‹ Essai sur l'enseignement philosophique du magnétismeChapitre 15 sur 20 · FORGES · texte numérisé non relu

FORGES

MAGNETIQUES ATTRACTIVES.

Voulez-vous apprendre aux hommes à aborder la terre difficile de la vérité :

tout le monde a peur, personne ne vous aide ; à peine si quelques-uns peuvent vous comprendre.

FULTOIf.

C'est cette force employée pour chasser les dior- Mes en possession des corps humains, c'est elle dont se servit saint Paul contre Ânanias, d'une manière si terrible ; c'est cette puissance connue des Gymnosophistes , d'Apollonius de Thyane et de tous les faiseurs de miracles; c'est enfin ce magnétisme humain lancé par la volonté^ qui anéantit la résistance qu'on lui oppose. Car le corps vivant obéit,

ici, comme le ferait une paillette de fer à l'aimant qui l'attire.

Quel grand mystère est ici près de se dévoiler ! !

Mais quel est celui qui osera le révéler au mon-

de? Il est une limite oh l'homme doit s'arrêter un instant dans la recherche de la vérité. En abordant un pays nouveau, il faut apprendre à distinguer les productions du sol; il faut rechercher avec soin celles qui peuvent servir de pâture et celles qui peuvent donner la mort. Le temps est nécessaire pour que les hommes soient préparés à jouir de nouvelles lumières.

Prenez garde, novateurs ! les sages du XIX*" siècle vont vous traiter de fous, et leur haute raison saura bien trouver des arguments pour contredire vos assertions. Heureusement les temps sont changés : si la persécution vous atteint comme Galilée, comme lui vous ne serez pas contraint de vous mettre à genoux ; ainsi que Socrate, vous ne mourrez point par la ciguë ; plus heureux que Jésus, vous ne serez point mis en croix par nos modernes Juifs. Qu'importe, après tout, la nature des chagrins qui vous sont réservés? Cette vie est si rapide, les ennuis qui l'accompagnent si nombreux, que peu d'entre vous, sans doute, désirent rester sur la scène du monde. Courage donc, attaquez, dévoilez, et, si la mort vous surprend, qu'elle soit naturelle ou forcée, elle sera toujours glorieuse Songez qu'il n'existe pas au monde une vérité plus importante, plus merveilleuse que la vôtre; elle ne

me laisse, à moi, ni trêve ni repos. J'essuie, en ce moment, la boue qu'un académicien vient de me jeter à la face, et je suis moins touché de cet outrage que de l'indifférence de ses tristes collègues.

Nous ne mentionnerons pas tous les phénomènes qui naissent, et dont la plupart sont décrits ailleurs , mais seulement ceux qui nous ont, à nous, paru nouveaux, et qui semblent n'avoir pas été observés par d'autres, excepté depuis que nous les avons produits en public.

Ne perdez pas de vue ce que j'ai dit ailleurs, que cette vapeur infuse avait, outre ses propriétés physiques, des propriétés plus merveilleuses encore : celles de transmettre dans un autre corps, comme dans le vôtre propre, les déterminations de votre volonté, vos désirs et vos exigences.

Vous qui avez été témoins, dans vingt lieux différents, des effets surprenants d'attraction, n'apercevez-vous pas cette tension des muscles , tiraillés dans un sens opposé à leur fonction normale, cet œil fixe dirigé sur moi , et cette figure où se peint une sorte d'angoisse, impossible à rendre dans un écrit? Je n'exécute pas un mouvement qu'il ne soit senti par cet autre moi-^néme; en vain on voudrait nous séparer: les liens invisibles qui nous attachent l'un à l'autre ne connaissent point de force con-

traire. Et ai vous , étrangers à l'émotion quej'éprouvé et que je communique, vous approchez et pénétrez dans ce cercle magique , entraîné bientôt, vous viendrez dans ma direction, vous sentirez vos membres s'envahir, et les courants du fluide magnétique, en montant à votre cerveau, vont y détruire ou y changer vos déterminations premières sans que vous soyez maître de lutter contre cette invasion. Ce n'est que la faiblesse ou l'épuisement de mon être qui fait cesser ces terribles phénomènes et vous rend votre liberté; ce n'est dans d'autres ca& que mon consentement qui peut vous laisser retrouver votre état primitif.

Ne faites plus parade de vos forces , hommes vains et oi^eilleux , car c'est une vanité de croire qu'elles peuvent toujours être à votre disposition. Ici, ce n'est pas l'adresse ou la ruse qui peut les annihiler, mais l'emploi d'une puissance supérieûre à la vôtre, quoiqu'elle parte d'un être physiquement faible et que vous pourriez briser dans une autre chrconstance.

Dès l'instant que l'action magnétique a dominé en quoi que ce soit le magnétisé, le magnétiseur peut , en s'éloignant lentement et par degrés , le faire venir dans sa direction , le faire incliner à

droite, h gawbe, en arrière, en avant, et enfin le

faire tomber comme une masse inerte. Ce n^est pu tout. Cette puissance peut être graduée de toile sorte que ce mouvement d'attraction s'opère lente« ment ou par une impulsion dont la rapidité dé* passera les prévisions de celui qui opère; si celui-ci se met à courir, il sera suivi avec la même vitesse par le magnétisé. Mais la différence est très-grande entre les deux êtres; l'attiré présente beaucoup de roideur des membres; cependant il marche: ses yeux sont hagards, et ses traits immobiles donnent à la face la plus singulière expression.

Interrogé, il vous dira qu'il lui était impossible de résister plus d'un instent, qu'il sentait en lui quelque chose qui le remuait et le patmait à obéir. Il ne voyait rien , si ce n'est la personne qui Tattirait; il eût passé sur le corps de ceux qui lui au* raient barré le passage; et nous avons vu, dans nos expériences de l'Athénée de Paris, de Besan** çon , de Nancy et de Metz, de Londres et de Sainte Pétersboui^, un groupe de huit ou dix personnes serré dans un espace étroit, et opposant la plus grande résistance , être impuissant pour empêcher le magnétisé d'avancer.

Il n'est pas nécessaire, pour obtenir un senir blable phénomène , d'être vu par celui <{ui est attiré; on obtient de même ce résultat en lui

itnt tourner le dos , et en le tournant soi-même. Chose singulière dans ce cas, il avance à reculons et son dos vient toucher le vôtre, à tel point que, si vous vous inclinez , il s'inclinera avec vous. Une muraille ne diminuera en rien la possibilité de cette attraction ; le magnétisé viendra dans la direction oh vous étes^ il se heurtera contre Tobstacle qui vous sépare et oscillera comme une aiguille qui sent le fer aimanté et cherche à s'en approcher.

Si vous exercez cette attraction sur plusieurs personnes ensemble, l'effet est aussi prompt; seule^ ment il varie dans ses résultats. Placés sur une ligne droite, ceux que vous attirerez ne la quitte^ ront pas, mais les plus sensibles marchent plu. vite au but et renversent les autres.

Si vous les placez tous en un cercle dont vous oe* cupez le centre , ils gravitent vers vous avec plus oU moins de promptitude, et, parvenus près de vous, ils cherchent encore à s'en rapprocher, comme s'ils devaient être soudés à votre chair.

Dirigeant votre force vers une seule partie , elle acquiert parfois une dureté et une insensibilité sans ^ales; les doigts, par exemple, si vous avex agi sur un seul membre, se courbent, se plient , et

les ongles entrent dans la chair ; si dans cette main

voua mettes une autre main ou un corps étranger, il est serré comme dans un étau, et cette pression, qui dure autant que vous le voulez , est toujours au même degré. Semblable à celle que produirait un pas de vis, on la sent augmenter au fur et à mesure que la saturation du membre a lieu. C'est dans cet état, appelé catalepsie magnétique, qu'on a pu couper un membre et faire d'autres opéralions chirurgicales sans occasionner la moindre douleur.

