CHARLATANISME
Vanhelmont considérait lès s,ciences humaines comme le sujet de disputes interminables, commo l'élément éternel de l'orgueil ; il les jugeait insuffisantes pour nous diriger dans la pratique la plus importante de tous les arts, celle de secourir l'humanité souffrante ; il croyait que la chimie , l'anatomie, l'observation des maladies, la matière médicale ne pouvaient suppléer au don que Dieu accordait à ceux qu'il choisissait pour être les instruments de sa miséricorde en exerçant la médecine. Il voulait que le médecin fût instruit de tout
ce que la tradition et l'expérience des sciences peuvent nous apprendre sur les propriétés des di- T^^es substances , mais que, pour se déterminer dans l'application , il implorât le secours divin et qu'il se crût éclairé par cette lumière surnaturelle ; il était persuadé qu'en nous unissant aux êtres souffrants par l'attention, la bienveillance et la volonté , nous pauvom sentir et connaître leurs fnaux.
c< La charité prie, dit-il, le désir cherche, les besoins de nos semblables retentissent dans notre Ame par la ccxnmisération^ et c'est ainsi que notre intelligence est éclairée. ^
Il n'y a point de démonstration datre «t sensible contre celui qui voudra s'obstinctr à la nier.
Abîme sans fond que la science médicale ! Toutes les connai^anees amassées avec tant de peine viennent souvent échouer au lit du malade, devant Taffection la plus ordinaire et le dérangement le plus léger.
Et toutes les académies réunies n*ont pu et ne pourraient établir une doctrine , un système, qui pût satisfaire la raison la moins exigeante. Le paysan le plus grossier en sait autant que le savant sur les mystères de la destinée humaine. Ah! c'est qu'aussi, pour être savant comme le monde l'entend , il faut dès là plus tendre enfance se courber à l'étude; il faut, lorsque la sève monte dans de tendres rameaux , en détourner le cours pour en abreuver un seul organe , il faut que celui-ci fonctionne plus que s'il avait atteint sa maturité, tîsé
avant le temps , ses fruits se ressentent de sa précoce décrépitude, tout lui parait flétri, parce qu'il Test lui-même. La vraie lumière n'arrive plus alors à l'intelligence. L'homme qui reçoit à travers des vitraux dépolis la clarté du soleil est-il fondé à nier sa vive lumière? N'allons pas chercher ailleurs la cause du faux jugement des savants touchant les faits de psychologie. Ils nient parce qu'ils ne sentent pas; ils sont comme d'autres hommes dans d'autres circonstances; les sauvages, par exemple, entendent les pas de leurs ennemis , reconnaissent leurs traces, les sentent, les aperçoivent à des distances oii nous, pauvres civilisés, nous ne voyons,
n'entendons et n'apercevons rien.
Pouvons-nous nier des faits si positifs et si rir-
goureusement démontrés? Non, sans doute. Pourquoi donc, puisqu'ils sont du domaine de l'homme, ne se manifestent-ils pas chez nous? C'est que nous avons détruit ou altéré la pureté primitive de nos sens ; ils sont devenus inhabiles , et si chez quelques-uns la vue de l'àme est restée in* tacte, c'est queles instruments par où elle peut nous avertir qu'elle voit n'ont pas été modifiés en mal. Il faut, de nos jours, que les enfants soient des hommes à l'âge où le corps n'a pas pris sa croissance entière. Il faut qu'ils passent de l'adoles-
cence à la vieillesse , du printemps de la vie à Thiver^ pour devenir savants, c'est-à-dire gens capables de plaider le pour et le contre avec une égale facilité.
Cette digression n'est pas sans motif ici , car les forces de l'homme n'acquièrent tout leur développement que lorsqu'on n'en tarit pas la source dans le jeune âge. Sans cette précaution, il n'y a plus de chaleur d'âme à espérer; la force magnétique, si utile pour la conservation de la vie, n'existe plus qu'en rudiment. L'homme ainsi élevé n'a besoin , pour être renversé , que d'une légère secousse. Il devrait communiquer aux autres une vitalité puissante, rien que par son approche; mais c'est le froid qu'il leur porte, et les liens secrets qui devraient unir les hommes entre eux sont ainsi rompus.
Des aimants affaiblis attirent bien peu le fer, et cette vertu perdue laisse des doutes sur leur force primitive. Il est bien cruel de penser qu'aujour* d'hui la société n'est plus qu'un amas d'êtres humains qui semblent être étrangers l'un à l'autre et que les législateurs sont impuissants pour arrêter cette désagr^ation qui augmente chaque jour.
Mais que parlé-je des savants? Comme ces che* vaux qui font mouvoir des meules, ils ont un verrç
opaque sur les yeux; ils tournent dans un cercle fatal , emboîtant le pas sur celui de leurs devanciers sans se déranger jamais; quand ils auront fini leur journée j d'autres plus jeunes leur succéderont sans avoir besoin de plus de lumière.
