‹ Essai Sur L'Entomologie HorticoleChapitre 4 sur 61 · SIR · texte numérisé non relu

SIR

L'entomologie est cette partie de l'histoire naturelle qui traite de la connaissance des insectes.

Le mot Insecte vient du latin insectum qui n'est lui-même qu'une contraction à'intersectum, entrecoupé, parce que le corps de ces petits animaux est composé d'anneaux ou de sections; mais, si on suivait à la lettre cette définition, il faudrait comprendre dans la classe des insectes, tous les êtres dépourvus de squelette intérieur et offrant un corps divisé en un nombre plus ou moins grand de sections ou d'articulations, comme l'avaient fait Aristote, Pline, Swammcrdam et quelques autres, de sorte que les lombrics, vers de terre, se trouvaient réunis par ces auteurs aux insectes proprement dits. Linné, le plus grand naturaliste des temps passés, en sépara cesderniers, mais il réunit aux insectes, les Crustacés, les Araignées et les Myriapodes (bêtes à mille pattes) sous le nom d'Aptères (privés d'ailes). Depuis ce grand naturaliste la science a marché et a fait d'immenses progrès -, les travaux deCuvier, Lamarck, ï)uméril,Latrcille, Savigny, Blainville, etc., ontmieux limité

la classe des insectes. Les Crustacés,, les Arachnides et les Myriapodes en ont été retranchés et sont devenus les types de classes particulières. Cependant l'entomologie' générale comprend toujours, comme partie intégrante de l'étude des insectes, celle des Aptères de Linné. Dans ce petit ouvrage, destiné spécialement à des horticulteurs et non à des savants, nous agirons de même; nous ne séparerons pas les Aptères nuisibles aux jardins, des insectes proprement dits.

Comme nous écrivons pour des personnes qui, pour la plupart, connaissent mieux les plantes et leur culture que la zoologie , il n'est peut-être pas inutile de leur donner ici, un aperçu très-sommaire de l'organisation extérieure des insectes et de les mettre au courant des principaux termes employés par les entomologistes.

Les insectes, comme les animaux appartenant aux classes supérieures, ne sont pas composés d'une pièce unique. Ils ont comme ceux- ci leurs organes de la nutrition , de la respiration , de la locomotion et de la reproduction auxquels on pourrait ajouter ceux d'une sorte de circulation. Ce sont des animaux à sang blanc et froid. Nous ne dirons rien de leur analomie interne, malgré les magnifiques travaux publiés à ce sujet qui ont immortalisé leurs auteurs. Nous ne parlerons que de la charpente proprement dite. 11 importe peu à un jardinier de savoir que Lyonet ait passé quarante années de sa vie à disséquer la chenille du Cossus qui ronge les arbres de nos boulevards et qu'il ait constaté qu'elle avait quatre mille quarante et un muscles. La magnifique anatomie du hanneton par Strauss, véritable monument de notre siècle, ne l'intéresserait pas

davantage; il ne voudrait pas risquer ses yeux pour vérifier leurs travaux et s'exposer à devenir aveugle comme Tirésias , Savigny , et Strauss, qui ont voulu voir de trop près les secrets de la nature.

Tout insecte, avant d'être parfait, passe par trois périodes différentes qui sont : l'état d'œuf, de larve , de nymphe. Sous la forme parfaite il présente trois régions distinctes : la tête, le tronc ou corselet et l'abdomen.

La tête, sauf dans les Arachnides, est munie de deux yeux et de deux antennes, et porte les instruments ciboires, c'est-à-dire ceux qui servent à la manducation et à l'alimentation.

