PHÉNOMÈNES MAGNÉTIQUES
Nulle chose spirituelle, descendant en bas, n*opère sans quelque voile et couverture.
L'électricité, le galvanisme ont pour un instant rendu la vitalité perdue, mais cette vie artificielle, matérielle, a cessé avec l'action de l'excitant. Le cadavre soumis à ces expériences n'a pas même réellement un instant vécu , quoiqu'il se soit agité et qu'il ait exécuté quelques mouvements. Tout porte à croire que l'effet produit par toutes les puissances physiques mortes ne pourra jamais aller au delà. Mais, par le magnétisme^ animal, qui est lui-même la vie , les phénomènes produits dépassent toutes ces limites , et la vie, dans certains cas , peut être rappelée, rattachée au corps de celui qui l'a perdue. Ce souffle divin qui nous
anime n'est pas toujours éteint lorsqu'on le croit, et que le corps n'oflTre plus de chaleur. Quelques organes sont longtemps à mourir, et souvent des gens que Ton croit bien morts entendent encore les discours que Ton tient près d'eux.
Sans doute qu'abandonnés à eux-mêmes ils suivront le courant qui les entraîne : la porte du monde physique est fermée sur eux , ils vont toucher les sombres bords.
Je sais moi-même comment on meurt. Asphyxié par l'eau, dans ma jeunesse, je me rappelle la lutte que je soutins , les efforts inouïs que je faisais pour me soustraire à cette terrible fin. Déjà je ne faisais plus d'efforts et je croyais en faire. La pensée était complète pourtant, mais précipitée. Au bout d'un instant même je ne pensais plus réellement , je songeais; j'étais bercé par des illusions: la vie alors s'éteignait rapidement. Une main généreuse me ramena sur le rivage où, immobile et glacé , je portais l'effroi au cœur de ceux qui m'entouraient. Je revins , mais comme j'avais cessé, par degrés : je voulais parler et ne le pouvais ; je voulais agir, cela m'était impossible , et ce ne fut qu'un quart d'heure après que je fus en état d'articuler quelques sons. J'appelais ma mère. Hélas! était-ce un bonheur que ce re-
tour à la vie? vaut -elle qu'on fasse des efforts pour prolonger toutes ses amertumes? Je l'ignorais alors.
La mort ici avait été violente , et je ne comptais plus réellement au nombre des vivants; je n'étais plus qu'un cadavre froid que la terre réclamait déjà.
J'ai bien réfléchi depuis sur cet accident ^ et lorsque plus tard je fus témoin de l'agonie de quelques personnes , c'est avec une curiosité indicible que je les regardais mourir. Ce n'était pas dureté de cœur, ce n'était pas même froideur, mais étude philosophique ; je voulais connaître tous les symptômes d'une crise que j'avais moimême éprouvée. Les accidents qui la causaient étaient diflTérents, il est vrai ; la mort arrivait par suite de lésions plus ou moins profondes , et la lutte était plus prolongée; mais enfin le terme venait pour ces infortunés. La main de la science était inutile , les soins généreux sans succès ; les plaintes et les gémissements ne pouvaient pas plus prolonger la vie que les malédictions hâter sa fin. Pourtant ce n'était pas toujours le destin qui parlait : la nature, en donnant l'être à cette créature , ne lui avait pas si avarement mesuré son présent. C'étaient quelquefois des débiteurs qui
payaient avant le terme ; ils mouraient enfin parce que personne ne savait qu'ils pouvaient vivre encore , et que , par ignorance , la science , lorsqu'elle pouvait agir, était comme moi témoin de la fuite de l'âme.
Lorsqu'on souffle sur un flambeau qui vient de s'éteindre il se rallume; lorsqu'on approche une bougie allumée d'une autre récemment éteinte , la flamme s'élance et va rapidement la rallumer : elle ne se rallumerait certainement pas d'elle-même sans ces circonstances. Mais pourquoi ces grossières images ? Malheureux que je suis , il faut rattacher à quelque chose d'analogue des phénomènes hors de toute comparaison avec ce que fournit la science , il faut faire comprendre un fait réel, mais qui semble impossible. Qu'importe donc que l'on accuse la pauvreté de mon esprit? N'ai-je pas dit déjà : Prenez les faits ; rejetez, si vous voulez, les explications.
