‹ Essai sur l'enseignement philosophique du magnétismeChapitre 7 sur 20 · EXTASE · texte numérisé non relu

EXTASE

« Nous désignons sous le nom d' extase (dit Ter- « tuUien) une sortie des sens , une espèce d'alié- M nation d'esprit. Ce n'est point une démence qui K vienne de la corruption de la bonne santé; mais M l'aliénation dont il s'agit tient à la nature del'ex- K tase, car elle ne bannit pas l'entendement, mais « le détourne seulement. Autre chose est ébranler « l'entendement , autre chose est le mouvoir; aut( tre chose est le renverser, autre chose est l'agiter « seulement. Ainsi donc , dans nos accès, comme « la mémoire n'est pas détruite, l'esprit est en

« pleine santé. Que cette santé de Tesprit, la fa- « culte de la mémoire subsistant toujours, éprouve « alors un engourdmement , une $tupeur, c'est là M une espèce d'aliénation attachée à Textase.

« Lorsque nous tombons en extase, nous ne som- « mes pas dits être en fureur ou en folie , mais « sammeiller, songer.

« Ce n'est pas seulement un sommeil , car dans « le sommeil tout se repose ; dans l'extase, au conte traire, si le corps repose, l'àme est toute en ac- « tion. C'est donc le mélange du sommeil avec l'ex- « lase qui constitue ce qu'on appelle l'étal prophé-

« ttque. M Tebtullien. — De Anfma,

• a L'esprit, dans l'extase, dit Àristote, s'élance , « va au-devant des causes et des effets, en saisit « Fensemble avec la plus grande vitesse, et le con- « fie à l'imagination pour en tirer le résultat futur. « Les mélancoliques, à cause de la véhémnce de « leur tempérament, sont plus propres à ces ope- « rations conjecturales. »

Quintus , dans le traité de la Dioination de Cicéron , soutient « que tout est lié par un enchatne- « ment éternel ; que le passé reproduit le présent, «et que le présent est gros de l'avenir; que, de

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« même que la verlu de tout ce qui doit être pro- « duit est contenu dans les semences, de même les « choses futures sont renfermées dans leurs eau- « ses; que ceux qui ont des visions en songe voient M distinctement cet enchaînement éternel de toutes H choses ; que la vaticination et les conjectures ne « sont que le développement de cette chaîne. »

L'extase qui a pour cause le magnétisme diffère peu de celle produite par les affections de l'âme ou par les maladies. C'est un état extrême qui dépasse parfois, et pour un instant seulement, les limites de la vie. Il est facile de reconnaître cette crise , tant les phénomènes physiques sont différents de ceux qui accompagnent le somnambulisme. On ne peut donc les confondre; mais le sommeil magnétique semble parfois être le chemin qui mène à l'extase.

L'ignorance de l'homme touchant la mort réelle a été cause de l'inhumation d'êtres pleins de vie, et ce n'est que le hasard qui a fait constater cet affreux malheur. Victimes de Timprévoyance Immaine, on pourrait remplir un gros li\re de vos noms , et ce martyrologue doit rester inconnu ! Aucun homme ne lèvera la pierre de vos sépulcres pour faire connaître au monde tout gc

que vous avez souffert, et vos angoisses mille ftw plus terribles que la mort même. La paix des tombeaux a seule été troublée par vos gémissements! gémissements sourds, suivis bientôt du râle, lorsque l'espace vous manquait pour respirer à l'aise et dévorer vos membres.

Combien de fois, dans ma vie, n'ai-je pas songé à celte mort si terrible ! Combien de fois n'ai-je pas été troublé dans mon sommeil ! car j'ai vu la mort apparente, que rien d'abord ne distinguait de la réelle, et abusé pendant quelques instants j'auraisvu sans frémir de funèbres apprêts ^ !

Non , la mort n'est pas toujours réelle lorsque

^ On lit dans ie Haro de Caen .