Dieu n'est pour rien dans l'abaissement de sa créature; il l'avait créée grande, elle s'est faite petite; noble, elle est devenue plâ)éienne; libre, elle s'est faite esclave. Elle devait comprendre sa divine nature et se rappeler son origine ; elle a tout oublié , elle a justifié les paroles de l'Écriture , elle est 4evenue la béte.
n y a une espècede niveau des forces humaines; quand il existe , l'organisation a acquis son complément. C'est à conserver cet état que tous les soins doivent tendre; le mieux que l'on cherche, quand on a déjà le bien^ est ici plus dangereux qu'en toute autre chose. Personne ne voulant accepter cette vérité, que la vie ne peut exister un seul instant sans un travail qui se fait en nous-mêmes, et que par conséquent nous devons toujours plus ou moins souffrir, l'état le plus parfait est donc celui où l'on ne sent que le poids de son orçanisation. Mais, hélas! cet étatsi précieux dans l'homme civilisé est de courte durée; il est produit par une exubérance qui ne dépend pas de lui . Ah ! si nous
étions sages, alors, si nous ménagions comme Tavare ménage son trésor, si nous dépensions avec parcimonie cette rare richesse, que de douleurs nous nous épargnerions, et que de joies nous pourrions nous créer dans la vie ! Mais cette sève si précieuse est jetée au dehors avant que les branches de l'arbre soient entièrement poussées. Le vice affreux de notre temps s'empare de l'enfance, et des habitudes que nous partageons avec le singe viennent tarir la vie dans sa source. Mais ce n'est pas assez : la nature est si bonne, si libérale, qu'elle répare d'abord les vols impies et sacrilèges qui lui sont faits. Bientôt d'autres intempérances augmentent le désordre. Il faut bien manger sans faim, ce que les animaux ne font pas; boire sans soif, et exciter doublement et sans besoin des organes qui doivent avoir des intervalles de repos et d'activité.
L'humanité serait trop forte et trop vigoureuse peut-être si, dès l'enfance, on apprenait à vivre. Elle serait bientôt trop indocile aux désirs de ceux qui veulent la tenir dans un constant esclavage. Aussi ne fait-on rien pour la tirer de cette dégradation volontaire où elle se plonge et d'où elle ne sort qu'abâtardie. Le flambeau de la vérité ne doit luire que pour quelques-uns; la masste doit suivre
le torrent qui Fentralne y et être plongée dans lé néant ayant le terme fixé par la nature.
Soyez heureux, gouvernements, si vous pourez rètre; TOUS régnez sur des malades et sur des esclaves qui vous regardent et vous considèrent d*un œil hébété. Vos fausses grandeurs les éblouissent, et ils se traînent à votre suite, comme autrefois ces populations qui suivaient là marche des conquérants. On sait rendre les taureaux dociles en retranchant ce qui leur donne de la vigueur ; un enfant peut alors, les conduire. On rend les populations dociles en les laissant s'amoindrir par les vices.
Mais ce n'est pas à moi de parler de ces choses, et, d'ailleurs, serai-je écouté? L'être humain ne se corrige que par l'expérience ; lorsqu'il arrive à sa maturité, l'homme est sur le point de cesser de vivre. Si, par malheur pour lui, un réformateur naissait avant le temps , ayant assez de vertu dans
l'àme pour entreprendre une réforme , il serait, à coup sûr , massacré par ces grands enfants hu-> mains.
L'homme a, plus qu'il ne l'imagine, la direction de son corps; s'il ne peut conunander à toutes les fonctions d'accélérer ou de ralentir leurs meuve-
ments y il peut du moins appeler où porléf sur ces parties, par là pensée et le désir, une vertu capable d'y produire de puissantes modiïieations. Mais aussi, par ce seul fait, s'il n'a pas développé sa puissance morale, s'il n'a pas appris à vouloir ce qui est bon, et si des craintes pusillanimes , indignes de l'homme complet, viennent pénétrer son âme en déréglant sa volonté , il ajoute à son mal.
i)uelques médecins ont parfaitement reconnu ce fait; de là les exhortations , les encouragements de ces médecins philosophes. Ils cherchent à pénétrer les malades de la puissance qu'ils peuvent tirer d'eux-mêmes et les incitent ainsi à ne pas craindre un mal qui n'est pas insurmontable. Aussi voit-K)n guérir plus vile l'être ignorant des dangers qu'il court, ou celui qui, tout en les connaissant, possède assez de force pour les surmonter et les mépriser.
Qu'un général soit poltron , tous les hommes qu'il, commande sentent son manque de vertu guerrière , et eux-mêmes participent bientôt de sa lâcheté ; ils ont peur. Mais qu'un autre chef, vraiment digne de commander, les excite et les encourage, s'ils n'obtiennent pas le triomphe, c'est qu'il ne pouvait en être ainsi , soit à cause du nombre des ennemis qu'ils avaient à combattre, ou parce que les obstacles étaient insurmontables.
Tel est Tempire que nous pouvons exercer sur nous-mêmes. Le cerveau, où réside le chef d'une armée invisible, a besoin de combattre à tous moments des ennemis intérieurs et extérieurs qui cherchent sans relâche à nous surprendre et à nous détruire.
Ce n'est pas en tournant le dos au danger qu'on l'évite : les épidémies nous en offrent la preuve irrécusable; sans aller droit à lui , on peut le considérer, l'éviter si l'on peut, et, dans le cas contraire, combattre à outrance.