Oh peut aussi roidir tout le corps, et ceux qui sont ainsi magnétisés ressemblent à des êtres privés de la vie. Couchés, on peut les lever par une extrémité sans que le corps fléchisse en rien; mis sur les pieds, ils tomberont tout d'une pièce, sans pouvoir se servir de leurs mains pour diminuer les accidents de leur chute. Cependant ils sont parfaitement éveillés , la plupart conservent leur jugement; ils ont la faculté d'analyse et n'éprouvent qu'une gêne légère; revenus à l'état habituel, ils ne s'opposent presque jamais à une seconde, à une troisième épreuve.

Ces expériences ont été faites par moi un grand nombre dé fois; j'étais forcé, malgré ma répugnance, de les répéter souvent; car ceux qui ne les

avaient point vu fi^re sur leurs wnis ou sur eux^

mêmes me proposaient des défis que, dans T intérêt de la propagation du magnétisme, j'étais forcé d'accepter.

Que les hommes sont vains et sots! N'ai-jepas vu des gens qui, après ces récits, rejetaient tout ce que des hommes sincères leur racontaient de ces prodiges produits sur eux-mêmes? N'ai-je pas été défié avec des termes insolents et provocateurs? Et lorsque , résistant à ces propos insensés , je voyais attribuer à d'autres causes qu'à ma modération mon refus d'agir, j'étais enfin forcé de défendre la vérité avec les armes que Dieu m'a données.

Sans doute alors je n'étais plus pacifique; c'était un duel véritable, car cette lutte offrait pour les deux champions des dangers trop réels. Prenant mon parti d'une chose aussi grave, ma résolution était terrible, car je me disais : « Tout à l'heure j'aurai cessé de vivre ou cet homme obéira. » Il ne se doutait pas de la situation de mon esprit; il ne savait pas quelle violence je me faisais et à quelle torture je mettais mon âme. Enfin , je voyais mon fanfaron inquiet, je le voyais s'avancer pâle et tremblant; mes yeux fixés sur les siens l'avertissaient de l'état de mon esprit; il sentait que son premier pas serait suivi d'un second, et que

dans un instant j*allais être maitre de sa vie. Lorsque mon triomphe était devenu certain, la pitié me prenait ; je ne voyais plus devant moi un homtne, mais un enfant] ma colère se changeait en gaité, et, après avoir fait incliner jusqu'à terre mon antagoniste, je lui rendais la liberté. Ce jeu cruel ne le devenait que pour moi , puisque je par* donnais et qu'il me restait une fatigue extrême; je faisais , il est vrai, des défenseurs dévoués , mais j'enseignais une fatale route ; ceux qui vont la sui* vre n'auront pas le même caractère de modération, et les insensés ne manqueront pas.

Un autre ordre de faits non moins curieux se produit lorsque l'esprit du magnétiseur est exalté par des discussions qui développent en lui une surexcitation nerveuse; cet étal devient contagieux ; U veut convaincre, il le peut; sa croyance se communique alors comme sa colère , il lui est facile d'agir sur] le corps et sur l'&me, et tout obéit aux impulsions rapides de sa volonté.

Jamais le magnétiseur froid ne produira des phénomènes de cette nature; jamais, non plus, l'artiste ne sera inspiré s'il n'a senti cette fièvre , et les spectateurs resteront glacés devant l'acteur qui ne sait pas inoculer les passions dont on a doué son héros; mais aussi l'erreur, dans ce pr^

mier cas , exerce autant d'empire que la yérité ^ j le trouble de la raison pénètre dans le c^veait d'autnii comme les émimom d' idées les plus sublimes.

Vous vous êtes donc trompés, disciples de Fou-*

rier et de Saint-Simon , en voulant satisfaire touê les appétits de l'bomme. Croye2-moi , vous en feriez une brute semblable aux plus vils des animaux ; car, pour que Thomme soit supérieur à lui-même, il lui faut la lutte, les combats, la douleur, les cbagrins et les privations j car c'est au prix de la souffrance qu'il mit et conmtt, c'est en torturant son àme qu'il en fait jaillir les pensées créatrices de ses chefs-d'œuvre.

Le vulgaire necomprend pasd' abord les hommes supérieurs. Le peuple poursuivait le Dante dans les rues de Florence en criant : C*eH le diable, éèÊi lu fou, Puis, lorsque ce fou sublime fut éteint, on litt rendit justice et cm voulut bien le réhabiliter.

Les hommes, en général, ne demandent pM qu'on les instruise; ce qu'ils veulent avant tout, ce sont des choses qui les divertissent. Aussi ai-jd été obligé, pour répandre la découv^te de Mes^

mer, de faire quelquefois des espèces de tours de

* C'est Mahomet et son ignorance qui établirent la secte la plus nom-

force; en fiurçdnt la nature, en la violentant, j'obtenais des résultats qui auraient dû repousser : ils attiraient; et, loin qu'on me criât d'arrêter, on me disait de poursuivre, et lorsque des convulsions étaient la suite de mes expériences forcées , mes auditeurs étaient extrêmement satisfaits.

Quelquefois cependant je les'ai remplis d'effroi; mais c'est dans quelques circonstances où toutes les faiblesses de quelques-uns étaient divulguées par lesomnambule, ou bien lorsque, saisissant l'apropos, je faisais, par une espèce d'évocation, apparaître au dormeur les événements malheureux qui l'attendaient dans le cours de sa vie. Il me souvient qu'un jour, entouré de beaucoup d'élèves, l'un d'entre eux s'étant endormi près d'un magnétisé , je m'avançai près de lui , et lui demandai s'il était malade; il se recueillit un instant et répondit qu'il rétait. « Guérirez-vous? » lui dis-je. Sa réponse fut ini^antanée : « Non. — Quand mourrezvous? — Dam trin» ans. » Le désespoir s'était emparé de lui; sa figure était décomposée,, et l'accentuation de sa parole , sombre et caverneuse , avait glacé tout le monde. Éveillé aussitôt, la surprise de tous fut extrême, car il ne se rappelait aucun de ses aveux ; il ne savait même pas qu'il eût dormi. Qui le croirait? A peine sorti du lieu $ie nos séances ,

la discïétioii que j'avais recommandée ne fut point observée , et on lui répéta mot pour mot ses t^ri-bles aveux. Heureusement il nia qu'il eût dormi et crut qu'on lui faisait un conte. Déjà deux ans se sont écoulés , et je suis certain qu'il approche de sa fin.

. Oui, il existe une force merveilleuse, rayon de

ff

la puissance et de la lumière divines; cette force, versée en nous avec une libéralité que nous avons méconnue, nous agite et nous maîtrise à bbaque instant, sans que jamais la science actuelle daigne la reconnaître et en faire usage. Elle s'échappe de nos yeux par torrents, elle envelq)pe la surface de notre corps , et chaque mouvement que nous exécutons en lance au loin des flots précipités. Notre pensée la porte dans autrui, et deux corps organisés ne se sont jamais approchés sans s'en pénétrer mutuellement.

De là les attractions et les répulsions , les sympathies et les. antipathies ; de là enfin ces passions subites qu'un regard a fait nsdtre et qui survivent quelquefois jusqu'au delà du trépas.

La découverte du magnétisme devrait être le sujet d'un enseignement public où seraient exposés ses avantages et ses inconvénients. Il devrait sortir de cette chaire des principes de morale et de con-

lervation. L'amour du bien public, qui devient pluft rare aujourd'hui , pourrait être réédifié « Les hommes seraient de cette manière rappelés aui vrais préceptes de l'Évangile^ car le sens caché des Écritures pourrait maintenant être dévoilé. On purifierait la médecine et on assurerait sa marche si vacillante et si incertaine. On prouverait enfin l'existence en nous d'une force qui ne peut périr avec le corps , et bientôt la crainte d'un châtiment étemel et terrible, suite des mauvaises actions, empêcherait ce débordement de crimes et d'assassinats.

Mais rien ne sera fait , car ce n'est pas le gouvernement qui dirige; il est traîné à la remorque des mauvaises passions. Il a bien à songer à la conservation des hommes et des doctrines qui doivent contribuer à leur bonheur! Il faut d'abord qu'il s'occupe de sa propre conservation , et , on doit l'avouer, il a beaucoup à faire. Que lui importent les principes moraux? En voyant ce qui l'entouré, il doute de leur existence. Il n'a pas le loisir de s'enquérir d'ailleurs d'une vérité; il partage l'erreur des hommes et laisse à d'autres temps le soin de les moraliser, de les guérir et de les éclairer.

