SOMNAMBULISME
L'homme peut, par uu mécanisme qui n'est plus ignoré, puiser dans son oi^dnisation uni^ par<^ tie du principe vital que la nature tient en réserve comme un lest propre à maintenir les organes dans un état d'équilibre^ et pour servir à des besoins que le temps amène toujours à sa suite. Il peut, portant ce principe dans une autre organisation que la sienne, faire qu'il s'y développe des phénomènes incroyables. Ces phénomènes, que nos sens peuvent saisir etxiue notre raison peut analyser, durent assez de temps pour qu'on puisse parfaitement les connaître et les décrire.
Ces étonnants effets ne ressemblent point à ceux produits par les agents chimiques ordinaires.
comme les liqueurs fortes , Topium, le gaz oxygène, et ils sont d'une nature particulière, comme la cause qui les produit, et ne peuvent jamais être confondus.
L'être humain, soumis à cette sorte d'expérimentation, prend un autre aspect ; il se développe et se montre en son entier. Toutes ses facultés peuvent être alors connues sans réserve ; son instinct surpasse de beaucoup celui des animaux ordinaires; sa mémoire est prodigieuse; tout ce qui a effleuré son cerveau y a laissé son empreinte; ce vaste magasin est soumis aux investigations de l'âme; tout ce qui y est entré par les sens y est resté, et se retrouve sans efforts; ni le temps ni le lieu où l'homme aperçu, rien n'est oublié. Et, pro* dige nouveau, c'est quand l'organisation est sous« traite aux excitants de la vie ordinaire que la vie cachée est plus active. L'âme, dans son for intérieur, n'a plus alors besoin des sens pour se manifester; elle se joue des obstacles que l'on oppose à l'exercice de ses fonctions; pour voir, elle n'a pas besoin des yeux; elle n'a pas besoin des oreilles pour entendre; cependant elle voit ei entend mieux que l'homme qui jouit du complémmt de ces or«
ganes.
Elle pénètre dons votre cerveau, y lit votre prf>
pre histoire, y voit vos pensées se formuler, et voua traduit, quand vous le voulez, le langage muet que votre esprit avait seul formulé.
Ce n'est pas tout : elle s'échappe de l'organisation à laquelle on la croyait enchaînée. Vous, instruments passifs de son action, vous n'êtes plus à même de l'empêcher de se produire 5 elle se joue dé toutes les difficultés et semble planer sur la nature entière.
Elle y voit ce qu'elle veut y voir des scènes variées qui s'y passent. Satisfaite , elle y assiste le temps qu'il lui plait: attristée, elle s'échappe et ren tre dans son domicile en gardant pour elle le souvenir de ce qu'elle a vu.
Pendant ces courses aventureuses, vous qui gardiez la maison, vos yeux de chair n'ont rieïi vu, nul bruit ne s'est fait entendre dans le logis. Vous auriez en vain frappé à la porte, on ne vous eût point répondu, car on n'y était plus.
L'âme revenue, la matière organisée s'anime de nouveau, car la vie, pour un instant, avait diminué, pour ne pas dire cessé ; la voyageuse vous raconte alors ce qu'elle croit devoir vous faire connaître de ce qu' elle a vu . Ne perdez cependant pas un instant pour interroger cet être singulier; le mouvement ordinaire de l'esprit reprenant le dessus,
il ne peut plus vous instruire de ce que ses sens ne lui ont point appris, mais de ce qu'il devait à un étal particulier de Fàme. Il n'aura plus que des connaissances nécessaires pour veiller à sa conservation. Tout à l'heure elle le touchait peu, maintenant c'est l'objet de toute sa sollicitude.
Vous, médecins, qui avez pâli sur les livres pour y trouver la science de guérir que des hommes comme vous avaient cru y déposer, vous en savez cent fois moins que celui qui n'a rien appris de toutes vos sciences, mais qui se trouve dans l'état que nous venons de décrire. Il sent ce qu'il lui faut pour être guéri de ses maladies, il sait où se trouve ce qu'il s'indique, et le moment précis oii on doit le lui donner. Il vous dira d'avance l'effet que doit produire le remède qu'il a trouvé, l'époque de sa guérison, s'il doit guérir, ou l'instant de sa mort, si la nature a voulu qu'il succombât dans la lutte.