Continuons donc. Ainsi la vie , chez certaines personnes , abandonne le corps, et il ne vient à ridée d'aucun homme , d'aucun médecin, qu'elle peut être rattachée au corps. Sansdoule, lorsqu'il n'y a plus d'huile dans la lampe, lorsque tout est tari , les efforts seraient vains. Mais que de fois la mort n'est-elle pas le résultat de choses contraires?
Les organes sont parfois entiers , complets; ce qui les a frappés n'était , ce nous semble , pas invin- . cible.
Pénétré de ces idées , j'ai voulu lutter avec le principe destructeur , j'ai voulu empêcher la vie de se perdre et d'abandonner à la terre ce qui ne devait pas encore être sa proie.
J'ai réussi ! Mais, insensé que je suis, je vais parler à des sages; je les vois sourire à mon assertion. Faire revenir à la vie des gens qui meurent ou qui viennent de mourir , les ranimer par le magnétisme!!! Ouvrez vos maisons de fous, votre Charenton, car je soutiendrai mon assertion de toute la force que me donne la vérité. J'ai vu ce que j'affirme, mes sens ne m'ont point trompé, et aucune puissance au monde ne pourrait me faire soutenir un fait semblable si je ne l'avais vu plusieurs fois. Mais ces choses vont passer pour des illusions, personne ne me croira; mais j'y tiens peu, car il n'entre plus dans mes idées de vouloir convaincre les savants. Autrefois je l'ai voulu pour des choses de moindre importance; j'usais mon existence pour arriver à ce but, car je le croyais utile, et il l'est en effet. Mais la reconhaissance de ceux que j'ai mis en possession de ce grand secret a été si grande, le bien que j'ai fait si noblement ré-
compensé, que j'abandonne facilement maintenant mes assertions à la controverse.
Demandions-nous des récompenses pour fruit de nos travaux? voulions-nous arracher des mains des savants le sceptre de la science et nous emparer des places et des honneurs qu'ils possèdent? Non. Jamais rien de pareil n'entra dans nos intentions; elles étaient pures, car nous demandions seulement l'admission de faits vrais, afin que cette sanction fût profitable à l'humanité. Nous voulions soulager les misères humaines en enseignant aux savants un art nouveau, qui leur était inconnu. Ils n'ont pas voulu nous seconder, ils ont laissé se répandre dans les masses ignorantes un pouvoir qu'il faudra un jour arracher avec violence. On les maudira, car c'est d'en haut que doit descendre la lumière, ce sont les supérieurs qui doivent illuminer les inférieurs, pour me servir d'une figure biblique.
Pourtant je dois dire ce que j'ai vu. C'est la seule chose que je regarde comme un devoir. L'avenir fera juger si j'ai menti en quoi que ce soit, et si ces obscures pléiades qui peuplent les académies ont eu raison de rejeter la découverte de Mesmer.
Précédemment j'avais porté la vie dans des
membres paralysés, le mouvement y était redevenu naturel, mais gêné; car les nerfs et les muscles avaient perdu de leur volume et de leur puissance. Des gens dont la vue était éteinte par des accidents nerveux, qui avaient porté sur les nerfs optiques^ purent jouir encore de la lumière; non pas tous ceux que je soumis à mes expériences : ce fut le plus petit nombre; mais qu'importe ici? il ne faut pas beaucoup de faits pour prouver ce que j'avance. 11 en fut de même pour d'autres lésions d'organes.
Frappé par l'évidence des faits, j'étudiais plus attentivement ce mystère et je recherchais les occasions de m'éclairer plus encore. Enfin, un cas s'offrit pour me convaincre à jamais.
Il n'est pas besoin que j'invoque mes souvenirs; les faits de cette nature ne sortent jamais de la mémoire de celui qui a eu le bonheur de les produire.
Le calme de l'âme est nécessaire ici, l'imagination est de trop et doit être repoussée.
Après une longue suite de soins, j'étais parvenu à rétablir, dans un corps usé par une longue maladie et d'innombrables remèdes, une vie factice, mais en apparence suffisante, puisque les diverses fonctions s'exécutaient sans laisser présumer la cessation prochaine de leur jeu.
La vie était faible cependant : les os ne se cou-
vraient point de chair, la respiration était labo rieuse, la locomotion difficile et la digestion languissante. On vivait, c'était tout. Hais la science avait dit : La vie est impossible j les altérations successives de l'estomac et des intestins rendent à jamais tous remèdes impuissants?