« M. G , boulanger, a un frère qui habite Rouen ^ et qui, il y a

quelques jours, se rendit à Paris pour affaires. Le maître de Thôtcl chez lequel il était logé, ne ie voyant pas descendre de sa chambre, et croyant ' qu*il lui était arrivé quelque accident, se h&ta d'y monter; et quel ne fut pas son étonnemcnt de trouver, après examen, le voyageur étendu roide mort dans son lit ! Il crut à un empoisonnement , à un suicide, h un crime ; il se hâta donc dUnformer le commissaire de police du quartier, qui arriva sur les lieux avec un homme de Tart. La mort fut constatée et regardée comme la suite d'une apoplexie. Quelques heures après, on s'apprêtait à envelopper le mort dans son drap mortjaire lorsqu'il fit un soubresaut et s'écria : « Que faites-vous ?» Grande fut la stupéfaction de l'employé des pompes funèbres , qui en ce moment se trouvait dans la chambre de M. P..,.

u M. P.... se lova immédiatement assez bien portant. On jugera des douleurs atroces qu'il avait dû éprouver pendant les visites de son hôtelier, du commissaire de police , et les préparatifs de son enterrement, (luandon saura que l'état de syncope dans lequel il se trouvait ne l'avait pas empêché d'entendre ce qui se disait autour de lui, et cela sans pouvoir dire un mot. »

le corps est froid; non, la décomposition qui commence n* apporte pas toujours avec elle la preuve de la cessation de la vie. J'ai \u des êtres dont le pouls ne battait plus depuis longtemps , devenus froids et exhalant une odeur absolument semblable à celle produite par la décomposition cadavérique, et cependant la vie existait encore. Comme le soleil, après avoir éclairé de ses rayons des pays inconnus , revient chasser la nuit , image du Irëpas, l'àme, un instant exilée , revient aussi comme lui, vivifier pour quelque temps encore ce qui lui appartient, ce qui est son domaine terrestre.

Bonnes mères, familleséplorées, tendres amants, vous tous chez qui la mort frappe , ne laissez pas enlever ce qui vous fut cher avant de vous être assurés qu'une fatale erreur n'est plus possible. Il faut toujours que la mort s'explique, il faut que les organes détruits ne laissent aucun doute sur la maladie. Ah! surtout , chirurgiens habiles, que l'amour de votre art ne vous fasse jamais enfoncer le couteau dans la poitrine d'un cadavre encore chaud ! On dit , cruel aveu ! on dit que plusieurs fois des soupirs et des plaintes s'en exhalèrent et vinrent porter le trouble dans votre âme ^ C'était une erreur de vos sens, la crainte seule agi-

« Une fille vint à notre hôpital (o*est M. Tiibbé Mcnon , secrétaire d

tait vos esprits : il ne vous xestait plus un seul doute. . . Sans cela ce serait par trop affreux !

L'àme peut donc abandonner le corps pour quelques heures, pour quelques jours : cela m'est, à moi , rigoureusement démontré. Les morts reviennent dans quelques circonstances. Ne riez pas, grands génies de notre époque; peut-être, vous, ne reviendrez-vous pas, car vous serez bien morts;

PAcadémie royale d'Angers, qui s'exprime ainsi dans une lettre qu'il écrivit à M. Brubier vers la fin du siècle dernier) , pour y chercher du secours contre une violente maladie; elle n'y fut pas longtemps sans y tomber comme morte. Sous ce titre, les Sœurs de la Charité la font porter dans une chambre où l'on ensevelit les morts ; elle y reata près de vingt-quatre heures. Un chirurgien qui voulait faire l'ouverture du corps ne lui eut pas plus tôt donné un coup de bistouri sur la poitrine que la prétendue morte donna des signes de vie si parfaite, qu'elle la conserve encore en pleine santé. Il ne tiendra qu'à vous. Monsieur, que nous fassions de plus grandes recherches ; il y a encore un exemple

plus récent >» M. Bruhier a inséré cette observation dans sa Disser'

talion sur l'incertitude des signes de mort, 1. 1, page 128, 2« édition.

« Un prisonnier anglais, ayant été réputé mort à l'hôpital de Rochefort, fut porté dans la salle des morts. Quelques heures après, M. Moine, élève en chirurgie , saigna cet homme à la Jugulaire , dans la vue apparemment de s'instruire à la pratique de la saignée. Le vaisseau ne fut pas lias tôt ouvert que le sang en sortit impétueusement; le soldat revint à lui , il se jeta comme un furieux sur ce jeune chirurgien, et il le serra si fortement entre ses bras qu'il ne lui fut pas possible de s'en débarrasser. M. Moine, effrayé, tomba par terre sars connaissance , et il entraîna avec lui le soldat, qui, épuisé par la perte de son sang, qui coulait continuellement, eut lui-même une syncope ; les soins qu'on lui donna eurent tant d'efficacité qu'il se rétablit parfaitement. »

