‹ Essai sur l'eschatologie paulinienneChapitre 4 sur 10 · AE · texte numérisé non relu

AE

pas contre la chair et le sang qu'il s’agit de se mesurer Eph. VI, 12. Parmi les adversaires à vaincre, notons premièrement l'ennemi abstrait qui s'appelle le” péché, äpaprii. Viennent ensuite les hommes pervers et méchants, 2 Thess. IIL, 2, ceux qui affligent les fidèles, 2 Thess f, 6, et qui s’opposent à la diffusion de l'Evangile, particulièrement les juifs qui ont tué le‘Seigneur Jésus et les prophètes, ont persécuté Paul pour l'empêcher d’évangéliser les païens, déplaisent à Dieu et sont les ennemis du genre humain, À Thess. IT, 14-16. Tous ces gens là sont les dignes sujets des princes de ce monde qui ont crucifié le Seigneur de gloire, 1 Cor. IT, 8. — Outre ces ennemis de nature terrestre, Paul en connaît d’autres auxquels il fait rarement, allusion et dont l’essence est extra-naturelle. À leur tête est celui que Paul appelle Yarauväc, Daräv, 2 Cor. XII, 7, Êuibohos, d rerpxCwv, À Thess. IL, 5, 6 4oywv Tâs éouctas 709 x£00s, Eph. II, 5, et sous les ordres duquel opère contre Jésus et contre les hommes toute une armée d’esprits 1mpurs dont nous trouvons le détail dans Eph. VI, 11. 12.

De tous les adversaires que Paui connaisse, le plus terrible, celui qui résisiera le plus longtemps à la puissance de Jésus, c’est læ mort, o Gtvuros, le roi des épouvantements. Plus tard, 2 Cor. V, 6.8, l’apôtre saura l’envisager en face et d’un regard paisible (1), mais dans la période actuelle de son christianisme, la mort physique lui apparaît comme une affreuse éventualité. Il la hait de toute la puissance de son âme; vie et bonheur, mort et malheur sont pour,lui syno-

. nymes, Gal IT,11. 12. 21;—VI, 8. De même que la maladie,

la mort est à ses yeux un châtiment, 1 Cor. V, 5; —VIT, 30, il va jusqu'à en faire un être concret, c’est L'ennemi auquel

(1) Même à l’époque où Paul semble avoir fait le plus complètement le sacrifice de sa vie, regarder le départ de cemonde comme une délivrance, la mort physique est encore regardée par lui comme une épreuve des plus douloureuses. (Phili. II, 2.)

DE il adresse ses apostrophes, 1 Cor. XV, 26. 54, et il aime à se dire que la parousie est assez proche pour que lui Paul n’ait point à connaitre les ténèbres du Scheol (1); 1 Thess. IV, 15. 47. Cependant, malgré la certitude que Paul affecte dans son langage à cet égard, un doute lui reste au fond du cœur; c’est pourquoi l'espérance de la résurrection tient, on peut le dire, la première place dans son système, témoin la longueur des développements qu’il lui consacre, 1 Thess. IV, 43-18; — 1 Cor. XV. Les morts ressusci'eront, il le faut, car sans cela nous serions les plus malheureux de tous les hommes, 1 Cor. XV, 19, la foi serait un leurre, v. 14, les sacrifices que l’on s’imposeen vue de l’évangile une duperie, v. 30-32, et le plus sage serait de s’en tenir purement et simplement aux jouissances matérielles, v. 32. Paul s’efforce de montrer que l’idée de la résurrection n’a rien qui puisse choquer même la sagesse huinaine: N’a-t-on pas sans cesse sous les yeux l’exemple de la semence qui meurt dans le sol pour renaître sous une nouvelle forme ? L'homme aussi renaîtra, non pas avec le corps actuel qu’il areçu d'Adam, puisque la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, mais avec un corps revêtu de gloire et d’immortalité créé par l'esprit vivifiant du Christ. Qu’y aurait-il d’étonnant à cela, et pourquoi nier que des êtres de nature toute spirituelle puissent exister ? Tous les êtres n’ont pas la même forme ni la même apparence; voyez quelle merveilleuse diversité de corps, les uns brillants, les autres obscurs, l’univers présente à nos regards, v. 35- 45. La meilleure preuve que la résurrection est chose possible, c’est que déjà elle s’est produite en la personne du Christ; v. 12, 13. Jésus est ressuscité, c’est là un fait palpable autour duquel l’apôtre réunit avec un soin jaloux tous les témoignages venus à sa connaissance, v. 4-8, et qui lui

(1) V. Sabatier : L'apôtre Paul, p. 158.

ee 00e

apparaît comme étant de la plus haute importance, car il y revient sans cesse, 1 Thess. I, 10; — IV, 44; — Gal I, 1; — 1 Cor. VI, 14. La résurrection de Jésus est le gage de celle des fidèles,1 Thess. IV, 14; —V, 10;—1 Cor. VI, 14; — XV, 20; sans elle il n’y a aucun salut à espérer, À Cor. XV, 17-48, et Paul en a fait la base de sa prédication; c’est là, dit-il, le fait nécessaire que je vous ai enseigné avant tout, &v rowrots, V. 3 8. Ainsi donc, si invincible qu’elle puisse paraître, la mort n’est pas invulnérable, puisque Jésus, par la puissance de Dieu, a eu sur elle un si brillant avantage. Vienne maintenant le jour glorieux où le Seigneur lui enlèvera tous ceux qu’elle tient encore en son pouvoir, et l’anéantira |

- Letemps à venir est proche. Vainement la théologie traditionnelle se refuserait à admettre que Paul ait pu professer une doctrine si complètement démentie par les faits; les preuves abondent et sont de telle nature que la négation est impossible. A la vérité, l’a: ôtre n’a pas la prétention de révéler le moment précis où les choses attendues auront lieu, car le jour du Seigneur doit arriver pareil à un voleur pendant la nuit, 1 Thess. V, 2., mais il affirme que la parousie ne saurait tarder : la colère va venir, 1 Thess. I, 10; — la calamité est imminente, 1 Cor. VIT, 26 ; le temps est limité 4 Cor. VII, 29; l’état du monde va passer v. 31; le règne des princes de ce monde va finir II, 6; nous vivons à la fin des temps, X, 11 ; le jour du Seigneur est tellement proche que le méchant peut être considéré comme déjà atteint par la colère de Dieu,1 Thess.Il, 16. En effet, la plupart de ceux qui vivent encore ne mourront point que ces choses n’arrivent, 4 Thess. IV, 15. 17 ;—1 Cor. X, 11 ; — XV, 52. Ne dormons donc point, veillons, soyons sobres, sans cesse revêtus de notre triple armure, la foi, l'amour, l’espérance du salut, 4 Thess. V, 6.8. On sera d’autant mieux préparé qu’on se

