SÉANCE DU 31 MAI
Extrait du Diwoun de M. Itoyer^Cothrd mr te
Charlatanisme.
« Le charlatanisme , vous le savez , messieurs , est la plaie la plus honteuse de tiotr^ profession. Jamais peut-être il ne s'est produit avec plus d'impudence et d'une manière plus dangereuse qu'à l'époque actuelle , au milieu de cet esprit général de spéculation qui s'est répandu de toutes parts dans la société et jusque dans les professions les plus libérales. De là cette indignation unanime des hommes honnêtes, ces réclamations incessantes adressées au pouvoir, cette ardeur à implorer des lois nouvelles protectrices de la santé publique et de la dignité médicale.
« Nous vivons, en effet, dans un pays et dans un temps où la lâcheté des mœurs et la paress^è des
esprits ont créé la fausse habitude de remédier toujours àloul par des lois. On se décharge ainsi sur le gouvernement de la responsabilité qu'on ne veut pas prendre dans ses propres affaires , on s'abandonne soi-même; on abdique ses droits en renonçant à ses devoirs, et l'on énerve la puissance l^ale, en la réduisant à n'être plus qu'un instrument temporaire de défense inventé par le caprice, si ce n'est par la tyrannie des opinions.
«* Où a-t-on vu qu'une loi , en réprimant les abus , ait jamais corrigé les mœurs? Ce sont les mœurs au contraire qui font les lois ou plutôt qui en dispensent; vous aurez toujours assez de lois, si vous avez assez de courage et de véritable probité. Cependant , où en sommes-nous menacés à cet égard? Nous déclamons avec plus ou moins d'éloquence contre cet envahissement du charlatanisme; nous accusons l'inertie du gouvernement qui les iol^e, le silence des codes qui garantit leur impunité. Mais nous-mêmes, que faisons-nous?
Aide-toi, dit-on, et le ciel t'aidera? eh bien! en quoi nous aidons-nous dans ce naufrage qui engloutit, avec les intérêts de la société, l'honneur de notre profession? J'irai plus loin. Sommes-nous tous et toujours parfaitement irréplrochablés? Parcourez ces ignobles colonnes qui terminent nos
journaux quotidiens; ces lettres, ces prospectus distribués par milliers d'un bout à l'autre de la France; n'y voyez-vous pas à chaque instant des certificats laudatifs délivrés et signés, il faut le dire, par les médecins les plus recommandables? Comment voulez - vous que le public ne soit pas dupe, en présence de ces noms qu'il a justement appris à considérer? Et que ne dirais -je pas, si je voulais montrer le charlatanisme partout où il se glisse, sous toutes les formes, tantôt couvert du voile de la science , tantôt affectant les dehors d'une austère rudesse dans la profession elle-même, dans l'enseignement, dans les cours, et j'ajoute tout bas -.jusque dans les académies? Puis, quand on a ainsi breveté le mensonge et l'ignorance; quand on s'est rendu ainsi le complice volontaireou involontaire de pareilles manœuvres , on vient gémir au milieu de nous, et déplorer avec une abondante philanthropie les maux causés par les charlatans et la dévorante activité de leur industrie !
« Ai-je besoin d'ajouter que l'Académie devra sévèrement s'interdire de mettre jamais en cause une question quelconque de doctrine? Pourquoi ne serait-iil pas libre à chacun de chercher la vérité comme il l'entend, par les voies même les plus
étranges? Votre science oflBcielle est-elle si positive^ de son côté, si invariablement établie, qu'on puisse aflEinner que, dans qudques années , elle ne semblera pas aussi fausse qu'elle tous parait certaine aujourd'hui? Je suis de ceux qui pensent, et je me hâte de le déclarer, que la liberté illimitée de» opinions, pourvu qu'elle ne s'attaque qu'aux opinions et qu'elle ne se traduise pas en actes nuisibles ou répressibles, est toujours un plus grand bien que son abus n'est un mal ; que si donc une police médicale quelconque prétendait faire la guerre à l'homéopathie, pour appeler les choses par leur nom, à l'hydriathie, au magnétisme, voir même à la recherche de la pierre philosophale , je serais le premier à prendre leur défense , je protesterais hautement et publiquement contre toute tentative de cette nature. >»
Vains appels d'un cœur généreux ! la voix de la justice et de l'équilé ne sera pas entendue. La médecine ne cessera pas, de notre temps, d'être ce qu'a dit un grand médecin : « L'art divin de
GAGNER DE l' ARGENT ! >'
«MMarfHàlkiÉM*
tiiea a accordé à chaque substance tout ce qu'il lui faut pour obtenir sa fin.
