L. Berthacd
Disciples de Gall, cessez d'examiner l'homme extérieurement, car c'est un amusement d'aveugle; toutes ces saillies que vous touchez et retouchez ne vous feront connaître de l'homme que sa charpente ; la forme d'un cratère ne vous donnera jamais la mesure de la lave qu'il jettera plus tard.
Rendez à la terre tous ces débris humains dont vous meublez vos demeures, car ce n'est pas seulement un vol, c'est une profanation. Ces restes ne vous ont pas été donnés , c'est au mépris des droits les plus sacrés que vous vous en êtes emparés ; mais cette manie vous a fait fouiller les tombeaux sans respect pour les morts : vous avez trafiqué de leurs os , et vous vous êtes honorés d'une chose flétrissante. Pénétrez à travers la surface des
OS, là n'est plus le reflet seulement; mais la lumière ; là n'est plus le doute, mais la réalité ! Là vous trouverez de quoi confondre les académies qui vous repoussent, comme elles repoussent les homoBopathes , car ils apportent comme vous une parcelle de lumière .
Si vous employiez votre talent d'investigation à la recherche des lois du magnétisme , si le somnambulisme et l'extase devenaient l'objet de vos méditations, le monde jouirait plus tôt des avantages inouis que ces découvertes laissent entrevoir.
Le mystère du développement des êtres peut être connu; le point de départ des facultés intellectuelles, on le trouvera avec effort, sans doute, mais on le trouvera. N'est-ce point assez pour vous déterminer à seconder nos efforts? Faut-il donc que tous ceux qui connaissent parfaitement l'homme physique refusent de nous suivre dans l'étude de l'homme moral?
-I . ri t
Évcillez-Tous maintenant aux combats de l'intcUigence pour ne plus vous endormir que dans la mort.
MiGBELET.
Templiers, et vous, francs-maçons, cpie faitesvous de vos autels ? Pourquoi ces épreuves et ces splendides repas qui les suivent ? Pour honorer les dieux , dites -vous? Mais ceux qui vous ont initiés vous ont vendu du cuivre pour de l'or ; si vous possédiez la clef des mystères anciens, aussi nombreux que vous Têtes, vous auriez bouleversé la terre , et, marchant comme un seul homme , après avoir placé vos pontifes sur le trône des rois, vous auriez disputé l'empire à la Divinité.
Oh! vous n'avez de vrai que votre charité, et pour posséder cette vertu il n'est pas besoin d'épreuves, car elle est dans le cœur de tout homme qui sent et pense.
Rappelez-vous donc votre origine, ôtez la rouille
amassée par les siècles , et en ouvrant le san(>luaire secret de votre temple vous allez trouver la vérité mesmérienne, et les plus grands secrets vous seront dévoilés.
Pauvres humains! reconnaissez votre erreur; vous avez vous-mêmes brisé l'anneau qui vous attachait à la Divinité, vous vous êtes cru aussi grands qu'elle, et ce faible rayon d'une céleste flamme que vous teniez de sa libéralité vous a fait croire à tous que vous étiez aussi des dieux. Plus tard, reconnaissant votre erreur, vous avez essayé de renouer la chaîne des temps anciens au temps présent. Champollion et bien d'autres y ont usé leur vie. Vains efforts! la langue des dieux n'a point encore trouvé d'interprète. Ce n'est qu'à leurs favoris qu'elle sera de nouveau révélée. Ne voudrezvous plus faire quelques efforts pour donner de la clarté au flambeau qui s'éteint dans vos mains? Faut-il que la vieillesse vous gagne comme toutes choses, sans que vous essayiez de vous rajeunir?
La vérité vous appelle de nouveau; venez à elle.
Nous sommes frappés d'admiration en voyant parmi les anciens le même personnage être à la fois, dans un degré eminent , Ç; ; ; ; philosopho, poCto, orateur, historien, prêtre,
administrateur, général d'armée. Nos âmes Vépourantent à l'aspect d'un si vaste domaine.
LâlOHTET.
Philosophes qui tous extasiez à la vue des spirales d'une plante ou d'un ciron cent fois grossi, vous cherchez dans les plus petits ouvrages de la nature ce qui va à la hauteur de votre génie. Vos conceptions , qui semblent sortir de la tête d'un enfant , n'apprennent rien à l'homme qui veut se connaître. Il dédaigne le hochet que vous lui offrez, il sourit de pitié en vous voyant vous glorifier de vos œuvres , et lorsqu'il apprend que vous êtes en possession de ce qu'on appelle la science , et que c'est vous qui distribuez la renommée, il blasphème contre l'ordre ainsi renversé; il cherche, il s'inquiète, et, trouvant partout des créatures qui vous ressemblent et qui bouchent le passage
au véritable génie, il s'irrite et devient athée , car il ne peut concevoir que Dieu préside à toutes ces choses et les laisse subsister.
Qu'étes-vous devenus, temples de la Grèce et de r Egypte , où l'homme était initié aux mystères de la nature, où son âme, s'élevait par la contemplation jusqu'à comprendre et reconnaître les lois qui gouvernent les mondes, et pleine de respect pour celui qui les avait créés, s'inclinait devant ce Dieu?
Temples de nos savants , modernes académies, vous brillez par vos murailles , le temps a passé dessus et leur a donné une couleur antique qui commande le respect. Hélas! c'est tout. Il n'est rien d'aussi misérable que le dedans, et si ce n'étaient les habits brodés qui fixent les regards de ceux qui s'aventurent par désœuvrement jusqu'à vouloir visiter ces lieux dans des jours d'apparat, on ne croirait jamais à votre destination première.
