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TRIBU DES ÉLATÉP.IDES

Les insectes de cette tribu ont pour caractères : le stylet du sternum s'enfonçant, à la volonté de l'animal, dans une cavité de la poitrine située immédiatement au-dessus de la seconde paire de pattes ; le dernier article des palpes sécuriforme. Cette tribu a pour type le grand genre Elater de Linné, elle est aujourd'hui subdivisée en un nombre considérable de sous -genres,

GENRE TAUPIN. ELATER.

Les taupins sont généralement ovales, elliptiques, presque cunéiformes; leur enveloppe est d'une consistance dure et solide; leur tête est, comme celle des buprestes, enfoncée jusqu'aux yeux dans le corselet. Les antennes sont légèrement dentées en scie, quelquefois pectinées, appliquées dans le repos sur les côtés inférieurs du corselet. Celui-ci est trapézoïde, plus large en arrière, avec les angles postérieurs pointus. Les élytres assez étroites sont presque toujours striées. Les pattes sont courtes et contractiles. Le sternum se termine postérieurement par une pointe très-visible appelée stylet.

Les taupins ou Elater sont connus des gens du monde sous le nom de Maréchaux ; ils doivent ce nom vulgaire à la propriété qu'ils ont, lorsqu'on les couche sur le dos, d'exécuter des espèces de sauts de carpe en produisant un petit bruit sec. Afin d'exécuter ces sortes de sauts, ils

HÏ COLÉOPTÈRES.

contractent leurs pattes en baissant inférieurement la tète et le corselet, et, en poussant avec force la pointe ou stylet du sternum contre le bord du trou situé en avant de la poitrine, ils se détendent brusquement comme un ressort. Sî l'insecte n'a pas réussi à retomber sur ses pieds, il recommence cette manœuvre jusqu'à ce qu'il soit parvenu à son but. Lorsqu'un danger menace un élater ou qu'on veut le saisir sur une Heur ou sur l'épi d'une graminée, il se laisse tomber à terre et fait le mort.

Les taupins sont très-nombreux en espèces. A l'état parfait, ils sont en général fort innocents; ils se tiennent sur les Heurs, les feuilles de diverses plantes ou sur des épis de graminées. A l'état de larve, ils sont souvent, au contraire, très-nuisibles à l'agriculture. Dans les jardius proprement dits, ils occasionnent moins de dégâts sous cette forme, que dans les champs de blé et dans les pépinières.

M. Jamin, de Bourg-la -Heine , nous a apporté des centaines de larves d'élaters qui dévoraient les racines tendres des jeunes pommiers, pruniers, cerisiers, poiriers, etc., ces larves sont, dans certaines années, un grand fléau pour les arboriculteurs.

Nous avons supposé que ces sortes de vers appartenaient à l'élater nébuleux (Elater murinus , sans pourtant l'affirmer d'une manière positive, d'autant plus que toutes les larves de ces insectes ne diffèrent que par la taille et par la teinte générale qui est d'un roux plus ou moins pâle. Les horticulteurs les désignent sous le nom de corde à boyau.

Toutes les espèces ne vivent pas dans ta terre ,

nous avons souvent élevé en Normandie, dans du bois pourri provenant de saules creux, les elater crocatus et hœmatodes. D'un autre côté, il nous est éclosdans de la terre conservée plusieurs années dans des pots servant à r éducation de chenilles, les elater murinus> sputator, lineatus et obscurus, ce qui démontre que les larves des taupins croissent lentement et mettent plusieurs années à arriver au terme de leur développement.

Les larves que nous avons eu l'occasion d'observer, ne nous ont pas offert de très-grandes différences, toutes étaient allongées, presque cylindriques, un peu aplaties, d'une consistance coriace, qui leur a fait donner par les jardiniers anglais le nom de Wire larves. Leur couleur était généralement d'un blanc-jaunâtre luisant ou légèrement roussàtre, avec la tête brune, aplatie, munie de deux mâchoires et pourvue de deux petites antennes de trois articles. Elles avaient six pattes écailleuses brunes et un appendice terminal de la môme couleur, faisant l'office de pattes anales. Le corps, sans compter la tête, était formé de douze segments, dont le premier recouvert d'une plaque cornée brunâtre.

Les entomologistes qui, comme nous, ont élevé plusieurs larves de ces insectes, les comparent avec raison à celles du Ténébrion (Tenebrio molitor) ou vers de farine, que les oiseleurs donnent aux rossignols et aux fauvettes.

Quand les froids commencent à se faire sentir, les larves des taupins s'enfoncent assez profondément dans la terre. Au mois de décembre de Tannée dernière, nous en avons demandé quelques-unes à M. Jamin pour les faire dessiner : à cette époque elles étaient

enfoncées en terre et ce n'est qu'avec peine qu'il a pu en retrouver deux ou trois exemplaires au pied des arbres où, quelque temps auparavant, elles étaient par centaines.