Les yeux sont généralement ronds, quelquefois échancrés ou semi-lunaires; ils sont composés d'une multitude de petites facettes qui, lorsqu'ils sont opaques, les font paraître comme rugueux; ils varient pour la couleur : dans quelques races les yeux sont ternes et sans reflet; dans d'autres, au contraire, ils sont très-brillants et ont des reflets rouges, jaunes, verts, ou même couleur d'or. Dans presque tous les ordres, il y a sur la tête d'autres petits yeux appelés yeux lisses ou stemmates. Ces derniers servent-ils à la vision? C'est ce que nous ignorons ; dans les papillons où ils existent, ils sont tellement cachés et recouverts par les poils qu'ils ne peuvent guère leur servir à se diriger. Dans quelques Aptères de Linné, chez les araignées par exemple , les yeux sont petits , et ressemblent aux stemmates ou yeux lisses dont nous venons de parler; mais ils sont plus gros et bien visibles sans l'aide de la loupe. Dans les animaux de cette classe ils sont au

nombre de quatre à huit, dont la disposition varie. Il y a quelques insectes à qui la nature a refusé, comme à certains animaux supérieurs, l'organe de la vision, c'est lorsqu'ils sont appelés à vivre dans un milieu où cette fonction leur esl inutile. Beaucoup de larves, entre autres les chenilles, sont aveugles. Les yeux ne leur sont utiles et ne se montrent qu'à l'état parfait.

Les antennes, vulgairement appelées cornes , sont des appendices mobiles, articulés, plus ou moins développés, au nombre de deux, insérés en dedans des yeux-, elles varient pour la longueur, la forme et le nombre des articles. Elles sont . cylindriques, lorsqu'elles sont partout d'un diamètre égal ; — filiformes , lorsqu'elles ressemblent à un fil; — sètacèes, quand elles vont en diminuant de la base au sommet et qu'elles se terminent par une pointe déliée comme une soie de sanglier ; — monili formes, quand chaque article ressemble à un grain de collier ou de chapelet ; — prismatiques, lorsqu'elles ont la forme d'un prisme ; — fusiformes, lorsqu'elles ont la forme d'un fuseau; — serrées, quand elles ont quelque ressemblance avec les dents d'une scie; — pectinèeSy lorsqu'elles sont garnies de longues'dents disposées comme celles d'un peigne -, — plumeuses, lorsque les dents ressemblent aux barbes d une plume , —perfoliêes, quand les articles sont aplatis et paraissent enfilés par leur milieu ; — lamellées, lorsque les articles terminaux peuvent s'écarter comme les feuillets d'un livre; — en massue, lorsqu'elles se terminent à leur extrémité par un renflement; — velues, épineuses, cotonneuses, adjectifs qui n'ont pas besoin d'explication.

Les savants ne sont pas d'accord sur l'office des antennes : les uns pensent que c'est l'organe du toucher, d'autres que c'est celui de l'ouïe, et quelques-uns qu'elles sont le siège de l'odorat, opinion que pour notre compte nous partageons, jusqu'à preuve contraire.

Les organes servant à l'alimentation constituent par leur ensemble la partie que les entomologistes appellent la bouche. Celle-ci est en générai formée des pièces suivantes : les mandibules , les mâchoires , les palpes, la lèvre supérieure ou labre et le menton; mais il est facile de concevoir que cet appareil doit varier beaucoup dans son mode de structure et qu'il doit être approprié à la manière de vivre de chaque famille. Il n'est pas nécessaire d'être bien savant pour s apercevoir que la bouche d'un hanneton, d'une courtilière, d'une punaise, d'un papillon, d'une abeille, d'un puceron, d'une mouche, d'une araignée, etc. , ont une organisation bien différente quant aux formes et à la disposition des parties constituantes. Il arrive donc que, dans certains groupes, la modification est telle que les pièces se confondent pour former une sorte de bec ou rostre, ou bien une trompe ou même un suçoir qui remplit l'office d'une pompe aspirante.

Les mâchoires et les mandibules sont plus ou moins développées chez les insectes broyeurs , soit à l'état parfait, soit à l'état de larve. Elles se meuvent latéralement comme une paire de ciseaux, mais jamais de bas en haut comme dans les animaux supérieurs, chez lesquels d'ailleurs il n'y a de mobile que la mâchoire inférieure.

Dans l'ordre des Lépidoptères (papillons) les larves ou

chenilles ont la bouche organisée comme les insectes broyeurs, tandis qu'à l'état parfait la modification est si grande que les mandibules et les mâchoires sont remplacées par une trompe roulée entre les palpes, à l'aide de laquelle ils aspirent le miel dans la corolle des fleurs.