Mourir jeune, lorsque le cerveau a conservé sa force et sa raison, lorsque l'esprit calcule avec justesse les progrès journaliers d'un mal qui noua dévore, lorsque le regard aperçoit le but et que déjà des teintes sombres chassent devant elles les clartés du jour, il faut un grand courage pour obéir sans murmurer, lorsque surtout ce jour ne doit pas avoir de lendemain, et ce jour était venu pour la malade dont nous parlons. Résignée, elle achevait sa dernière prière, et, le regard dirigé vers le Ciel, elle s'exprimait ainsi :
« Bonne Vierge, recevez-moi dans votre sein ; « Mère de Dieu, ayez pitié de moi; vous tous qui « m'entourez, priez pour moi ; pardonnez à mes « plaintes, car elles vous importunèrent et trou- « blèrent souvent votre sommeil. Tout à l'heure, a tout sera fini, car le froid de la mort glace déjà <t mes os. Vous, ministre de Dieu, donnez-moi « votre sainte bénédiction : je vais mourir....... »
Et la mort approchait toujours: le corps se te-
froidissait déplus en plus, la circulation était difficile à constater, la respiration presque nulle; le» yeux devenaient vitreux et perdaient de leur mobilité; en un instant les joues, déjà extrêmement maigres, s'étaient creusées; le nez s'étaiteffilé, une petite sueur froide apparaissait sur le front, les cheveux se hérissaient, la bouche ne se fermait plus ; si Ton rapprochait les mâchoires, elles s'ouvraient d'elles-mêmes ; la lividité de la face était celle de la mort complète, les bras retombaient lorsqu'on les levait, la tête obéissait aux lois de la pesanteur, et le corps ne pouvait plus être maintenu que sur un plan horizontal.
Les pleurs, les sanglots ajoutaient à celte scène lugubre. « Ma pauvre fille ! ... ma sœur ! . . . aie pitié « de nous, vois nos chagrins, notre désespoir ! re- « viens à nous. » Et le cadavre était sourd, et pas un seul soupir ne s'exhalait de cette poitrine amaigrie, et le froid, gagnant chaque membre de proche en proche, arrivait ainsi au dernier refuge de la vie.
Prières inutiles, vains élans du cœur ! la mort n'a point d'oreilles ; cessez vos plaintes : celle que vous avez aimée a quitté pour jamais cette terre où tout ce qui sent doit souffrir, où tout ce qui vit doit mourir !..
Pourquoi donc conservais-je seul un reste d'ej**
poir? Pourquoi restais-je muet en présence de cette scène de douleur? Dieu m'avait-il ôté toute sensibilité? Non. Mais je me recueillais. Je rassemblais en moi tous les rayons épars de ma propre vie. Ma respiration seule pouvait trahir mon dessein, car elle était fréquente et gonflait ma poitrine; les muscles de mes bras entraient en action malgré ma volonté, comme chez un homme quela colère excite, mais qui ne veut pas frapper. J'éprouvais une sorte de tremblement interne qui me faisait comprendre combien j'étais fort et puissant en ce moment suprême.
Dans un des accès de sommeil mystérieux que j'avais su procurer à cette pauvre jeune fille, elle m'avait dit : « Malgré tes soins , je dois mourir, car a la maladie a détruit chez moi tout ce qui fait « vivre. Mon organisation doit céder par impuis- « sance de prolonger la lutte. Mais écoute : Si tu « as beaucoup de courage et un dévouement sans « bornes, tu peux plus que moi et que la nature. « Le jour que je t'annonce venu, ne quitte pas mon « chevet; laisse venir, sans crainte, mon agonie; « tu verras l'asphyxie du poumon avoir lieu, cesser « les battements de mon cœur. Garde-toi d'user tes w forces avant ce moment précis , car sans cela je ${ ïXik perdue pour toi; la mort sera la plus forte,
« et rendra ton dévouement inutile. Mais, à ce der- « nier instant, que tes mains, sans relâche, portent « sur mon corps la vie qui circule en toi, que ton « souflBe réchauffe mon cœur glacé. Ne considère « point ton ouvrage avant qu'il soit achevé; que « pendant sept heures, sans aucune plainte, sans « aucun intervalle, sans distraction , tu puisses « soutenir ta volonté, et tu auras fait le plus beau « travail que l'homme ait jamais pu faire. Tu seras « heureux, tu jouiras de ton ouvrage. Je revien- « drai à la vie, à une existence que toi seul pou- « vais me procurer, et le terme en sera long encore. « La vie reviendra par le chemin qu'elle a pris « pouriuir. Cela dépend de toi, de toi absolument, «< mais ne commence pas si tu ne veux pas achever . »
Et voilà pourquoi, l'heure venue, j'étais au chevet de la malade. Voilà pourquoi ,' semblable à l'homme qui se charge d'une mission périlleuse, envisage et calcule les obstacles qu'il aura à vaincre, et, déterminé, part sans regarder derrière lui, ne voyant que le succès ; sans hésiter un seul instant et sans me laisser ébranler par des larmes, je dirigeai avec calme, sur le cadavre que j'avais devant les yeux, les forces que Dieu m'a données.