2470 2 sera mieux séparé des choses de ce monde qui va passer, et dont la disparition est si prochaine, qu’il devient inutile de rien changer, soit en bien, soit en mal aux conditions dans lesquelles on vit actuellement. Le circoncis et l’incirconcis resteront comme ils étaient quand ils sont devenus chrétiens; l’esclave restera esclave, alors même qu’il aurait l’occasion de recouvrer sa liberté. Il sera bon pour l’homme de ne point se marier, non pas qu’il y ait aucun mal à le faire, mais parce qu’on évitera ainsi certaines afflictions que pourraient occasionner des attaches charnelles, au jour où l’on aura assez à faire de songer à son propre salut. Cependant celui qui est lié à uné femme ne doit pas chercher à rompre son lien. D'une manière générale, chacun sera si bien détaché de ce siècle présent, que ceux qui auront des femmes seront comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui p'eurent comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s'ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s'ils ne possédaient pas, ceux qui jouissent du monde comme s'ils ne jouissaient pas; 1 Cor. VII, 17. 18. 20. 21. 24. 26. 27. 29-32. C’est aller bien loin, et pousser à l’extrême Hmite la rigueur d’un principe. Toutefois l’erreur où tombe Paul ne porte aucune atteinte à sa morale, et il ne veut pas qu’on voie dans la fin prochaine des choses une raison d'oublier les obligations auxquelles on reste tenu. Il est clair, par exemple, que le mari n’est pas dispensé de ses devoirs d’époux, et qu’un homme qui voudrait se soustraire à la loi du travail cesserait de mériter sa nourriture, 4 Cor. VI, 35; — 2 Thess, INT, 8-12.

Un terrible adversaire, l'Antechrist (1), paraîtra avant que n'arrive le jour du Seigneur. 2 Thess. 11, 142. Paul le

Q) Nous employons ce terme pour la commodité du langage, mais il ne se trouve pas dans le texte que nous allons examiner, .

désigne par les expressions de & ävôswnos rñs auaptiue, à vide râs Arwhsluc, V. 3, 6 ivouos, V. 8, et annonce qu’on le verra bientôt s'élever contre tout ce qui est réputé divin et adorable, s’asseoir dans le temple de Dieu, prétendre lui-même à la divinité, v. 42. Ce sera un émissaire de Satan, v. 9, qui se proposera d’en séduire un grand nombre, v. 10-19, et qui, dans ce but, aura reçu le pouvoir des miracles et tout ce qui est propre à tromper et séduire, v. 9.10. Le moment de sa venue ne saurait être éloigné, car voici que ceux qui ont des veux pour voir peuvent en découvrir le signe avantcoureur dans la mystérieuse (1) iniquité qui déjà exerce sa puissance, v. 7. Quelque chosé ou quelqu'un +ù xur£yov, à xATÉ/wY, S'Oppose momentanément à ce qu’il se manifeste tout à fait, car son temps n’est pas encore arrivé, v. 6, mais l’obstacle sera bientôt écarté, v. 7, l’Antechrist se montrera. et le Messie le détruira par le seul-fait de son glorieux avénement, v. 8. Ses efforts n’auront pas été vains, cependant : ceux des hommes qui n’avaient point ouvert leur cœur à la vérité chrétienne se seront laissé séduire par les miracles et les prodiges de Satan. Une grande apostasie aura été la conséquence de cette faiblesse et ceux qui y auront pris part recevront le juste châtiment de leur infidélité, v.3. 40-12.

Le passage d’où ces détails sont tirés a donné lieu à diverses hypothèses que nous devons examiner. Il serait fastidieux de nous arrêter aux théories de pure imagination qui ont vu dans l’Antechrist tantôt l’église catholique, tantôt son chef, tantôt telle secte ou tel monarque contemporain. Elles n’ont d’autre fondement que l'esprit sectaire ou la fantaisie, et sont d’ailleurs réfutées en bloc par ce fait que le fils de perdition devait paraitre à l’époque même où écrivait

(1) Dans le langage de N. T. le terme UUoTApoY ne s'applique pas absolument à un fait inconnu, mais à une vérité longtemps cachée que Dieu révèle à ses seuls enfants, - !

191% l’auteur. Nous nous contenterons en conséquence de diseuter les systèmes inspirés par une méthode et des données scientifiques.

En l’année 54, époque à laquelle a pu être composée la deuxième lettre aux Thessaloniciens, l'empereur romain était le faible et malheureux Claude. On sait quelles intrigues la peu scrupuleuse Agrippine ourdissait autour de ce monarque dans le but de prendre le pouvoir sous le nom de son jeune fils Néron. Ces menées transpiraient sans doute au dehors, et déjà les gens bien informés pouvaient prévoir que bientôt l’empereur actuel cesserait d’être un obstacle à l’ambition de son épouse. Kern et après lui Baur ont mis en avant l’ingénieuse idée, reprise par M. Renan (1), que les chrétiens connaissant comme tout le peuple les évènements qui se préparaient, et se fondant sur le nom de Claude (Claudius, qui claudit), auraient vu en celui-ci l’obstacle, le xaréywv qui empêchait l’homme de péché de venir avant son temps. On voit que dans cette supposition l’Antechrist ne saurait être que Néron lui-même. Cette hypothèse est, avons-nous dit, ingénieuse, mais elle n’est que cela, et elle a le tort de ne reposer que sur un jeu de mot. Par contre, on peut se demander s’il est bien certain que les projets d’Agrippine fussent assez connus pour qu’un écrivain chrétien en parlät comme d’une chose publique: ment répandue. Que l'entourage immédiat de l’impératrice et même de l’empereur fût au courant de ce qui se tramait, rien de plus probable, car il fallait des complices ; mais nous ne sommes pas pleinement persuadé que le menu peuple eût été pris comme confident. Nous le demanderons en outre, qu'est-ce donc qui pouvait faire prévoir dès l'année 54 quel monstre deviendrait Néron, le futur persécuteur des chrétiens? et quelle raison ces derniers

(1) Saint-Paul, p. 253-956,

A ee

avaient-1 de faire de lui l’Antechrist, autre qu’un calembour sur le nom de Claude? Enfin, si l’on veut doter les chrétiens d’une perspicacité pour ainsi dire miraculeuse, grâce à laquelle seuls ils auraient su deviner l'avenir, resterait toujours ce fait péremptoire qu'aucun des traits contenus dans notre texte ne convient à Néron, quelle que soit l’époque de sa vie à laquelle on le prenne.