Les palpes, au nombre de quatre, sont des appendices articulés comme les antennes, dont deux placés sur le bord des mâchoires, sont appelés palpes maxillaires, et deux insérés sur le bord des lèvres, sont nommés palpes labiaux. Les premiers ont communément de quatre à six articles , tandis que les seconds n'en n'ont jamais plus do quatre. Ces organes fournissent souvent d'assez bons caractères génériques. Nous passons sous silence quelques autres petites pièces dont la connaissance n'est nécessaire qu'à celui qui s'occupe d'entomologie d'une manière tout à fait scientifique.

Le tronc, appelé aussi thorax, est, comme le dit Audouin, cette partie du squelette placée entre la tète et l'abdomen. Le dessus du thorax s'appelle le corselet, le dessous la poitrine; le thorax est composé de trois arceaux : le prothorax, le mèsothorax et le mètathorax. Les organes de la locomotion sont attachés au thorax. Les trois arceaux dont nous venons de parler sont peu distincts en dessus et le plus ordinairement semblent ne former qu'une seule pièce.

Les pattes, ou pieds, sans compter la hanche, sont tormées de trois parties : la cuisse, la jambe et le tarse *, ce dernier se termine le plus souvent par une petite griffe nommée crocbct, ou une dilatation formant une petite ventouse, comme par exemple dans la

rNTRODUCTION. 7

mouche commune qui marche sur les corps les plus lisses. Les pattes varient énormément en raison des fonctions qu'elles ont à remplir. Dans certains cas la première paire est convertie en un organe de préhension. Dans plusieurs groupes les mâles présentent une dilatation aux tarses antérieurs ; dans d'autres au contraire c'est la dernière paire qui diffère énormément des autres, par la longueur et le renflement des cuisses; c'est ce qui arrive chez les insectes sauteurs; dans la famille des abeilles les pattes sont garnies de brosses afin de pouvoir se charger du pollen des fleurs ; chez les insectes nageurs le tarse prend souvent la forme d'une rame; quelquefois les pattes sont extrêmement longues et servent plutôt à soutenir l'insecte qu'à marcher ; les cousins et les tipules sont dans ce cas.

Les ailes, au nombre de quatre ou de deux seulement, sont des appendices formés de deux lames ou membranes soutenues par des nervures, faisant l'office de baguettes. Ces organes très- variables, diaphanes ou opaques, toujours insérés à la partie latérale du thorax, ont le plus ordinairement pour fonction d'exécuter le vol.

Les ailes supérieures chez les Coléoptères, sont coriaces, opaques et recouvrent les ailes inférieures qui sont membraneuses; elles portent le nom à'èlytres ou d'étuis. Chez les Orthoptères et les Hémiptères, où elles sont plus ou moins coriaces à la base et membraneuses à l'extrémité, on les appelle encore élylres. mais mieux hémèlytres ; dans les autres ordres elles conservent le nom d'ailes.

L'abdomen ou corps est la partie de l'insecte qui fait

suite au thorax; il renferme le tube digestif, les ovaires dans les femelles, et en outre les organes qui caractérisent chacun des sexes (1). L'abdomen chez plusieurs femelles se termine par un oviducte plus ou moins développé qui s'allonge ou se raccourcit comme les pièces d'une lunette. Dans certaines femelles d'hyménoptères, frelons, guêpes, abeilles, etc., il est armé d'une aiguillon rétractile et fistuleux qui communique avec la poche à venin.

Les organes servant à la respiration sont appelés stygmates; ils se présentent sous la forme de petits trous ou petites ouvertures disposées des deux côtés du corps et communiquant avec les trachées répandues à l'intérieur. C'est par ces espèces de petites boutonnières que l'air vivifiant pénètre dans l'organisme. Léon Dufour, un savant de premier ordre que la mort a enlevé récemment à ses nombreux amis, suppose que le sens de l'odorat si développé chez les insectes réside dans les trachées.