Où êtes-vous, lumières de l'antiquité? où sont ces philosophes qui honorèrent leur siècle , et les grands médecins que les nations se disputaient? Leurs noms respectés sont venus jusqu'à nous, mais ils n'ont point trouvé de successeurs parmi vous. Lorsque vous mourez , le monde n'est point en deuil, et nuUe-parl on ne vous élève des autels.
Et voilà ceux qui serrent à nous instruire et à nous guider ! voilà les hommes à la tôte de ce qu'on appelle la civilisation ! Honte à eux qui acceptent les titres de réformateurs , honte à nous qui souffrons Vinjure qu'ils font à l'humanité !
Montrez-nous donc vos nouveaux principes de sagesse , montrez - nous les nations adoptant vos axiomes et se laissant conduire par vos lois. Tout est muet auprès de vous; vous ne croyez pas même aux principes que vous avez posés. Vous briguez • des faveurs , vous vous laissez chamarrer de cordons, et 9 vous traînant à la suite de tous les pouvoirs, vous montrez des âmes basses et vénales, et vous dites au vulgaire : Voilà les fruits delà science !
Oui, ce sont les fruits de la science, mais d^ la science du mal , et vous en êtes les génies, car jamais temps ne furent plus malheureux : tous vos enseignements conduisent au suicide. C'est là l'a. pogée de votre gloire; vous n'avez pas su trouver d'autres remèdes pour guérir les maux moraux qui nous affligent.
Vois la nouvelle philosophie s'en prendre au Christ des désordres qui existent. L'un de ces grands génies modernes, savant médecin, a trouvé que la morale de Jésus était subversive et ne pou^ vait faire le bonheur de l'homme.
La philosophie de ce médecin n'a pas duré plus que lui ; elle sentait les cadavres qu'il avait disséqués. // faoaU tirée de la mort.- comment auraitelle pu vivre?
Celui qu'il attaque avec tant de force n'employait ni la diète ni les sangsues pour guérir les malades; il leur disait : Soyez guéris ^ et ils l'étaient.
Faites donc mieux que lui , vous tous qui attaquez cet homme, montrez-nous donc vos bannières suivies par des gens disposés à devenir martyrs pour soutenir vos doctrines. Elle parlait au cœur, la sienne, elle consolait , et les vôtres affligent ; elle mettait un frein aux mauvaises passions, et les vôtres ne sont propres qu'à les développer.
Ce ne sont pas les préceptes de Jésus qui firent jamais des Lacenaire, des Macaire, des Fieschi dont votre société abonde aujourd'hui.
On sait bien que vous, juges du Christ, vous ne loferiez pas mourir, mais l'enverriez à Charenton. Le propos a été tenu, et, sans doute aussi, les hommes de l'époque, pour vous récompenser d'avoir montré tant de génie et un si grand discernement, vous eussent réservé leur Panthéon. Mais le Christ, du fond de sa prison, prenant compassion de vous, aurait dit : Phignez-les, mon Dieu, ils ne savent ce
qu*il$font. Ce sont des aveugles qui conduisent d'autres aveugles.
Hommes, qui ne savez pas gouyemer votre propre machine, vous qui ignorez si demain vous serez encore, et qui ne pouvez, dans votre propre maison, dans votre propre famille, avoir des disciples > il vous va mal d'attaquer celui qui savait tout, celui dont les doctrines ont régné sur la moitié du globe. Ne voyez-vous pas que vous êtes dans Terreur parce que vous ne comprenez ni f JFcriture, ni la puissance du Christ.
Rendons justice à Jésus; car il avait de l'homme toutes les vertus, et vous n'en avez que les vices.
La sagesse est une chose d^ne grande étendue ; elle ne peut se loger que dans un lieu entièrement yide. Pour la recevoir, il faut débarrasser son esprit de tout ce qu*ii peut contenir de superflu.
S£if£QCfi.
Éloigne-toi des sottises de ton siècle si tu veux l'instruire et rester vertueux.
Écoute. Ce n'est point armé du scalpel et du microscope que tu découvriras la vie. Si tu veux faire connaissance avec l'habitant d'une maison , il faut entrer chez lui lorsqu'il y est , et ne pas attendre qu'il en soit sorti. Il faut interroger ton âme et la forcer à te répondre. Il faut faire violence à ta propre nature, car elle est comme une maîtresse impérieuse qui ne dévoile tous ses charmes qu'à l'amant dévoué qui sait endurer ses emportements et plier devant ses caprices.
Si tu vis de la vie commune, tu sentiras et tu éprouveras ce qu'éprouve le vulgaire, rien autre chose; tu passeras sur cette terre sans laisser d'autres traces de ton passage que celle qu'il a laissées lui-même; il ne s'est pas connu, tu auras été
comme lui. Ta vie ne sera qu'un long sommeil où tu n'auras été bercé que par des songes. Tu rendras à la nature ce que tu as puisé dans son sein, sans avoir fait usage de ses trésors; chaque molécule de ton être pouvait devenir pensante et t'initier à des mystères; seigneur fainéant , tu n'auras pas voulu connaître tes domaines ni les esclaves qui les faisaient valoir.
En suivant nos savants modernes, tu acquerras ce que le vulgaire appelle de la science, tu raisonneras avec une apparente justesse, mais tes opinions, au fond, n'auront pas le sens commun, car le moindre des faits que nous produisons les renverse entièrement. Outre l'inconvénient qu'il y aura pour toi de perdre ten temps, tu auras saturé ton esprit de sophismes qui l'empêcheront de reconnaître la vérité lorsqu'elle se présentera à toi.
Des abeilles qui vont butiner sur des fleurs vénéneuses amassent du miel, mais ce miel est mauvais , il trouble l'intelligence , quelquefois même il empoisonne.
Regarde autour de toi, interroge les hommes du temps présent, vois ceux qui sont parvenus aux premières charges de l'État; en est-il beaucoup à qui tu voudrais donner la main ? Tous se sont démentis pour des places et des honneurs.
