CONNAIS-TOI
PHILOSOPHli:
DU
i^ffS!.*»
Ce qui a été est maintenant; ce qui doit être a déjà été. Dieu rappelle ce qui est passé.
désir de connaitre , noble passion , tourment d'une âme élevée, emparez-vous de mes sens. J'ai trop souffert pour arriver à la porte des sciences : il faut qu'elle me soit ouverte. Que m'importe la vie sans la connaissance de ses lois? Âi-je besoin d'un vaisseau si je n'ai point de boussole? Consentirai-je toujours à être le jouet des événements sans jamais les prévoir? Je dois cesser de m' enorgueillir de mon être si je suis inférieur à l'oiseau qui prévoit la tempête. Désirs téméraires ! vœux
insensés! Que demandé-je à la nature? Est-ce un bien que la science?
Osons pénétrer dans ce vaste abîme où d'autres que nous sont descendus; tâchons dans l'obscurité de retrouver le flambeau qu'ils éteignirent lorsqu'ils en eurent sondé la profondeur.
Hais, vains efforts! Flambeau, hommes qui pouvaient servir de guides , tout a disparu, le temps a "^ tout détruit.
Nos savants dorment à l'entrée du temple, après avoir effacé l'inscription qui y était gravée : Con- 1 nais-toi . Oh ! que n'ai-je le pouvoir de les chasser
comme Jésus chassait les marchands du temple ! Car eux aussi sont des marchands : la science entre leurs mains est devenue un trafic, et c'est pour avoir de l'or qu'ils deviennent ses ministres! Laissons-les dormir en paix. Les momies ne se réveillaient point au bruit des pas de ceux qui, comme moi, allaient chercher l'initiation.
Franchissons ces limites sacrées. Mais pourquoi ce saisissement? pourquoi ce trouble de mon âme? Rien ici ne peut punir mon audace : les foudres sont éteints. Tout est silencieux. Oh! c'est qu'en ce lieu nul profane ne porta ses pas en vain. Malheur à celui qui eût osé pénétrer dans cette magique enceinte! la mort eût été le prix de sa témérité.
Tout est donc bien changé; les dieux n'y sont donc plus? L'oracle a cessé de s'y faire entendre; l'autel est renversé !
Plus d'espoir pour moi ! Démarche vaine, inuti^ les vceux I Où le sacrilège est passé. . . Ibs dieux ne se communiquent plus !
Génies des temps anciens, apparaissez ! Serezvous sourds à ma prière? Reftiserez-vous de vous communiquer de nouveau? Ce n'est point ijne vaine curiosité qiii me fait vous évoquer ; le désir de connaître et d'apprendre me donne cette témérité ; mais mon cœur simple peut vous dire que, s'il cherche à connaître vos mystères, c'est pour le bien de l'humanité.
Tout se tait. L'écho même ne m' a point répondu! C'est bien ici pourtant que les dieux ont parlé ! Oh ! si mes vœux sont impuissants , n'en accusons pas la Divinité : je n'ai rien fait encore pour mériter ses bienfaits. Si j'ai souffert, ce n'était point pour elle; c'est aujourd'hui seulement que je sens sa grandeur et toute sa majesté. Tout atteste à mes yeux qu'ici fut le berceau de la vérité- Ma conscience me crie que fe Dieu des Chrétiens, par les prêtres d'Egypte j avait été initié, et que , pendant vingt siècles, on a pris Fombre pour la réalité.
Je viendrai de nouveau interroger les dieux; je
* relèverai de mes maiBs l'autel dont les débris gisent dans la poussière. Que m'importent après tout les clameurs des hiunains ? S'il leur faut un sang pur, que le mien soit versé ! Heureux, cent fois heureux celui qui le donne pour le triomphe de la vérité !