Tous les animaux appartenant à la grande classe des insectes de Linné ne respirent pas cependant par des trachées -, il y a des Arachnides qui ont des espèces de poumons, et d'autres des trachées. Ces deux modes de respiration ont servi à diviser la grande classe des Arachnides en deux ordres, les Arachnides pulmonaires et les Arachnides trachéennes. Mais tous les êtres appartenant à la classe des insectes, telle qu'elle a

(4) Quelques savants, et YYalckenaer lui-môme, ont prétendu que l'organe mâle des araignées était placé dans les palpes, mais il est démontré aujourd'hui que les palpes de ces animaux ne jouent, au moment du rapprochement des sexes, que le rôle d'excitateurs.

été restreinte par les naturalistes de notre époque, respirent par des trachées aussi bien à l'état de larve qu'à l'état parfait : c'est pour eux une loi sans exception, comme c'en est une pour les poissons de respirer dans l'eau par des branchies appelées vulgairement ouies.

Quoique les insectes soient dépourvus d'appareil vocal, beaucoup d'espèces cependant émettent des sons dont les causes sont très-différentes, mais où la respiration ne paraît jouer qu'un rôle très-secondaire; ainsi le bourdonnement des mouches, des cousins, des abeilles, des cerfsvolants, des hannetons, etc., est un effet du mouvement des ailes. Le bruit que font les capricornes et même le criocèredulys lorsqu'on le serre dans la main, est occasionné par le frottement mécanique des différents segments les uns contre les autres ; il suflfitd'une petite gouttelette d'huile pour faire cesser le bruit. La stridulation des grillons {cri-cris) est due à l'action de leurs pattes postérieures qui sont un peu dentelées, dont elles se servent comme d'un archet pour jouer duviolon sur le bord de leurs élytres. Cette musique ennuyeuse est toujours dans le même ton comme celle d'une crécelle. Chez les cigales mâles, dont on entend le chant tout l'été dans le midi de la France, la cause est tout autre *. ces Hémiptères ont un appareil sonore logé dans le premier anneau de l'abdomen^ et parfaitement décrit par Réaumur. Cet appareil est composé de deux caisses de tambour recouvertes par deux espèces de cymbales , ou lames cornées s avançant plus ou moins sur l'abdomen. Ici c'est à l'air qui s'échappe de ces cavités dont les membranes sont très-contractiles, qu'est dû le bruit en question. Quoi qu'il en soit, les femelles ne sont pas sourdes à ces

accents monotones et on les voit s'approcher tout doucement dès qu'elles entendent l'appel du mâle.

Nous ne terminerons pas sans dire un mot d'un autre insecte qui fait entendre un cri plaintif lorsqu'on le prend ou qu'entré dans un appartement il craint de ne pouvoir s'en échapper. C'est le sphinx atropos (papillon à tète de mort) (1), On ne connaît pas encore d'une manière bien exacte la cause de ce cri. Réaumur et Rossi Tattrihuent au frottement des palpes contre la trompe. Selon un observateur , cité par le Révérend Père Engramelle et Emst, le bruit en question est occasionné par l'air renfermé sous les épaulettes, et chassé avec force par le mouvement des ailes.

Le Dr Lorey, ancien chirurgien des armées, a fait en Italie diverses recherches à ce sujet, à la suite des* quelles il est arrivé à conclure, que cette stridulation plaintive est produite par l'air qui s'échappe d'une trachée

(4) Le papillon à tète de mort est propre à l'Afrique et aux Indes orientales. Dans les années chaudes ii passe la Méditerranée, poussé parles -vents du sud, et. se répand dans l'Europe méridionale ou tempérée et quelquefois mémo jusqu'en Angleterre. Cette apparition a lieu ordinairement en juin, et les femelles à leur arrivée déposent leurs œufs sur des plantes analogues à celles où elles ont vécu dans lour enfance.

Généralement elles choisissent des Solanées, telles que la pomme de terre, le lyciet, la tomate, l'alkékenge ou des Jasminées. La chenille grandit promptement ; lorsqu'elle est adulte elle est fort grosse, d'un beau jaune citron avec sept bandes obliques bleues et vertes. Elle se métamorphose en juillet et août, et le papillon éclot en septembre. Souvent il y a une seconde génération à la tin de septembre, mais les chenilles et les chrysalides qui en proviennent périssent toutes pendant l'hiver. Ce n'est donc qu'une nouvelle migration arrivant d'Afrique, qui peut propager oe sphinx en Europe, l'année d'après.