Dans ce siècle maudit, on vend sa plume et sa conscience comme une prostituée vend ses faveurs: Némésis... est passée dans le camp des félons et vit de leur or. Ah! j'en ai honte ! Jusqu'à déjeunes hommes, naguère les ardents soutiens d'une religion et d'une philosophie nouvelles, ils se sont aussi vendus ! Ne compte plus sur la sainteté des serments, tu passerais pour un niais; sur les lois, elles ne sont faites que dans l'intérêt du plus fort; sur la paix et le bonheur du ménage ; ah ( mon ami, ta raison s'égare.
La morale du jour, la voici : Endurcir son cœur, ne point croire à la vertUy employer tons les moyens pour se faire une position, et ne pas reculer, pour y arriver, même devant le mépris public !
Ce bourbier est-il assez infect?
Mais loin de cet égoût et de ce bois de mancenillier coule ui^e source faible encore; son eau est limpide et douce, quelques gouttes vous désaltèrent et vous font sourire à la vie. Cette eau vient du Léthé, sans doute, car ceux qui en boivent oublient pour un instant leurs maux et renaissent à l'espérance. Pour trouver cette source il ne faut qu'une simplicité de pensées et pratiquer le bien j le magnétisme en est la roule ; la volonté seule y fait arriver; ne saurais-tu vouloir ?
Prépare ton intérieur comme l'abeille arrange sa jruche; tout ce que tu rapportes chez toi, dégage-le des parties terrestres ou de la rouille qui s'y trouve attachée; ne prends rien sur l'étiquette, et que ton analyse soit faite avec exactitude. Ton butin sera considérable un jour, et cette richesse est la seule qui n'apporte point de remords avec elle. L'âme a besoin d'aliments comme le corps; l'estomac avertit souvent que ce qu'on lui donne ne vaut rien ; il' le rejette d'abord, puis il s'y habitue, et porte ainsi des germes putrides dans les oi^anes; l'âme avertit également, par la conscience, du dégoût qu'elle éprouve des mauvaises choses qu'on lui apporte ; elle cherche à les rejeter aussi , mais , petit à petit, elle livre la place aux mauvaises passions, et l'homme perd deux guides assurés et intelligents.
En évitant ainsi ces deux écueils, ta route sera aisée et te mènera droit au but.
Mange peu et ne donne pas trop à l'âme; laisse . digérer les deux aliments. H faut des instants de repos, et c'est alors qu'on se sent vivre. On distingue parfaitement le travail qui se fait en nous et l'existence de l'ouvrier intelligent qui dirige ces travaux.
Ton sommeil sera doux et non laborieux ; tes rè-
ves n'enfanteront plus des monstres ou des drames sanglants; les combinaisons saines de ton esprit continueront mieux que si tu veillais, et des conseils et des avertissements te seront donnés dans le cas où ta raison ne pourrait te suffire.
Ainsi ne cherche pas le bonheur dans la possession de la richesse : il n'y est pas ; dans les honneurs : tu t'en éloignerais; dans une liberté illimitée : ce serait une erreur funeste, car l'homme n'est libre sur cette terre que parla pensée ; il dépend toujours de quelqu'un, et d'ailleurs ses besoins en font l'esclave des autres; son bien le plus précieux, sa vie, est à la merci du premier venu.
Combien j'ai souffert, moi ! Le chemin de la sar gesse m'était inconnu; les hommes à qui je le demandais me trompaient sans cesse, et, lorsque je suivais le sentier battu, je trébuchais à chaque pas.
Il m' a fallu bien du courage pour persister, mais plus j'avançais, cependant, plus j'étais certain qu'une grande vérité serait la récompense de ma persévérance; et, la possédant enfin, cette vérité, tout n'a plus été chagrin dans ma vie. Pures jouissances de l'âme, je vous ai goûtées ! Combien n'aije pas vu de fois la mort s'enfuir à mon approche, et la vie revenir dans des corps usés par la maladie et les remèdes!
Non, médecins, vous ne savez pas plus guérir les maux du corps que les prêtres ne savent guérir les maux de Tàme. Vous, médecins, votre dieu Esculape, celui dont vous relevez l'autel, était devin et guérissait les malades en leur indiquant en songe ce qu'il fallait faire. Tous les médecins de cette épo~ que reculée étaient devins, c'est*à-dire voyants. Votre divin Hippocrate lui-même avouait qu'il devait une partie de ses connaissances aux lumières qui lui étaient venues en songe. Comment sauriez-vous guérir, vous? Pas un de vous ne se livre à la méditation; vous avez, il est vrai, des formules pour toutes les maladies. Vous oubliez encore que vos premières pharmacopées furent composées dans les temples anciens et prises, mot pour mot, sur des ex-voto que des malades reconnaissants avaient suspendus aux murs des temples. Votre médecine d'aujourd'hui est une chose de mode ; ce qui était bon hier sera mauvais demain. Que vous importe? Chacun vous livre sa vie avec une indifférence presque stupide, et, mort ou vif, on vous appartient. Allez, taillez ; mais ce qui devrait vous affecter, cependant, c'est que vous êtes soumis au même r^ime : comme vous aurez traité les autres on vous traitera vous-mêmes, et vos confrères n*auront pas plus dé souci de vous que vous tf en avez eu d'eux. la terre.
ce vaste Clamar, ne dit jamais : C'est assez. Oh ! iordifiërence coupable qui brise les lois de la nature, contmueras-tu de régner parmi les hommes ? Nul effort de l'esprit humain ne sera-t41 tenté pour les tirer de cette apathie?
Qui frappera assez fort sur tous ces corps usés pour y ramener la sensibilité qui s'éteint?