Frappé de cette vérité évidente par elle-même, que le christianisme n’a pu prendre Néron pour l’Antechrist tant qu’on n’avait pas vu ce monarque à l’œuvre, plusieurs théologiens ont cru résoudre la difficulté en déplaçant l’époque de la composition de notre épiître, et en la supposant écrite postérieurement à l’Apocalypse, ou du moins vers la même époque que cet ouvrage. Qu'il soit question de Néron dans l’œuvre de Jean, c’est ce dont il n’est plus permis de douter depuis que M. Reuss a su lire le fameux chiffre de la bête, qui a donné lieu à tant d’hypothèses hasardeuses. Il est vrai que Néron n’était plus de ce monde en 70, mais son suicide ou son assassinat s’était produit dans des circonstances assez obscures; son corps n'avait pu être retrouvé, disait-on, et l’on prétendait que loin d’être mort, l’empereur s'était réfugié chez ses bons amis les Parthes, d’où on le verrait revenir bientôt à la tête d’une armée formidable. Ce bruit acquit une telle consistance, il frappa si bien les imaginations, que plusieurs faux Néron en profitèrent pour se créer des partisans à l’aide desquels ils purent se livrer quelque temps au pillage. L’un d’eux en particulier, dont les traits rappelaient d’une manière frappante ceux du monarque disparu, réussit à en imposer fortement et à se rendreredoutable pendant quelques jours. Il parvint à se faire une sorte d’armée, remplit tout l'Orient d’épouvante et mourut sous Othon vers le commencement de 69. On s'explique donc très bien que l’Apocalypse ait

choisi Néron, quoique mort, pour en faire le grand adver-

Pre Es safre du Messie; autre chose est de savoir si la deuxième épître aux Thessaloniciens a nécessairement été écrite sous l'influence des mêmes idées ; or nous croyons avoir démontré le contraire dans notre introduction.

Quels sont donc les personnages désignés par les termes d avrixetuevos, © xaréywv? — Pour M. Sabatier (4), l’Antechrist n’est ni Néron ni un autre empereur romain; c’est le principe mauvais, anti-divin, la négation du christianisme et de Dieu. D’où sort-il? Non pas, à ce que pense M. Sabatier, du paganisme, comme on le dit en se fondant sur le terme ävouos, v. 8, car cet adjectif est ici pris dans son sens absolu, mais du judaïsme ; cela résulte de la comparaison des deux épîtres aux Thessaloniciens. L’Antechist représente la révolution juive qui déjà fermente ; la puissance qui l'empêche d’éclater avant son temps est l’administration romaine qui maintient l’ordre, sauve Paul à Corinthe, l’a partout gardé des embüûches des Juifs. — Cette hypothèse nous semble bien préférable à celles qui précèdent, mais un doute nous reste : Dès l’épître aux Galates P'Antechrist a disparu de la conception paulinienne ; or, que s’est-il passé en un si court espace de temps? La révolution juive ne fermente-elle plus? Israël s’est-il converti en masse ? Quel évènement si extraordinaire est-il venu transformer si vite et si profondément les idées de l’apôtre ?

M. Reuss (2) estime que Paul ne désigne aucun personnage alors marquant dans l'histoire politique. Ce théologien ne pense pas non plus (ou du moins il ne le donne pas à entendre), que l’apôtre ait en vue l’état de fermentation anti-chrétienne où se trouvait la nation juive. Paul

(1) L’apôtre Paul, p.99-100.—Epîtres aux Thessaloniciens, art. paru dans l'Encycl. d. sc. théol., p. 125-196. Dans ce dernier article le savant professeur paraît avoir modifié les vues que nous allous exposer.

(?) Hist. de la théol. chrét., T. 2, p. 211, note 3. — La Bible,

Rte

parlerait d’une éventualité assurée, mais voilée quant à sa forme concrète et historique. Quant à l’obstacle, il existe au moment où parle Paul, il est connu. D’après le livre de Daniel ; l’Antechrist doit venir à la suite du dernier empire des hommes, et comme, d’après l’exégèse du temps, le dernier empire était celui des Romains, le xaréywy ne pouvait être que Rome. On conçoit que Paul s’exprimât à mots couverts, puisque, en fin de compte, il prédisait la disparition de cette puissance. Cette explication supprimerait bien des difficultés, mais nous avons le regret de ne pouvoir l’accepter. Plus nous examinons le texte, plus nous sommes persuadé que non-seulement l’auteur connaissait le xatéyov, Mais qu’il avait aussi en vue quelque chose de déterminé en parlant de l’évhsonos Tâs auaottas. Que l’on pèse bien les termes des versets 6 et 7 : « Et maintenant vous savez ce qui l'empêche (l’homme de péché) d’être révélé en son temps (4), car le mystère de l’iniquité agit déja. » Comment expliquer une semblable affirmation de la part d’un homme qui ne songerait pas à des faits existants ? Malheureusement pour nous, l’écrivain s’en référant à son: enseignement oral, v. 5, juge inutile d’être suffisamment explicite pour les commentateurs modernes, à quiil ne songeait point. Notre sentiment serait que l’apôtre Paul a été simplement induit en erreur sur le compte d’un fait historique grossi outre mesure par son imagination puissante, mais assez insignifiant pour que le souvenir ne nous en soit pas parvenu. Il aura vite été détrompé, et se sera assez peu souvenu de ses illusions d’un jour pour n’y revenir jamais.

(1) év c® Éauroÿ xatp®, quoique son temps soit venu. Nous ne savons pas pourquoi l’on traduit : avant son temps. Le contexte, y. 7, montre que Paul considère le temps de l’Antechrist comme venu. L’ « adversaire » existe, il n’est pas encore pleinement révélé.

