SECTION DES PORTE - AIGUILLONS
Les insectes appartenant à cette grande division établie par Latreille, ont l'abdomen pédicule et comme
m HYMÉNOPTÈRES.
étranglé, renfermant chez les femelles seulement, un aiguillon acéré sortant par l'anus, ou à la place d'aiguillon, des glandes contenant une liqueur acide susceptible d'être lancée au dehors. Leurs larves sont apodes (sans pattes), approvisionnées d'avance dans leur berceau, ou nourries par des individus neutres (femelles avortées) chargés d'apporter journellement des provisions à la famille.
GENRE FOURBU. FORMICA Linné.
Tous les horticulteurs connaissent les fourmis et les nombreuses républiques qu'elles forment dans les jardins, les prairies, les bois, etc.
Entomologiquement parlant, elles ont pour caractères un abdomen allongé attaché au corselet par un pédicule-, quelquefois, mais rarement, un aiguillon dans les femelles et dans les neutres; le plus ordinairement des glandes anales sécrétant une liqueur piquante, appelée acide formiquc, susceptible d'être éjaculée, lorsqu'on les inquiète; de fortes mandibules dentées : des antennes coudées.
Dans une colonie de fourmis il y a toujours trois sortes d'individus : des mâles et des femelles pourvues d'ailes, qui ne font rien , et des neutres ou ouvrières, qui en sont dépourvues. C'est à ces dernières, véritables esclaves très-soumises; qu'incombent tous les travaux ; elles sont chargées de la construction des habitations, du percement des galeries , de l'ouverture des routes, de l'approvisionnement de la république et des soins de chaque instant à donner aux larves. Il n'y a pas dans toute la classe, des insectes un
seul animal doue d'autant d'instinct on pourrait presque dire d autant d'intelligence.
Dans les bois , les jardins, etc., on ne rencontre que des ouvrières* Ce n'est que lorsque l'on bouleverse entièrement une fourmilière , à certaines époques de l'année, que l'on trouve des individus ailés. La plupart des mâles et des femelles, quelque temps après leur naissance, par une belle soirée d'été, quittent le foyer domestique et se répandent en essaims dans l'air pour s'accoupler. Après la fécondation les mâles, plus petits que les ouvrières, périssent ; peu de femelles rentrent à leur domicile ; celles qui ne sont pas dévorées par les martinets ou les chauves-souris fondent de nouvelles colonies. Les femelles fécondées font le sacrifice de leurs ailes, désormais inutiles. Elle se mettent à pondre des petits œufs blancs cylindriques que les ouvrières recueillent avec les soins les plus touchants et qu'elles placènt dans des endroits préparés à cet effet. Après une douzaine de jours ces œuis donnent naissance à de petites larves, et comme elles ont perdu leur mère, ces mêmes ouvrières les prennent en nourrice, elles les alimentent en leur dégorgeant dans la bouche des liquides sucrés; quand elles sont un peu plus fortes elles leur donnent une nourriture plus substantielle. Lorsque ces larves ont pris leur entier développement, elles s'enveloppent dans un petit cocon oblong. blanchâtre ou d'un blanc un peu jaunâtre, pour se changer en nymphes. Une fois le moment de l'éclosion arrivé, les ouvrières déchirent le cocon avec leurs mandibules, et aident aux jeunes à sortir de cette enveloppe. Ce sont ces cocons que par un abus de langage
l'on désigne vulgairement sous le nom d'œufs de fourmis, comme si des œufs de cette" grosseur pouvaient être pondus par de si petites bêtes ï
Généralement dans une fourmilière il n'y a qu'une seule espèce de fourmi ; mais il arrive quelquefois-qu'elles se livrent des combats acharnés d'espèce à espèce, et que celles qui ont été victorieuses emmènent les prisonnières, en esclavage et les obligent à s'occuper de tous les travaux de la domesticité.
Quelquesauteurs assurent que les fourmis, très-friandes de matières sucrées, transportent quelquefois des pucerons pris sur une plante épuisée, pour les placer sur une autre où ces hémiptères trouveront une meilleure nourriture. Hubert a dit même qu'elles enlevaient souvent des pucerons, qu'elles les conservaient dans leurs fourmilières comme des vaches à lait, et qu'une république était d'autant plus riche qu'elle possédait un plus grand nombre de pucerons. Hubert n'aurait-il pas confondu avec les pucerons qui se trouvent sur les plantes, ces espèces aptères qui vivent dans la terre à la racine des végétaux au milieu des fourmis ?