On dit que le froid, parvenu à un certain degré, saisit l'homme et le fait tomber dans un sommeil qui n'est pas entièrement désagréable, car ceux qui réprouvent désirent sa prolongation, ou plutôt ne font rien pour s'y soustraire. Est-ce que la civilisation, lorsqu'elle a atteint certain point, de même que le froid, engourdirait l'intelligence et ferait tomber les hommes dans une espèce de sommeil où tout est indifférence, où la mort même n'effraie plus ceux qu'elle menace, où le cœur ne bat plus qu'à moitié, où le vice, la vertu, l'amour, l'amitié, rien n'émeut, où la mémoire s'éteint quand la vie dure encore?
I^égislateurs , retirez-vous; faites place à des hommes nouveaux. C'est vous qui avez produit ce mal; vos lois sont toutes athées et injustes; inspirées par l'égoisme, elles ne peuvent conduire les hommes au bien et à la vertu.
Quoi quo TOUS fassiez , et malgré rotre orgueil , aous retournerons dans le passé pour y chercher yotre maître.
Et vous 9 consolateurs salariés , noirs , bruns , rouges ou viol^» rasés ou barbus» qu'est deyenu le baume que vous versiez sur lâs blessures du eœur? Où sont ces divines paroles que l'E^rit- Saint vous inspirait pour consolw l'affligé et lui faire supporter ses misères ?
Rejetons pourris d'une divinesouebe, vous n'avez plus d'ombrage à offirir au voyageur fatigué d'une pénible route; vos fruits dégénérés ne peuvent plus étancher sa soif brûlante; il les rejette après les avoir goûtés» et s'éloigne en soupirant.
Votre ^ise n'est plus un port de salut; vos sigs^Xrappellent en vain le navire battu par la twif^; le pilote sait bien que votre port n'empéohe plus le naufrage; il fuit> cherehanl d'autres bords. Et pourtant des traditions certaines assurent qu'au-
trefois on y trouvait un sûr abri; te vent de la discorde n'y soufflait point alors, et la guerre n'avait point éclaté entre les ouvriers du port.
Vous êtes réduits à y recevoir de vieilles barijues qui n'ont plus rien à bord ; elles y restent, cependant, car elles ne peuvent plus prendre la mer, et leurs débris attestent que c'est la seule richesse qui vous reste .
Non, vous n'êtes plus les disciples de Jésus : Jésus lavait les pieds des pauvres, il consolait les affligés, et le luie de vos maisons atteste que vous pensez à vous d'abord et songez au lendemain; Jésuji ne pensait point à ces choses. Vous portez, il esterai, son image sur votre poitrine, mais Jésus h^est plus dans votre cœur ni dans votre pensée; t'est un vain simulacre, et> quels que soient vos discours, ils n'échau£feront plus les âmes.
Ministres dédaignés par ceux qui vous paient» vous êtes à charge à vous-mêmes, et, ne suivant plus la loi de Jésus, le peuple commence à vous haïr, car il ne peut ni vous cmnprendre, ni vous aimer.
la société ne doit rien y pas même un souvenir, à qui ne fait rien pour eUe\ Ahl revenez, je vous en
^ « Nombre de gens, par on esprit de paresse et de fainéantise, aban« « donnent les charges publiques et s'associent, sous prétexte de religion.
conjure, aux vrais préceptes de l'Évangile; faites que Ton croie que votre royaume n'est pas de ce monde; faites abnégation de vos intérêts; changez la direction de vos passions, et bientôt Tordre se raffermira dans l'Etat, car il ne peut se fonder sans la morale. Tout gouvernement, sans vous, ne peut exister longtemps. Soyez donc prévoyants pour vous-mêmes, car vous ne pouvez éprouver nulle joie, nul bonheur en ne remplissant pas votre tâche.
L'amour du prochain donne seul des soutiens et des défenseurs. Aimez vos frères, secourez-les, guérissez leurs maux, et vous serez alors tout-puissants. Vous pourrez même défier les révolutions, car elles ne vous ébranleront pas. Dieu avait dit : Ceux qui croiront en moi guériront les makdes. Si vous croyez en lui, faites donc des œuvres qui le prouvent. Sercez-^ouA de F âme pour guérir le corps. Soyez enfin, par votre conduite et vos actes, supérieurs aux autres hommes, et on vous croira de nouveau les interprètes de Dieu et de la nature.
« aux communautés monastiques. Après avoir mûrement délibéré^or « eet àboa, nous voulons qu*on tire ces gens de leurs retraites et qu'on « les ramène aux fonctions et aux charges envers la patrie. » ( Théodase ^Juttinien^ cod, , ch. X, t. 31.) Que diraient aujourd'hui ces sages législateurs s'ils revoyaiant les lient autrefois soumis à leur domination ?
Si la moitié de ce que coûtent les choses inutiles à Thomme était consacrée à Ta* griculture, on ne trouverait pas sur le globe un pouce de terrain à défricher, pas une famille qui n*eût des moyens assurés de subsistance.
Vous tous qui vivez dans le luxe et l'abondance, vous n'entendez donc pas les gémissements des populations ? Vous ne voyez donc pas, comme des nuages, les haines s'amonceler? N'entendez-vous pas les masses accuser la Providence et se. dire : Tous leshommes sont frères, la nature lesfit égaux ; pourquoi donc un petit nombre vit-il dans l'opulence, tandis que nous mourons de faim ? Ne faites pas que cet amas d'hommes, dans son désespoir, soit obligé d'en appeler à Dieu, car vous lui avez ôté vous-mêmes cette croyance : il en appellera aux armes et vous vaincra.