Il y a des années où ce papillon est très-commun en France, ou a vu quelquefois dans le Midi, des champs entiers de

située de chaque côté de l'abdomen ; le Dr Lorey a pratiqué l'amputation des palpes, de la trompe, des ailes et de la tête, et le même cri de douleur continuait à sortir du tronçon restant.

Il y a bientôt trente ans, nous avons fait de notre coté, avec feu notre collègue Duponchel, quelques expériences pour découvrir la cause de ce cri de douleur. Après avoir disséqué vivants plusieurs de ces Lépidoptères, nous avions cru 1 avoir trouvée dans le frottement du thorax contre Técusson ; mais M. le colonel Goureau qui, depuis nous, a fait d'autres recherches, pense qu'il n'existe chez cet insecte aucun organe spécial capable de pro~ duire ce bruit. Il le compare à la vérité, avec doute, au piaulement des Hyménoptères et des Diptères, lequel est, dit-il, produit par les vibrations du thorax mis en mouvement par les muscles puissants qu'il renferme et qui donnent l'impulsion aux ailes lorsque leur action est complète.

pommes de terre complètement dépouillas de leurs touilles par sa chenille.

Le cri de douleur que fait entendre cet insecte et l'empreinte bien marquée d'une téte de mort qu'il porte sur son corselet, ont concouru à lui donner une sorte de célébrité. 11 y avait autrelois des contrées de la Bretagne où il était regardé comme Pavant-coureur de la mort. Réaumur raconte, dans ses mémoires, qu'un bon curé de celle province l'a décrit dans le Mercure de France juillet 1730) comme revêtu de tout ce qu'une pompe funèbre a de plus triste el de plus lugubre.

Le papillon à téte de mort est commun aux îles Maurice et Bourbon pendant toute l'année ; les habitants de ces îles le regardent comme fort dangereux et le nomment Aille. Ils croient même qu'il peut aveugler les personnes qui se trouvent dans une chambre où il pénètre, par la prétendue poussière qu'il répand en >olant. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que Bernardin de Saint-Pierre, dans son voyage à l'île de France, se soit fait l'écho d'une pareille fable.

1* INTROmr.TinN.

La nourriture des insectes est tantôt végélale et lanlôt animale. La plupart se nourrissent de différentes parties des plantes : racines, tiges, feuilles, fleurs et graines ; d'autres sucent le sang des animaux ou vivent de matières animales en décomposition; d'autres se contentent de matière mielleuse ou mucoso-sucrée. En général, à l'état parfait, les insectes mangent moins qu'à l'état de larve et occasionnent moins de dégâts.

La durée de la Yie de ces animaux est ordinairement assez courte, elle est de quelques semaines au plus; les mâles périssent après l'accouplement et les femelles après la ponte; il y a cependant quelques exceptions ; certaines espèces dont l'éclosion a lieu à l'automne, passent tout l'hiver dans l'engourdissement et se réveillent au printemps pour s'accoupler et propager l'espèce; d'autres, comme la punaise des lits, peuvent supporter le jeûne pendant plusieurs années ; il est vrai qu'en Europe cette dernière reste toujours à l'état de larve ou de nymphe, c'est-à-dire qu'elle ne prend jamais d'ailes. Si elle arrivait à l'état tout à fait complet, elle subirait peut-être la loi commune. Quelques auteurs se sont assurés que les puces nourrissaient leurs larves en leur dégorgeant du sang, et qu'ainsi elles peuvent voir leurs enfants.

Les insectes, pour se reproduire, s'accouplent comme les animaux appartenant aux classes supérieures. Cette opération dure plus ou moins longtemps, selon les races ; chez quelques espèces, elle est instantanée ; chez d'autres, l'union estquelquefois d'une vingtaine d'heures. La femelle après la fécondation, par un instinct qui lui est propre, dépose ses œufs dans un lieu où sa jeune

famille trouvera en naissant une nourriture assurée et une table bien servie.