La vie est si précaire, sa durée si incertaine, qu'il faut toujours être préparé à la rendre au Créateur; la religion ou la philosophie qui ne sait inspirer ce sentiment et cette résignation sans faiblesse est une fausse religion ou une mauvaise philosophie.
Les malades interrogent du regard les yeux du médecin; son geste, sa physionomie, le moindre de ses mouvements est interprété ; ils ont une habileté malheureuse qui leur fait distinguer souvent ce qu'on cherche le plus à leur cacher.
Le médecin ne doit avoir aucune affectation; il doit être impassible; il faut que, toujours le même, il ait du courage pour deux, et qu'il sache pénétrer du sentiment de sa force l'être qui, plein de conflance, lui a abandonné le soin de gouver-
ner sa vie. Mais le médecin qui, par calcul, s'alarme feintement à la vue d'un mal léger, et profite de la faiblesse du malade pour lui faire croire que lui, médecin, est indispensable, et que de véritables ' dangers existent, celui-là, dis-je, est un être misérable que l'on devrait chasser avec ignominie.
L'amour de l'or, cette passion si commune, développe souvent ce caractère méprisable ; elles savent, ces créatures infâmes , que tout est terreur chez les êtres souffrants; ils n'ignorent pas non plus qu'ils seront d'autant plus crus qu'ils exagéreront davantage le mal, et, pour avoir un peu d'or, ils anéantissent par avance les chances de la durée de la vie. Je n'ose pas dire ici ce que j'ai vu en ce genre.
Vous, malades , écoutez-moi , et ne soyez pas fatalistes. Votre vie et votre mort étaient écrites d'avance, sans doute ; la nature a voulu avant tout conserver les espèces ; elle semble abandonner à euxmêmes les individus. Mais, par un don divin , elle leur a laissé le soin de veiller sur eux un certain temps; tant pis pour eux s'ils ne font pas bonne garde.
Le maître d'un champ doit-il se plaindre si les oiseaux sont venus dévorer sa récolte? Doit-il même s'étonner si , ayant kissé croître des mauvaises
herbes et des ronces , le grain est peu abondant et de mauvaise qualité? Il devait veiller lui-même sur son bien, et il ne Ta pas fait ; la garde d'un autre n'est jamais bien sûre'; celui-ci n'a pas le même intérêt que le maître, et en supposant qu'il l'ait, aura-tr-il toujours l'inteHigencenéc^saire?
La plus grande partie de nos maux vient de nous-mêmes et de notre peu de soin*; lorsque le mal est fait , nous nous étonnons comme si nous n'eussions pas dû le prévQÎr, et déjà il n'est plus temps de le réparer.
Imprudents ! en parcourant le chemin de la vie, ne vous fiez pas à ces phares trompeurs, à ces brillantes lumières que vous apercevez de loin aux vitraux des ofiicines. C'est là que sont les écumls; c'est pour alléger votre bagage ou pour vous dévaliser complètement que ces feux sont allumés. Fuyez! éloignez-vous au plus vite; ceux qui vous
disent: ^ Ne craignez rien allez, la route est
sûre... » s'entendent souvent avec les corsaires.
Exercez vos sens et votre raison , vous jugerez mieux des choses. La vie seule peut donner la vie; elle ne peut être dans de stériles drogues , et la preuve , c'est que ceux qui les vendent ou qui les ordonnent n'y ont aucune confiance.
Le r^ime^ rabstinence^ réloognement des cau«^
qui ont produit le mal, s'il en est encore temps ; l'art du chirui^en, si l'ennemi se montre au dehors de la place; et si la nature et cet art ne sont pas assez forts ensemble, faites pénétrer en vous la force vitale dont peut disposer un ami ^ , un frère, de tous ceux enfin qui vous veulent du bien et qui éprouvent pour vous une tendre sympathie. Mais il faut absolument que le cœur soit de la partie, qu'il consente enfin. Créez-vous donc des appuis pour les temps d'orage. Comme le lierre, attachezvous à tout ce qui vous œtoure. Si vous avez été froid pour les autres, n'espérez pas trouver de la chaleur en autrui lorsque la force vous manquera. Paroles sublimes de Jésus : Aimez-vous les uns les autres^ elles contiennent la morale la plus pure et les principes de la conservation des êtres.
Ceux qui n'ont point d'amour pour leurs frères sont au-dessous de la brute, car elle a des instincts qui laprot^ent contre les dangers; mais l'homme qui a dégradé sa nature ne saurait même en avoir; il est le jouet de sa propre folie, il périt par elle ou par celle des gens qui, inventant des poisons , ont dit : Prenez, ce sont des spécifiques.
^ « Un ami fidèle est une puissante protection, un remède aux maux de la vie, un garant d'immortalité; celui qui l'a trouvé a trouvé un trésor, n Egclés.
« Un ami e»t une âme qui vit daoa denx corps. » Abistots.