Je vous le dis , À vous tous qui lirez cet écrit :

n'écouter pas vos savants, tos médecins, qui vous

diront , avec le sourire de la moquerie : Le magnë* tisme n'existe pas; il ne peut, par conséquent, ni faire le bien ni faire le mal. C'est un jugement venant de gens peu éclairés , car le magnétisme est la force la plus réelle qu'il y ait au monde ; on peut produire par son emploi le bien ou le mal ; il n'est nécessaire d'aucun instrument pour agir : la pensée même peut suffire , et parfois des résultats prodi^ gieux sont obtenus en quelques secondes.

Cette propriété d'attraction a lieu quelquefois sur des choses inanimées. En voici la preuve dans ce qui suit.

On lit dans le Sémaphore de Marseille, août 1839,

«Nous avons déjà rendu compte, sur la foi des jôumaui de Smyrne , des phénomènes extraordinaires qui se manifestent entre deux jeunes filles grecques , sans qu'on sache bien précisément dans quel ordre de faits naturels on doive les ranger. Lorsqu'elles sont placées à peu de distance Tune de l'autre, trois pas environ, ces jeunes filles communiquent aux objets placés entre elles un mouvement rapide qui les déplace , malgré leur poids souvent considérable , et les porte violemment de l'une vers l'autre sans aucune oseillation sensible.

Ces deux demoiselles sont arrivées depuis quelques jours à Marseille ; elles OHt été accueillies chez un négociant honorable de leur nation , qui a bien voulu, avant-hier, prêter son salon à des expériences dont nous avons été appelés à être témoins , en compagnie de personnes distinguées de notre ville. Au nombre de ces personnes étaient M. le docteur Cauvière, M. le docteur Rousset, M. Barthélémy, directeur du cabinet d'histoire naturelle, et M. Salze, directeur du Jardin des plantes et professeur de physique au collège royal.

wLesdeux Smyrniotes, dont laplus jeunes' appelle De^nou , et la plus âgée Zambellou, étaient séparées par une table ronde , en bois de noyer, d'un diamètre d'environ six pieds.

« Nous n'entrerons aujourd'hui dans aucun détail circonstancié sur les résultats de cette épreuve; ce qu'il nous importe, c'est d'affirmer que la table, en notre présence et au vu de tous ceux dont nous avons parlé , s'est mue de son propre mouvement à plusieurs reprises , conune si elle se fût trouvée subitement ealraîuée du côté de la Zambelbu vers la DesphioUy ce qui a toujours lieu de la sorte et ce qui avait d'abord fait croire à l'existence d'un fluide magnétique se précipitant de l'une vers l'autre, hypothèse que les expériences faites à Smyrne

avec beaucoup de soin, par le docteur Galîen Clado , n'ont pourtant pas confirmée.

<i En attendant de nous trouver mieux éclairés sur ces faits extraordinaires, nous ne saurions que répéter ce que nous venons de dire, savoir : que nous avons vu plusieurs fois cette table fort lourde se mouvoir d'elle-même, et nous ajouterons que la disposition des choses , indépendamment du caractère de la personne chez qui ont eu lieu les expériences , éloigne jusqu'à l'ombre de tout soupçon de connivence ou de charlatanisme. Mais comme nous comptons assister à d'autres épreuves, oh les facultés de ces jeunes personnes se développeront sous d'autres faces encore plus ourieuses , car l'extrême émotion qu'elles éprouvent en présence des étrangers a nui jusqu'ici à certaines manifestations étranges du fluide inconnu qui rayonne d'elles, etc., etc. »

' C'est ici le cas de citer un autre (ait d'attraction exercé par les serpents, afin de montrer que cette propriété est aussi certaine que l'action électrique de plusieurs espèces de poissons. ^

Extrait de la Revue Britannique ^ num^ dtt mois d« noTembn 4827*

mm mmu m mmi n auiin m mm.

« Us croyances pq^ulaires ne sont p«s toujou» des erreurs sans fondonent; elles reposent quelquefois» comme celles des sciences, sur des faits plus ou moins bien ol)senrés. VL. Naidn de Willam»^ burg» dans TÉtat à$ llassachusets» a eu l'occasion de Toir dej[)etits oiseaux autour d'un (prand serpent noir; son récit , inséré dans le journal du profes* •eur Sillimany est très^igne de l'attention des na^* turalistesy et doit trouTar place dans Vhistoire d«s sorpents, « }e me promenais p dit M. Nash » à un mille de mon habitation, twi midi, au mois d'août; le gazouiUwient singulier de quelques oiseaux m'attûra, d'autant plus que ce n'était point le cri naturel d'aucune des espèces que je toyais réunies. Mon approche fit fuir toute la petitebande, qui alla se percher sur un saule : en même temps je Tis un serpent noir qui montrait sa tête à l'entrée de sa retraite souterraine. Je soupçonnai que sa présence était la cause du bruit que j'ayais en-^

tendu 9 et je fus curieux de savoir s41 reeommen<« eerait. Je choisis mon poste pour tout obserrer i à peine y éf ais-je établi que le serpent sortit de son trou lentement, avec une tranquillité apparente ou réelle, et les oiseaux s'en approchèrent de nouveau. Je les vis courir tout à Tentour et très-près, saute? par-dessus, si bien qu'à la fin ranimai fit quelquei mouvements , soil pour se dérober à ces agaceries, soit pour en profiter et saisir un des assaillants. Je remarquai dans les oiseaux un mouvement dd frayeur, mais ce ne fut qu'un moment : dès que le serpent fut en repos , toute la bande recommença ses manœuvres autour de lui; enfin l'ennemi se glissa sous l'herbe , mais ni les cris , ni les sautillements ne cessèrent; les oiseaux ne quittèrent point la place où le magicien semblait les retenir par un pouvoir surnaturel.

« Les mouv^nents de ce peuple ailé ne parais* saient nullement ceux de la peur ou de l'aversion; on eût dit qu'il obéissait à une sorte d'attrait pour le sorpent , attrait que le sentiment du danger pou*vait diminuer sans le surmonter. Ce n'est pas ainsi qu'il se comporte envers^d'autres ennemis, tels que les écureuils , les chouettes et une espèce encore plus malfaisante, les petits garçons dénicheurs d'oiseaux. On entend alors les cris de frayeur^

d'appel au secours, de colère, de désespoir. Autour du serpent, c'est un gazouillement qui ne parait exprimer aucune passion violente. Je visitai soigneusement toutes les haies et tous les arbres des environs pour examiner si la sollicitude paternelle n'était pas le but des mouvements; s'il n'était pas question d'occuper l'ennemi et de le détourner des lieux où était déposé l'espoir d'une famille; mes recherches furent inutiles, il n'y avait aucun nid. dans les environs. »

M. Silliman rapproche delà narration deM. Nash un fait de même nature , dont il fut témoin , ainsi qu'un ami qui l'accompagnait, et termine ainsi son récit : « Il faut donc chercher une cause naturelle à cette singulière disposition des petits oiseaux envers les serpents. Le pouvoir d'attraction exercé par le reptile réside-t-il dans ses yeux ? serait-il l'effet d'une émanation? peut-on l'attribuer à des frémissements de vibration? et ces causes, si quelques-unes sont réelles, ne varientelles pas dans les différentes espèces de serpents? Quelques espèces n'en sont- elles pas dépourvues, ptç.?»

▼oix WTiaLxnrautt.

FBESSBNTIIENTS, VUES NYSTÈKIEUSES,

Si la vérité descendait du ciel pour vivre avec tious, il faudrait qu^elle se revêtit d*abord de Técorce de notre stupidité, de crainte d'être prise pour folie.

u Faut-il croire aux pressentimenls? Est-il des circonstances où des messagers mystérieux nous révèlent les dangers que doivent courir les êtres qui nous sont chers? Pendant le sommeil une partie de notre âme ne se détacherait-elle pas pour aller momentanément rejoindre une autre âme qui nous appelle? La pensée de ceux que nous aimons, aux heures de péril, traverserait-elle l'espace pour nous avertir, ou n'y aurait-il point, dans la préoccupation mutuelle de ceux qui s'affectionnent, cette force de sympathie qui fait la seconde vue, cette prescience, cette immatérialité qui devancent la mort?»