Ces exemples sont anciens ; mais avec un peu de recherches il serait facile d'en trouver de récents. Mais à quoi bon citer? il existe des ouvrages qui contiennent plusieurs centaines dVxemi les de morts apparentes, et, on doit le dire en frissonnant, les plus nombreux sont ensevelis pour jamais.

mais des gens simples^ peuvent revenir, et nous en avons des exemples. Ils peuvent nous instruire de choses inconnues àe& savants, et nous révéler quelquefois des secrets de l'avenir. Que nous importent les doutes de ceux qui ont à faire le voyage? i^s doutent souvent parce qu'ils craignent, et c'est alors prudence et sagesse. Grands académiciens, voire âme, comme la lame de votre innocente épée, n'est jamais sortie du fourreau ; le cuir lient étroitement le fer , comme votre chair retient votre esprit. 11 y a delà rouille, personne ne le conteste. Mais chez les êtres tendres et passionnés les liens qui unissent le corps a l'àme sont faciles à rompre. L'amour de Dieu qui enflamme produit le même résultat , le ravissement en esprit , la mort sans mort , Texlase enfin. Savants je vous vois salir cette précieuse lumière et la confondre avec les visions des fous; vous ne voulez voir dans la créaturc' de Dieu rien que de la matière et du mouvement^ de l'oxygène, de l'hydrogène, du carbone et de l'azote. Il n'y a rien au delà, dites-\ous; mais la nature vous dément. La matière ne prévoit pas, la vue h distance n'est pas un de ses attributs; la connaissance du passé, elle Tignore, et toutes ces propriétés men^eilleuses sont le privilège de l'homme sur le reste d?la créati' n. Mais elles ne

lui servent que rarement, ©ar il y a autant d'aveuglement dans l'homme que de diésir de connaître ; et lorsque son avenir lui est révélé, il ne croit à cette révélation que lorsqu'elle est accomplie. Les événements le surprennent, il s'étonne ; puis enfin, voulant bien se servir de sa mémoire, il so rappelle qu'il avait été prévenu de leur venue.

Le sommeil , l'extase magnétiques, l'un donnant la faculté de voir le passé et par conséquent les actions les plus secrètes, l'autre pouvant prévoir l'avenir et annoncer les événements, sont deux découvertes précieuses et magnifiques.

Quelle est donc la philosophie qui pourrait se soutenir sans s'appuyer sur ces nouveaux phénomènes?

Philosophes, votre sagesse n'a pour base que de vains raisonnements. Les télescopes et les microscopes ont fait voir la nature autrement que l'homme ne la considérait; il en a mieux jugé depuis ces découvertes.

Le vide a renversé bien des systèmes en physisique et en chimie.

Le magnétisme détruit beaucoup de vos maximes, et l'homme voit s'agrandir l'horizon moral auquel vous aviez posé des bornes. Il vaconnai-

tre enfin la cause de. ces épidémies morales qui changent parfois la face des nations. Toutes les croyances populaires vont lui être expliquées , et les phénomènes si nombreux, résultats de ce qu'on appelle la sympathie et l'antipathie, sources intarissables de malheurs lorsqu'on ignore leur puissance et leur effet sur nous, vont pouvoir être étu-

diés avec finit.

' Comme nous l'avons déjà dit , il ne nous sera pas doqné de voir ce grand progrès s'accomplir. Cet olivier fram enté sur une nature sauvage, nous n'en pourrons savourer les fruits; notre nom sera oublié ; mais nous mourrons heureux, car nous emporterons la conviction que nous avons travaillé à détruire des préjugés opposés aux véritables principes, seules bases de tout bonheur sur la terre.

Qa*un homme est méprisable à l*heure du trépas^ Lorsqu'ayant négligé le seul point nécessaire, n meurt connu de tous, et ne se connaît pas S

Bien plus encore que la médecine, c'est vous. Prêtées aui mille formes, religions qui enlacez le monde, c'est vous qui allez souffrir de la découverte des Mesmer et des Puységur. Le voile qui vous cachait aux regards des mortels est déchiré: on va vous contempler de plus près. Dieu n'a rien à craindre de cet examen ; mais vous, prêtres, que répondrez-vous si l'on parvient à vous prouver que vous abusiez de notre ignorance, et que vous n'avez su que mentir? Vos révélations, vos prophéties, vos miracles, chaque religion a tout cela; nous en connaissons enfin la source : elle est dans cet état particulier où l'homme peut entrer quelquefois; elle est dans ces mouvements de l'âme sympathisant avec le cours de l'univers. Mais ce que la nature fait rarement, l'art est parvenu à le produire, et bientôt on rendra à Cémr ce qui est

à Cèmr et à Dieu ce qui est à Dieu. Vous ne serez plus seuls ses interprètes, car il a voulu que tous le connussent et le conçussent afin de l'aimer d'un même amour.

