‹ Essai sur l'enseignement philosophique du magnétismeChapitre 13 sur 20 · FAIT RAPPORTÉ PAR M. NASSE · texte numérisé non relu

FAIT RAPPORTÉ PAR M. NASSE

Professeur de médecine k Halle.

« Je jugeai que M. Zimmermann devait cesser l'emploi du magnétisme , et malheureusement je n'avais personne qui pût le remplacer. De ce moment la maladie fit des progrès alarmants. La respiration devint difficile, la fièvre était brûlante, et ce qui restait de forces s'épuisait de jour en jour.

« La malade était à la dernière extrémité. Son mari , ses parents attendaient d'heure en heure son dernier soupir. Elle ne conservait plus aucun principe de vie; tout semblait éteint en elle, et cependant elle nepouvaitmourir. J'ai assisté beaucoup de malades à leurs derniers moments , et jamais je n'ai rien vu de semblable au phénomène dont je vais parler.

« Madame Zimmermann était quelquefois sans respiration , dans toute l'acception du mot; ses yeux étaient fermés; elle était dans une immobilité absolue ; ceux qui l'entouraient la croyaient morte et devaient le croire. Tout à coup le pouls renaissait, l'haleine était sensible, les yeux se rouvraient, une nouvelle vie semblait animer la malade.

« Personne ne pensa d'abord à chercher la cause de circonstances aussi étonnantes qu'extraordinaires. J'observai enfin ces sortes de résurrections, si j'ose me servir de ce mot, et je me perdis dans des conjectures que j'étais forcé de substituer aux lumières insufiisantes de mon art. Je m'arrêtai à l'idée d'étudier les incidents dans les individus qui approchaient la malade de plus près.

« Je remarquai enfin que la mort paraissait avoir frappé sa victime lorsque son mari s'éloignait d'elle. Elle revenait à la vie dès qu'il rentrait, et surtout quand il approchait de son lit avec le sentiment de pitié bienveillante, cette force de volonté qui constituent essentiellement le magnétisme. Je m'attachai, sans relâche, à suivre ma première observation, et je m'aperçus que les effets étaient Qonstamment les mêmes, soit que M. Zimmerman sortît, soit qu'il rentrât.

<c Si les raisons que j'ai rapportées plus haut ne l'eussent obligé de cesser son traitement magnétique, il eût très-probablement prolongé l'existence de sa femme; il n'est pas même démontré pour moi qu'il eût été impossible de la ramener à la vie. Quoi qu'il en soit, il est constant que la force de l'action magnétique s'est soutenue longtemps après que M. Zimmerman en a cessé l'application.

« Je lui communiquai mes observations; il voulut en reconnaître la réalité. Il fit plusieurs essais qui amenèrent toujours les mêmes résultats. Fort des espérances que lui donnait la conviction de son pouvoir, il voulut reprendre la pratique du magnétisme avez zèle, avec persévérance; le magnétisme aide la nature, et la nature ne pouvait plus rien pour sa femme. Je lui représentai que ses soins et ses efforts seraient désormais inutiles , et qu'il y aurait de la cruauté à prolonger cette lutte douloureuse entre la vie et la mort. Je le suppliai de terminer une agonie qui n'avait que trop duré, et le déterminai à sortir de la chambre.

« Peu de minutes après qu'il se fut éloigné de sa femme, ses yeux mourants se fermèrent de nouveau, la respiration s'éteignit sans retour, et bientôt il ne resta dans nos mains qu'un cadavre inanimé.

a Nasse. ».

« Parmi les guérisons opérées par le docteur Desprez, de Paris, il en est une dont le souvenir mérite d'être conservé : c'est celle de sa femme. A la suite d'une couche, elle éprouva des accidents trèsgraves contre lesquels tous les secours furent inutiles. La malade perdit ses forces; et, sentant sa fin approcher, elle adressa à son mari un dernier adieu,

puis resta privée de sentiment. Ses confrères et ses amis, la croyant morte, voulurent arracher M. Desprez de l'appartement; mais, retenu par je ne sais quelle espérance , il s'y refusa , et les supplia de lelaisser seul avec elle. Dès qu'ils furent sortis, il la prit dans ses bras , la pressa sur son cœur, et chercha à la ranimer de sa propre vie. . . Au bout de vingt minutes, elle pousse un profond soupir, ouvre les yeux, le reconnaît et retrouve la parole ! . . . Quelques jours après elle était rendue à la santé.»