La plus grande partie des maladies se termine par des crises; les médecins, ne les prévoyant pas, combattent T incident le plus heureux comme un symptôme funeste ; le magnétiseur ne peut se tromper, il sait que l'agent magnétique force le plus souvent la nature à produire des changements profonds dans un corps malade, car ce n'est qu'ainai qu'elle le débarrasse de ce qui troublait la vie .
Les maux que nous apportons en naissant sont nombreux; ils viennent en général des vices ou des écarts de régime de nos pères , quelquefois aussi de causes étrangères et tout-à-fait indépendantes d'eux. Ils nous sont inoculés par le sang et par les autres matériaux qui servent, dès le principe, à construire notre frêle machine; ils se développent et grandissent avec nous. Le temps vient enfin pour eux de manifester leur existence ; le médecin peut
rarement deviner leur origine : comment peut-il les combattre? ils font corps avec nos humeurs, ils sont nous. La nature les souffre; elle se contente, fatiguée qu'elle est de la lutte, d'en diriger les plus dangweux effets; elle portera autant qu'elle le pourra ces produits hétérogènes vers des organes ou des parties qui n'intéressent que le moins possible la vie. Les glandes qui s'engoi^ent, les tumeurs qui se dévelopent dans l'épaisseur des muscles, les affections cutanées, et bien d'autres lésions amenant de profonds désordres, tout indique que la nature cherche un émonctoire pour écouler les impuretés de nos humeurs et de notre sang. Elle ne peut arriver toujours à cet heureux résultat, et alors ces humeurs superflues sont promenées d'un lieu à un autre, et la vie ne devient supportable que lorsque le système nerveux blasé ne nous laisse plus si vivement sentir les douleurs.
Que prend-on. alors comme remède à tous ces maux? des tisanes dépurativesy des sudorifîques, des bains de vapeurs ; on applique des emplâtres^ on se frotte d'onguents ; vains efforts, science douteuse, enfantine, impuissante! La nature tourmentée, mais non rendue plus forte, ne pouvant suffire à un excès de travail, déroge à sa loi et frappe d'impuissance plusieurs oi^anes.
Certaines affections constitutionnelles existent dans certains cas pour notre propre conservation ; la vie y est attachée ; malheur au malade qui ne sait les supporter et qui veut à tout prix se débarrasser d'un mal qui souvent a son siège sur une partie découverte^ et repousse par sa laidew et saposition ; ainsi , les malheureux que la nature a rendus difformes deviennent bientôt un objet de dégoût; le sentiment qu'ils inspirent se cache sous les dehors d'une fausse pitié qui ne leur impose point. Ils gémissent et abrègent leurs jours en cherchant à se guérir. Oh ! si la laideur de l'âme se voyait de même par tous, que de gens dont la surface est polie se voileraient la face pour n'être point aperçus ! combien ceux qui les approchent fuiraient leur contact, tant il est dangereux par les vices moraux qu'il peut inoculer !
J'ai vu guérir et j'ai guéri moi-même des maux désespérés. Àvais-je donc plus de génie que les autres hommes? Non, sans doute, mais j'avais à ma disposition une force qu'ils méconnaissent; mon désir, ma volonté forte et l'agent inconnu que l'on nomme magnétisme^ réunis , ont remué l'âme du malheureux et porté sur les parties malades des forces médicatrices supérieures à tous les remèdes.