2 TO ue

Le siècle à venir s'ouvrira par l'apparition triomphantede Jésus. Jusque là, et depuis sa résurrection qui est sa première victoire, le Christ a bien régné sur les peuples, mais d’une façon non ostensible aux yeux de la chair. Il résidait dans les cieux, 1 Thess. I, 10; — 2 Thess. I, 7, d’où il exerçait sa puissance. Quand il aura successivement vaincu tous les ennemis de Dieu, 1 Cor. XV, 25, il apparaîtra si soudainement que sa venue sera une surprise, 1 Thess. V, 2.3. Son apparition sera à la fois glorieuse et terrible. Un signal sera donné, la voix d'un archange se fera entendre, le son de la trompette éclatera, 1 Thess. IV,16; — 1 Cor. XV, 52, et on verra le Messie environné d’un feu flamboyant, 2 Thess. I, 7; — 1 Cor. III, 13; escorté par les saints (1) et par les anges, À Thess. III, 13 ; —2 Thess. I, 7. Cette venue diffère très sensiblement de celle décrite dans Apoc. XIX, 11-16; pour toute preuve il nous suffit de renvoyer à ce passage. — La parousie (c’est le mot consacré pour désigner la glorieuse apparition du Christ), sera le signal de la défaite irrémédiable du dernier adversaire l’Antechrist. Remarquons que la victoire de Jésus s’opère simplement par l'éclat de son avènement, 2 Thess. II, 8; à proprement parler il n’y a pas bataille, et nous saisissons cette occasion nouvelle de

(1) Plusieurs théologiens estiment que les saints dont il est parlé dans le premier passage cité sont les anges mentionnés dans le second. M. Reuss remarque avec raison que jamais dans les épîtres pauliniennes le terme &y1oç ne s'applique à un ange. Ce théologien pense qu’il s’agit ici des chrétiens, et que les mots perd névrwv Toy éytwv aÿroù signifient: pour se trouver avec tous ses saints. Cette interprétation nous paraît violenter le texte en ce qu'elle suppose une ellipse qu'aucune particularité grammaticale ne décèle. Le passage parallèle, 9 Thess. I, T (uer’ &yy£kwy Svvduews aÿrod), s'élève avec force contre cette introduction. Nous croirions qu’il s'agirait plutôt ici de certains personnages célèbres de l’antiquité juive, tels que les patriarches, David, les prophètes; mais c'est de notre part une simple supposition à l'appui de laquelle nous n'avons pu trouver un seul texte.

07e marquer une différence sensible entre l’eschatologie pauli-

nienne et celle de l Apocalypse où Jésus est un combattant très réel, IX, 11-21.

Les vivants seront transformés, les morts en Christ ressusciteront. C’est la résurrection des morts qui se produira la première. Nous avons dit quelle large place cette croyance tient dans le système paulinien, et nous aurons à y revenir avec détails. Deux points seulement veulent être relevés ici : c'est en premier lieu que Jésus est l’intermédiaire dont Dieu se sert pour arracher les hommes aux étreintes de la mort. De là trois séries de textes, l’une présentant Dieu comme celui qui ressuscite, l’autre attribuant ce pouvoir à Jésus, la troisième indiquant que Jésus tient ce pouvoir de Dieu, 4 Cor. VI, 14; — XV, 25. 26; — 1 Thess. IV, 14. Les épîtres postérieures fournissent un bien plus grand nombre de passages des trois catégories. — Le second point a trait à ceux des méchants déjà morts quand aura lieu la parousie. Un seul passage des écrits pauliniens 2 Tim. IV, 1, parle clairement du jugement des morts; mais il est tiré d’une épître dont l’authenticité est si contestée qu’on n’en saurait tirer aucune conclusion légitime dans l’état actuel de la science. D’ordinaire, c’est uniquement de la résurrection des chrétiens que Paul entretient ses lecteurs, et dans les rares passages où il est possible d’entrevoir une allusion aux méchants, ceux-ci sont exclus de la résurrection. (V. 4 Thess. IV, 14. 15. 16; et plus particulièrement 1 Cor. XV, 48. 93.) C'était là d’ailleurs une conséquence forcée d’un système religieux où la force qui rend la vie réside dans le rveôua accordé par Dieu à quiconque s’est associé par la foi à la mort et à la résurrection du Christ. Rom. VILLE TT.

Quant à la transformation des vivants, elle paraît être une particularité propre à l’eschatologie paulinienne. Elle dé-

= 50% coule naturellement de la doctrine oùpé xat aiua Pusiketav 0eod xnpovouou où düvavrar, À Cor. XV, 50, et ne mérite pas que nous nous y arrêtions plus longuement que ne l’a fait l’apôtre lui-même qui lui consacre en tout deux lignes dans 1 Cor. XV, 51. 52.

Le jugement dernier, la récompense des justes, le châtiment des méchants. — Tous les adversaires étant vaincus, la résurrection des morts étant un fait accompli, le rôle de Jésus se trouve terminé, 1 Cor. XV, 28, et Dieu entre per- . sonnellement en scène pour rendre à chacun selor le bien ou le mal qu’il aura fait. Ce n’est pas qu’il fût resté absolument passif durant le combat que livrait Jésus aux puissances des ténèbres; loin de là, Paul le considère et le présente comme exerçant dès le temps présent un premier jugement, en sorte que plusieurs sont condamnés, 1 Thess. 11,6; — 1 Cor. XI, 31. 32, et même perdus, arohuuévar, 2 Thess. IT, 10. Mais il semble que ce jugement ne soit pas dans tous les cas définitif et doive être parfois révisé, 14 Cor. XI, 28-32. Des assises publiques et solennelles auront donc lieu au début de l’ère où Dieu sera tout en tous et bonne justice sera faite aux yeux de la terre entière. Ce qui nous reste des épiîtres pauliniennes est singulièrement sobre de détails sur ce grand acte. Bien que l’idée du jugement dernier soit mentionnée ou implicitement exprimée assez souvent et, en particulier, pour ne donner qu’un petit nombre d'exemples, dans les passages : À Thess. V, 3; —9 Thess. I, 5-10; — 11,42; — 1. Cor. IIL, 155 — IV, 5; — IX, 97; — XI, 32, etc., l’apôtre use de termes tellement généraux qu’il est impossible de reconstruire la physionomie de cet événement. On n’en doit pas conclure que l’apôtre ait considéré ces choses comme indignes de son attention, car un passage très significatif montre qu’il croyait connaître jusqu'aux derniers détails de la procédure qui serait suivie : A propos

de procès que certains chrétiens de Corinthe ne craignaient pas de s’intenter les uns aux autres devant les tribunaux païens, l’apôtre reproche vivement aux coupables de ne pas faire juger leurs différends par des frères. Ces derniers, affirme-t-il, sont bien capables de connaître de ces misérables querelles, puisqu'ils doivent un jour juger le monde et les anges, 1 Cor. VI, 2. 3. Certains mots de cette citation {ox Ôidure ôt...), auxquels l’écrivain semble ajouter une certaine importance, puisqu'il les répète, donneraient même à croire que Paul avait décrit de vive voix à ses lecteurs tout ce qui devait se passer, et que c’est un pur hasard si ses lettres ne contiennent pas de renseignements plus nombreux.

Paul est également très réservé, dans ses lettres, du moins en ce qui concerne la description du bonheur promis aux élus. Nous renvoyons pour ce sujet au paragraphe quitraitera du royaume de Dieu, nous contentant de faire remarquer ici que d’après certains passages Paul croyait probablement à la proportionnalité des récompenses (1 Cor. IT, 13-15; — IV, 5).