C'est dans son temple que j'enseignerai ce que j'aurai pu apprendre sur toute l'étendue du pouvoir de l'homme; mais pour certains faits je choisirai les confidents de mes pensées. La science est un bien qui appartient à tous; cependant, pour la posséder, il faut s'en rendre digne ; on ne doit pas dévoiler des mystères à l'homme qui ne les cherche que pour en abuser.
Non, non, l'homme corrompu n'est plus l'égal de l'homme vertueux ; leurs corps se repoussent, il n'est point de soudures pour leurs esprits. Le moral se salit comme le physique , et la pierre de touche pour reconnaître cette souillure existe dans le magnétisme : semblable à ces réactifs chimiques qui donnent la possibilité de reconnaître, à l'instant même, les substances hétérogènes qui existent dans un liquide , substances que les sens les plus exercés n'avaient pu découvrir.
Tu auras beau cacher ta vie , toi que le vice domine, tu donnes malgré toi une teinture ineffaça-
ble à tout ton être, différent en cela de l'homme juste ; son âme, comme la glace, n'est point ternie par le souffle impur qui a passé dessus, elle n'en conserve la trace qu'un instant; mais la rouille qui s'attache au fer le ronge jusqu'à ce qu'il soit détruit. Ainsi fait la souillure de l'âme sur le corps, et de cette lyre humaine, faite pour rendre des sons purs et doux, il ne sort que des sons discordants qui troublent l'harmonie divine que Dieu a voulu rendre universelle.
Notre refus de t' instruire te. donnera le droit de nier nos découvertes ; nous n'éprouverons que de la compassion pour toi; car tu auras ajouté une misère de plus à toutes tes misères, et rendu l'opacité de ta cornée plus grande et plus incurable.
Nous donnerons ious nos soins à celui qui aura montré du courage et un cœur généreux; car nous éprouverons l'un et l'autre, nous scruterons sa vie passée, sans qu'il en sache rien, et, si nous l'avons trouvée conforme à nos vœux, nous l'instruirons de ce qui pourra lui arriver dans sa vie à venir, il connaîtra le monde moral et le monde physique. Et pourquoi craindrions-nous de le dire ici? C'est une révélation que nous annonçons aux hommes, c'est un sens de plus que nous venons développer en eu Xi
L'esprit de rhoaime obscurci par les ténèbres de la fausse science va s'épurer près de V autel delà vérité. Le germe des passions nobles et généreuses, étouffé maintenant par Tégoisme et par la cupidité, se développera ; l'homme connaîtra alors que la vertu n'est point un vain mot que le vulgaire peut interpréter selon l'étendue de son esprit et de ses connaissances, mais un état particulier del'àme, qui ne nous permet de faire que des choses conformes, non point aux croyances de l'homme, parce qu'elles sont souvent basées sur des préjugés, mais aux lois secrètes de la Providence. Il reconnaîtra que ce qui parait juste et raisonnable n'est souvent que mensonge et illusion, comme s'il était attaché à notre nature de choisir ce qui lui convient le moins.
C'est désormais avec un flambeau à la main que l'homme pourra se conduire dans ce dédale où Dieu l'a placé; il écoutera le guide qui est en lui , comme Socrate, Pythagore, Jésus et tant d'autres.
Il pénétrera dans les plus secrets ressorts de la nature, et, après avoir reconnu que le principe de la vie est dans la nature de chaque être pour son existence et pour sa réparation, il emploiera une partie de ce feu divin pour réchauffer les fragments de l'argile des malheureux qui lui deman-
deront la vie, et qui, moins éclairés que lui, n'aurontpas su découvrir en eux un aussi grand trésor.
Comme on aperçoit , aux rayons du soleil , les innombrables molécules qui se jouent dans cette vive lumière et dont on ne soupçonnait pas l'existence à la clarté ordinaire du jour, la transformation de son entendement lui donnera la faculté de voir dans la nuit des temps ce qui ne peut être vu par le vulgaire ignorant, ou par les savants orgueilleux qui se croient des sages parce qu'ils ont vieilli .