L'Impartial de Smyrne pose ces questions à propos d'une récente catastrophe qu'il raconte ainsi ;

« M. Da..., agent consulaire de France dans une des tles de l'Archipel , voit en songe que son fils, qui se trouve à Smyrne, jeune homme de dixsept à dix-huit ans, et donnant les plus belles espérances, y est menacé d'un grand danger. Le malheureux père se réveille en sursaut. Pendant deux jours cette idée ne cesse de le poursuivre; mais il n'y a pas un départ quelconque dont il puisse profiter au moins pour écrire, et force lui est de refouler au fond de son âme les pénibles idées qui viennent l'assaillir. Une occasion se présente enfin, et une personne qui va à Smyrne est chargée d'une lettre dans laquelle M, Da. . . fait part de ses craintes à ses parents , et leur recommande instamment de lui renvoyer son fils le plus tôt possible. Le voyageur débarque un matin en ville; il s'occupe d'abord de quelques affaires; puis, vers le soir, il songe à remplir son message. Il se présente en conséquence dans la maison où il doit remettre la lettre. . . en même temps qu'on y apprend la déplorable nouvelle que le fils de M. Da.,. venait de se noyer en se baignant dans la mer. Qu'on juge de la douleur, de la stupéfaction du malheureux père ! Ses affreux rêves s'étaient réalisés; s'il avait pu suivre leurs inspirations, s'il avait pu rejoindre son fils, il l'aurait sauvé ! . . . »

En songe, Dion ouvre les oreilles des hommes et les instruit ea toute discipline.

Cette voix intérieure parle sans bouche, et ce ne sont pas les oreilles qui sont chargées de Tentendre. Son langage est figuré, car ce qu'elle veut exprimer est pris dans un grand livre écrit de la main de Dieu; cet alphabet mystérieux est traduit en toimême, ton esprit assiste à ce travail ; mais, semblable à celui qui , bien éveillé, écoute une conversation rapide entre plusieurs interlocuteurs , il n'en saisît souvent qu'une partie, et ce n'est pas toujours celle qui a rapport à ses intérêts. Il interrompt quelquefois brusquement ces discussions en voulant y prendre part , trouble ainsi l'extase de l'âme et affaiblit les images qui se peignaient dans le cerveau; tout s'efface bientôt, les interlocuteurs disparaissent en laissant un vague souvenir de leur présence,

Uâme du simple à tous les regards s'ouvre, ont dit les sages; mais, par ce mot simple, ils figuraient non pas l'ignorant, mais l'honmie modeste et at- , tentif , celui qui, sachant, croit ne rien savoir, qui pense enfin que toute science vient de Dieu , et qu'en nous-même , lorsque nous voulons écouter, la voix de l'âme nous transmet ce qu'il nous importe de connaître

Les grands hommes du temps se sont moqués des voix intérieures, et parce qu'ils ont vu des fous accuser ces voix de les tourmenter et de leur conseiller des choses répréhensibles, ils ont pensé que tout était folie. Grands génies, si tout à coupla vérité venait à luire sur la terre , et qu'on voulût savoir comment vous en avez été les interprètes , à coup sûr vous reconnaîtriez vous-mêmes que vous avez été les plus fous des hommes.

Si, dans un concert, un seul instrument est discordant, vous assistez à un charivari ; mais si tout est d'accord et que les artistes soient bons,, vous êtes rempli d'enthousiasme, et votre âme jouit longtemps encore du ravissement que vous avez su lui procurer. Chaque partie du cerveau est chargée d'une fonction; lorsqu'une se dérange, par l'effet d'une excitation causée par une mauvaise passion PU par une maladie, tout le reste se trouJ>le, et la

confusion existe. Mais lorsque tout est sain et qu41 plaît au grand archer de commander ou d'exciter celte admirable organisation humaine à faire entendre ses harmonies, c'est le concert divin, et vous savez aussi bien que nous que la plupart des ouvrages qui ont illustré certains hommes ont été conçus dans une espèce de sommeil des sens, et sans la participation de cette raison qui vous donne tant d'orgueil.

Comment viennent les inspirations? votre raison est-elle le génie ? Est-ce elle qui vous donnera des pensées que vous n'avez pu recevoir par les sens, puisque ce qui se fait ainsi n'existait pas et que par conséquent vous n'avez pu le connaître? Je sais bien que vous étouffez à chaque instant ces voix intérieures; vous méprisez les avis qui vous viennent de la sorte parce qu'ils sont souvent incompréhensibles pour cette fausse raison que vous avez fait prédominer sur la véritable intelligence, mais toute l'antiquité est contre vous.

Qu'est-ce qui vous tourmente à la veille d'un grand danger (1)? Vous ne le savez plus. On tient

« 1 J*avoue, dit Marguerite de Valois' dans ses Mémoires, n'avoir jamais été proche de quelques signalés accidents, ou sinistres ou heureux, que je n'en aie eu quelque advertissement ou en songes ou autrement, et puis bien dire ce vers :

« De mon bien, de mon mal, mon esprit m'est oracle. »

peu compte de ces avertisscmeulS) comme on méprise la coiiiîcience et la vertu, et l'homme accuse encore la nature de sa perte , elle qui a tout fait pour conserver son ouvrage, Tennoblir en le marquant de son sceau divin.

L'cflttase , le ravissement ne peuvent être le produit de vos arts ni de vos sciences; vous savez parfaitement déterminer l'ivresse ou quelque chose qui lui ressemble en jetant la perturbation dans l'intelligence, en employant des poisons. Mais les iovr piraux de fâme ne s'ouvrent point ainsi, et ce n'est pas de cette manière que se forment les prophètes.

Vous niez qu'on puisse prédire l'avenir ou découvrir les choses cachées avec autant de raison que le ferait celui qui, n'ayant point d'odorat, s'obstinerait à nier les odeurs des corps.

Les savants ont été les premiers à nier les œuvres divines de Jésus; aujourd'hui encore ils plaignent ceux qui y croient, et, selon eux, ce sont des imbéciles dignes de pitié. Voilà donc où conduit la science des écoles. Ces illustres sont persuadés qu'il n'y a rien de réel en dehors de ce qu'adoptent leurs académies, qu'enfin ils savent toute science, et qu'il n'y a de miracles et de merveilles que ceux que renferment leurs livres. Sans doute, ils doivent être fiers de leurs travaux : plusieurs honorent l'es-

prit hutnain ; mais, pour nous, celte lumière de la science ressemble à ces clartés qui servent à nous guider dans les sombres nuits; elles nous montrent les objets qui sont à petite distance ; nous n'en voyons qu'une partie, mais, dans l'étonnement que nous éprouvons de voir clair au milieu des ombres^ nous croyons qu'il n'y a pas d'autre clarté possible. C'est bien là l'homme et son inépuisable orgueil ; chaque découverte pourtant confond son jugement sans le pénétrer de la grandeur des œuvres de Dieu et de la petitesse de son jugement; on ne peut lui faire comprendre qu'il existe une lumière pure, et que l'âme seule peut voir, en se dégageant de la matière.

L*âme I Qu'eit-i^e que c'eit qu*v/ne âme? Qui e$hce gui a vu uae âme ? Oib te hge-t^elle ? Qu'on nous la montre. Paroles aussi stupides que le seraient celles de celui qui dirait : Oix est le vent ? Qui est-ce qui a vu le vent? Qu'on me le montre I Et plusieurs cherchent leur âme, comme cet homme cherchait sa monture étant à cheval dessus. Ah ! grands génies de notre temps, illustres immortels^ frappez donc un pou sur votre coquille, la douleur vous répondra; vous aurez le sentiment de votre existence, vous serez avertis qu'il y a en vous quelqu'un qui veille et s'inquiète, et qui n'est point

voire haute raison. Frappez encore et que le sang coule; le quelqu'un s'en ira de chez vous en laissant votre domicile, et aucun de vous ne pourra le réparer et le faire mouvoir; vous aurez beau crier, l'air retentira en vain de vos cris; la bouche fermée restera muette , serait-ce celle d'un de vos orateurs , une de celles qui, dans ce monde, ont réponse à tout? SaVis doute, celui qui explique, qui rend raison de toute chose, n'a pas besoin de recourir à la Divinité , et voilà pourquoi les savants nient ce qu'ils ne peuvent ni concevoir ni expliquer.