Vous avez été cruels envers le peuple, il vous surpassera dans ses cruautés. L'échafaud politique, relevé pour lui, servira contre vous. Vous
avez employé la ruse et les sophismes pour le gouyerner, il sera plus rusé et plus habile que vousn a des sens plus affinés que les vôtres ; il connaîtra vos actions les plus secrètes, il rira de vous lorsque vous lui parlerez de vertus. Ne lui demandez donc pas plus de moralité c[ue vous n*en avez vousmêmes ^ .
Ignorez-vous donc qu'au milieu du peuple des hommes, qu'on appelle modérés, lui tiennent chaque jour ce langage :
«< L'ordre ou le désordre ainsi établi ne vient « point de Dieu, qui est bon et juste. Tu as tort « d'accuser la Providence ; le mal vient de tes M gouvernants, qui ont songé à eux avant de songer «( à toi. Il leur faut du superflu quand tu n'as pas w le nécessaire, de riches vêtements quand tu n'as
* On demande de la vertu au peuple , où pourrait-il donc Tacquérir ? Dans les églises? Mais on sait qu*aucun des préceptes qu'on y enseigne ne sont suivis par ceux mêmes dont le devoir serait de les suivre. Il sait que la majeure partie de ceux qui, par habitude, vont dans les lieux saints , sont remplis d*bypocrisie , et ne sont pas meilleurs citoyens que tes honmies qui y restent étrangers. Serait-ce par hasard dans les spectacles que le peuple puiserait des exemples de moralité? Mais il y a longtemps que les spectacles sont reconnus pour Técole de l'immoralité. Dans les fêtes nationales? Qu'y voit-il donc qui puisse lui indiquer la route du bien et de la vertu? Il y a bien ici quelque chose pour les garnements qui ont de bonnes jambes; car il y a des prix pour la course et des mâts de Cocagne; naguère encore on jetait des viandes pour ceux qui avaient de bons estomacs. Dans tout cela je ne vois rien pour le cœur et rien p»ur L'Ame. Ceux qui ordonnent ces fêtes n'ont donc ni cœur ni àme.
« que des haillons pour te couvrir, et de somptueux a hôtels quand il te manque une cabane pour w reposer ton corps fatigué. Tes plaintes, tes tour- « ments ne touchent point le cœur de celui qui « t'opprime; il a la loi pour lui, car c'est lui qui « l'a faite. Mais tu n'es pas obligé d'y souscrire : « nul ne doit obéir aux clauses d'un contrat frau- « duleux ! Tes droits sont imprescritibles, et, si tu « oses élever la voix, tes ennemis vont trembler. >» Ne saurez-vous donc prévenir les nouveaux déchirements qui menacent la patrie ?
Ne croyei pas , arec yotre siècle , que l'or peut tout , fait tout, est tout.
QUINST.
Où est donc le remède à tout le mal que nous avons signalé? Est-il dans ces doctrines qui occupèrent naguère les cent voix de la Renommée? Tous ces systèmes ont mis à nu le fondement vaseux sur lequel est bâti l'ordre social actuel. Mais qui oserait appliquer dans toute sa rigueur Tun de ces systèmes? Il y a dans chacun d'eux des pierres pour bâtir l'édifice qui sera bientôt élevé; mais la clef de la voûte est dans la vérité nouvelle, car elle apprend a être bon et juste, fait croire en Dieu, et appelle les hommes à la fraternité.
Oui, nous avons- aussi senti que richesse et pauvreté étaient deux mots qui hurlaient de se trouver ensemble. La richesse inactive est un malheur public, et l'homme mourant de faim près de gens qui
ont du superflu est le renversement de tout ordre moral. Et pourtant c'est le régime sous lequel nous avons le bonheur de vivre.
Secondez-nous , hommes généreux, aidez -nous à établir une vérité puissante par Tordre qu'elle apporte ; aidez-nous à rétablir des principes que l€» faux savants ont détruits. C'est avec des sophismes qu'ils régnent sur les hommes ; nous , nous leur apportons la vérité. Avec nos antagonistes ce n'est que le plus petit nombre qui est heureux et peut l'être; nous, nous voulons et nous pouvons faire, que ce soit le plus grand; avec eux il n'y a plus ni juste ni injust3 , tout est songe él mensonge ; avec nous est la grande voix de la nature, sa justice et la preuve évidente de l'existence d'un Dieu rémunérateur de la vertu , d'un Dieu vengeur de tous les crimes.
L'époque approche où les hommes connaîtront nueux leurs véritables intérêts; la vie, pour eux, sera la plus positive des richesses. Ils dédaigneront ces jouissances qui énervent le corps et l'intelligence, et si l'on voit des hommes aujourd'hui enfermer leur or sous de triples clefs et confier leur vie au premier venu , ils seront alors moins stupides : ils * estimeront moins la fortune, car elle ne peut jamais donner un quart d'heure d'existence , tan-
dis qu'elle fait au contraiire dësirar par les envieui qu'il soit retranché de nos jours.
Plus heureux que nous, ils n'auront pas eu sous les yeux le spectacle d'hommes, couverts du mépris public , revêtus des insignes de l'honneur et enrichis aux dépms de la nation. Ils n'auront pas vu la morale enseignée par ceux qui n'en avaient point , et la sainteté des serments préchée par des hommes qui n'en avaient respecté aucun.
La science qui tue et le vice qui mène aux honneurs auront cessé d'être et seront morts de la même mort. Leur sentence a été prononcée le jour de la découverte du magnétisme humain, car cette science porte l'homme à son état de perfection ; elle développe, en augmentant sa vitalité, les facultés morales et physiques qui restent enfouies en lui. Semblable aux plantes qui ne produisent de fleurs que sous certaine température, l'homme, placé sous l'influence magnétique, se régénère et peut devenir ce qu'il était dans les temps héroïques qui passent pour fabuleux. Encore quelque temps, et ce qui ne peut être dévoilé ici sera connu de tous.