Les insectes sont ovipares, c'est-à-dire qu'ils pondent des œufs, ou quelquefois ovovivipares ; dans ce dernier cas, Téclosion à Lieu dans le ventre de la mère. Les œufs assez souvent éclosent immédiatement après la ponte, le plus ordinairement au bout de iOà 15 jours. Quelquefois l'évolution n'a lieu qu'au bout de neuf mois, comme dans la livrée ou bague des arbres fruitiers, le bombyx du saule, le bombyx zigzag {Spongieuse des forestiers), etc.

Après la sortie de l'œuf, le premier état porte le nom de larve, vulgairement ver, ou de chenille comme dans les « papillons, ou de fausse-chenille comme dans les tenthrédines, connues sous le nom de mouches à scie. Ordinairement les larves ne ressemblent nullement aux insectes qui en sortiront plus tard. En effet, quelle ressemblance y a-t-il entre un ver blanc et un hanneton, entre une chenille qui se traîne sur les feuilles et un papillon, ou bien entre un asticot et une mouche? Dans l'ordre des Hémiptères cependant, la différence est bien moins sensible entre la larve et l'insecte parfait; les punaises, les pucerons, les kermès appellés insectes à demi -métamorphose, ne paraissent pas, pour un œil peu exercé, subir de grandes modifications.

Les larves ont le plus ordinairement six pattes écailleuses; il y en a beaucoup aussi qui sont apodes comme chez les Longicornes, les Charançons, les Buprestes et la plupart des Diptères, et qui ne se meuvent que par la seule contraction de leurs anneaux. Dans les chenilles, il y a, outre les pattes écailleuses, qui sont les

vraies pattes de l'insecte parfait, de quatre à dix pal tes membraneuses, munies chacune d'une petite couronne contractile, garnie de petits crochets qui leur servent à se cramponner aux végétaux. Chez les fausses-chenilles des mouches à scie que les jardiniers prennent souvent pour de véritables chenilles , il y a toujours plus de dix pattes membraneuses.

La durée de l'existence d'un insecte à l'état de larve varie énormément. II y a, des espèces comme beaucoup de mouches où elle n'est que de très-peu de jours, il en est d'autres chez lesquelles elle est de deux ou trois ans : les hannetons, quelques taupins sont dans ce cas; il en est de même de la chenille du cossus qui ronge le tronc des arbres, et de celle du Bombyx Matronula, qui ne subissent leur dernière métamorphose que la troisième année. Nous avons nourri pendant six années dans notre cabinet des larves d'un bupreste, trouvées chez un marchand de bois des Iles au milieu d'une bille de bois jaune ; elles ont peu grossi et ont fini par se dessécher. On cite l'histoire d'un autre bupreste exotique qui est sorti d'un meuble fabriqué depuis une quinzaine d'années.

Le second état des insectes est désigné par le nom de Nymphe pour tous les insectes, sauf pour les Lépidoptères ou papillons où il prend celui de Chrysalide : sous cette forme, les insectes ne prennent aucune nourriture. II faut pourtant encore en excepter les Hémiptères qui mangent et se promènent sous leurs différents états.

L'éclosion des nymphes n'a rien de général, elle varie selon les genres, les espèces et les influences climatériques. Certaines espèces éclosent éau bout de trois ou

quatre jours, d'autres après une quinzaine de jours; beaucoup passent l'hiver dans un sommeil léthargique.

Le froid relarde le développement des nymphes, mais il ne les tue pas ; nous en avons vu de gelées et tout à fait cassantes qui dégelaient tout doucement avec les premières chaleurs et éclosaient parfaitement bien. Les chrysalides x des papillons blancs du chou et autres Crucifères, restent, tout Thiver, exposées à nu, sur les treillages, le long des murailles et supportent le froid le plus rigoureux sans que cela nuise aucunement a leur développement. Nous avons vu aussi dans le Midi, lorsqu'il fait une extrême chaleur, des chrysalides rester dans un état léthargique. Ici une température trop élevée produit le même effet que le froid.