Malades , si des doutes vous reslaîent sur mes assertions, si vous croyez que j'exagère, et que, par des calculs de mauvaises passions, je rembrunisse encore des teintes déjà si sombres, lisez ce qui suit. Je n'invente pas ; ceux qui ont parlé ainsi vivent au milieu de vous. Vous les connaissez tous; ce n'est pas moi qui me suis plu à recueillir leurs paroles; elles sont anciennes déjà, mais elles seraient de même maintenant. Cette science, ce corps savant redoutable, est ce qu'il a toujours été; il sera demain ce qu'il est aujourd'hui.
JOURNAL LE MESSAGER, 21 DECEMBRE 183â.
Académie de Médecine.
SÉAJ9CES INSTRUCTIVES, ÉDIFIANTES ET MÊME AMUSANTES, DES 24 NOV., 1"' ET 8 D*C. 1835.
«< La discussion qu'on va lire a été jetée comme une pomme de discorde au milieu de la docte assemblée à Toccasioti de cette proposition, émise dans un rapport de M. Capuron : « Que, d'après les progrès de l'art de guérir depuis une vingtaine d'années, il est presque impossible de concevoir la mort dans les maladies aiguës, si ce n'est comme une exception ou un phénomène rarej à moins
qu'on ne les attaque trop tard ou avec des moyens fort inférieurs à leur violence. »
Un premier académicien s'élève avec force contre l'exagération de cette assertion. « Il est des mil-* ladies aiguës, dit-il, que tous les efforts de la médecine ne sauraient ralentir. — Il est malheureusement vrai , ajoute un second, qu'on n'obtient guère plus de succès aujourd'hui qu'autrefois. Si nous prenons pour exemple la pneumonie, nous ne voyons pas que le chiffre de la mortalité diffère beaucoup par une méthode ou par l'autre, et bien moins encore s'il s'agit d'une de ces maladies légères que la natwre seule pourrait guérir. Enfin, dans les affections aiguës très-graves, souvent la mort survient, quoique le traitement ait commencé dès le début etjait été poussé avec une grande énergie. »
M. Capuron. — Je n'ai pas dit qu'on ne mourrait plus; j'ai dit seulement, et je le répète, que la mort doit être une exception. (Oh ! oh !) Par exemple, l'été dernier, à la clinique de M, le docteur Bouillaud, sur cinquante cas environ de maladies aiguës qui se présentaient chaque semaine , je n'en ai pas vu une seule succomber (Oh ! oh !) ; et depuis la nouvelle méthode , je ne vois plus dans les hôpitaux ni fièvres putrides (oh !) ni dents fuligineuses, ni délire. [Exclamations générales,)
M. B0UILL4UD. -— Lorsqu'on prétend avoir obtenu des résultats tout difiërents de ceux qui ont été signalés jusqu'à ce jour, la première impression qui frappe notre esprit est le doute. Cette disposition à ne pas croire sur parole peut être même favordile aui progrès des sciences, lorsque Tincrédulité ne résiste pas à la preuve des faits. H. Loui» déclare que toutes les méthodes réussissent également bien, dans la pneumonie par exemple. J'avoue que depuis vingt ans j'ai, dans les hôpitaux, étudié tour à tour la plupart des méthodes euratives^ ce qui m'a mis dans le cas de remarquer que la plupart de ces méthodes ofl&aient des résultat» déplorables, et jeteur dois la perte dc^parsonnes^ qm m'étaient bien chères. Ce n'est point par esprit de partie messieurs, que j'ai cessé d'en faire usage; car les systèmes ont peu de valeur quand ils ne sont pas l'expression des faits, mais j'ai changé parce que je voyais succomber un grand nombre de malades.
Aussi, j*afRrme que les résultats sont complètement différents lorsqu'un praticien emploie telle ou telle méthode ou même tel ou tel procédé d'une méthode. Ainsi moi, ajoute M. Bouillaud, je ne fais pas des émissions sanguines plus abondantesque beaucoup de mes confrères , mais je les fais
coup sur coup, sans laisser à la maladie le temps de se reprendre; mais, au lieu de perdre un malade sur trois, peut-être n'en ai-je perdu qu'un suï huit. J'ai fait plus; parmi les divers malades de ma clinique, j'en choisis plusieurs qui se rapprochaient le plus possibte par les symptômes de tels ou tels traités dans d'autres cliniques , et dont les observations avaient été fidèlement publiées. Dans ce cas, ma méthode a complètement réussi, tandis que les autres n'ont eu que des insuccès; car je pense, messieurs, qu'une statistique éclairée, tenant compte de toutes les circonstances , doit être en dernier ressort le juge suprême de toutes les questions médicales.
M. Emery. — Cette discussion est faite pour frapper d'étonnement. Les saignées coup sur coup seront une méthode nouvelle! Mais Bosquillon prescrivait dans les maladies aiguës trois saignées le premier jour, autant le second et autant le troisième. Son axiome était : Utatur mane et sero, atqm horameridiana. Loin d'avoir les brillants résultats qu'on paraît obtenir aujourd'hui, Bosquillon, dont j'ai été l'élève interne, perdait un peu plus de malades que les autres; et lui-même, dans la maladie à laquelle il a succombé , avait été saigné quatorze fois.