Un miroir de deux sous, s'il pouvait parler sur les objets qu'il réfléchit, raisonnerait comme nos savants. Il n'aurait pourtant derrière sa surface polie qu'un peu de mercure et d'étain. De quoi la cervelle de nos grands hommes est-elle donc faite?

Avant que Tàme ne soit dégagée de la matière, elle peut déjà converser avec de purs esprits ; Dieu l'a permis, mais d'une manière imparfaite; elle peut plonger son regard jusqu'au séjour de ceux qui , pour toujours, ont perdu la forme humaine; elle ne livre ses secrels, cependant, qu'avec une très-grande réserve. C'est ici où on aperçoit la suprême sagesse; moi-même, témoin plusieurs 'fois de ces extases, je ne pus apprendre que ce qui

ne pouvait nuire à personne; seulement je sus |Ous les obstacles que j'aurais à vaincre et le chemin que je devais parcourir pour éviter les embûches de la mauvaise foi. Je sus bien longtemps d'avance quels étaient les hommes que je rencontrerais et les chagrina qui m' étaient réservés , Plus tard, cette voix se fit entendre en moi-même; je méprisai d'abord ses avertissements, mais je reconnus bientôt combien ma raison était faible près de cette voix mystérieuse.

Écoute-moi , et cherche à comprendre !

Dans ces émigrations de l'âme, la raison garde le domicile humain; comme une femme acariâtre, elle attend le retour du maître pour le gronder et lui reprocher son absence; ^q raisonne j car elle ne comprend pas ; elle blâme et combat des absences dont elle ne peut apprécier les motifs; c'est enfin l'épouse de Socrate injuriant le génie. A chaque parole qui relate les choses merveilleuses que l'on a vues, cette femme, nommée raison^ est là pour vous contredire , et si vous insistez , votre maison sera remplie de trouble ; elle appellera les voisins pour dire que vous êtes fou , et que vous la rendez malheureuse. — Maudit mariage , maudite association; car la société tout entière protégera la femme contre vous. Cette femme devient

mattresse enfin, le génie se tait, devient muetj c'est elle, dès lors, qui parle pour lui et qui répond à la foule; c'est elle que vous entendez dans les assemblées. Il a raison y il possède la raison; avezvous entendu cette puissante raison? vous dîra-t-on de toutes parts. Ah ! mon ami , prends-la pour ce qu'elle vaut : pour une femme capable de gérer seulement ton domaine , régler tes affaires domestiques et veiller à ta santé ; elle saura parfois assez bien faire ces choses; c'est à quoi elle fut d'abord destinée, et ce n'est que par usurpation qu'elle règne sur les hommes.

Aussi , vois ses jugements; elle a condamné tout ce qui était bon, tout ce qui était utile en dehors de sa sphère. Absolue dans ses jugements, elle ne permet pas d'en appeler, et lorsque le sang a coulé pour des querelles qu'elle a suscitées, elle se repose, ivre de contentement. . Alors on aperçoit le mal qu'elle a fait ; le génie se montre un instant, répare, autant qu'il dépend de lui, les fautes de sa compagne raison; mais au premier signal de son retour il fuit et ne se montre plus.

Tous les hommes de science ont raison, yoilà pourquoi on dit : La voix du peuple est la voix d^ DieUy et non pas : La voix des savants est la voix de Dieu , car ce serait un affreux blasphème.

Et moi-méiûe, si j'avance dans cette régîon inconnue des esprits, je vais avoir à combattre la raison des savants. A une autre époque, les prêtres prêchèrent contre moi , l'Université me fit deux procès; toute la médecine criait après le charlatan, et la haute raison de tant de grands hommes m'eût fait assassiner. Moi qui ne désirais que le triomphe d'une vérité consolante, je courbai la tête, car ma raison me disait aussi : i< Tu as tort , fais comme eux ; que t'importe la vérité? L'erreur est bonne dès qu'elle rapporte de For ; plus on a de ce métal, plus on est honoré, » Mais une voix plus puissante me criait au fond du cœur : « Frappe donc sur tant de sottises humaines; meurs s'il le faut, comme Jésus mourut par la raison des Juifs , Socrate par la raison des savants de son siècle , comme tant d'autres par la raison des prêtres. Meurs plutôt que de faire amende honorable devant des gens à soutane, comme Galilée fut contraint de le faire. La raison est mortelle; elle ne survit point, ne monte/ point au ciel ; elle a été condamnée par Dieu à rester sur cette terre. Les hommes la déifient comme ils déifient tout ce qui est faux et mensonger, car pour eux la croyance , comme la raison du plus fort, est toujours la meilleure ; c'est le langage du barbare.

N'écoute donc point celte perfide compagne pour tout ce qui est du domaine d'en haut; jamais avec elle tu n'auras d'inspiration si tu es poëte, artiste ou médecin. Cherche par la pensée profonde à t' éloigner de toi-même, tu rencontreras de purs esprits qui fraterniseront avec ton âme, et de leur contact résultera une vive lumière, car tu es semblable à ces corps qui, en étant remplis, restent pourtant inertes et dans l'obscurité lorsque l'étincelle n'est point venue les enflammer.

Lorsque la voix te parlera clairement, ne révèle rien surtout , ou choisis avec sagacité ceux qui doivent recevoir tes confidences.

Un homme qui avait en lui ce génie singulier fut averti, au moment même, qu'un incendie consumait de riches domaines situés à une grande distance du lieu où il se trouvait; alors, très-ému, il fit part de cette fatale nouvelle ; d'abord, on ne voulut rien croire, malgré les détails trop bien circonstanciés; mais, le temps étant venu confirmer l'exactitude des révélations faites, cet homme fut accusé d'avoir lui-même, par des agents, causé tous ces ravages . Il dut se justifier !

Une somnambule découvrit devant moi et beaucoup d'autres personnes les événements de 1830; elle rattacha les faits à quelque chose qui m'était

personnel et qui me laissait des craintes en l'esprit. Tout sera changé^ me dit-elle...

Les témoins rirent beaucoup de l'annonce d'une révolution si prochaine; je plaisantai comme eux, et cependant je croyais à celte prophétie, car jamais la voix intérieure de cette jeu ne fille ne l'avait trompée. Garde pour toi, si tu es sage, ce que tu apprendras ainsi, car à chaque instant ta vie serait menacée par de nouveaux dangers.

Afnsl les prophëteft, par contemplaplatioQ dîTioe^qui est Trahnent la mort Bans mort de Platon, voient à leur volonté ies «iifM qui leqr déclaraient et réyélaient les secrets de Dieu, et toute- Hdjs dlTenement, par songe, par vision imaginaire, sensible ou oculaire , et intellectuelle , et à cette raison le prophète est dicf le voyant Baâb , parcequ*il Jouissait de visions célestes.

IfofM, Saint Paul,

La théorie de cette faculté de Tâme deviendra une véritable science lorsque les faits sur lesquels elle repose , observés avec exactitude, auront été enregistrés et classés avec soin. Le jeu de cette force, pendant le sommeil des organes qui la servent et de la volonté qui la dirige, est surtout curieux à observer, parce qu'alors elle obéit aux seules lois de la nature. Aussi, le psychologue ne doit-il pas négliger l'étude des songes s'il veut connaître la nature du principe qui les produit. Le docteur Abercrombie, dans ses Recherches sur l'intelligence y cite plusieurs faits extraordinaires dont il garantit la réalité.