Nul homme ne pourra croire alors que des gens, grands partisans des lumières, vivaient avec obstination dans l'ombre, et que, lorsqu'on approchait
d'eux un flambeAU , \h étaient assez stupides et assez lâches pour fermer leurs volets.
Mais il faudra bien que la lumière arrive jusqu'à eux , car malheur h celui qui ne s'instruira point ! Quand une vérité e^t découverte, il faut qu'elle soit connue de tous, ou elle sert à l'exploitation des sots qui la dédaignent.
En attendant, c'est nous que l'on plaint maintenant, c'est nous qui sommes dans l'erreur; nous rétrogradons , nous dit-on , lorsque le siècle est en marche.
Quand nous disons que des gens ayant les sens assoupis put des perceptions nouvelles et incomparablement supérieures à celles qui se manifestent pendant la veille;
Lorque nous assurons que ïhomme peiU devenir son médecin et le médecin des autres sans études médicales, et prédire mieux que ne le feraient les hommes de l'art les divers changements qui doivent survenir dans une machine humaine , oh ! alors, l'hilarité n'a plus de bornes; et pourtant c'est la moindre des merveilles que le magnétisme fait naître. Mais nos savants connaissent les bornes du possible; chaque découverte nouvelle ne change point leur esprit. Ils étaient bien avisés ceux qui, dans d'autres temps , niaient les antipodes , pré-
tendant que , s'il y en avait , ils auraient nécessairement la tête en bas , ce qui paraissait le comble du ridicule. Hais quelles sont les vérités que les hommes n'aient point combattues? Il n'en est pas une seule qui n'ait eu contre elle les gens les plus éclairés du royaume où Dieu l'avait inspirée.
Ce n'est pourtant point sur une science nouvelle que nous voulons fixer l'attention des esprits, mais sur une science dont l'origine se perd dans la nuit des temps , sur une science dont les mystères avaient tant de puissance , dont les arrêts servirent à gouverner tant d'illustres nations.
Vous les connaissiez, ces mystères , vous, prêtres et rois de l'ancienne Egypte ; vos temples, vos rites , vos monuments en font foi. Et vous , sages de l'Inde , où avez - vous puisé cette morale si pure , cette abnégation , ces préceptes moraux si divins, si ce n'est dans cette faculté si précieuse, dans cet état si divin que le magnétisme fait naître?
C'est là cette clef qui nous ouvre vos sanctuaires , où nous trouverons dans peu ce qui fit votre gloire, vos richesses, et les secrets si merveilleux dont vous vous serviez pour le bonheur des hommes.
Vos oracles sont morts , vos temples n'existent dlus ; il ne reste que quelques pierres de vos grands monuments et les traditions obscures de vos sybilles et de vos prophètes. Mais ces précieux restes parlent à nos sens , ils nous font concevoir les grandes pensées qui animaient vos âmes : le temps a été impuissant pour les faire disparaître entièrement.
Liberté sainte qui permets d'interroger le passé, la vérité va donc de nouveau régner sur le monde; elle chassera ses usurpateurs et déchirera le code du mensonge. L'hydre affreuse de l!ignorance et de la superstition, qu'ils avaient déchaînée sur la terre, en quittera le séjour, et les hommes jouiront sans crainte et sans remords des trésors dont Dieu, dans sa munificence, a comblé la nature I
Mais que de précautions et quelle sage réserve pour que cette précieuse conquête ne nous échappe point ! Des Espagnols vont fondre sur ce monde nouveau et nous apporter du fer pour notre or pur.
Voyez ces charlatans exploiter déjà la vérité ; ils ne l'ont aperçue qu'à l'horizon , ils là connaissent déjà tout entière. Il faut une étude approfondie pour connaître ces mystères : leur esprit inventif a tout deviné. Une prudence excessive est nécessaire
pour ne point commettre d'erreur j il faut un coup d'œil exercé pour saToir le moment où l'on doit agir et cdui où l'on doit cesser son action. Ils s'embarrassent bien d'aussi peu de chose! Ils ont un marteau y ils frappent sur tous les corps ayec la même yiolence, sans examiner quelle est la faiblesse ou là force de chacun d'eux, ne craignant point d'en briser quelques-uns.
Il faut une disposition morale et physique particulière qui ne peut s'acquérir que par la pratique de certains préceptes; ils ne connaissent de règles que celles que leur fournit leur imagination , et de préceptes que ceux venant de leurs passions.
Ils se sont reconnu une force , un pouvoir ; ils en usent, ou plutôt ils en mësusent, et, contents d'eux-m^mes, ils croient exciter dans un art dont Ils ne connais^nt encore que le rudiment.
Combien ils rendit difficile la tâche de l'homme laborieux qui vient, travaillait pour la science, enseigner ce qu'un labeur pénible lui a fait déeouvtir ! Il doit sac» desse répara leurs erreurs , diétawreles faut préceptes qu'ils ont sem^s , sépanr ^fin l'ivraie du bon grain. Et quand sa tâche tst finie, la gloire n'est pas poiu* lui; elle est pour ces eflErûntés sans pudeur, aux aguets des vérités
qui reçoiTent le baptême ou la consécration; ils se les approprient alors sans travail et sans peine ; s'emparant également d& la renommée , ils la font servir à leur fortune. Le temps vient faire connaître leur valeur réelle, mais ils ont amassé de l'or, et , retirés, ils jouissent du fruit de leur larcin.
N'envions point leur sort, il est moins heureux qu'ils ne l'imaginent eux-mêmes. Peut-on goûter des jouissances pures avec de l'or mal acquis ?
Gelai qui naît dans rerreor ae connaîtra pas la vérité sans peine.