Mais c'est assez nous étendre sur ce sujet; ce que nous avons dit suffira pour nous attirer les railleries de nos illustres savants. Us n'ignorent rien ; cependant ils vont nous crier de donner des preuves de ce que nous avançons, Oui, des preuves, c'est juste : vous n'êtes point obligés de nous croire sur parole ^ ; dans d'autres temps Cristophe Colomb était un rêveur, Galilée aussi ; Harvey , Genner ,
* 11 a fallu trente années pour qu'ils fussent persuadés que le sang circule , et deux cents exemples de chutes de pierres pour qu'ils crussent à l'existence des aérolithes.
Il a fallu, dit Fontenelle, qu'un potier de terre, Bernard de Palissy, qui ne savait ni grec, ni latin, osât, vers la fin du XVI* siècle, dire dans Paris, et à la face de tous les docteurs, que les coquilles fossiles étaient de véritables coquilles déposées autrefois par la mer dans les lieux où elle se trouvait alors, que des animaux avaient donné aux pierres figurées toutes les difiérentes figures, et qu'il défiait hardiment touto l'école d'Aristote d'attaquer ses preuves.
des ignorants. Les Hollandais, racontant au roi de Siam les merveilles de leur'pays, et l'assurant qu'à une certaine époque de l'année on marchait sur les rivières, étaient des imposteurs qu'il fallait chasser de la présence d'hommes aussi éclairés.
Vous, savants de notre pays, vous ne vous êtes pas montrés plus instruits que les Siamois ; car depuis soixante ans on vous crie : Le$ magnétiseurs marchent à la découverte d'un monde moral; tous les phénomènes qu'ils produisent prouvent indubitablement son existence. Vous avez déclaré qu'ils étaient des imposteurs et des imbéciles, et de vous tous ce sont les plus illustres qui ont signé ce jugement qui attestera à tous les sciècles à venir votre ignorance ou votre mauvaise foi ^
Mon cœur n'a point de haine contre vous, bien que vous m'ayez fait souffrir par vos sarcasmes,
vos rires , et par les expressions injurieuses que
toujours vous aviez à la bouche pour accueillir moi et tous ceux qui voulurent^ dans tous les temps, vous convaincre de la vérité du magnétisme. Mais le temps marche ; la vérité aussi : elle est devant
1 Tandis que ces illustres savants protestaient contre Texistence du magnétisme dans un rapport fait pour les nations, ils envoyaient à Louis XVI un mémoire secret où le magnétisme était regardé comme une découverte que l'on devait proscrire. Les mêmes hommes cependant préconisaient les poisons !
VOUS actuellement; vous ne la voyez pas encore^ oh non! vous êtes comme des enfants qu'un nuage hoir à l'horizon n'efiBraye point; ils continuent leurs jeux; l'orage se forme pendant ce temps, le tonnerre gronde, et la foudre les atteint, lorsqu'il leur eût été facile de gagner un abri.
Des preuves ! on ne vous en doit plus; qu'en feriez-vous maintenant? La vérité n'est plus une pâture qui puisse vous convenir. Malgré les avertissementSjVous avez continué de vous saturer d'aliments grossiers, qui ont modifié en mal votre intelligence. Il vous faut vivre désormais avec les idées que vous vous êtes faites de l'homme et de la nature; c'est pour une autre génération de savants que nous travaillons, et c'est dans vos écoles que nous irons chercherles ouvriers destinés à démolir vos édifices.
Vous rirez de nos menaces, insensés que vous êtes ; car que peuvent contre une machine aussi bien organisée que la vôtre, machine que les rois soutiennent et qui a pour rouages les hommes les plus distingués du royaume , que peuvent quelques hommes isolés contre un colosse de grandeur et de pouvoir ?
David était petit, il n'avait qu'un bout de corde et un caillou; il tua l'orgueilleux Goliath qui était bardé de fer.