Un prêtre, venu d'un village voisin à Edimbourg,

y ][)assaii la nuit dans une auberge j là , pendant son sommeil, il songea que le feu prenait à sa maison et que l'un de ses enfants y courait danger de mort. Aussitôt il se lève et se hâte de quitter la ville] à peine hors des murs, il aperçoit sa maison en feu et arrive à temps pour sauver un de ses fils en bas âge, qu'on avait, dans le désordre causé par l'incendie, laissé au milieu des flammes.

Un président du parlement de Toulouse , revenant de Paris dans ses foyers, est forcé, par un ae* cident, de s'anrêter dans une auberge de village. La nuit, un vieillard lui apparaît, k Je suis, dit l'ombre pâle et sanglante, le père du maître actuel de cette maison; mon fils m'a assassiné; mon corps, coupé par morceaux, a été enterré par ce scélérat dans mon jardin. Dévoile le crime, dénonce le coupable et venge-moi. » L'ombre disparaît.

Le magistrat, frappé de ce rêve, qu'il attribuait cependant d'abord aux vapeurs du sommeil>selève de bonne heure, cause avec son jeune hôte, et l'interroge adroitement sur la maladie , sur la mort de son père. L'embarras du parricide le trahit; le présidait feint de ne pas s'en apercevoir, suppose une affaire, sort, va chercher le chef de la maréchaussée; on fouille au lieu désigné, on trouve le cadavre; l'assassin convaincu avoue son crime, est livré

aux tribunaux et reçoit la punition qu'il a méritée.

Un propriétaire de la \ille de Benfeldon (Bas- Rhin), dont le domaine est à quelques minutes de chemin de cette ville, croit voir en songe, en 1819, un général romain lui décliner son nom et lui ra^ conter la bataille qui se livra à cet endroit et sa mort. « Fouillez, dit le fantôme, fouillez dans votre jardin ; vous y trouverez mes ossements et mes armes. » Le même nom du général, trouvé exactement dans les Antiquités de FAkace , inspire au propriétaire le désir de vérifier son rêve ; toutefois, l'entreprise ne fut pas exécutée. L'année suivante, le même jour, le fantôme reparaît et fait de nouvelles instances : on creuse et on trouve tout ce qui avait été indiqué.

En 1834, une dame du village dlssenheim croit voir en songe ses granges incendiées ; elle en fait part à son mari au milieu de la nuit. Un quart d'heure après , on frappe violemment aux volets, rincendie est annoncé; le mari, réveillé par les craintes de sa femme et levé avant que les flammes fussent visibles, parvint ainsi à sauver un malheureux domestique qui , cinq minutes plus tard , n'eût plus existé.

La veille du jour où Henry II périt dans un tournois, Cc^lherine, sa femme , le supplia de ne point

en lice, parce qu'elle l'avait vu, en songe, pâle el couvert de sang.

Un mois avant le parricide de Ravaillac, la reine Médicis rêve qu'elle est inondée de sang; elle se réveille en jetant un grand cri; Henri IV lui ayant demandé la cause de son effroi , elle lui dit qu'elle avait rêvé qu'il était assassiné. Malheureusement, Henri , trop peu crédule , rit de cette vision. « Les songes , lui dit-il , ne sont que des mensonges. »

Une de mes voisines, écrit M. de Ségur, me racontait dernièrement que, son enfant étant tombé malade , elle avait éprouvé toutes les angoisses , toutes les alarmes que le plus vrai, le plus tendre des amours, l'amour maternel, peut seul sentir et peindre. Elle avait passé plusieurs jours et plusieurs nuits sans repos et sans sommeil; enfin l'enfant/ se trouve mieux, les accidents cessent; on le dit hors de tout danger, et madame de M***, cédant aux instances de sa famille et de ses amis , rentre chez elle, se couche et s'endort paisiblement. Tout à coup, au milieu de la nuit, elle croit voir auprès de son lit son médecin qui l'appelle et lui dit: « Que faites-vous, malheureuse mère? Vous dormez, et votre enfant se meurt î » k ces mots, elle

jette un cri perçant, se réveille, se lève et court

précipitamment dans la chambre qu'elle avait quittée peu d'heures auparavant avec tant de sécurité ; elle appelle en gémissant la nourrice; cette femme , qui était couchée , lui demande le motif de cette vive frayeur. « Votre enfant, dit-elle, est bien tranquille ; il repose à présent sur mon sein. >• Ces paroles ne peuvent rassurer une mère encore troublée par un rêve effrayant ; elle prend une lumière, s'approche de l'enfant ; sa pâleur, la contraction de ses traits , ses yeux tournés et fixes augmentent sa terreur: elle l'arrache des bras de la nourrice, s'asseoit, cherche vainement aie réchauffer, à le ranimer : l'infortuné meurt sur ses genoux.

On lit dans les journaux de Dresde, des premiers jours de décembre 1 843 :

« Un événement singulier fait sensation dans notre ville : la petite fille d'un jardinier d'ici , âgée de cinq ans , court jouer avec ses compagnes et ne revient pas au logis. « Où est la petite Emma? w demande-t-on à un des enfants qui reviennent. « Elle est tombée dans l'eau, » répond-il; mais, faute d'expériçnce, il ne peut indiquer oii ni comment. Tjoutes les recherches des parents désolés sont vaines ; leurs .iâtemandes, insérées dans les feuilles d'avis pour obtenir des renseignements sur l'en-

fant perdue, étaient restées sans succès. Au bout de quelques jours, ils s'adressent enfin à une somnambule , Klunger (Amélie), qu'on dit avoir déjà prononcé de singuliers oracles. Elle était, depuis huit jours , plongée dans le sommeil magnétique, et, sur la demande où Ton pourrait trouver l'enfant : « Elle est noyée, dit-elle, dans l'étang, de- « vaut le Zwinger, et se trouve entre les éclnses. » k la demande des parents, l'autorité fit des recherches au lieu désigné, et y trouva l'enfant noyée. »

Recueille tes pensées, et médite les faits qui suivent; ils sont tous d'une même nature, et s'expliquent par la même cause. Qu'importe qu'ils soient anciens? Ils ont la même valeur que s'ils étaient d'hier.

«< Apollonius avait toutes les propriétés des crisiaques; comme Socrate, il lisait dans les pensées, il prévoyait et prédisait l'avenir; enfin, il apercevait les événements à distance, et en voici un exemple. Il était à pérorer dans la ville d'Éphèse, lorsque Domitien fut assassiné. Tout à coup la voix d'Apollonius s'affaiblit; il hésite, il s'arrête; ses yeux sont fixés en terre, ils deviennent hagards:

torvis oculi». Il fait quatre pas en avant : Frappez le tyran! s'écrie-t-il , frappez! Et ces mots, il les dit non comme une personne qui voit Vimage de la vérité dans un miroir, mais comme quelqu'un qui serait présent et qui verrait l'assassinat luimême se passer devant ses yeux.

a Les Éphésîens qui étaient dans cette assemblée furent jetés dans le plus grand étonnement, Apollonius s'arrête, comme un homme qui assiste à un événement et qui veut en voir la fin.

« Il reprend de nouveau : Ayez confiance, Ephésiens, car le tyran vient d'être tué aujourd'hui^ il vient de l'être au moment même.

« Peu de jours après, la nouvelle fut confirmée; le tout s'était passé le jour et Fheure indiquas par Apollonius,

« C'est un grand phénomène que celui de la vision à distance , et dont la solution laisse encore beaucoup à désirer. Mais si le fait est difficile à expliquer, son existence n'en est pas moins certaine. De quelque part que l'on se tourne, on en rencontre des exemples.

« Nous avons déjà celui de ce prêtre qui apercevait Cyrus faisant cuire une tortue dans un chaudron d'airain, à deux cents lieues de là.