Celui dont on a trompé Tenfance ne saurait ôtre Ken instruit dans un âge avancé.
Je dirai à Thomme qui désire se livrer à la pratique du magnétisme : Si tu cherches dans cette science de quoi flatter ta vanité, tu y verras peu de chose, et tu y* renonceras ^bientôt. Si tu cherches de quoi satisfaire tes goûts pour le vice, la nature t'en punira. Si tu cherches la fortune, tu peux la rencontrer, mais ce sera pour toi un écueil.
Si tu cherches véritablement la sagesse, tu en trouveras la source : elle est ici.
Mais écoute : commence par l'armer de courage, car il t'en faudra beaucoup. La route que tu vas parcourir est boueuse et remplie d'épines, mais le chemin est droit. Avance seul, les bons guides sont rares. Ne réponds rien aux injures des gens qui seront sur ton passage : regarde-les de près ; tu ver-
ras que ce sont des fous , plains-les , et si tu en trouves qui ne te paraissent pas incurables, essaie de les guérir, donne même pour cela une partie de ta vie; sois certain d'avance que tu feras des ingrats, mais n'en prends point de souci. Tu trouveras aussi des âmes reconnaissantes, tu éprouveras des moments de découragement, qui n'en a pas dans la vie? mais pour toi ce sera au-^ tant d'épreuves.
Si tu persistes dans ta mission d'éclairs les hommes et de leur faire du bien, tu commenceras bientôt à te sentir un autre homme; tes facultés doubleront, et la vie du vulgaire te paraîtra misérable; le bonheur que l'on y goûte, tu n'en voudras plus, car tu auras senti en toi des jouissances qui t'étaient inconnues. Tu acquerras enfin la preuve que tu as une âme. Le besoin de devenir meilleur et de te corriger de tes vices te dominera ; tu jouiras d'un calme ignoré , tu mépriseras les richesses, car leur recherche stérilise la pensée ; on te verra souvent avec le peuple, lui seul saura d'abord le comprendre et te sentir. Ne crains rien pour ta vie matérielle : il faut peu de chose à l'homme pour le nourrir ; moins il mange de mets composés, mieux il se porte, plus il a de mémoire et de raison. Tu verras mieux les lolies des .au4res
hommes, et tu seras bien plus capable de guérir les maux qui les affligmt, maui qui sont la suite de leurs erreurs.
Les misères qui sont inséparables de la vie , tu les connaîtras par toi-même, parce qu'on ne peut les éviter toutes , mais elles te trouveront résigné. Tu souffriras moins qu'un autre , car tu sauras alors que la douleur n'est point toujours un mal. J'ai souffert, moi qui te parle, j'ai souffert peutêtre autant qu'homme puisse souffrir; mais, grâce i Dieu, je n'ai point maudit. Mes souffrances m'ont été favorables ; c'était un baptême, une initiation à une autre vie. Je remercie la Providence, ear elle a permis que mes yeux soient découverts du bandeau.
Prie Dieu de t'éclairer lorsque des chagrins* Tiendront t* assaillir. Si tu as fait le bien, ta prière trùmera «m écho. Tei vtmx ierant exaucés s'ils sont légitimes; entends-le bien, s'ils sont légitimes. Le bien que Fort fait descend du del; il trace le sillon que fon doit mivre un jour. La mort, la cruelle mort, qui effiraie tant l'homme ordinaire, ne te paraîtra plus qu'un sommeil tranquille, mais néeessaire, pour le passage à une autre vie. Ton agonie, oh ! sois tranquille, les justes n'en ont pas.
Ici je ne te dévoile pas de nouveaux mystères;
tout en est rempli cependant y mais chacun doit faire sa doctrine et sa science ; la vérité est une chose dangereuse pour celui qui, en fouillant, ne la trouve point en lui. Cherche donc et devine; c'est bien assez de te mettre sur la route ; sache que parvenu à certain point de la science, l'inconnu cesse de l'être. On trouve une nouvelle famille, peu nombreuse sans doute, mais en rapport parfait avec nous. Ne compte point t' affranchir de tous les liens qui t'attachent invinciblement au sol et te soumettent à certaines lois de ton pays ; c'est déjà beaucoup que tu puisses prévoir les événements et connaître leur effet sur toi ^ .
Il y a des étoiles errantes, des populations errantes et des hommes errants; la nature l'a voulu ainsi; mais elle a également voulu qu'il y eût
* Dans ce siècle , la justice , le droit sont toujours du c6té du vainqueur. Ne te mêle point aux débats politiques, car la cause que tu soutiendrais ne doit jamais triompher. Un roi serait-il bon et juste , puissant même , ne pourrait que pour un instant diminuer la masse des itiaux qui accablent les hommes. Semblable à ces météores lumineux qui apparaissent dans Tobscurité, un juste répand sa lumière ; mais les ténèbres recommencent aussitôt. Ne juge pas les hommes sur les marques d'honneur que ta aperçois sur leur poitrine. Très-peu d*entrQ eux les ont méritées ; plus souvent c'est la bassesse ou des actes coupables qui les leur ont fait obtenir. D'ailleurs, c'est un joujou d'enfant; le «âge , ou celui qui veut le devenir , n'a pas besoin d'une marque dis* tinctive sur ses habits. Le rouge que met une femme sur sa peau n'augmente point sa vertu ; il diminue ^ au contraire > le respect que l'on devnât avoir pour sa pwsonne»
quelques hommes qui fussent citoyens de tous les pays. Tu poux devenir un de ces homnies , mais rc ne sera jamais sans souffrir.