Les nymphes ou les chrysalides d'une même espèce éclosent quelquefois fort irrégulièrement; les Bombyx Everiatt Lanestris qui, d'après Ratzehurg, occasionnent de grands dégâts dans les forêts de l'Allemagne, sont dans ce cas. i^us avons vu éclore des chrysalides de ces papillons en septembre, après trois mois de métamorphose, d'autres au printemps de l'année suivante, en plus grande quantité; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que de la même ponte, de la même éducation tenue dans le même milieu, il nous en est né pendant sept années, en avril et en septembre. Sage prévoyance de la nature qui ne veut pas exposer tout d'un coup, une espèce à sa propre ruine et qui tient toujours en réserve quelques individus pour propager la race et continuer.respèce. Il en est de même dans le règne végétal ; toutes les graines ne lèvent pas la même année (1).

(4) Kn entomologie comme eu botauique, les matériaux se

En général, les insectes sont pour nos cultures des petits ennemis d'autant plus redoutables, que, par leur exiguïté ou parleurs ruses, ils échappent souvent à nos investigations; mais il faut se soumettre à la volontéde la Providence ; elle a voulu qu'ils eussent leur place au soleil et le droit de s'asseoir au grand banquet de la nature. L'homme, en sa qualité de roi de la création actuelle, a la vanité de croire que la terre a été créée pour lui seul. Dans sa pensée tous ses produits lui appartiennent et tout ce qui l'importune ou ne contribue pas à son bien-être est inutile. Vanitas uanilatum! Plusdephilosophie et moins d'orgueil ; chez l'homme le mécanisme de la vie, n'est pas plus compliqué que chez un scarabée ou un puceron ; le créateur, que l'homme ne l'oublie pas, ne tient nullement à la conservation des individus, il tient à la conservation des espèces. Quand celles-ci deviennent trop nombreuses , il ouvre sa main

sont tellement accumulés, qu'aujourd'hui il est devenu impossible à un seul homme d'embrasser, comme au temps de Linné, l'étude complète de tout l'ensemble et de descendre dans les détails. C'est pour cette raison que beaucoup de savants ne s'occupent que d'un seul ordre, qu'ils restreignent même à un seul pays. D'autres se contentent d'une seule famille.

De nos jours, l'un se livre à l'étude des Hyménoptères, un autre à celle des Coléoptères, un troisième à celle des Hémiptères ou des Lépidoptères, etc. D'autres enlin s'en tiennent exclusivement aux familles des Carabiques, des Longioornes, des Curculionites, etc., etc.; car le nombre des insectes dépasse de plus du triple celui des végétaux. Kn effet, il n'y a peut-être pas une plante qui, sur son sol natal, ne nourrisse cinq ou six espèces d'ordres différents. Chez nous, le chêne de nos bois est mangé par plus de soixante espèces, le rosier sert de pâture à plus de vingt, le poirier en nourrit encore un plus grand nombre. Par contre, les arbres exotiques qui ont été naturalisés en Europe et qui proviennent de semis, sont très rarement allaqués parles insectes. Ainsi les noyers, les marronniers d'Inde, le mûrier à

puissante et laisse échapper les épidémies : chaque espèce rentre dans les limites qui lui sont assignées.

Les insectes, comme les animaux placés plus haut dans Féchelle des êtres, ont aussi leurs épidémies. Dans certaines années une grande partie des larves périt sans cause connue, ou faute d'une nourriture suffisante. Dans d'autres circonstances, des chenilles sont tuées par la muscardine. Ne voit-on pas souvent périr des essaims entiers d'abeilles par une maladie spéciale (1)? Quel est l'entomologiste qui n'a pas remarqué, dans ses excursions, des Hyménoptères ou des Diptères morts et couverts d'une efflorescence blanchâtre, cramponnés encore aux tiges où ils étaient venus se fixer avant de rendre le dernier soupir ?

Outre les épidémies, les insectes ou leurs larves ont des ennemis excessivement nombreux dans les parasites qui vivent à leurs dépens, tels sont les Coccinelles et

papier (Broussonetia), le vernis du Japon, les platanes, les acacias de l'Amérique du Nord (RoMnia), qui dans leur pays natal sont dévorés par une foule d'espèces, n'éprouvent chez nous aucun dommage de la part des insectes ; il en est de même de nos végétaux transportés de graine dans les pays étrangers. Nos choux, si souvent rongés, par différentes sortes de chenilles, n'ont plus de parasites au Brésil.