Les passages des épitres pauliniennes dans lesquels il est parié du châtiment réservé aux méchants sont relativement peu nombreux; nous n’en avons relevé qu’une trentaine environ, etla plupart ne contiennent que des allusions assez vagues ; dans le nombre cependant, il en est de concluantes, croyons-nous. Nous tirons de là cette double conséquence que Paul n’avait aucune espèce de doute sur la nature du châtiment qui attend les ennemis de la vérité, mais qu'après tout c'était là une face de la question eschatologique dont il se préoccupait assez peu. La religion était pour lui une affaire toute personnelle ; être sauvé lui-même, mériter sa couronne de gloire, combattre jusqu’à la fin le bon combat, se présenter au grand jour devant le Seigneur entouré d'une nombreuse phalange d’églises conquises à

— A0 — ; l'évangile, voilà son mobile tout-puissant, son unique pensée, À l'égard de ses adversaires ou de ceux qu’il désirait convaincre, il n’a pas toujours évité le ton de la menace GiThess 110 Gal. VI, 7-8; — Rom. II, 3-9), mais c’estrarement qu’il l’'emploie, et il ne parait pas avoir connu cette âpre jouissance qu’on éprouva plus tard à décrire par le menu les souffrances des damnés. En général, le jour du jugement est surtout, à ses yeux, celui de la délivrance ; c'est le plus souvent par son beau côté, en songeant à la gloire, au bonheur promis aux enfants de Dieu, que Paul envisage le dénouement final. Toutefois, répétons le, l’apôtre ne laisse pas ignorer à ses lecteurs qu'un châtiment exemplaire atteindra les non-croyants, et les expressions dont il se sert déterminent nettement, croyons-nous, la nature de ce châtiment. Elle est envisagée dans les écrits pauliniens à un triple point de vue : C’est d’abord, sans qu'il soit utile d’insister sur un fait qui va de soi, la privation de la félicité promise aux élus (2 Thess. 1, 6. 9.) C’est en second lieu la peine terrible en elle-même d’être au jour du jugement les objets de la colère divine {1 Thess.I, 10 ;—II, 16; — V,9. — 2 Thess. I. 8; — Rom. II, 5. 8; — V. 9. 10); et dans la bouche d’un juif habitué par la lecture de l'A. T. à considérer comme insoutenable la simple présence de Jéhovah, Ex. XXXIII, 20, on devine tout ce qu'avait d’effrayant cette expression : à ôoy voù 0e05. Vient enfin la peine la plus terrible de toutes, la mort, & 6xvaros, dans le sens propre du mot. Il existe encore des théologiens auxquels ces châtiments paraissent trop doux, et qui estimant qu’à ce compte les pécheurs s’en tireraient à lrop bon marché, cherchent dans les écrits pauliniens des textes impliquant l’idée de tourments éternels. Les passages invoqués ne contiennent rien de semblable ; les expressions : ép0ucev èr ladrobs à doyn, 1 Thess. Il, 16, Exdtxos xUptoG |

rept révrwv roÿruv, id. IV, 6, àvrurodoëvar OXidiv, 2 Thess. I,

RAT MOES 6, Ononvpiters opynv, OAtbic xat orevoywotx, Rom. IL, 5. 9, etc., qui sont les plus significatives, contiennent bien l’idée de peines définies, mais ne rappellent en rien l’enfer. Paul considérait les punitions ci-dessus énoncées comme très suffisantes ; être privé de sa part au royaume de Dieu, se trouver au jour du jugement en présence de l'Eternel irrité, mourir, mourir absolument et sans retour, en voilà trois fois plus qu’il n’en faut à ses yeux, pour effrayer le pécheur. Mais quel est donc le chrétien, quel est l’homme sensé qui ayant expérimenté combien sont décevantes les joies de ce monde, considérerait comme un mince châtiment la perte des compensations qu’il espère; qui se connaissant pécheur oserait envisager sans angoisse le moment où, non pardonné, il devra affronter l’indignation d’un juge trois fois saint, et qui ayant nourri en son âme des aspirations infinies, considérerait comme peu de chose la destruction totale de son être, de sa volonté, de son intelligence, de ses facultés aimantes”? Paul n’est pas stoïque à ce point, et lorsqu'il menace les ennemis de la vérité, il se contente de leur dire, croyant dire beaucoup : Vous serez jugés, la colère de Dieu s’enflammera contre vous, vous serez détruits. — La mort totale, telle est donc dans le paulinisme la fin réservée au pécheur (1). Pour s’en corvaincre, ilsuffit de songer à l’importance donnée par l’apôtre à la résurrection des fidèles, à cette vie éternelle qui est un don de Dieu dont Jésus est l'intermédiaire, et qui se produira par la force du veux divin. Comment les méchants pourraient-ils vivre éternellement, puisque la possession de l'Esprit est nécessaire pour cela? Mais nous avons pour soutenir notre thèse mieux que des inductions, et l'examen des textes nous parait des plus concluants : de

(1) V. Reuss; — Hist. de la théol. chrét., T. 9%, p. 913 et sq. — Sabatier, L'Apôtre Paul, p. 996,— Ménégoz, Le péché et la rédemption, p. 78.

NE

l'Antechrist, en effet, il est dit que le Seigneur le détruira, avañooe, et l'anéantira, xuruoyice, 2 Thess. IL, 9; ses sectateurs sont appelés, v. 40, oi àrohuuévo:, proprement, ceux qui seront détruits, et cette expression revient à diverses reprises dans un sens identique. (V. 4 Cor. I, 18; — 2 Cor. Il, 45; — IV, 3, etc). Dans le passage 2 Thess. I, 8. 9, nous voyons que ceux qui ne connaissent pas Dieu recevront en châtiment la destruction sans retour, d=020 atovtov. Si nous consultons les épiîtres de la grande époque, nous trouvons : une sentence de mort, Oavirov, portée contre les vicieux, Rom. 1, 32; — le sort des méchants mis en opposition avec celui des justes qui recevront la vie éternelle, Covwwsiovtov, Il, 7.8; — la destruction, considérée comme suite du jugement, ÎE, 12; — la mort matérielle, suite du péché d'Adam, la vie pneumatique, c’est-à-dire, il est vrai, la viereligieuse et chrétienne, mais aussi la résurrection et la vie éternelle obtenues à l’homme par Jésus-Christ, V, 17; — la mort, salaire du péché, VI, 21.23; — la mort, conséquence de la vie charnelle, la vie, conséquence d’une existence spirituelle, VIII, 13; — les vases de colère faits pour être détruits, ek amoherav, 1X,22 ; —]la destruction, fin des méchants, Phili. IIE, . 19. Nous reconnaissons que très souvent l’expression de mort et ses synonymes sont employés dans les épîtres pauliniennes pour désigner l’état d'incapacité morale et religicuse dans lequel se trouve l’homme non régénéré, mais ce sens n’est pas applicable dans les exemples que nous venons de donner, et serait insoutenable dans le passage très décisif, Gal. VI, 8, où il est dit que celui qui sème dans la chair récoltera de la chair la corruption, o0ooûv.