Sur tout cela^ vous n'avez que des conjectures que les faits viennent presque toujours démentir.
Lui , au contraire , ses prévisions n'étant pas le résultat d'un calcul, la nature lui indique sans travail, comme elle le fait à une foule d'animaux, les changements qu'ils doivent subir et les précautions qu'ils ont à prendre pour les suppor-
1er; elle ne saurait les tromper ni se tromper elle-même.
Médecins, combien votre art est peu sûr ! Combien vous créez de dangers à l'être qui , dédaignant la nature , s'en rapporte à votre science ! C'est dans le traitement magnétique où le somnambulisme se présente comme auxiliaire que l'on reconnaît votre infériorité. D'après les somnambules, il faut non-seulement un remède particulier pour chaque maladie, mais il faut encore que ces remèdes soient donnés à certaines heures pour qu*ils aient leur entier effet.
Il y a toujours des dangers pour le malade que vous êtes appelés à traiter par vos méthodes ordinaires . Avec le somnambulsime , il n'y en a aucun, s'il est lucide, et si l'on exécute de point en point le traitement qu'il a indiqué, quand bien même sa médication serait bizarre et l'effet des substances semblant se détruire mutuellement.
Vous, médecins , vous êtes allés chercher par toute la terre des remèdes , pensant que la partie du globe que vous habitez ne pouvait vous en fournir de convenables. Le somnambule trouve à sa portée et dans les champs voisins des médicaments d'un efiTet plus certain que ceux que vous vous procurez à grands frais. Il reste à un malade
guéri par vos soins le mal produit par vos remèdes^ et le somnambulisme ne connaît point de ces maladies-là.
ici 9 messieurs, rien ne peut se comparer; votre art est le produit de la science et de ce que vous appelez l'observation. L'autre n'est point un art ni une science ; c'est un mouvement instinctif qui résulte d'une harmonie; si cette harmonie n'existait pas, la nature serait incomplète et accuserait Dieu d'impuissance.
Votre orgueil se révolte contre ces vérités , vous les niez ; mais on ne peut accuser la nature de mensonge, et bientôt ceux qui contestent l'exi»tence du magnétisme et du somnambulisme seront comme les aveugles qui nient la lumière : on les plaindra de leur cécité et la société marchera au grand jour.
Dans la médecine, tout ce qui ne sert paç nuit, tout ce qui ne vivifie pas tue.
Plusieurs gémissent en secret sur Timpuirsaace où ila se tn>uvent de répondre & la confiance qu'ils inspirent , s*étonnent de ce que les lumières qu'ils rassemblent les éelaireiit moins sur les maux qu'ils peuvent guérir que sur les fautes qu'ils peuvent conunettre»
Le champ de la science médicale a été cultivé par plus de trois millions d'hommes, et, après tant de travail et de labeur, pas une vârité-mère n'a été découverte, pas une certitude n'est venue sur^ gir au milieu des doutes pour ennoblir cet art. Ah! c'est aœez; cessez donc de poursuivre votre œuvre; abandonnez cette terre maudite que vous avez en vain voulu rendre féconde. Ne voyez-vous pas que toutes les sciences ont marché, excepté la vôtre, en usant biœ moins d'hommes? Ne voyezvous pas tout se rajeunir ou changer de formes autour de vous, et vous , vous restez couverts de la rouille des siècles passés ? Des germes féconds sont partout répandus sur la surface du globe , et seuls , au milieu du mouvement général, vous
restez immobiles ; les hiéroglyphes de vos maîtres sont indéchiffrables à vous-mêmes, et vous le savez bien. N'ayant plus la vertu des premiers temps , vous ne trouvez que des paroles amères pour les hommes qui cherchent dans la sincérité de leur cœur à vous ramener aux vrais principes. La science est à votre porte , et vous ne voulez pas lui ouvrir; elle vous supplie et vous l'insultez ; plusieurs d'entre vous l'ont outragée, l'ont frappée même , et cette fille divine ne cesse de vous implorer. Ouvrez-lui donc enfin. C'est Hygie, chassée par vous et qui revient dans votre temple : son voile est levé, vous ne pouvez méconnaître ses traits. Le charlatanisme impur lui a dit déjà : Viens ici ! Elle y est venue, et des guérisons surprenantes sont venues confondre votre raison. Elle s'est retirée bientôt de ces lieux qui n'étaient point faits pour elle , car ces nouveaux prêtres ne pouvaient ni la comprendre ni la servir. Désolée, elle vous implore de nouveau ; c'est de vous dont elle a besoin , vous qui connaissez l'homme physique jusque dans ses moindres ressorts. Ecoutez-la donc cette fois, craignez de nouveau son éloignement. Songez que c'est de la France que doivent partir les vérités destinées à éclairer les hommes et à les rendre meilleurs et plus humains. Relevez done
— Biles autels de votre Dieu et soyez de nouveau les ministres de ses décrets. Une découverte grande comme le monde sera , quand vous le voudrez , renfermée dans votre temple , pour ne plus en sortir.