On peut donc guérir toute espèce de* maladie :
oui, sans doute; mais les médecins ne le peuvent pas. Comment le pourraient-ils avec des drogues ? quelquefois ils y parviennent avec des outils, lorsqu'ils retranchent une partie, un membre, quand la maladie est circonscrite; mais ce n'est pas guérir, c'est souvrat mutiler. J'ai vu des luxations anciennes du fémur se résoudre et parfaitement guérir ; des glandes scrophuleuses disparaître et la carie des os s'arrêter par la seule fcMrce de la nature mise en plus; des tumeurs blanches qui eussent nécessité l'amputation se résoudre également et ces parties devenir plus fortes qu'avant la maladie; la fatigue s'y faisait moins sentir. C'étaient donc des miracles? Pas du tout: cependant je ne puis m'empécher de reconnaître qu'il y avait quelque chose paraissant surnaturel et divin. La difficulté seule d'expliquer le phénomène le rend miraculeux à notre faible intelligence; mais que de choses se passent en nous de plus merveilleux encore sans que nous y apportions la moindre attention ! Des côtes disparaissent entièrement par le seul mouvement des artères ; souvent celles-ci s'os-^ sifient tandis que des organes longtemps stériles acquièrent une nouvelle vigueur malgré l'âge avancé. Des femmes deviennent fécondes ainsi; des dents poussent, clés yeux à demi éteints acquièrent une
sorte de jeunesse ; tandis que d'autres êtres moins heureux voient flétrir bien avant le temps et pat des causes également inconmies des organes qni étaient pleins de force et de santé. Guérir, tomber malade subitement, ce n'est qu'un jeu des fbrees qui sont en nous , qui se dévient parfois ou agis-' sent doublement sur quelques parties de l'organisation. Le principe de vie méconnu, les forces médicatrices ignorées , voilà la cause des erreurs du médecin ; prenant l'effet pour la cause , chaque jour il crée des maladies nouvelles; il en a rendu le nombre presque incalculable, et cette n(»iienelature monstrueuse de maux effraie l'imagination de celui qui ose la parcourir. 11 se trouble, easp il n'est pas un des symptômes qui éy trouvent décrits qu'il ne puisse ressentir en bonne santé, caria vie elte-même n'est qu'une longue maladie ; le travaiV qui se fait en nous amenant avec lui des changements sans fin, une journée sans souffrance es« presque une exception dans la vie. la plupart des douleurs , il est vrai , sont supportables t pour beaucoup , ce tfest que se sentir vivre; mais qu'on songe qu'un atome de poussière fait qu'un homme plein de vigueur se démène ef crie comme un enfant , qu'une piqûre d'épingle le fait tressaillir et fuir sîon Yen menace; un
rayon de lumière Téblouit et Tempéche devoir; UD peu plus de chaleur ou de froid le rend méeonnaisftable; quelques gouttes de vin le rendent fou. Le plaisir, pour peu qu'il dure, l'irrite et l'ennuie bientôt. Le vent, la pluie le fatiguent , et comme tous ses frères sont dans le même. cas, il ne les aborde jamais sans leur demander s'ils se portent bien, s'ils ont passé une bonne nuit. Heureuse vie que s'est faite ce roi de la création ! il voyi^^ avec des instruments pour se faire aller à la garde-robe ; il porte des lunettes^ car sa vue ne lui permet pas de distinguer de gros objets. Son oreille est dure , ses jambes peu flexibles; il lui faut une canne pour l'empêcher de fléchir ; souvent un cheval est nécessaire pour le porter; des hommes parfois lui rendent cet oflKce , car l'hociime a fait de l'hconme une bête de somme ; il a dit : « Je suis blanc, tu es noir, donc tu m'appartiens; je suis blanc, tu es blanc, tu m'appartiens encore, car j'ai eu plus d'adresse que toi ; je me suis enrichi des dépouilles des autres, je les ai souvent volés, et je vais te donner pour tes peines quelque chose de mon larcin; viens donc, ingrat, à mon secours; crains le bâton ou ma rancune ; je suis faible, il est vrai, mais je suis ton maître, car j'ai de l'or; ta vie dépend de moi ! . . . Stupide animal, celui qui te
soutient ou porte ta chaise percée rit de tes souffrances, il se moque de toi. Fou que tu es, c'est toi qui as arrangé ainsi ta vie; tu tombes sans pouvoir te relever, et on considère ta chute comme un bien ; oseras-tu tourner ton regard vers Dieu quand les hommes te dédaignent, toi qui n'as point d'a*^ mour pour tes frères? oseras-tu t' adresser, dans ta détresse, à celui qui a dit : « Aimez-vons les uns les autres 9 c'est ma hi. w
Tu as eu recours aux médecins, maintenant il te faut un prêtre, mais l'un et l'autre sont aussi verreui que toi; ils ont les mêmes infirmités et ont autant de science de la vie ; ils savent xomme toi , ni plus ni moins, comment tout nait, se conserve ou finit; ce sont de dignes directeurs, tu ne pouvais mieux trouver vers la fin de ta vie; vois où ils t'ont conduit; tu assistes à la dernière scène d'une comédie, le rideau va bientôt être baissé; le niais de la pièce, c'était toi. Un seul instant a sufil pour t'en convaincre; ta raison fléchit, et cette maîtresse orgueilleuse de ta personne t'abandonne à son tour après avoir dévoré l'héritage de ton avenir céleste !