M. Capuron. — J'ai été deux ans élève sous Bos;quillon, et j'atteste qu'il ne saignait pas autant qu'on vient de le dire. Il ne prescrivait les saignées qu'à bâtons rompus, iV/ico^ mendie et sero; c'était sa prescription pour le premier jour ; le lendemain le malade était mort (rire général], ou bien, s'il vivait, Bosquillon se gardait bien de répéter la sai-^ gnée. Chez M. Bouillaud, au contraire, dès qu'un malade entre, on le saigne ; le lendemain matin , nouvelle saignée; puis des scarifications où des sangsues, puis une autre saignée le soir. M. Bouillaud tire autant de sang en deux jours que Bos^ quillon en une semaine. Jamais on n'a multiplié la saignée avec une telle vigueur, et jamais aussi on n'a vu moins d'adynamie, d'ataxie, de délire exigeant la camisole de force que depuis l' application de cette nouvelle méthode.
M. Castel. — n y a eu des traités pour toutes les méthodes ; voyez donc les chiffres de mortalité, et que chacun rammse ses morts. En 1820, j'ai publié une sorte de statistique des résultats de ma pratique dans un vaste hôpital ; pour toutes les maladies aiguës, j'allais rarement au delà de la première saignée, et j'avais affaire à des hommes en apparence fort sanguins. Cependant j'ai obtenu des résultats bien supérieurs à ceux qu'on nous vante. Vouloir
par des saignées réitérées coup sur coup enchaîner toutes les maladies, c'est pousser loin l'ignorance des premières notions de la pratique médicale; car, parmi ces maladies , il en est qui ne peuvent se juger qu'au moment dè^la réaction, et, en saignant à outrance, vous empêchez la réaction.
M. Capuron. — Ainsi , au lîeu d'avoir été en avant, nous avons rétrc^adé,
M. Castel, — Il n'y a pas de doute,
M. Capuron. — Mais quels sont donc les professeurs qui ne perdaient qu'un malade sur huit dans les fièvres graves? Ni Pinel, niCorvisart, ni personne à cette époque n'a eu la prétention d'obtenir un pareil résultat. Pinel professait que, dans les fièvres ataxiques et adynamiques, il n'y avait rien à espérer; que, si le malade guérissait, il ne le devait qu'à la nature ; et, pour aider celle-ci, il prescrivait le quinquina, le vin de Bordeaux , et autres excitants.
M, BouiLLAUD. — On m'objecte des faits du temps passé ; on parle des statistiques d'alors ! Savait-on même ce que c'était que la statistique. On ne recueillait pas même exactement les faits , on manquait des plus sûrs moyens de diagnostic ; et vous V6nez me parler de semblables statistiques ! Jamais il n'y en a eu, et peut-être, aujourd'hui, n'y en
a-t-il pas encore de concluantes. La statistique médicale ne vient que de naître, et il faut dix ans pour en faire une qui ait quelque valeur, encore bien rétrécie; mais, jusqu'à notre époque, tous ces faits que vous me citez doivent être regardés comme non avenus.
M. EsouiROL. *— Si Pinel administrait les toniques, c'est qu'il avait affaire à des vieilles femmes épuisées par Vàge et les privations; mais, lorsqu'il avait affaire à des sujets jeunes et vigoureux, il recourait aux saignées , aux antiphlogistiques ; et si vous^m^es, messieurs, vous aviez à traiter des malades vieux et débilités , vous emploieriez encore aujourd'hui les toniques. Mais qu'on me permette, à propos de ces émissions sanguines recommandées pour toute chose et en dehors de toute mesure, de rappeler un fait dont plusieurs d'entre vous ont sans doute été tânoins. Il y eut une année, à la Charité et à la Salpêtrière, une épidémie très-meurtrière de pleurésie et de péripneumonie. On saignait à la Charité; les malades mouraient. On ne saignait pas à la Salpêtrière, et beaucoup de malades succombaient encore. Les élèves murmuraient de voir que Pinel n'essayait pas même de îa saignée; il le sut, et les avertit qu'il avait expérimenté qu'au début de Vépidémie la saignée était
contraire. Arrive un jour une jeune fille, grosse^ grasse et rebondie; on dit de toute part : Voilà le cas, ou jamais, d'employer la saignée 1 On sollicite Pinel , il résiste; on revient à la charge, et^ comme il avait un cai^actère bonct facile, il cède; lasai^ée est pratiquée te jour même; le lend^nain, la malade était mortel Pinel profita de cette occasion pour nous donner une bdle leçon sur les ebns de la saignée , et , tout le temps que dura l'épidémie, il ne saigna phis.
