. Il fallut pourtant encore nous résoudre à saigner! L'heure vint; nous devions, je crois, alors être aussi pâles que la malade. Au premier mot de saignée elle se trouva mal, et nous levâmes l'appareil de la saignée, et le bras fut posé sur le saladier.
Nous n'osions nous adresser une seule parole ; chacun se tenait renfermé dans un silence absolu qui était effrayant. La saignée rendait à peine quelques gouttes d'un sang pâle comme de la lymphe; il y avait déjà une demi-heure que cette opération durait, lorsque des espèces de mouvements tétaniques se déclarèrent ; nous dûmes contenir la malade; elle eut le hoquet prédit, et au milieu de la salive spumeuse qui sortait de sa bouche, nous apperçûmes les pulpes de cerises, cerises mangées il y avait déjà à peu près huit jours. Jô communiquai ma joie à mes collègues ; car dès cet instant je ne pouvais plus conserver de doute sur le succès. Si la malade avait pu avec exactitude annoncer l'expulsion de ces débris de cerises, nous n'avions plus rien à craindre désormais : tout se passerait comme elle l'avait prédit.
Le sang continuait de couler sans jet, mais goutte à goutte; par des mouvements convulsifs de la malade mal contenue, le malheureux saladier fut
renversé sur son lit, lit qui n'était déjà que trop ensanglanté; le parquet fut lui-même inondé. Nous bandâmes la plaie quelques instants après pour ne plus la rouvrir.
On n'apercevait plus chez la malade qu'un faux rayon de vie errant par intervalle. Trois hommes dé cœur se regardaient alors avec une sorte d'effroi et de frémissement nerveux. Une espèce d'assassinat venait d'être commis par eux; leurs intentions étaient pures cependant : ils n'étaient animés que du désir de sauver une pauvre créature condamnée à mourir jeune; ce n'était pas même la pensée de s'éclairer sur un grand fait qui les guidait, entraînés presque malgré eux, et par degrés, à suivre des prescriptions terribles et d'une efficacité qui n'était point douteuse, mais qui leur paraissait telle alors ; ils se croyaient cependant dans cet instant coupables aux yeux de Dieu et de la justice humaine , car l'emploi du magnétisme n'est pas un remède sanctionné par les FacuUéi. Quelle excuse, en cas de mort, pouvaient-îk alléguer ! La pureté de leur conscience ? mais aux yeux des hommes qui eussent été appelés à se prononcer dans une semblable cause, nous aurions été ou des fous ou des assassins. Moi surtout qui avais dit : Faites, ne craignez rien, agissez selon que la mdr
lade vous conseillera. Moi pourtant qui ai horreur du sang humain ainsi versé, j'eusse été représenté comme le principal acteur d'un drame terrible et sans exemple ! Ah! je dois l'avouer, mes cheveux grisonnèrent pendant ces quelques jours, et , quoiqu'il y ait déjà douze ans d'écoulés, en me rappelant cette époque, je crois avoir encore sous les yeux ce terrible drame.
La malade fut laissée dans le même lit tout imprégné de sang; une couleur verdâtre teignait tout son corps ; affaissée sur elle-même, elle ressemblait aune personne morte déjà depuis longtemps. On suivit rigoureusement ses prescriptions; des barbes de plumes humectées de vin d'Alicante furent promenées de temps en temps sur ses lèvres bleuâtres, et, quelques jours après, on lui donna un bouillon coupé, par petites cuillerées à café ; plus tard, elle traça un nouveau régi me , car elle n'avait pas cessé d'être magnétisée par M. LeB... Au bout de six semaines elle était très-faible encore; je la rencontrai à un mois de là, c'est-à-dire deux mois et demi, à quelques jours près, du commencement de son traitement . Elle n' avait plu s alors de palpitations; ses couleurs étaient revenues ce qu'elles
avaient été dans ses plus belles années ; elle marchait avecfacilité; elle m' assura qu'ellepouvaîtmonterun
escalier sans ressentir son ancienne incommodité; tout crachement de sang avait cessé; son ignorance était complète sur les angoisses qu'elle nous avait causées. Heureuse du changement qui s'était opéré dans sa constitution, elle ne se rappelait que l'application des sangsues et la première saignée. M. Le B. . . la magnétisait de temps en temps, non pour sa santé, mais parce qu'elle offrait des phénomènes remarquables.
C'est ainsi que s'écoula ma vie, entre les émotions que fait toujours éprouver l'application d'un agent nouveau au traitement des maladies, les injures des sots, le doute plus cruel des sages ^ et la lutte constante de l'âme qui ne vous laisse aucun repos tant que la victoire n'est pas décidée au profit de la vérité.
Sans doute, il reste beaucoup à faire ; V art de guérir par le magnétisme n'est pas à l'état de science; mais qu'un homme supérieur et dégagé des préjugés des écoles vienne : il y a assez de faits, maintenant, pour pouvoir les systématiser et les réduire à une application rigoureuse. En attendant cet homme, les Facultés sont coupables; elles méritent le blâme. Dieu veuille que cet ouvrage, propre à attirer sur moi Vanimosité des médecins, les
fasse sortir de leur apathie; qu'ils rejettent Tinstrumentde tant défaits, qu'ils le brisent même , j'y consens; mais que du moins, par eux, la vérité si utile du magnétisme soit étudiée et serve à soulager et à guérir les êtres souffrants; un jour, ma sincérité justifiée sera ma récompense: c'est la seule que j'ambitionne.