Une vérité bien prouvée vous renversera, messieurs, de l'échafaudage où vous êtes placés, et ces quantités innomlMrables de volumes , dépôts humiliants de contradictions et d'erreurs, que vous avez amassés pour F amusement des hommes, vous couvriront de leurs débris : ce sera votre sépiolture.
Ce n'est point un fou qui vous menace; c'est un hgmme qui a vu pendant trente ans des faits qui renversent toutes vos théories, et qui vient aujourd'hui vous dire en face que vous ignorez tout ce que vous devriez connaître.
Ces faits, messieurs, d'autres les verront, car il ne faut que des sens pour en prendre connaissance, et tout le monde en est pourvu. Les conséquences de ces faits seront tirées et déduites par tous, car il ne faut encore qu'un jugmient sain pour les admettre.
Maintenant accordez des couronnes et donnez des récompenses à ceux qui cherchent à agrandir ce que vous appelez le domaine des sciences: ils se fatiguent à cette recherche, et vous leur devez une indemnité; mais les malheureux creusent où vous avez fouillé, le filon est épuisé depuis longtemps; ils vous apportent cependant quelques paillettes d'or que vous avez laissées, ayant dédaigné de les emporter. Vous leur donnez pour cela un trésor; le
généreux Montyon vous ayant légué le sien, vous en êtes les dispensateurs. Mais vous n'accorderez rien à l'honmie qui viendra montrer à tous les yeux le peu de valeur de vos systèmes. Les Mesmer, les Puységur, les Deleuze, les Georget, oh ! ceux-là doivent user leur vie à la recherche d'une vérité; ils doivent souffrir pour la répandre, et, lorsqu'ils seront morts, vous les calomnierez ! Non, non, la jus^ tice vengeresse ne le souffrira pas. Vous avez saisi la clef des sciences pour en fermer l'entrée; nous sommes venus pour vous la reprendre, ouvrir le sanctuaire et le nettoyer des ordures que vous y avez amassées!...
Les hommes ne mesurent guère le mérite de leurs semblables que par les richesses et les honneurs, presque jamais par les sentiments de Tàme.
Peuple, relève la tête, ose regarder en face tes savants, tes guides, ceux auxquels tu as confié tes destinées; ose leur demander ce^ qu'ils savent réellement, s'ils savent où ils marchent, s'ils voient où ils vont : ils ne pourront te répondre à ces questions. Insiste, tu verras alors le trouble de leur âme !
C'est qu'ils ne sont forts que de ton ignorance; ils t'ont courbé sous leur niveau. Que leur importe ton bonheur ou ta vie? Que leur importe ton destin? C'est ton or qu'ils recherchent. Vois-les croupir sur des monceaux de ce métal, les insensés !
Mais l'or n'empêche point de mourir; il corrompt l'âme, il abrutit l'esprit et rend fou celui qui le possède. Il faut qu'il s'élève un cri général de réprobation contre l'égoisme et la cupidité; il faut faire entendre à la richesse que le bonheur n'est point où
'elle habite, et que celui qui meurt riche inspire rarement de la pitié.
Voyez ces vains mausolées, splendeur de l'art: la véritable douleur n'en approcha jamais. A qui destine-t-on ces somptueux monuments? Est-ce à un bienfaiteur de l'humanité? Non; ceux-là meurent pauvres et ne demandent qu'une croix de bois. C'est pour un riche orgueilleux qui a laissé beaucoup d'or et a voulu que son faste durât encore quand lui aura disparu, car les vers l'auront bientôt dévoré. Son tombeau, désormais, servira de repaire aux animaux immondes, images des penchants de son âme, et ce lieu infecté attestera longtemps qu'un mauvais riche y est passé.
Erreur! nuit de l'esprit ! tu gouvernes les hommes, mais ton règne finira. La lumière est venue dans le monde, malheur à qui n'en sera point éclairé !
Tu trouveras In Code divin, si tu veux fhorrlier.