Il nous reste à examiner, deux ou trois objections auxquelles un mot de réponse suffira, nous l’espérons. La première s'appuie sur 4 Cor. XV, 26, et l’on nous demande comment l’apôtre peut parler d’une victoire complète et définitive remportée sur la mort, si celle-ci doit garder tous

les méchants en son pouvoir. Est-il vraiment bien nécessaire de remarquer qu'ici comme ailleurs, la mort est une simple abstraction ne pouvant, à proprement parler, ni être vaincue, ni vaincre, et que le verset relevé signifie simplement ceci : on ne mourra plus ?—Parmi les personnes demeurées attachées aux dogmes de la théologie traditionnelle, il en est quelques-unes’au cœur compatissant, dont la foi a fléchi sur la question des peines éternelles. Elles espèrent que le temps viendra où les méchants ayant assez souffert, ceux-ci seront convertis en masse et pourront être admis dansle royaume de Dieu. En faveur de cette hypothèse, on cite particulièrement, Actes TE, 21 ; — 1 Cor. XV, 24-98 ; — Rom. V, 1548; — XI, 32 (1). Nous avons dit déjà, en ce qui concerne la. première de ces citations, comment nous comprenons la victoire sur la mort dont il y est parlé. Quant aux deux dernières et à plusieurs autres que nous aurions pu mentionner, si on veut les considérer de près et sans parti pris, mais surtout si on les meten face des passages que nous avons donnés plus haut, on verra clairement que les termes dont on se prévaut s'appliquent à la totalité de ceux qui auront cru (2). — On objecte en dernier lieu que la résurrection des méchants et les peines éternelles sont affirmées dans les autres écrits du N. T., particulièrement dans les synoptiques. (Math. V, 22; — VIIL 12; — X, 28; — XI, 24, — XIII, 42. 50 ; — XVII, 8. 9; — XXII, 13; — XXIV, 51; — XXV, 30. 41. 46; — Luc XII, 5; — XVI, 49 ss; — Jean V, 28. 99, etc). C’est un fait dont nous convenons, sans en avoir fait l’objet d’une étude approfondie ;

(1) Ch. Hæœpfner : Exposé des idées eschatol: de Saint-Paul ; Strasbourg, 1869, p. 34-85. — Ménégoz : Le péché et la rédemption p. 94.

* (2) Cela ressort avec la dernière évidence du rapprochement entre les versets %3 (éàv ph émimeivworv 17 amtotiz) et 95-96, dans Rom. 11.

rie

mais il prouve simplement et une fois de plus que le christianisme paulinien est indépendant du christianisme apostolique dans son origine et dans son développement.

Le royaume de Dieu. — Les épiîtres de Paul ne renferment aucune trace d'idées millénaires. Trop universaliste pour conserver les espérances juives sur une ère de puissance et de prospérité terrestre, lesquelles ne pouvaient être obtenues qu'aux dépens des autres peuples, trop indépendants des deux autres peuples apostoliques proprement dits pour avoir connu ou accepté le système développé dans ce fameux passage Apoc. XX, 3-6, auquel notre littérature religieuse est redevable d'ouvrages aussi étranges que nombreux, Paul n’a reconuu et prêché qu’une seule résurrection, une seule parousie (1). Le milleniwm est remplacé chez lui parcette théorie que nous avons cru pouvoir signaler, et d’après laquelle le Messie proclamé roi à la suite de sa première victoire sur la mort, occupe la situation d’un monarque combattant en attendant la grande et glorieuse victoire de la fin. Alors commencera la royauté non du Christ, mais de Dieu, Jésus devant en quelque sorte à ce moment déposer ses armes aux pieds de son père, et ne plus exercer, s’il nous est permis d'employer une expression trop profane, que les pouvoirs d’un premier ministre.

Le ciel est le séjour où, d’après saint Paul, les élus doivent goûter le bonheur promis. Le ciel (6 oüpavds, of obpavoi, d ruotôeicos, 4 avw ‘Inoouoanu, 1 Thess. I, 10; — IV, 16 ; — 2 Thess, I, 7; — Gal I, 8; — IV,2%6; — 2 Cor. V, 1; — Rom. I, 18; — Phili. II, 10 ; — IF, 20), est cette région que LS anciens croyaient située par delà les nuages et qu’à leur exemple notre apôtre se figurait comme comprenant plusieurs étages superposés (£ws rofrou obpavod, 2 Cor. XII, 2).

(1) V. Reuss. — Hist. d. 1. théol. chrét. T. II, p 229, 993, 927.

RUE Là,Dieu réside, et de là, il exerce sa justice sur les hommes, Rom. 1, 18. Avec lui habitent les anges, Gal. I, 8, el Jésus, 1 Thess. I, 10 ; — IV, 16; — 2 Thess I, 7; — Phili. III, 20, siégeant à sa droite, Rom. VIIT, 34. Là, peut-être aussi, sont | dès le temps présent tous ceux qui sont morts en Christ et que Paul désignerait par cette expression: les Saints, 1 Thess. Il, 13. C’est un séjour admirable et délicieux, comme l’indique le terme de ruotdetcoc, où se parle un langage ineffable que les organes humains sont impuissants à reproduire, 2 Cor. XII, 4. Là enfin, disons-nous, doivent aller les fidèles après la parousie. Non-seulement, en effet, toute description d’un bonheur terrestre, toute allusion à un séjour des chrétiens sur la terre après leur transfiguration sont absentes des écrits pauliniens, mais il est aussi tels passages qui confirment catégoriquement notre thèse : dans 1 Thess. IV, 17, il est dit que lorsque Jésus viendra, les chrétiens encore vivants seront enlevés (proprement saisis, aprxynoduela), à sa rencontre, pour être éternellement avec lui. Ailleurs, dans une phrase qui est le résumé d'un développement frappant pour notre point de vue, Paul affirme que nous avons dans le ciel un vêtement qui n’est point notre corps actuel, une demeure éternelle, 2 Cor. V, 2. Enfin, le ciel, ce séjour d’où Jésus doit venir pour accomplir le grand acte de la résurrection, le ciel est déclaré constituer la véritable patrie , rolreuux, des chrétiens, Phili. III, 20. Quoi de plus significatif et de plus concluant ? Mais, dans ce cas, que deviendra la terre au grand jour ? Sera-t-elle détruite? Rien dans ce que nous possédons des écrits pauliniens ne permet ni réponse ni même simple conjecture, et Ion peut supposer avec vraisemblance que Paul n’a jamais arrêté sa pen: sée sur un sujet après tout aussi frivole. On nous objectera, il est vrai, le passage vraiment lyrique, Rom. VIIT, 19-22 dans lequel il est parlé de l’impatience avec laquelle la xrtoi gémissante et souffrante attend la manifestation des élus.

