Sans doute notre apôtre reste trop fidèle aux enseigne
(1) Pour ce qui concerne les croyances messianiques à l'époque de Jésus, nous avons suivi de préférence M. Maur. Vernes, qui met bien en lumière le dédoublement de l’idée du jugement introduit dans les apocalypses postérieurement à pseudo-Daniel.
ments de l’école pour répudier ce qu’il a cru autrefois sur les destinées d’un peuple auquel il considère toujours comme un titre de gloire d’appartenir, 2 Cor. XI, 22; — Phili. IV, 4,5, mais combien n'est-il pas ingénieux à fondre sa foi nouvelle avec l’ancienne! Il affirme toujours que le judaïsme, représenté par le symbole de la circoncision, a reçu des avantages et des prérogatives qui n’avaient point été accordés aux Gentils. Israël est le dépositaire des oracles de Dieu, Rom. III, 1, 2, à lui ont appartenu la dignité de fils, la perspective glorieuse, les alliances, la législation, le culte, les promesses, les patriarches ; ilest par Abraham le père de tous ceux qui ont la foi, Rom. IV, 11, 16, 18. De lui enfin est né selon la chair celui qui est au-dessus de tous, le Christ, Rom. IX, 4, 5. Malheureusement il a cherché son salut dans la justice qui vient de la loi, non dans celle de la grâce; il est donc rejeté, mais non pour toujours. Son aveuglement n’est le fait que du plus grand nombre, une élite est restée fidèle, Rom. XE, 2-5. L’endurcissement des autres est dans le plan de Dieu qui par leur moyen convertira les Gentils, Rom. XI, 25. Réciproquement, ceux-ci ont reçu le salut afin d’exciter la jalousie des juifs, lesquels finiront par être convertis en masse, Rom XI, 11, 12, 26. « Les Israëlites seuls sont prédestinés, mais les païens sont appelés à participer à la prédestination d'Israël. Comment cela? En devenant Israëlites, ‘non selon la chair par la circoncision, mais selon l’esprit, par la foi, par l’identification mystique avec J.-C., le fils d'Abraham par excellence (1) ».
Paul conserve la division de la série des temps en deux ères principales qui sont l'antithèse l'une de l'autre. La première est tour à tour désignée par les termes : à aiov
F = \ \ D ART t = 7 + … oùTos, © «iv TO XOGUWOU TOUTOU, TO GXOTOS TOÛTO, © VÜV &!@V, Ô vÜv
(1) E. Ménégoz : Le péché et la rédemption, p.119.
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xunsbe, Lun à vüv, etc. Un très grand nombre de périphrases sont employées pour désigner la seconde période ; nous relevons parmi les plus courtes les suivantes : 6 péAov aiwv, à aiwv ÊTEp/GUÉVOS, 0 aiwv éveorwc, Con n méAhouca, To rAÿooux rüv xup@v. La distinction entre le siècle présent et le siècle futur n’est pas nettement accusée dans les lettres aux Thessaloniciens, du moins n’y trouve-t-on aucune des expressions précitées. Au moment où il les écrivait, Paul considérait la parousie comme si imminente que le temps présent n’existait pour ainsi dire plus (4 Thess. IT, 16 : £s0zcev r'udtobs h ooyn (1). Bientôt, quand il aura reconnu son erreur en ce qui concernait l’Antechrist et celui qui ’empêchait de paraître, il reprendra l’ancienne terminologie aussi inconsciemment qu’il l’avait abandonnée. Nous avons dit que les apocalypses ayant succédé à celle de pseudo-Daniel dédoublaient le siècle présent en deux périodes distinctes à la seconde desquelles appartenait le règne du Messie, et qu’il y avait par conséquent pour elles deux résurrections et deux jugements. Serait-ce une hypothèse trop aventureuse que de considérer Paul comme ayant conservé des traces de ce système dans son eschatologie? Le célèbre passage 1 Cor. XV, 24-28, semble nous y autoriser. Ce qui est dit du règne du Messie au verset 25, règne fait de victoires successives, répond à l’idée qu'avait du fils de David la théologie rabbinique. Ce règne aurait commencé à la résurrection, premier avantage remporté sur les puissances des ténèbres ; il se terminera, d’après Paul, au moment où toutes choses étant soumises, Dieu sera tout en tous. Peut-être expliquerait-on ainsi le passage 1 Thess. II,
16; l’aoriste si controversé £v0x6ev devient naturel si l’on
suppose une première victoire et un premier jugement
() Voy. plus bas une portée différente que l’on pourrait attribuer à ce passage.