L'homme va donc lever la tête; il ne s'humiliera plus devant vous , car vous êtes de même étoflfe et n'êtes pas plus que lui les r^résentants de Dieu sur la terre.

Prêtres, les rois vous ont obéi et ont conduit vos mules. Vos dogmes absurdes ont fait couler des flots de sang humain ; à votre voix, une moitié du genre humain a égorgé l'autre moitié, et c'était au nom d'un Dieu de paix que vous exterminiez les nations ^ .

L'origine de votre pouvoir nous la connaissons ; nous scHumes plus avancés que vous maintenant ; vos signes sacrés; qui n'ont plus de valeur entre vos mains, en ont une réelle entre les nôtres; nous pouvons répéter les prodiges qui servirent à vous élever au-dessus des peuples et vous donnèrent les moyens de les gouverner.

Vous n'avez plus que des mots sans valeur;

* Chez les Assyriens, les Mëdes, les Perses, les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Germains, en un mot, dans Thistoire d'aucan des anciens peuples, il n'est fait mention de guerres de religion. Comment se faitil qu'elles aient pris naissance dans le soin du christianisme qui ne recommande que la douceur et la charité?

nous, nous avons la force qui leur donnait la vie, et c'est devant vous et sur vous-mêmes que nous pourrions agir pour en donner des preuves. Si nous vous attaquons ici, c'est qu'à nos yeux, quels que vieux que soient les abus, aucun n'est respectable, et que le tamps est enfin venu où la vérité peut être dite sans crainte des bûchers et des cachots.

Dans d'autres temps, des hommes comme nous, animés du même esprit, furent vos victimes ; les pouvoirs, que vous incitiez à nous poursuivre, ne nous souffrirent jamais, et les hommes qui connaissaient la vérité étaient obligés de la renfermer dans leur sein.

Avant vous, les corporations qui la possédaient s'en servirent pour diriger l'homme dans l'intérêt du pouvoir et du leur.

Les Romains brûlèrent les livres de leur roi Numa, qui la contenaient.

Jésus, qui a voulu en faire jouir le monde, est mort sur la croix : c'était payer bien cher le prix de son initiation.

Mesmer, après avoir retrouvé la vérité, a pu l'enseigner à ses contemporains. Il n'a été traité que de charlatan; il est mort dans son lit : c'était déjà un grand progrès.

Affreuse superstition que tant de siècles n'ont pi

détruire, ta source e^t connue désormais. Ce n'est plus par des discours que les hommes ehercheront à faire pénétrer la vérité dans les intelligences bornées, ou assez malheureuses pour attribuer à d'autres causes qu'à la nature des faits qui sont entièrement de son domaine. C'est par la reproduction des mêmes faits sous les yeux du vulgaire ignorant, c'est en les lui faisant produire lui-même qu'on obtiendra la guérison d'un mal affreux qui tourmente encore la société, la superstition ; car le superstitieux craint tout, jusqu'à son ombre, et la peur lui fait commettre dès atrocités ^ .

Le pouvoir des sorciers ne sera plus qu'un mauvais emploi d'une force naturelle à l'homme, punissable sans doute, mais non point par des supplices barbares .

Tous ces toucheurs, si nombreux dans les campagnes, ne jouiront plus du privilège abusif d'être seuls en possession de guérir certains maux.

Ainsi que dit Tite-Live. — L'empereur Tibère avait fait mourir d'illustres Romains et Romaines accusés de magie. L'empereur Claude condamna à mort, comme sorciers, plusieurs chevaliers romains. Antonin Caracalla, conune ditSpartien, condamna aussi plusieurs illustres Romains pour le même fait de magie. Domitien, mauvais prince, tourmenta AppoUonius pour la magie. Apulée fut accusé, devant Claudius, de sorcellerie. Maximus, fameux philosophe, disciple de Jamblique, accusé du même crime, fut condamné à mort, sans que Tamitié que lui avait portée Tempereur Julien le pût garantir.