Toujours des digressions ! . . . Mais pourquoi la médeciae doit^elle embrasser tant de choses? C'est la philosophie tout entière et la morale ; ce sont ses
ministres qui devraient faire le code de la sagesse, s'ils étaient des sages; ce sont eux qui pourraient parler, à celui qui s'en va, d'un monde plus heureui, s'ils avaient des vertus; ce sont eux, enfin , qui devraient enseigner à gouverner les hommes, en établissant les préceptes étemels propres à les diriger dans la voie du bien et de la santé !
Vertueux Mesmer, dors en paix; les savants ont méconnu tes découvertes ; ils t'ont couvert de mé-
pris, le temps doit produire tes vengeurs. Ds sortiront du camp ennemi. Les fils de ceux que tu as combattus viendront un jour demander où tu reposes, afin d'honorer ta cendre.
Tu as ouvert le vaste champ des découvertes ; les médecins se flattaient de connaître l'homme, et depuis toi leur ignorance est manifeste. Bientôt on verra la vie multiple de chaque être et surtout la vie propre de chaque organe et son action sur l'ensemble des fonctions. Mon entendement se perd aujourd'hui dans cette contemplation , car c'est pour moi l'immensité ! Je vois tout en mouvement où Ton supposait le repos ou seulement une action passive et muette; je vois des oi^anes doués de mémoire comme le cerveau, comme lui ordonnant et envoyant des forces au loin pour exécuter ou faciliter des travaux ; un chef habile semble résider
en eux, tandis que d'obscurs subordonnés charient des matériaux qui se vitalisent pendant les moments de leur transport, d'autres matériaux doués de lumière s'éteignent, et bientôt sont repoussés , refoulés au loin par des ouvriers soumis eux-mêmes à des supérieurs.
Tout se coordonne, s'enchaîne, se touche, s'attire, se repousse, et, comme si cela n'était pas assez merveilleux, l'action du chef principal est contrariée p^r des espèces de révoltes qui ne s' apaisent sous les violents efforts du maître que pour se reproduire d'une manière plus énergique, comme si des milliers d'esprits différents et dénature diverse s'étaient réunis pour former l'édifice humain, l'habiter en commun, le soumettre à des milliers d'exigences , le soutenir, puis le détruire !
La physiologie et la psychologie sont encore à faire; les livres qui en traitent ne sont que des romans.
Médecins ! vous avez cru, par des dénégations, arrêter l'essor d'une vérité. Maintenant, des écoles se forment, des hommes se réunissent en société pour observer. Partout les somnambules appellent les malades pour les guérir ou les soulager; malgré le charlatanisme qui les entoure, elles réussissent quelquefois, et la vogue les suit. Des magné-
tiseurs trouvent le moyen de se glisser au cbevel des malades, et c'est souvent quand le médecin sort que le magnétiseur entre. Ici on farme une bmitique magnétiqWy dii pas plus loin il s'en ouvre une autre.
Votre science n'est pas seulement mise en doute, on cherche à vous remplacer; vous n'avez donc point d'yeux ni d'oreilles, car ces choses se passât en plein soleil , et vous semblez ne pas les voir. Dépêchez-vous , il en est temps encore ! Ouvrez les yeux ! Peut-être Fappel que je fais à votre cœur, à vos intérêts , sera-t-il le dernier. Si votre temple reste fermé, un autre s'ouvrira, et j'irai, comme d'autres, par ma parole et par des faits , enseigner la doctrine fwuvelle !