Croîs-le bien , la vie est une ëpreuve et le malheur aussi . Il faut que l'homme supporte avec constance et résignation ce qui peut seul l'instruire de sa mission sur la terre, cette vallée de larmes, rendue telle par des hommes méchants et hypocrites. Dans ce temps, heureux sont ceux qui pleurent et ceux qui souffrent, car eux seuls connaissent la justice sans la rencontrer; eux seuls pardonnent les injures et savent les supporter. Ils avaient donc beaucoup souffert aussi, les hommes qui nous transmirent ces principes moraux si divins, qui apprennent à l'homme à plaindre même ceux qui l'ont outragé, et à avoir de la pitié pour leurs propres misères.
La connaissance de l'homme et de ses destinées est dans la science du magnétisme. N'attends pas trop tard pour t'en assurer, tes jours sont bornés; il ne faut pas un œil d'aigle pour en mesurer l'étendue.
Que les actions soient vertueuses, car sache que ton âme se les rappellera toutes après ta vie passée sur cette terre; le souvenir en sera ineffaçable. Ce n'est pas sur le sable que les actions humaines se
graverU, c'est dam la conscience. Les tourmerUs de tes crimes seraient sans fin ; ton ccevr peut périr sans rien ôter de la souillure de ton âme. Cette rouille la rongerait constamment , car tu ne pourrais plus rien cacher, même à toi-même , et c'est toi qui serais ton juge, juge inexorable .
Tout ce que tu auras pensé sera connu de tous ceux qui voudront le savoir. Pour toi, plus de dissimulation possible, plus de masqua.. Comme tu pourrai lire chez les autres on pourra Ure chez toi, et tes moindres actioiu paraîtront comine un n^age sous un ciel serein !
Prie que ta vie soit courte; si tu as bien vécu, ton âme sortira de la prison qui la gêne , elle en sortira radieuse et pleine de clarté. Ce monde de rieurs et de fous ne se doute pas du but de la vie : ne l'imite pas; il se croit à un bal prolongé; tout ce qui flatte son orgueil et enivre ses sens s'y trouve réuni; mais un jour l'amphytrion de ce banquet doit congédier se§ convives; leur vie s'éteindra alors comme les bougies qui éclairaient la fête.
Lorsqu'on leur demandera ce qu'ils ont fait de leurs facultés , ce qu'ils ont fait pour ceux qui souffraient, et comment ils ont employé le temps où ils avaient des organes pour agir et la parole pour exprimer les nobles pensées gravées au fond
de leurs âmes, répondront-ils qu'ils ont engraissé leur corps et dégradé leur âme? « Vous étiez nés pour être hommes et vous vous êtes faits singes, leur dira-t-on alors. Vous aviez le sentiment de toutes les vertus, et vous n'avez montré que des vices. Allez vous perdre dans les espaces, loin du séjour de la pureté ^ »
Ecoute encore : en suivant la méthode d'instruction que je t'indique, ne crains point le ridicule; sache qu'il n'en est pas de plus grand que celui qui accompagne l'ignorance. L'homme qui aime la vérité ne craint point les préjugés; peu lui importe qu'on lui rende justice lorsqu'il travaille à les détruire; il sait d'avance qu'il n'a rien à attendre de ses contemporains, et que sa récompense n'est pas ici-bas. Il vit dans le vrai, cela lui suffit; l'injure des méchants ne saurait l'atteindre.
Laisse tes philosophes, tes prêtres, tes médecins recrépir leurs vieux monuments, en bâtir de nouveaux; ils font de beaux habits pour des morts. La vie ne revient jamais dans les corps que le vice a rongés.
* Bannis du ciel , seront puni des fouets de Dieu, et errant sans cesse par Taér, la mer et la terre. Haïs des éléments mêmes qui les uns les renvoient aux autres ,>et ainsi sans cesse ils rondent et on*ent par les régions de Taôr, de la mer et de la terre, ne trouvant aucun repos.
— Tins ont exfdoité le monde; Terreur fut leur 6od«» leur dieu le mensonge.
Aujourd'hui encore ils parlent de leur religion, de leur philosophie, de leur médecine ; mais pas un d'eux ne croit à leurs maximes, et pourtant ce sont les bases de la société actuelle. Chacun d'eux sait qu'il ment à sa conscience, et que pour lui le^ principes qu'il affecte ne sont qu'un moyen de se placer dans le monde et de viyre aux dépem; d' autrui. Ainsi, luttant contre eux-mêmes et contre tout le monde, ils roulent le rooher de Sisyphe, qui doit finir par les écraser. Cette lutte les fait vieillir ayant l'âge et mourir jeunes encore, car les combinaisons fatigantes de leur esprit usent le principe de vie que la nature destine à d'autres opérations; ils languissent plutôt qu'ils ne vivent, car leur état normal est un genre d'excitation qui ne diffère point de la maladie.
Malheureux pays civilisés, l'état sauvage est préférable au vôtre; dans les contrées qui n'ont point été soumises à la civilisation corruptrice que nous signalons, il est encore quelque chose de sacré; ici, des formes, des apparences, rien de réel en un mot,* si ce n'est le vice et la corruption.
S'il existe des êtres qui sentent le mal et ne veulent point en vivre, ils sont broyés, foulés, et
leurs actes de vertu sont tenus pour des crimes.
Un tel état ne peut durer; beaucoup d'hommes annoncent une régénération. Nous, nous osons assurer qu'elle ne sera produite que par une étude plus approfondie de l'homme et de ses yéritables besoins. Le magnétisme et le somnambulisme peuvent seuls fournir le moyen d'y arriver.
La mine est donc découverte, on n'a plus qu'à crevr ter. Nous donnerons les premiers coups de pioche ; les habiles viendront ensuite diriger les travaux ; voici des résultats qui pourront les guider.
Je suis toat.cc qui a été, tout ce qui est,
teut ce qui sera; nul mortel n'a encore levé
mon voile.
Ibis,