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ayant déjà eu lieu. Mais quels seraient cette première vic: toire et ce premier jugement? Ils consisteraient, dans notre . hypothèse, en ce que Jésus, par sa résurrection, a remporté sur la mort un avantage signalé; les uns sont associés par la foi à la résurrection du Messie, les autres, vu leur incrédulité, ont été jugés indignes d’y participer. Il est à remarquer que dans Paul la résurrection des fidèles est un fait déjà virtuellement accomp'i. Si notre manière de voir est la véritable, il y aurait donc dans l’eschatologie de notre apôtre, non plus deux, mais trois périodes que nous avons à étudier successivement : la période antérieure au Messie, la période du règne du Messie, le temps à venir ou le règne de Dieu.
A la première époque devrait appartenir l'apparition du précurseur du Messie, mais ce personnage manque dans le système de notre apôtre. Il n’en est question nulle part ni directement, ni par allusion ; c’est une notion qui ne se laisse pas même entrevoir là où l’on s’attendrait davantage à la rencontrer, par exemple dans la christologie en raccourci, om. I, 2-6. L'étonnement qu’excite cette lacune redouble lorsqu'on songe au prix attaché par Saint-Paul à tous les indices favorables à la messianité de Jésus, comme aussi à la place importante occupée par Jean Baptiste dans les quatre évangiles. Expliquerons-nous le silence observé par notre apôtre au sujet du précurseur en rappelant qu’à ses yeux tout Jésus, tout son évangile, toute sa messianité sont contenus dans la croix et la résurrection ? Cette raison ne nous parait pas suffisante, car les juifs s’attendaient à ce qu'Élie et avec lui un ou plusieurs prophètes précèderaient immédiatement la venue du Seigneur (Marc. VI, 15; — VIII, 28; — IX, 4, — 11-12; — XV, 35-36 et paral.), et Paul n'aurait pas manqué de se prévaloir devant eux du rôle prêté par les évangélistes à Jean, si cela lui avait été pos-
ER Eee sible. Nous pensons qu'il y a là une théorie inconnue de notre apôtre, ce qui prouverait à la fois que les idées sur Jean le précurseur sont de formation relativement récente, ou du moins, que le christianisme apostolique s’est développé à côté de celui de Paul sans s’v confondre.
Le temps présent, seconde période, est celui du règne du Messie tandis que dans le siècle à venir, c’est Dieu qui sera tout en tous ({ Cor. XV, 28). La royauté de Jésus est encore discutée, les enfants de Dieu sont loin de jouir encore de la paix, du bonheur promis; au contraire, ils vivent au milieu des épreuves et des tribulations, 1 Thess. I, 6; — [L, 2-44; — III 7; — Gal. I, 4 Ces épreuves sont dans la destinée du fidèle, Paul les a annoncées, et elles sont arrivées comme il les avait prédites, 4 Thess. IIT, 5. 4. Elles consistent particulièrement en persécution, 1 Thess. IL, 2; — 2 Thess. I, 4; le tentateur s’en sert contre les enfants de Dieu pour les séduire 1 Thess ILE, 2-5. Que ceux-ci ne se laissent pas abattre, qu’ils conservent leur constance et leur fidélité, c’est un combat qu'ils ont à livrer (1).2 Thess. I, 4; — 1 Thess. II, 2, ils finiront par être reconnus dignes du royaume de Dieu pour lequel ils souffrent. Dieu est juste, il rendra l'affliction à ceux qui persécutent les fidèles et donnera le repos à ceux qui sont affligés; 2 Thess I, 5-7.
Dans l’eschatologie rabbinique le règne du Messie se compose, avons-nous vu, de guerres victorieuses; il en est de même dans le système paulinien. Jésus y occupe le rôle d’un monarque combattant contre des puissances sur lesquelles il a remporté une victoire décisive, mais qui n’ont pas encore désarmé. Dans cette guerre les armes charnelles seraient sans usage, 1 Thess. V,8;— VI, 11.13.17; —9 Cor. X, 4; — Rom. XIIT, 12; — Eph. VI, 11-43. 17, car ce n’est
(D) V. Reuss; hist. d.l. théol, chrét., T. 1, p. 206 et sq.