Les fourmis, malgré leur prédilection bien prononcée pour toutes les matières sucrées, se nourrissent aussi de matières animales, telles qu'insectes, cadavres d'oiseaux, de reptiles, etc., de fruits murs, de pain, dè sucre, etc. Elles ont l'odorat très-développé, ce qui leur est d'un grand secours lorsqu'elles vont à la découverte.
On a cru, et quelques personnes le croient peut-être encore, que les fourmis amassaient des provisions dans la belle saison pour se nourrir pendant l'hiver. Il n'en est rien ; elles sont très-frileuses : aussitôt que
Je froid arrive elles s'enfoncent dans les parties les plus profondes de leur demeure et tombent dans un engourdissement lélhargiquejusqu'aux premières chaleurs. C'est en vain que l on y chercherait quelque morceau de mouche ou de vermisseau.
Les fourmis n'aiment pas l'humidité ; elles ne s'établissent guère dans des terrains marécageux ou exposés aux inondinations. Lorsqu'il pleut elles disparaissent comme par un coup de baguette. Si quelques-unes trop éloignées de leur cité sont surprises par une averse subite, elles se mettent vite à l'abri sous des feuilles ou sous des pieYres, jusqu'à ce que le nuage soit passé. Ce cas est assez rare, car par un instinct qui leur est propre, elles pressentent un orage avant qu'il n'ait éclaté, et lorsque la pluie arrive elles sont généralement rentrées
au logis.
On trouve des fourmis sur tout le globe ; les espèces sont extrêmement nombreuses ; on n'en connaît pas la dixième partie. Il y en a qui sont relativement assez grosses, d'autres sont d'une petitesse excessive et presque microscopique. Il y en a une entre autres, dans les îles de l'archipel Indien, qui, au rapport de feu l'amiral d'Urvdle et du voyageur Lorquin, est si exiguë qu'elle pénètre dans les boites les mieux fermées en apparence.
Selon notre collègue, M. Lacordaire, le savant doyen de la Faculté des sciences de Liège, qui a résidé pendant quelque temps à la Guyane française, on trouve à Cayenne une espèce tout aussi petite, qui pourrait hien être la même. D'après ses observations, il estime à plusieurs centaines les espèces qui se trouvent dans cette seule colonie, où elles occasionnent des dégâts dont nous n'avons
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aucune idée en Europe. C'est un desplus grands fléaux. Ellesdévôrent toutes les substances utilesà l'homme.. Il en est quelques-unes appelées fourmis de l'Oyapock, dont la morsure détermine des démangeaisons intolérables. Quelques autres ont un aiguillop redoutable; d'autres anéantissent les plantations de canne, de coton et de manioc ; celle qui attaque cette dernière plante est connue, dans les colonies françaises, sous le nom dp fourmi du manioc.
Au milieu de cette engeance dévastatrice, il y en a une qui rend de temps en temps de véritables services, c'est celle que les colons nomment la fourmi voyageuse. Les individus appartenant à cette grande espèce forment une multitude tellement incalculable, dit le savant professeur, que le sol en est couvert sur une largeur de plus de cent mètres et sur une file souvent de deux kilomètrès. Lorsqu'elles arrivent sur une habitation et qu'elles pénètrent dans les maisons, les animaux qui s'y trouvent, tels que serpents, crapauds, rats, souris, kankrelacs, etc., s'efforcent de s'enfuir dans le plus grand désordre ; mais ils n'en ont pas le temps, et sont dévorés avant d'avoir pu échapper à leurs nombreux ennemis. Ces fourmis ne font aucun mal aux plantes.
Feu notre bon et regretté collègue Neuniann a conservé assez longtemps, dans les serres du Muséum, une grosse espèce de fourmi de Cayenne qui se chargeait d'y fairèla police; elle faisait une guerre sans trêve aux limaces, aux cloportes, aux Coccides et aux thrips. Comme il ne possédait que des individus neutres, elle n'a pu se reproduire, et il l'a perdue. On pourrait essayer d'introduire dans les serres infestées de parasites
<|uclqucs individus neutres la grosse fourmi des bois qui seraient hors d'état de se multiplier et qui de temps en temps, pourraient y faire des rondes fort utiles.