Ces thaumaturges de tous les pays ne seront plus regardés comme des saints; leur règne est passé» La foudre, expliquée et produite à volonté, a fait disparaître bien des croyances absurdes pour n'en laisser qu'une vraie. Le magnétisme explique une foule de phénomènes dont les causes étaient occultes ; phénomènes qui, dans tous les temps, frappèrent d'épouvante ou d'admiration les nations du globe. Il fait connaître l'origine et le mécanisme d'états singuliers où l'homme peut être plongé malgré lui , prodiges dont les prêtres ont tiré une si grande puissance.

Qui réhabilitera ces victimes de l'ignorance et de la barbarie, Je n'ose pas dire d'une politique monstrueuse, ces hommies dont tous les torts . étaient d'être malades, ou d- avoir' inconnu une farcul té que nous aiVons tous? On tes torturait pouf leur faire avouer qu'elle venait du malin esprit, cette puissance , et, aprèfe leurs aveux, ils allaient sur un bûcher expier les torts de la nature. Oh ! si vous vous leviez tous ensemble pour demander vengeance, votre nombre elTr^terâit le monde noti^ veau ; car c'est souvent par centaines que l'on vous envoyait à la mort, et c'est pendant des siècles que ce qiie l'on appelait la chasse aux sorciers s'est perpétuée. Lsimagistrtamte^ le clergé rivalisaient de

zèle pour atteindre ce gibier du diable; car c'est ainsi qu'on appelait ces malheureux.

Quoi ! la religion a pu conseiller tant de crimes !

C'était quelquefois aussi le passe-temps des grands, et c'est en cérémonie que Ton procédait à ces cruels auto-da-fé. Des prêtres conduisaient au supplice tous les condamnés et leur parlaient d'un Dieu de clémence, de sa douceur, de sa justice, sans doute; car le feu de l'enfer, qu'ils rachetaienl par Paveu de leurs crimes^ était bien plus pénible et plus durable que le feu des fagots destinés à les brûler. Affreuse humanité, ton histoire est écrite partout avec du sang humain. Les ossements des victimes de l'ignorance et du fanatisme couvriraient la terre; car chaque nation a à se reprocher des sacrifices humains en expiation de crimes imaginaires. Que d'actions de grâces ne devrait-on pas rendre aux hommes qui eurent assez de force et de courage pour empêcher d'aussi abominables massacres !

Tout s'oublie, le nom des victimes conune celui des bourreaux. Dans quelques siècles, on ne voudra pas croire aux récits* des faits barbares dont nos annales sont remplies.

Aujourd'hui qu'une modification heureuse dans les croyances a rendu l'homme moins inhumain^

il lui reste encore beaucoup à faire ; il ne s'est pas soustrait à tous les dangers qui l'environnent. Les craintes, les soucis continuent de l'agiter ; car il ne se tonnait point y et la mort lui fait peur.

Les prêtres ne lui imposent plus , mais les médecins ne peuvent le rassurer; il tremble comme un enfant devant un homme qui possède un parchemin sur lequel sont écrites quelques lignes qui ne

donnent aucun pouvoir sur la maladie, comme il tremblait, il y a deux siècles, devant un autre homme qui avait un autre parchemin et une petite tonsure sur la tête, ce qui ne lui donnait non plus aucun pouvoir sur les âmes.

Il y a plus de ressemblance qu'on ne l'imagine entre le prêtre et le médecin ^ . Depuis longtemps le prêtre et le médecin ne connaissent plus les

> Ce qui distingue ces deux corporations, c^est que le fanatisme a des moments de repos, la médecine jamais. Une remarque assez curieuse, que l'on doit faire ici, c'est que ce fut un moine qui inventa la poudre à canon, l'évèque de Munster les bombes ; un Capucin, le Père Joseph, si fameux sous le cardinal de Richelieu, imagina les espions et les lettres de cachet; Doraucourt, évèque de Verdun, inventa les cages de fer pour les prisonniers d'Etat.

Un médecin inventa la guillotine, cent autres médecins dqpnërent des recettes pour préparer les poisons les plus énergiques et les plus subtiles ; Robert et Heurteloup, tous deux médecins, imaginèrent les fusils qui se chargent par la culasse et peuvent vingt fois donner la mort dans une minute. La destruction de l'espèce humaine » donc été rêvée par les hommes qui avaient mission de la conserver I

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