Deux heures ne s'étaient pas écoulées que déjà des signes de vie s'étaient m^inifestés; les yeux re-
commencèrent à redevenir mobiles , la chaleur reparut, la bouche se ferma, la respiration devint sensible. Continuant toujours avec la même ardeur, les paupières s'abaissèrent, et la lividité de la face devint moins manifeste. La chaleur descendit dans les membres, une teinte rosée parut sur la peau et le pouls put de nouveau être senti.
La joie qui m'était promise, je l'éprouvais ; ma fatigue, je ne la sentais pas, et, ce bonheur me donnant une nouvelle force, j'ajoutai à ce que j'avais déjà fait. Mon succès fut complet. La prière de mon cœur s'élança vers l'Éternel, pour le remercier d'avoir donné à l'homme tant de puissance, et à moi tant de bonheur dans un instant.
Vis heureuse maintenant , pauvre créature de Dieu ; ta reconnaissance durera moins qu'une des nombreuses années d'existence que je t'ai rendues. Mais qu'importe ! ai-je toujours pensé moi-même aux auteurs de mes jours?ai-je recherché l'homme généreux qui m'avait tendu une main secourable lorsque la vie s'éteignait en moi? Hélas! rien n'est parfait ici-bas. Le moins ingrat est celui qui souffre et languît, le plus reconnaissant est celui qui est malheureux. Ce n'est que par exception que Ton rencontre la vertu j elle est quelquefois compagne de la faiblesse.
Les mortels se prêtent la vie pour un moment ; c*est la course des jeux sacrés, où Ton se passe de main en main le flambleau.
Lucrèce.
La vie est donc bien puissante, puisqu'un faible rayon projeté pendant quelques heures sur des organes flétris et usés suffit pour les ranimer et leur donner une nouvelle existence ! Ici un corps amoindri par une suite d'inflammations successives , qui avaient détruit les facultés digestives pendant plusieurs années, supprimé les menstrues et fait disparaître presque entièrement la possibilité de se mouvoir , réduit le poids et le voliime du corps à un degré à peine croyable. Et les régies paraissent contre toutes les probabilités , et le mouvement revient dans des membres atrophiés, ces branches desséchées que Ton croyait mortes et qui retrouvent la sève qu'elles avaient perdue. Dans la même nuit, tous ces phénomènes s'accomplissent sans qu'aucun remède ait été donné , sans d^autre
puissance que la vie d'un autre être venant remplacer celle que les organes n'avaient pu retenir. Que ne fera-t-on pas lorsque Taveuglement des hommes aura cessé ? Que ne doit-on pas attendre d'une nature douée de plus d'intelligence et de force que la mienne ?
FilT RiPPORTU PAR I, DELEUZE.
« Une jeune personne de seize ans, modèle de
beauté , de grâce, d'esprit précoce et de sensibilité touchante, n'a pu surmonter cette crise de la nature qui décide si un jeune plan se reproduira ou laissera tomber sur la terre sa tige languissante. Une maladie de poitrine a précipité au tombeau , après de longues souffrances , un être céleste, que ni la science de l'art , ni les soins et les peines de la plus tendre mère n'ont pu sauver. Les secours du magnétisme , administré trop tard par une sœur aimante et d'une santé florissante, avaient bien pu parfois redonner quelque force au corps désorganisé de la malheureuse phthisique ; mais la décomposition totale d'un organe essentiel, et dont rien ne peut opérer la reproduction , la des-^ truction du premier organe de la vie a annoncé