Le genre taupin, comme tous les grands genres de Linné, a été subdivisé en une infinité de sous-genres. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ces subdivisions, fort utiles pour les entomologistes qui font de la science, mais moins nécessaires pour les horticulteurs. Les espèces nuisibles sont assez peu nombreuses, nous ne mentionnerons que les suivantes :

Taupin nébuleux. Elater murinua Gerra.

Ce taupin, à l'état d'insecte parfait, ronge, dit-on, le pédoncule des roses; dans les endroits où il est commun, comme au Bourg-la- Reine, Fontenay,etc, il passe pour nuire à la floraison.

Sa couleur générale est, en dessus, d'un brun noirâtre, variée de gris roussàtre. Les élytres sont pointillées, rugueuses , marquées de trèspetites plaques blanchâtres disséminées sans ordre. Le dessous du corps est brun, très-finement ponctué. Il appartient au sous-genre Agrypnus.

Sa larve, ou celle que nous prenons pour telle, dévore l'écorce des racines des

M. — Larve du laupin nébulem.

Mater murinus ?

jeunes arbres dans les pépinières et les fait périr. Dans rénorme quantité que nous a remise M. Jamin, il y en avait qui étaient moitié plus grosses les unes que les autres, ce qui nous fait supposer que les plus petites avaient une année de moins. Il se trouvait aussi, parmi ces dernières, quelques larves de carabiques, qui probablement vivaient aux dépens de celles des taupins.

Taupin obscur. Elater obsourus Fab.

Il est commun dans les parcs et les jardins, depuis le premier printemps jusqu'à la fin de l'année. On le trouve sur les fleurs dans les jardins et sur les pelouses. On rencontre souvent sa larve en labourant et, fréquemment aussi, dans les mottes de terre de bruyère. Ce qui est cause qu'on l'introduit dans les pots sans y faire attention, et qu'elle ronge les racines des jeunes plantes.

Il n'est pas rare de le voir éclore dans les serres, Il est elliptique, pointu, assez fortement pubescent, avec le corselet d'un noir profond. Ses élytres sont d'un brun plus ou moins roussàtre, marquées chacune de neuf stries ponctuées. Les pattes sont également d'un brun roussàtre, un peu ferrugineux. Il appartient au sous-genre Agriotes.

Taupin cracbeur . Elater sputator Fab.

11 est aussi commun que le précédent, surtout dans les jardins cultivés par nos maraîchers. La larve ressemble à toutes celles que nous connaissons; elle est très -friande des racines de romaine et de laitue,

et fait souvent périr ces salades. Elle vit aussi de beaucoup d'autres racines, principalement de celles des plantes céréales.

L'insecte parfait est de la taille du précédent ; il est d'un noir-brun assez brillant, couvert d'une pubescence jaunâtre, avec la tête et le corselet finement pointillés. Les élytres sont elliptiques, convexes, marquées chacune de neuf stries ponctuées. Les antennes et les pattes sont ferrugineuses. Il fait aussi partie du sous-genre Agriotes.

Taupin rayé. Elater lineatus Fab.

La larve de cette espèce est extrêmement commune dans les lieux cultivés ; elle dévore dans les champs les racines du blé, du seigle et de l'avoine, et, dans nos jardins, celles des œillets, des iridées, des giroflées, des juliennes, des carottes, des salsifis, des choux, de la laitue, de la chicorée, etc.; en un mot, elle est très-polyphage et s'accommode de toutes les plantes herbacées ou ligneuses. Il est même fort possible que, parmi celles que nous avons reçues de M. Jamin, et que nous supposons devoir produire Yelater murinus, il s'en soit trouvé un certain nombre appartenant au taupin rayé. Il fait partie, comme les deux précédents, du sous-genre Agriotes.

L'insecte parfait se rencontre fréquemment en été sur les épis des céréales et sur beaucoup de plantes en fleurs, et, en particulier, dans les jardins, sur les ombelles de carottes, de panais, etc. Il est brunâtre, quelquefois un peu roussâtre, oblong, elliptique, de taille moyenne comme les deux espèces précédentes ; ses élytres sont marquées de lignes alternativement plus obscures et plus claires.

M. Hogg, horticulteur anglais, a proposé, pour détruire les larves de ce taupin, de répandre sur le sol des morceaux de tiges de laitue. Comme elles aiment beaucoup cette plante, elles s'y rendent pendant la nuit -, en les secouant le matin sur une toile , on en prend un grand nombre \ cette opération doit être faite pendant la belle saison. (Voy. Garden. Magazine, t. VI, p. 317.)

On trouve aussi, dans nos jardins, à la racine des plantes, d'autres larves de taupins, bien moins communes que celles des espèces précédentes, et dont les dégâts n'ont pas encore été signalés.

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