« Si nous ouvrons les livres saints , Elisée dit à

SOU serviteur Ghiezy : « Mon cœur n'était-41 pas « présent quand le Syrien a fait retourner son char « pour venir au-devant de toi? N'y étais-je pas « quand tu as reçu de lui de l'argent et des vête- « ments? »

« Ce qui supposerait le transport du prophète au lieu de la scène , quoique certainement Élisëe n'eût pas bougé de son habitation.

w Les légendistes ne tarissent pas sur des prodiges semblables ; il est dit dans les miracles de saint Martin de Tours que , le jour du décès de ce grand saint, saint àmbroise en fut averti dans l'église de Milan, au moment où il célébrait la messe. Il était d'usage que le lecteur vînt se présenter au célébrant avec le livre et ne lût la leçon que lorsqu'il en avait refcu l'ordre du célébrant. Or. il arriva que, le dimanche dont il s'agit, pendant que celui qui devait lire l'épître de saint Paul était debout devant l'autel, saint Âmbroise, qui était à célébrer, s'endormit lui-même sur l'autel. Deux ou trois heures se passent sans qu'on ose le réveiller; enfin on l'avertit du long temps que le peuple attendait : Ne. soyez pas troublés ^ répondit-il , c'a été pour moi v/a grand bonheur de m' endormir ^ puisque Dieu a voulu me montrer un si grand miracle; car sachez que ïévêque Martin^ m>on frère, vient dé mou-

rir. fat assisté à ses funérailles, et^ après le service ordinaire , il ne me restait plus à dire que le capitule, CAPiTELLUM, loTsque VOUS m'avez réveillé.

« Les assistants furent dans une grande surprise. On nota le jour et l'heure, « et il fut re- « connu que l'instant du trépas du bienheureux w confesseur fut précisément celui où l'évéque Am- « broise avait dit avoir assisté à ses funérailles. »

« Cette merveille se répéta le même jour à Cologne, en faveur de Severin , évêque de cette ville.

« Et qu'on ne dise pas que ces visions étaient des faveurs particulières accordées à de saints personnages. Ces visions sont communes à toute espèce d'individus sans distinction de chrétiens et d'idolâtres.

« Que répondre , dit Bacon, aux Romains, à des païens qui ont vu tout un peuple assemblé dans le Cirque pousser des cris de joie et de triomphe au moment de la bataille qui se donnait à plus de vingt milles, et remercier les dieux du succès d'un combal, trois jours avant d'en recevoir la nouvelle?

« Aulu-Gelle nous raconte quelque chose de semblable, dans le temps que César et Pompée combattirent dans la Thessalie. Un prêtre recommandable par la sainteté de sa xne et par sa naissance s'écria tout à coup, dans la ville de Padoue,

qn^il voyait nn combat très-ardent se livrer , les uns en fuite, les autres les poursuivant ; qu^ il entendait les gémissements des blessés^ des mourants y et ensuite , comme s'il était présent lui-même au combat , il s'écrie qu^ César était vainqueur .

« Cette prédiction parut d'abord légère et. insensée, mais il en fut autrement quand il fut reconnu que non-seulement le jour de la bataille se trouvait être le même, mais encore l'événement du combat; que toutes les alternatives du combat étaient telles que les avait désignées Cornélius.

« Eunapius, qui vivait sous l'empereur Julien , rapporte, dans la vie d'Edesius, une vision de même nature , qui arriva à la célèbre Sosipâtre,

« Un jour qu'elle dissertait sur l'âme, tout à coup , comme si la voix venait à lui manquer ,

elle se tait; ensuite, après un moment de silence, elle s'écrie : « Qu'est-ce que c'est? Mon ami Phi- « lométor, monté sur un char, est tombé dans un « lieu inculte et plein d'aspérités. Il est en danger « de se casser les jambes ; cependant, voilà qu'on « le retire, et il n'a d'autre mal que de s'être écor- « ché le coude et les mains. Le péril est passé. On t< le ramène porté sur une chaise. »

« Il en était ainsi, et le tout était vrai.

« Nicéphore, historien du Bas-Empire, nous ap-

prend que, lorsque Valens, après avoir été battu par les Goths, se fut réfugié dans une grange où les Goths mirent le feu , et où ce malheureux empereur fut brûlé, un solitaire nommé Paul tomba comme en extase au moment où cet accident arriva, et s'écria en présence de ceux qui étaient prisonniers à Constantinople avec lui : Cest maintenant que Valens brûle,

« Alexander-ab-Âlexandro raconte qu'un jeune homme nommé Marins, son élève, couché à côté de lui, se réveille une nuit tout en larmes et poussant des gémissements; il annonce qu'il vient de voir sa mère rendre le dernier soupir et les apprêts de ses funérailles, Alexandre note le jour et Theure. Peu de jours après, arrive un messager qui confirme la nouvelle de ce triste événement , lequel avait eu lieu au jour et à l'heure indiqués par le jeune homme.

« Bodin, d'après Grillaud, rapporte qu'à Pérouse un prêtre nommé Jacques^ disant un jour la messe, et se tournant vers le peuple, au lieu de dire simplement : Orale, fratres, dit : Orate pro castris Ecclesiœ quœ laborant in extremis. Priez pour l'armée de l'Église, qui est en danger extrême; et, à l'instant même, l'armée était détruite à vingtcinq lieues de Pérouse.

— 2Zi9 —

« Louis Guyon raconte un trait semblable d'Angelo Cartho qui, d'abord médecin du duc de Bour-^ gogne, Charles, le fut ensuite du roi Louis XL Ce médecin avait été nommé à T archevêché de Vienne en Dauphiné. « Un jour quHl célébrait « la messe devant ledit roi , en l'église de Sài«t- « Martin, à Tours, distant de la viïle de Nancy « de dix grandes journées, donnant à baiser la « paix audit roi, lui servant ce jour d'aumônier, « lui dit telles paroles: « Le Seigneur Dieu vms « a donfié la paix et le repos; vous l'avez «« v&u» « voulez; car votre ennemi, le duc de Bourgogne^ esi « morty et vient d'être tué^ et son armée desconfite. »► « L'heure fut notée et le jour; le roi y envoya, et « fut trouvé le tout véritable. »

Mais rien n'est plus étonnant que le trait rapporté dans les Mémoires de la reine de Navarre , et déjà cité par M. Deleuze, dans son Histoire critique du magnétisme y page 314.

« La reine ma mère , dit la reine de Navarre , était à Metz , dangereusement malade de la fièvre. Elle rêvant, et étant assistée autour de son lit du roi Charles son frère , et de ma sœur et de mon frère de Lorraine, de plusieurs messieurs du conseil , et de force dames et princesses qui, la tenant

hors d'espérance^ ne l'abandonnèrent point , s'écria , continuant ses rêveries , comme si elle eût vu donner la bataille de Jarnac : « Voyez comme « ils fuient! Mon fils a la victoire. Ah ! mon Dieu ! « relevez mon fils, il est par terre. Voyez-vous dans « cette haie le prince de Condé mort?... » Tous ceux qui étaient là croyaient qu'elle rêvait. Mais la nuit après, M. de Losses lui en ayant apporté la nouvelle : « Je le savais bien , dit-elle. Ne Ta- « vaisr-jepas vu avant-hier?... » Lors on reconnut que ce n'était point rêverie de la fièvre, mais un avertissement que Dieu donne aux personnes illustres. »

« Qui ne connaît la prédiction faite à César? Il se contenta de dire : « C'est un visionnaire. » Il ne crut pas aux ides de mars, et mourut assassiné. Pierre de L'Estoile raconte dans son journal que le mathématicien Risacazza prédit, en 1608, à Henri IV, que ses jours se termineraient par le poignard Deux ans après, cette funeste prédiction s'accomplit en tous points. — Sylla, ayant rêvé que les Parques l'appelaient à elles, fait le lendemain son testament... il meurt dans la journée. — Cicâron va plus loin : il rapporte que deux amis voyageant ensemble arrivèrent à Mégare. Pendant

la nuit, l'un crut voir en songe son compagnon de voyage qui le suppliait de venir à son secours , parce que son hôte voulait le tuer. L'impression que lui fît ce rêve le réveilla d'abord; maïs il se rendormit aussitôt, persuadé que ce n'était qu'une vaine illusion. Quelque temps après, son ami lui apparaît de nouveau, lui annonce que le crime est consommé, et que son hôte, après l'avoir assassiné , avait caché son cadavre sous du fumier. Le mort le priait, en outre, de se rendre de grand matin à la porte de l'hôtellerie , avant que son corps eût été porté hors la ville. Troublé de cette vision terrible, l'ami se lève, court à l'hôtellerie, et trouve un indiyidu prêt à emmener un chariot. Il lui demande ce qu'il va sortir : le charretier se trouble et prend la fuite. L'ami découvre le chariot et aperçoit le cadavre de son compagnon couché sous du fumier. »

Où nous arrêterions-nous s'il nous fallait rapporter tout ce que l'histoire nous a conservé de pareils faits, tout ce que nous-même avons constaté?