M. Pariset, — Il y a dans les Mémoires de la Société de Médecine un très-beau travail sur une épidémie dont les symptômes simulaient la pneumonie; on saignait, on saignait, on saignait, et presque tous les malades succombaient. M. Baril- Ion, effrayé de cette mortalité, essaya de se passer de saignée; au troisième jour, il seiltitsur la peau de petites aspérités; c'était une fièvre miliaireque les saignées empêchaient de se développer et qui fît juger, la maladie,
M. Capuron, au commencement de la séance du 1" décembre, après avoir récapitulé la discussion, affirme avec assurance que la mort e$t devenue une exception; puis il ajoute : Quant à l'épidémie observée par Barillon, on a dit : Un premier malade sai-
gné , mort; un second, un troisième, un quatrième saignés; morte (rire prolongé; jamais TAcadémie n'a éprouvé un pareil accès de gatté). Mais ces faits sont rapportés sans détail ; le premier malade mort, on ne Vouvre pas ; le second n'est pas ouvert non plus; je me trompe, on le déboutonne (rire général) et on aperçoit une éruption miliaire. On a cru que je m'insui^eais contre Pinel; personne ne le respecte plus que moi ; mais je ne puis avoir pour lui plus de vénération que pour Hippocrate. Eh bien , Hippocrate serait là (on rit] , oui , il serait là, que je lui dirais ma façon de penser ( nouvel accès de gaité); je lui dirais : « Père, grand-père, patriarche de la médecine, oracle de Cos, vous avez écrit d'excellentes choses, vous avez laissé des monuments ; mais vous avez avancé des choses bien extraordinaires; vous avez dit, par exemple, que, dans les maladies aiguës , le pronostic était toujours incertain. » (Plusieurs voix : Cest ce qu'il a dit de mieux.)
Je dirais à Pinel : « Vous avez mis en évidence des choses excellentes, mais vous voulez faire marcher les maladies comme les sciences exactes et naturelles. Or, les quadrupèdes ont toujours quatre pieds, les mammifères ont toujours des mamelles. . . » (assez! assez! l'ordre du jour). Je résume mapro-
position (ah!. ah!); je soutiens que j'ai dit une vérité pathologique en soutenant que la mort était une exception ( Une voix : Et le choléra ! )
M. ËMERT. — Dans une épidémie d'érysipèle, sur plus de deux cents malades, j'ai administré , dans tous les cas, l'ipécacuanha jusqu'à deux ou trois fois, et pourtant j'ai guéri; je ne veux pas dire pour cela que j'ai guéri par l'ipécacuanha , mais, au moins, malgré son emploi. (On rit.) Ce n'est pas cette erreur qu'a commise Hippocrate, en disant que le pronostic était toujours incertain. En eflTét, ne voit-on pas souvent, dans les pneumonies légères de la base des poumons, un de ces organes s'enflammer, et même les deux, malgré les saignées répétées? Et, dans le typhus, est-ce qu'en saignant vous étranglez toujours la maladie?
M. BouiLLAUD. — Je prie l'Académie de répondre aux faits par des faits, et non par des rires et des haussements d'épaules > il ne s'agit pas de médecine vague, de métaphore; on ne juge pas une maladie par métaphore. Quand on dit qu'on a perdu peu de malades, on né dit rien; on ne prouve que par la statistique et les faits observés. J'avoue que j'aurais une grande obligation à celui qui me montrerait une véritable statistique médicale faite depuis trente ans.
Puis, pour prouver que sa méthode est nouvelle et plus efficace que les autres , il dit d'abord que nulle célébrité médicale ne Va employée; quant à Bosquillon, s'il perdait en effet plus de malades, c'est que sa méthode ou les conditions étaient dif-< férentes. 11 prétend que, pendant seize ans qull s'est occupé à chercher le meilleur mode de traitement , on a toujours eu un mort sur trois ou quatre dans les pneumonies , tandis que lui , depuis quatre ans qu'il note et écrit tous les faits remarquables de sa clinique, qu'il dicte les autopsies à l'amphithéâtre, sur cent deux cas, il n'a eu que douze morts , un sur huit et demi , les chiffires sont phlegmatiques. (On rit.) Encore, parmi les douze morts, huit ont succombé à leur entrée ou dans les premières heures, et sans traitement; ainsi, la mortalité serait donc réduite à un sur vingt-trois, environ. Si l'on me cite la variole, le choléra, la peste, le typhus, ajoute M. Bouillaud, je réponds que je mets de côté les épidémies. Mais des résultats pareils à ceux que je viens de signaler sont obtenus par ma méthode, dans toutes les maladies aiguës : rhumatisme, péricardie , pleurésie , etc. Aucun érysipèle n'a succombé dans mon service (hochements de tête qui annoncent le doute et l'incrédulité). Eh bien, messieurs , qui peut déci-
der la question? L'expérience. Que l'on forme donc un jury; que T Académie nomme une commission qui suive les malades et observe les effets des différents traitements , et , si quelqu'un découvre une méthode meilleure que. la mienne, et perd moins de malades que moi , si cette découverte mérite une couronne, je n'ambitionne que l'honneur de la poser sur sa tête,
M. Parisot pense que, si l'on pousse imprudemment les saignées , on observe des frénésies , des manies; rien n'est plus commun que de voir arriver à la Salpêtrière des femmes furieuses pour avoir été trop saignées. Si l'inflammation est franche, on fait bien de saigner; mais la saignée, comme remède universel, est impossible; il faut laisser à la nature sa force. On trouve, dans Morton, un aperçu très-ingénieux sur la grande rapidité d'absorption après les saignées , sur la viciation du sang, qui devient acre et vénéneux.