Vous serez supérieurs à tous les autres hommes, car vous saurez plus qu'eux ; vous calmerez les alarmes et ferez cesser les craintes ; les douleurs, la mort même , au lieu de vous suivre , fuiront à votre approche.
Préférez-vous le mensonge à la vérité , les ténèbres à la lumière? voulez-vous continuer de verser inutilement dps flots de sang humain ? Si c'est de l'or que vous voulez, la vérité vous en donnera plus que Terreur, et les larmes que vous ferez répandre ne seront plus les larme^ du désespoir, mais celles de la joie.
Sans doute, il faut qu'on meure, mais que Ton ne meure point avant l'âge et victime d'assassinats; lorsqu'on saura que la nature rappelait à elle la créature qu'elle avait faite infirme, sans que vous ayez en rien rapproché le terme fatal, on se courbera sous le niveau sans vous maudire et sans blasphémer contre Dieu.
Que ne puis je, dépouillant par la pensée cette masse d'êtres humains grouillant dans la grande
cité , vous la montrer telle qu'elle est ! Apercevezvous les traces de vos instruments? Voyez -vous ces vésicaloires, ces sétons , ces cautères, ces ulcères, ces bras sans muscles , ces poitrines amaigries, cette peau livide et flétrie , ces cancers; le pus sortir de ces ëmonctoires comme de ces poitrines que la phthisie dévore ? Celui-ci rongé par des dartres , cet autre l'écume à la bouche et se roulant dans la fange ? Ceux-ci , jeunes encore , n'ont plus de dents , plus de cheveux, leurs yeux distinguent à peine les objets, et il faut que l'optique vienne à leur secours. D'autres ont des hernies, des engorgements scrofuleux ! . . . .
Y a-t-il un de ces corps qui n'ait reçu quelques-unes de vos cruelles atteintes et n'ait dans le sang quelques-uns de vos poisons? L'air semble vicié par l'odeur qu'exhale sans cesse cette population confiée à vos soins et à votre sagesse. Mais, sans dépouiller cette génération , ne voyez-vous pas ces gîbbosités, ces corps courbés , atrophiés , déviés , ces membres amputés ? Tant de maladies que vous n'avez su ni empêcher ni guérir n'éelaireront donc jamais vos esprits? Sont-ce là les signes d' une vengeance divine, ou plutôt n'existezvous que pour montrer aux hommes^ leur néant et Vimpuissance de votre savoir?
Dieu ! prends enfin pi lié de la race humaine que tu as formée à ton image! Fais descendre un rayon dé la divine intelligence dans le cœur de tant d'hommes que le mauvais génie inspire. Enlends ma voix suppliante , et si je ne puis les toucher et les rappeler à la vérité. Atemoicefeu qui me dévore et le cri defma conscience, sans cela je croirai que tu m'as fait le plus malheureux de tous les hommes.
Hélas ! j'appelle en vain de meilleurs jours, je ne dois poinl les voir ! Le temps viendra pourtant pour la vérité que j'enseigne : les germes en sont déposés dans le cœur de quelques hommes. L'avenir m' apparaît par la pensée , j'y pénètre , je vois une science plus brillante que celle qui nous éclaire; car sa lumière se répandra sur l'immensité : la destinée de l'homme ne sera plus un problême, et l'art de le conserver aura la sanction universelle.
Cest on état qui nooB apprivoise à la mort.
n n*y a que ceux qui sont halenés de FEsprit divin qui sachent prédire les particularités.
PrOLÉIliB.