Mais nous confessons en toute humilité n’avoir pu encore déméler clairement le sens de ces lignes, et nous attendrons, pour nous expliquer à leur sujet, que les commentateurs se soient mis d'accord sur la signification du mot xrtouc.

Saint Paul n’a jamaistenté une description proprement dite du royaume de Dieu. Certes il jugeait ces choses bien dignes de fixer l’attention d’un chrétien, et il faisait de l’espérance, ce sentiment qui toujours dirigeait ses regards vers l’avenir, une vertu de premier ordre éminemment efficace dans l’œuvre de la sanctification; mais la Jérusalem d'en haut qu’il concevait était trop glorieuse et de nature trop spirituelle ; et bien que persuadé de lavoir visitée un jour par anticipation, il jugeait impossible au langage humain d’en donner une idée approchante. L’essayer, aurait été à ses yeux une profanation, et dans le membre de phrase & oùx E6ov avhowre AaAou, 2 Cor. XII, 4, que la traduction la plus fidèle ne peut rendre qu’à moitié, le terme ££6v dénote qu’il s'agissait de choses à la fois inaccessibles et interdites aux vocables charnels. C’est pourquoi, lorsqu'il parle de l’avenir, notre apôtre s’exprime en termes qui donnent de celle-ci l’idée la plus haute, mais ne la décrivent point : les méchants, les vicieux, les adversaires de la vérité, les puissances de la terre et de l’air qui avaient osé tenter contre Dieu une lutte sacrilège, tout a disparu. Dieu règne maintenant, environné d’une gloire infinie, qu'aucun nuage ne vient plus voiler aux regards des fidèles. Jésus reçoit di« rectement et dans leur plénitude les reflets de la gloire et de la puissance divine, en récompense de son amour pour Dieu et pour les hommes, des humiliations volontairement acceptées, de sa vaillance, du grand acte de soumission qu’il accomplit aux yeux de toute la terre, lorsqu’au grand jour il vint reconnaître en Dieu son maitre incontesté et lui faire hommage de sa victoire. Quant à la condition des élus, Paul l’apprécie en spiritualiste des plus profonds et

eee des plus convaincus. Déjà sur la terre, les chrétiens, grâce à la possession de lesprit obtenu par la foi, étaient jusqu’à un certain point délivrés des liens de la chair; mais le principe psychique n'était pas absolument vaincu, il livrait à esprit un combat acharné bien douloureux pour l’âme qui en était le théâtre. La parousie du Seigneur a mis fin pour toujours à ce terrible antagonisme ; la chair est détruite, dé sormais tous les maux que Paul aime à comprendre dans une unique appellation, laquelle acquiert sous sa plume une singulière énergie, celle de 6 Oxvuros, toutes les misères dont la chair est à la fois l’origine et le siège et qui sont la maladie, les infirmités corporelles, la mort physique, le péché, tout-cela n’est plus qu’un souvenir. L'enfant de Dieu possèdera en partage le repos, la gloire, l’honneur ; mais de tous ces trésors inappréciables, celui que Paul mentionne le plus souvent, c’est la gloire, Comment s’en étonner ? Il souffrait vivement de ce qu’il appelait la bassesse de sa condition; c'était là une épreuve qu’il supportait avec peine et dont bien des fois, mais vainement, il avait supplié le Seigneur de le délivrer, et rien de plus naturel qu’il s’at: tachât de préférence à celle des bénédictions à venir dont il sentait le plus vivement le besoin, et qu’il se réjouit si souvent de régner un jour avec Christ et avec Dieu, de participer à leur gloire. Pour lui la vie à venir n’aura rien de commun avec la vie présente; ces dons du rveüus si utiles sur la terre, tels que les prophéties, la glossolalie, la science imparfaite, l'espérance, la foi elle-même, tous ces biens incomplets doivent disparaître comme n'ayant plus d’objet et seront remplacés par quelque chose de meilleur mille fois, la charité, sentiment immense et profond quiunira tous les chrétiens entre eux, chaque chrétien personnellement à Jésus et à Dieu. Être un jour avec Christ, posséder Dieu complètement par le cœur, et aussi par l'esprit, le contempler face à face, le voir dans son infinie beauté, le cen-

Re naître enfin aussi absolument que lui-même nous connaît, voilà la grande, la belle, la pieuse espérance qui anime Paul et le soutient. Certes, tous les détails ne sont pas également recommandables dans le système eschatalogique que nous avons exposé, mais ici quel spiritualisme élevé, quelle piété à la fois profonde et simple dans son expression, quelleconnaissance du vrai ! Aussi, qui n’envierait à l’apôtre d’aspect si débile son étonnante puissance, et qu’il serait désirable pour notre siècle sceptique qu’un faible reste de cette espérance régénératrice, de cette foi triomphante vint nous réchauffer et nous rendre des ailes !

Grâce à son beau travail sur saint Paul, M. Sabatier a acclimaté en France, depuis une douzaine d’années, une théorie généralement adoptée aujourd’hui: la pensée de l’apôtre, selon lui, aurait eu une histoire, et se serait modifiée avec le temps dans le sens du progrès. Énoncer une idée de ce genre, c’est la démontrer ; elle appartient à cette catégorie de choses évidentes en elles-mêmes qui n’ont pas besoin d’être prouvées dans leur principe, et il ne reste plus qu’à constater les évolutions de pensée qu’on étaiten droit d'affirmer a priori, en se fondant sur les lois inéluctables de la psychologie humaine. Or, dans l'exposé que nous venons de faire de l’eschatologie paulinienne, nous ne nous sommes pas préoccupé de savoir si les points de doctrine auxquels nous touchions étaient bien les mêmes dans tous les écrits de l’apôtre. On pourrait craindre que cette façon d’agir n'ait eu des inconvénients; celui très-grave, par exemple, de nous exposer à faire un tout homogène d'idées qui n’auraient existé que successivement et à l'exclusion les unes

a RO) des autres dans la pensée de Paul. Nous espérons avoir évité ce danger en réservant, pour être approfondie en son lieu la doctrine qui soit là seule, à notre sens, où le temps et les circonstances aient produit des changements sérieux. Les pages par lesquelles nous terminons cette première partie de notre travail montreront si nous sommes dans l’erreur.