M. Husson dans la séance du 8 décembre, après la lecture du procès-verbal, se plaint de la manière injuste, inconvenante, avec laquelle M. Capuron a parlé de M. Bosquillon.
M. Capuron répond qu'il respecte la mémoire de Bosquillon, mais il persiste à dire qu'il saignait
sans méthode (& ces mots, un hourra de réprobation £C fait entendre dans l'assemblée^ qui est extraordinairement nombreuse; nous entendons ces mots : Puisque vous aimez tant à parler, au moins parlez bien). Un membre demande le rappel à l'ordre. Enfin, on réclame de toutes paris l'ordre du jour, qui est adopté.
«< Noas appelons tes médecins heiireiix, dil Montaigne , quand ils arrivent à quelque bonne fin , comme s'il n'y avoit que leur art qui ne.se peust maintenir d'elle-même, et qui eust des fondements trop fraisles pour s'appuyer de sa propre force, et comme s'il n'y avoit qu'elle qui aye besoing que la fortune preste la main à ses opérations. Je crois d'elle tout le pis ou le mieux qu'on vouldra ; car nous n'avons , Dieu mercy ! nul commerce ensemble. Je suis au rebours des autres , car je la méprise bien toujours; mais , quand je suis malade, au lieu d'entrer en composition , je commence encore à la craindre et à la hair, et réponds à ceux qui me pressent de prendre médecine qu'ils attendent au moins que je sois rendu à mes forces et à ma santé, pour avoir plus de moyens de sou-
tenir Tefforl et le hasard de leur breuvage. Je laisse faire nature et présuppose qu'elle se soit pourveue de dents et de griffes pour se défendre des assaults que lui viennent et pour maintenir cette contexture de quoy elle fuit la dissolution. Je crains, au lieu de Taller secourir , ainsi , comme elle est aux prinses bien estroicteset bien joinctes avecques la maladie, qu'on secoure son adversaire au lieu d'elle, et qu'on la rechai^e de nouveaux affaires. »
La mort ne semble-t-elle pas suivre le médecin à la piste ? ne croit-on pas la voir se glisser avec lui au chevet du malade? Souvent, sans doute, elle dirige la plume el trace la fatale recette ; le poison circule bientôt dans les veines du patient, car les officines ne chôment jamais.
Tremble, qui que tu sois, si tu es malade; ce qu'on t'apportera comme un secours ne sera souvent que ce qui doit hâter ta perte. Cette planche de salut que t'offre tart de guérir est pourrie.
Souviens-toi que jamais la nature n'a prétendu te guérir avec des moyens qui te tueraient en santé, par tout ce qui altère ou corrode les chairs et tarit les sources de la vie.
Les morts ne reviennent point pour accuser leurs bourreaux, et les plaintes de ceux qui restent mu-
tilés ne sont point entendues des êtres bien portants.
J'ai vu des malades mourir de faim , car il était de mode alors , en médecine, de prolonger le» diètes bien au delà du besoin réel. L'estomac perdant ainsi la faculté digestiye, c'était en vain ensuite qu'on lui donnait des aliments. J'ai vu, en grand nombre, d'autres malades mourir empoisonnés par l'acétate de morphine, qui, donné d'abord à petites doses pour obtenir un soulagement éphémère, devenait bientôt indispensable, et les malades mouraient en le prenant à hautes doses.
Qui ne sait les victimes d'un purgatif célèbre, et qui a rapporté des millions à son auteur ?
L'abus des sangsues et des émissions sanguines cause chaque jour la mort d'êtres qui avaient les forces nécessaires pour aller loin dans la vie.
Qui ne sait que les enfants recueillis par la charité publique expirent presqw tous avant d'avoir atteint la première année?
Jésus avait dit : Croissez et multipliez ; il savait sans nul doute qu'un moyen de destruction nattrait parmi les hommes.
Créé-je à plaisir des fantômes pour effrayer les hommes? Plût à Dieu qu'il en fi\t ainsi ; mais ces faits ne sont malheureusement que trop réels.
Vois ce grand médecin de toutes les académies du monde, qui, dans une épidémie terrible, ne sait inventer qu'un punch pour guérir les malheureux atteints du fléau ; vois tous les autres docteurs s'épuiser en vaines recherches jusqu'à ce que cette es^ pèce de peste soit passée ; mais qu'avaient-ils trouvé? rien , pas un remède efficace. Et, si le fléau revenait... cherchent-ils? prévoient-ils? Non; que leur demandez-vous ?
Vois, dans les fièvres pernicieuses et même ordinaires, l'abus du sulfate de quinine et des excitants faire plus de mal que de bien, de l'aveu du médecin lui-même; et le remède vanté d'abord comme un spécifique est reconnu être du poison.
Non , la guerre et ses affreux malheurs ne font pas plus de victimes que les hôpitaux, où Ton meurt sans gloire; la peur saisit à leur entrée des hommes pleins de courage, et tous ces soldats diraient, s'ils le pouvaient : Menez-nous à l'ennemi.
Qu' importent vos soins, votre or dépensé, la p ureté de vos médicaments ? Si tout cela ne guérit pas, c'est un luxe inutile.
Pourquoi tous ces lazarets gênants?