Il faut remarquer cependant que, si Ton introduit en Europe des arbres très-voisins sous le rapport spécifique, de ceux qui y croissent naturellement, comme certaines espèces de saules, de peupliers ou de Pomaeées de l'Amérique du Nord, ils finiront par partager le sort de leurs congénères européens. L'instinct des insectes va même plus loin; ils saisissent quelquefois des analogies ou des affinités qui pourraient échapper à des botanistes. Nos chenilles, qui se nourrissent de plantes tétradynames, telles que choux, radis, navet, etc., mangent très-bien des capucines, du réséda ou des sommités de câprier; d'autres qui vivent sur nos épilobesse retrouvent souvent sur les fuchsias.

(4) Au moyen âge il survint une maladie qui faisait périr

leurs larves, les larves des Syrphes, celles des Hémérobes, des Chaleidites, des Ichneumonides, des mouches Tachincs, etc., sans compter d'autres ennemis qui les enlèvent et les emportent dans leurs nids pour que leurs petits en naissant trouvent une nourriture toute prête.

Ces parasites se chargent de rétablir une partie de l'équilibre -, plus une espèce devient nombreuse, plus les parasites deviennent nombreux, et le bien vient de l'excès du*nal. Si une espèce, comme nous en avons vu l'année dernière des exemples dans nos bois des environs de Paris, se multiplie outre mesure, on voit apparaître en quantité desChalcidites, des Ichneumonides,etc. , qui se hâtent de déposer leurs œufs dans le corps dos chenilles. Ces parasites deviennent tellement nombreux qu'en peu d'années ils Unissent par anéantir en grande partie ces êtres malfaisants ; eux-mêmes disparaissent ne trouvant plus où placer le berceau de leur progéniture. Le fléau cesse, les espèces restent.

Que n'a-t-on pas écrit, il y a une vingtaine d'années, sur la pyrale de Pilérius (tortrix Pileriana, pyrale de la vigne) y qui a exercé de si grands ravages dans les vignobles de la Bourgogne, et est venue jusqu'aux portes de Paris, défier les vignerons d'ArgenteuilP Feu Àudouin fut, en sa qualité de professeur d'entomologie, chargé par le gouvernement, de voir ce qu'il" y aurait à faire pour conjurer un aussi grand désastre. Il y mit le plus grand zèle, il publia de savants mémoires; mais il ne fit rien pour la destruction de la pyrale, et il ne pouvait rien

presque toutos les abeilles ; l'Aline se voyant sur le point de manquer de cire pour l'exercice du culle, ordonna des prières •t des processions publiques pour conjurer cette épidémie.

faire. Pendant plus de trois ans les vignerons ne cessèrent de l'aire entendre' leurs plaintes aux sociétés d'agriculture, implorant leur savoir et leur secours contre un ennemi inconnu jusqu'alors. On essaya de tout, même des pèlerinages. Enfin des parasites nombreux que l'on n'attendait pas, se chargèrent de la besogne, et en peu de. temps ia pyrale de la vigne fut sinon anéantie, au moins rendue tellement rare, qu'aujourd'hui il serait difficile de s'en procurer un exemplaire.

Les larves dont la vie est souterraine, comme celles appelées vers blancs, vers gris, ont peu de parasites ; leur manière de vivre les met à l'abri de la tarière des Ichneu monides et des Chalcidites. Pour cette raison ces animaux destructeurs se montrent assez régulièrement dans les mêmes proportions.

Après avoir dit un mot des insectes parasites, nous ne devons pas passer sous silence les services importants que nous rendent, tous les jours, d'autres auxiliaires appartenant à différentes classes du règne animal et sur lesquels on ne saurait trop appeler la sollicitude et la protection des agriculteurs et des horticulteurs. Ces êtres bienfaisants, auxquels la nature a assigné pour nourriture des insectes de tous les ordres, sont appelés par les naturalistes animaux insectivores.

Nous mentionnerons seulement les espèces suivantes :

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