Terminons ce tableau par un des mille exemples que nous a fournis le somnambulisme magnétique. Ici, prévoir^ c'est voir, et la nature pour nous commence à lever son voile.

n ... Un jeune étudiant, qui se destinait à servir dans le corps du génie , travaillait pour entrer à rÉcole polytechnique. Un jour il me vint à l'idée de lui demander (pendant son sommeil) s'il ferait un bon examen, si Vexaminateur serait content, et enfin s'il serait bien reçu; il me répondit que oui. Je lui demandai ensuite s'il resterait longtemps à l'école. « J'y passerai un an, me répondit- « il, pas davantage. » Puis, suivant l'impulsion que mes questions lui avaient donnée , il ajouta avec l'accent de l'élonnement : « Oh ! oh ! ce tfest « pas dans le génie que j'entrerai, ce sera dans M l'artillerie!... Je ferai la guerre en Italie. » Il fit une assez longue pose , branlant la tête; puis portant vivement la main à sa jambe: a Aïe! aie! M s'écria-t-il , cela me fait diablement mal. » — Lebier (c'était son nom), cherche et dis-moi ce que tu as. — « C'est une balle que je recevrai à la M jambe, mais ce ne sera rien. » Cette scène se passait en l'année 1807; depuis lors ce jeune homme a été fait effectivement ofiicier d'artillerie; il a fait la guerre en Italie , et y a été blessé à la jambe par un coup de feu. » (Voyez Bibliothèque du magnétisme animal, pa>ge S1.76, 5*" volume] .

On peut tout prévoir , niiais si celte terrible f»-

culte l'eût été accordée pour en disposer à ta volonté, aurais-tu dit à cet (écrivain distingué : Tu seras tué dans un duel ?

A ce poète, dont Timagination est si brillante : Tu mourras jeune et dans un hôpital?

A cet autre : Tu périras de phthisîe?

Et toi, débauché: Tu seras soldat, puis prêtre, puis Jésuite fanatique ; tu auras fait beaucoup de bruit dans ta vie, et ta mort sera silencieuse?

A ce riche : Tu mourras rongé par la vermine?

Et toi , prêtre : Tu changeras de religion, et tu reconnaîtras trop tard que celle que tu as embrassée ne vaut pas mieux que celle que tu as quittée?

A cet autre, plein de santé: Un mal honteux dévorera tes organes?

A celui-ci, dontl'âme est si candide: Tu seras vendu au pouvoir; tu trahiras tous tes serments, et tu mourras, sachant que tu es un misérable?

A cet autre : Qu'il ira sur un sol étranger où il laissera une partie de lui-même , et reviendra au foyer domestique avec le regret incessant de l'avoir quitté ?

A ce jeune homme : Qu'il sera jeté par une fenêtre pour avoir séduit la femme de son ami ? Diras-tu que celui-ci, à qui tu viens de presser

la main , doit mourir au bague , entouré de ses compagnons d'infamie?

A l'un, allant à une fête: Qu'il doit périr dans la rue par une balle amie ?

A l'autre : Qu'il sera empoisonné par sa femme ?

Et enûn aurais-tu dit à ce- prince infortuné : Tu seras précipité sur le pavé ; tu mourras sans pouvoir prononcer une parole d'amour à ta tendre compagne , sans dire un adieu à ton malheureux père?

Malheur à celui qui scruterait ainsi l'avenir et qui dévoilerait ces choses ! Et moi-même, si j'allais m'écriant comme ce voyant antique : « Jérusalem ! Jérusalem ! » les pierres qui le frappèrent se trouveraient encore.

Mais si vous savez prévoir, pourquoi ne pas empêcher? te dîra-t-on .

C'est vrai ! mais d'abord, cette faculté n'est pas constamment et pour toute chose à votre disposition. Mais, ensuite, trouvez donc un homme disposé à obéir, pour des actes de sa vie, à de simples conseils ! Prévenez-le de quelque événement fâcheux, il s'y précipitera.

Lorsqu'un rayon de cette divine lumière éclaira parfois mon esprit, j'ai pu, par adresse ou par ruse, détourner quelques êtres du. chemin fatal

nn

qu'ils suivaient. J'ai empêché ainsi de cruels accidents , la mort même. Ma récompense est venue quand j'eus la faiblesse de raconter mon stratagème; ne pouvant croire^ les gens que j'avais sauvés me tenaient pour un visionnaire, je perdais toute considération auprès d'eux ; trop heureux j'étais que Ton voulût bien ne me prendre que pour un fou . Immisce-toi le moins que tu pourras dans les affaires d' autrui. Rappelle-toi que Jésus, voyant un jour venir à lui un grand nombre d'hommes pour scruter ses pensées et pour mettre à l'épreuve sa divine faculté, prit un autre chemin; car c'est profaner la vérité que de faire des œuvres qui ne doivent point la servir. El quelles que soient , au reste, sa force et sa puissance, on doit, dans certains cas, bien se garder d'en user. Il faut attendre qu'une voix plus puissante que votre raison vous y pousse, et c'est à elle seule que vous devez obéir.

Dieu , quelquefois , replonge dans les ténèbres ceux qui étaient voyants; car, chez lui seul , la lumière est éternelle et constante; vous qui avez vu, vous marcherez en aveugle. Le riche aussi ne peut-il pas devenir pauvre? le fort plein de faiblesse? Sans doute, afin que tous s'humilient, et que l'homme chez qui l'orgueil entre, apprenne en

même temps qu'il n'est rien qu'un peu de poussière sur laquelle Dieu a seulement soufflé.

Les savants ne comprendront rien à des vërités si palpables; ces pj^mées , lorsqu'ils sont réunis , croient que le monde se gouverne par leurs lois, et que leur institut est le trône de l'univers.

mm

Tout existe; le temps et Dieu en rendent la connaissance difficile; le passé a causé le présent, et le pré^ sent est gros de l'ayenir.

Aucun des hommes de renommée n'a cherché de notre temps à prévoir les événements ; habitués à tout peser et à tout soumettre à l'analyse , leurs études les ontéloignés d'une science profonde,,mais difficile, et qui demande d'ailleurs des vertus, vertus qui ne s'acquièrent qu'en retranchant quelquesr-unes de nos habitudes les plus chères etd'une partie de ce qu'on appelle le plaisir. Croyant arriver à la perfection en conservant leurs vices, ils se sont ri et moqué des anciens qui croyaient à une science divinatrice; fermant leurs sens à ce qui se passait sous leurs yeux, caries animaux, pour la plupart , prévoyent , les savants ont retranché la plus belle partie de l'intelligence humaine.

Abandonné à lui-même , chaque homme a évé

cependant plus d'une fois devin dans sa vie; la nature a cherché à lui faire entendre son langage, et, par des pressentiments, elle a voulu qu'il entrevit des choses que les ténèbres de l'ignorance empêchent de bien comprendre.

L'oreille d'un enfant ne sait pas d'abord d'où vient le bruit, mais il regarde, il cherche, et finit par trouver; ensuite, son oreille acquiert de la justesse. Une voix qui arrive à l'âme pour la première fois n'est pas immédiatement comprise et parfaitement entendue; nous cherchons d'où elle vient, et, ne trouvant pas tout à coup, la paresse nous gagne, et nous étouffons ainsi dans son germe la plus précieuse des facultés.

Cette faculté de prévision se retrouve aujourd'hui, elle se développe spontanément et par l'emploi de certains procédés. C'est aux hommes qui entendront notre appel à suivre les indications que nous avons tracées dans cet écrit.

mimu m a uumi

CAUSES DE DECADENCE DE L'ESPAIT HUUAIKT.

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