La peste est-elle contagieuse?
Les médecins n'en savent rien, les uns disent oui, les autres non, comme en toutes choses.
€uéril-ôn la rage ? Non .
La phthisie? Pas davantage.
Les affections cancéreuses? Incurables.
La goutte et Jes rhumatismes? Hélas non , on ne guérit pas ces sortes de maladies.
Les affections si nombreuses du système nerveux? On sait qu'elles tourmentent souvent toute la vie, voilà tout.
Une migraine?
Une douleur de dents?
Un simple rhume?
Point de remèdes pour des maux de si peu de durée.
Les médecins ^ux-mànes tout boitoix ne peuvent se guérir d'un cor aux pieds, et laissent ce isoin à des gens qu'ils méprisent.
Refoulons de notre cerveau cette nomenclature de maux qui n'ont point d^ remèdes dans les facultés^ et dont la plupart ne se prolongent et ne deviennent incurables qu'à cause de l'ignorance où les médecins sont de la vraie médecine, rfous ne parlons pas non plus de cette série de maux innombrables résultant de l'^nploi des drogues , et qui font de la vie un vrai supplice.
Sans doute, tous les hommes ne sortent pas sains et vigoureux des mains de la nature. Des généra-
lions d'hommes débiles ne peuvent engendrer un peuple d'athlètes. Le sang qui circule dans les veines est plus ou moins vicié. Mais qu'est-ce qui s'occupe^ qui cherche à prévenir de plus grands maux?
Dites*nous donc, médecins, ce que vous savez guérir : à vos assertions vont s'élever d'autres médecins aussi nombreux qui oseront contester vos (Euvres. Dites-nous, hommes à systèmes, quelles sont vos règles, quelle est votre doctrine, et d'autres hommes qui s'y connaissent vont couvrir votre voix pour vous accuser d'ignorance et signaler vos meurtres.
La vie de l'honune, ce présent si funeste, n'était donc pas accompagnée d'assez de peines et de souffrances morales ! Il fallait qu'elle fût assiégée pendant sa courte durée de tout ce qui peut la troubler physiquement ou en interrompre le cours. prétendue sagesse humaine! je te renie, car, sachant discerner le bien du niai , tu préfères le mal au bien.
La médecine actuelle, considérée comme science, n'existe pas; ce n'est que le plus monstrueux de tous les arts propres à détruire.
La morale repousse ces mensonges, et le rouge monte à la face de celui qui les voit honorés.
Civilisation , comme la médecine , ne seras-lu qu'une déception ! tu améliores d'un côté et dégrades de l'autre; tu édifies et tu détruis : offrant l'image de l'inconstance des hommes , tes in^itutions naissent et meurent en laissant subsister les mêmes vices. Toutes les chances heureuses toni pour le trompeur adroit et le^oleur hardi; toutes les misères pour la vertu .
Dieu voit cela et le souffre, comme il voit les fleurs salies , fanées et détruites par les pas de vils animaux. Il entend les soupirs qui s'exhalent de la poitrine de l'homme opprimé , et celui-ci ne peut plus comprendre son divin maître et renie ses avertissements et ses conseils. Aussi bien il est un monde meilleur pour les martyrs, et la vie n'est pas longue.
Aidez-moi, mes amis , et un jour on forcera la médecine à étudier la découverte de Mesmer; on ne recevra plus dans ce corps que ceux qui auront une vocation décidée pour l'art de guérir; l'état les salariera, et au lieu d'un art propre seulement à exploiter les hommes malades , on aura un sacerdoce que Dieu favorisera par des inspirations. Les nations auront alors des chants d'allégresse pour remercier le Créateur, et les sociétés ne nous offriront plus le triste spectacle de voir la santé
Are une exceptioa et la maladie l'état ordinaire des honunes.
Des hommes s'égarèrent un jour; ils araîent perdu leur boussole , le ciel était obscur y ils marchaient À tâtons et sans se reconnaître. L*un disait: Cest ici qn'est le chenin; un autre répondait : C'est dans cette direction (fu'il fautmarch^; et tous allairat tantôt à droite, tantôt à gauche, en s'égarant toujours davantage.
Ua d'entre eux, à force df examiner, aperçut une petite lumière, et s'écria tout à coup: C'est ici, oesl dec»o6lé, novsy sommes, venez àmoi, mes frères; mais aucun des égarés ne voulut écouter celui qui ft'était point tronq)eur, tous k Feim lui jetèrent la pierre. Il marcha résolummt, sans hésiter; H «rrira enfin au but, mais en se retournant il vit fu'il étmt seul.
Cet homme était Hesner , et depuis lui ceux qui natoulurent point l'entendre cherchent toujours ce qui est découvert , et ne trouvant rien, lorsqu'ils se heurtent, ils crient l'un sur l'autre au diarlatanisme , et, dans leur aveugle fureur, se portent des CMfNi meurtriers.
Médite les paroles d'un homme que nous aurions
voulu pour juge ; elles étaient adressées à T Académie de médecine y et nous-méme parlant à ce corps, notre langage eût été sans doute moins éloquent, mais identique quant au fond ; il suffira & tes yeux pour justifier nos accusations.