M. le marquis de Saint-M. . . dut la vie de son fils unique àunepratiquesemblable. Lorsque la science lui eut dit : « Il n'y a plus d'espoir, consolez-vous d'une perte aussi grande, votre fils devait succomber, etc. , etc., » il s'enferma seul avec lui , le réchauffa, le pénétra de sa propre vie, ne le quitta plus enfin que lorsque les signes manifestes d'une vitalité nouvelle se manifestèrent. Il conserva son fils ! La médecine le laissait périr. Une volonté forte, un désir passionné le rendirent à la vie. Heureux père! que ton sort est digne d'envie!

sourds-muets:

Croire tout découvert est une erreur profonde: C'est prendre Thorizon pour les bornes du monde.

Quelle est cette puissance qui lutte, dans certains Cas, avec la nature? Jusqu'où peut-elle exercer son pouvoir? A-t-elle une limite? Est-il sage, est-il prudent de pousser loin ses investigations, et doit-on écouter les avis des esprits timorés ?

(i Vous anticipez sur les décrets de Dieu , vous « dit-on; laissez ses ouvrages, seraient-ils impar- « faits ? C'est outrager la Divinité que de sonder ses «c décrets; ce qu'elle a caché ne doit point être dé- « couvert; il y a de l'impiété, même en ne cher- « chant qu'à l'imiter. »

L'antiquité punissait souvent de mort l'audacieux qui étudiait les causes des phénomènes les plus vulgaires, et dans tous les temps on a signalé comme impie et sacrilège celui qui voulait tmp

mvmr. Galilée fut contraint de se mettre à genoux pour avoir dit que la terre tournait.

Devons-nous écouter les avis des prudents, c'està-dire de ceux qui, n'ayant le talent de rien découvrir, ont pourtant souvent le pouvoir de vous punir de ce qu'ils appellent vos témérités ?

Ah ! laissez-nous vous enrichir de quelques nouveaux faits. Songez que ce sont les hommes que l'on appelait fous qui découvrirent tout ce qui aujourd'hui fait la gloire de la science. Dieu ne peut se fâcher contre sa créature lorsqu'elle cherche par des pensées profondes à s'initier à lui; il ne peut punir l'homme qui, plein de pitié pour ses frères , force son génie à trouver les moyens de soulager leurs peines et leurs misères.

Chaque jour vous dites : La science est arrivée à ses dernières limites , et chaque lendemain la barrière se trouve franchie. Est-ce pour punir les audacieux que Dieu les livre en holocauste à la foule des sols? Veut-il que pendant quelque temps le rire et les sarcasmes des savants empoisonnent leur âme? Est-ce une expiation, ou Dieu veut-il que le triomphe soit acheté cher, et que des larmes amères succèdent rapidement aux plus douces émotions ?

Que la volonté de Dieu soit faite ! Qui sait si ,

sans cela, l'homme conserverait sa raison? Ces contrariétés viennent souvent à propos pour diminuer l'exaltation des forces vitales et rappeler l'âme aux besoins du corps. Peut-être est-il nécessaire que le souffla glacédel'égoïsmeet de l'ignorance éteigne en partie ce feu qui consume le cœur.

« Si j'avais la main pleine de vérités, disait Fontenelle, je me garderais bien de l'ouvrir ! » Ainsi parle l'esprit froid et sans charité pour les hommes. Ceux qui pensent comme Fontenelle jouissent en paix, sont heureux, mais je ne voudrais pas de leur joie, et leur précepte me fait horreur. Les arbres les plus agités par les vents sont aussi ceux qui poussent les plus profondes racines ; ainsi , de même, aux tourments de l'âme succède une sérénité qui donne la force de défier la fortune; l'homme, fier de sa conquête, s'écrie alors comme Haute : Je mis dans le poste où Dieu m'a placé. C'est donc un bien que la souflfirance morale, et les hommes qui poursuivent de leurs clameurs l'être privilégié de la nature travaillent à le rendre plus parfait.

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