En Europe, les fourmis n'attaquent pas les plantes vivantes ; celles que Ton rencontre sur les végétaux, y sont attirées parla matière mielleusesécrétée par les pucerons et les kermès, dont elles sont très-avides, ainsi que des fruits sucrés, tels que prunes, abricots, poires, pêches, raisins, etc Dès qu'elles trouvent un fruit un peu entamé, elles pénètrent dans l'intérieur et en enlèvent une partie de la substance pour alimenter leurs larves et pour se nourrir elles-mêmes.
Non - seulement ces insectes font beaucoup de tort aux fruits en question, mais ils communiquent souvent à ceux sur lesquels ils se sont promenés, une odeur et une saveur peu agréables, connues sous le nom de goût de fourmi. Dans les jardins, ils établissent fréquemment leur habitation au pied des plantes; ils creusent entre les racines des galeries dans toutes les directions, rendent ces plantes languissantes et les font quelquefois périr par l'acide formique qu'ils répandent à l'entour et qui brûle les radicelles.
On a jusqu'à ce jour employé bien des moyens pour détruire les fourmis ou pour les éloigner, ce qui signifie qu'on n'en connaît pas encore un seul qui réussisse complètement. Neumann avait conseillé, pour les éloigner, l'emploi du guano. D'autres ont recommandé de verser le soir, dans les trous et les crevasses par où elles entrent dans leur domicile, une solution de savon noir ou de sulfure de chaux, ou même de l'eau bouillante. Nous > préférons à tous ces moyens l'huile lourde de gaz ou la
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benzine mélangée avec une grande quantité d'eau. Mais, ces moyens ne peuvent être mis en usage quand elles ont établi leur nid au pied déplantes délicatesse rèmède deviendrait pire que le mal.
Lorsque nous avons une fourmilière auprès d'une plante, nous prenons un pot à fleur, que nous renversons, après avoir bouché le trou du fond; nous arrosons bien la terre tout à l'en tour; les fourmis trouvant cet abri à leur convenance, ne tardent pas à y établir leur demeure ; elles y transportent leurs nymphes ou leurs nourrissons pour les tenir plus chaudement ; en répétant cette opération deux ou trois fois, on enlève toute la fourmilière.
On prend aussi beaucoup de fourmis en disposant, de place, en place des petites fioles à moitié remplies d'eau miellée. Quelques personnes les empoisonnent avec une petite quantité d'arsenic mélangée avec du sucre en poudre, ou avec du cobalt appelé vulgairement tuemouche, mêlé avec du miel ou de la mélasse.
Les fourmis appartiennent à la famille des Hymérioptères Hétérogyfies ; les principales espèces nuisibles aux jardins sont les suivantes :
Fourmi jaune. Formica flava Kabricius.
L est une de nos petites espèces. L'ouvrière, qui est
le seul individu que les jar- 2 diniers remarquent, est d'un
jaune foncé assez luisant; les
fourmi ).ooe tourmica flara. individus ailés SOI.t, 3U COU-
• Lemiie.au ternie. traire,d'une couleur noirâtre.
Lest une des espèces les plus communes dans les
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jardins de Paris. Elle établit son domicile à la racine des plantes et même dans les pots à fleurs.
Fourmi brune. Formica fusca Latreille.
Plus grosse que la précédente, d'un noir-luisant légèrement cendré, avec les pattes roussàtres.
Assez commune dans les jardins, principalement dans les couches, chez les maraîchers.
Fourmi rouge. Formica rubra Latreille.
De la taule de la fourmi jaune, mais d'une couleur rouge fauve.
Elle est assez rare dans les jardins; plus commune dans les parcs, où elle forme des fourmilières au milieu des gazons. Sa piqûre est cuisante et assez douloureuse.
Cette espèce, pourvue d'un petit aiguillon, n'appartient plus aux fourmis proprement dites ; elle fait aujourd'hui partie du genre myrmica.
Fourmi mineuse. Formica cunicularia Latreille.
C'est la plus commune de toutes les espèces qui habitent les jardins ; elle s'établit sous les pierres, au pied des espaliers, des murs et des serres, où elle creuse de profondes galeries, que Latreille a comparées Formica n/mcuiano.