Si nous lisons les épîtres pauliniennes dans leur ordre chronologique (1), et si nous les comparons entre elles, nous remarquons d’abord un'caractère qui leur est commun : toutes laissent voir que les idées eschatologiques ont toujours été au premier plan des préoccupations religieuses de l'écrivain. « Partie de l’eschatologie, dit M. Sabatier (2), la pensée de l’apôtre y revient et s’y achève». Ce que le fidèle peut espérer de Jésus, telle est la pensée toujours présente à l'esprit de Paul. Dès le début, il en entretient ses lecteurs, 1 Thess. I, 3, et dans ses dernières lettres (3), c’est encore le fonds de sa foi: Phaili. I, G. 10; — IT, 16; — III

(1) Laissant de côté les lettres dont l'authenticité soulève encore des objections trop graves, nous adoptons l’ordre chronologique suivant, tel qu’il est établi par les travaux de MM. Reuss et Sabatier: 1 et Thessaloniciens, Galates, 1 et ? Corinthiens, Romains, Philémon, Philippiens. Toutefois, le contenu de l’ép. aux Galates nous engagerait à la placer le plus près possible de celle aux Romains, entre les deuxaux Corinthiens peut-être. Il faudrait admettre dans ce cas que Paul, lors de son second voyage dans les églises de Galatie, trouva celles-ci profondément troublées par les assauts des judéo-chrétiens; il serait parvenu à rétablir l’ordre et aurait cru définitifs les résultats obtenus. Mais plus tard, vers la fin de son séjour à Ephèse, à un moment déjà où de mauvaises nouvelles au sujet de Corinthe l'avaient profondément attristé, il aurait appris à l'improviste, et de source certaine, que tout semblait perdu de nouveau en Galatie. Alors, sous le coup d’une douleur poignante, d'une sainte exaspération, il aurait écrit ex abrupto ces pages si mouvementées qui S’appellent l’épître aux Galates.—(V. p. le sentiment contraire : Reuss, la Bible, introduction à l’ép. aux Gal.)

(2) L'apôtre Paul, p. 97.

(3) En supposant que les pastoraies soient authentiques.

ts es 41,14. 20.21 ; —IV,3; — 1 Tim. I, 16; — IV, 8; — VE, 44.45.49; —2 Tim.l, 12. 48 ; — II, 40.-42;» UT, 4; = IVid083— Tite, 1, 25 ML ASS THAT Jamais cet ordre d’idées ne l’abandonne ; dans les circonstances les plus absorbantes, au milieu des plus violentes luttes, elles sont toujours là ; il n’écrit pas de lettre si spéciale, de billet si court qu’il ne trouve moyen d’y faire allusion : Gal. 1,4, (4)— V, 21; — VI,79; — Philé. 15. Il est bon d’observer toutefois que les développements eschatologiques sont très-inégaux en importance dans les divers écrits de l’apôtre. On n’en concluera pas qu’à partir d’une certaine époque Paul se soit moins soucié des choses futures, mais ceci simplement que dans certaines occasions l’écrivain a dû yinsister davantage. S'il se livre à des développements eschatologiques plus considérables dans ses lettres aux Thessaloniciens et dans la première aux Corinthiens, cela s’explique de soi-même par les circonstances au milieu desquelles ces écrits ont été inspirés. La preuve qu'il n’y a pas ici une question de date, c’est que l’épitre aux Galates, placée par de bons théologiens au nombre des plus anciennes, est celle qui contient le moins d’allusions aux choses à venir.

Ainsi donc il n’y a pas un moment dans la vie de Paul où l’on puisse dire que celui-ci ait délaissé le terrain eschatologique pour se placer à un point de vue religieux plus élevé. Mais du moins un changement ne se serait-il pas produit un jour dans la nature même des croyances, sinon dans leur intensité, et ne pourrait-on pas dire que Les idées eschatologiques de Paul, qui persistent jusqu'à la fin de la première épître aux Corinthiens… se transforment à partir de la seconde?» (2). Oui, nous le reconnaissons, un grand

(1) Toÿ évecriros aidvos rovngo5. Nous traduisons à l'exemple de M. Reuss : du temps mauvais qui va venir.

{?) Sabatier: L’apôtre Paul, p, 155. — C’est nous qui soulignons.

SU mouvement s’est produit à l’époque indiquée dans la pensée religieuse de l’apôtre, mouvementsi profond, si intense, que nous l’apellerions volontiers la seconde conversion de Saint-Paul ; mais le système que nous avons exposé n’en n’a pas reçu la moindre atteinte (1). Sur quoi se fonderait-on pour soutenir le contraire? Serait-ce sur la disparition de la figure de l’Antechrist ? Mais nous avons dit qu’il y avait eu là, à notre sens, une notion tout accidentelle inspirée par des événements contemporains mal interprétés, aussi vite disparue qu'éclose. Invoquera-t-on le fait que les seuls passages où Paul mentionne la voix de l’archange, le son de la trompette, le feu flamboyant, l’escorte d’anges et de saints sont tous contenus dans les épiîtres antérieures? Nous ferons alors remarquer que les allusions de ce genre sont extrêmement rares dans les premières lettres elles-mêmes, puisqu'elles se réduisent au nombre de cinq. (1 Thess. III, 43 ; — 1V,16 ; — 2 Thess. [,7 ; —1 Cor. II1,13; — XV, 52.) On en doit conclure que jamais l’apôtre n’a donné à ces détails plus d'importance qu’ils n’en méritent, et il ne faut pas s’étonner qu’il n’y revienne plus lorsque ses lettres sont inspirées par des motifs autres que celui de rectifier certaines erreurs eschatologiques ; le contraire serait surprenant. Par contre, nous remarquons d’autres passages montrant bien que la notion de la parousie ne parait pas s’être spirutualisée dans l’eschatologie paulinienne : Phili. III, 20 parle encore de Jésus comme devant descendre ostensiblement du haut des cieux; nous retrouvons l’idée du jugement dernier implicitement exprimée dans un grand nombre de déclarations et souvent mentionnée en toutes lettres, Rom. IT, 5. 16; — XIV, 10; le jour du jugement reste celui de la colère, Rom. II, 5. 8; — V, 10; le terme de.

(1) C’est ce que M. Reuss semble reconnaître. — Hist, de la Théol, chrét,, p. 211. È

gloire ne cesse de résumer dans la pensée de Paul la nature de la récompense promise aux justes, Rom. V, 2; — VII, 47. 18. 21; la venue du Seigneur est encore considérée comme devant être le signal et la cause de la transformation des corps chez ceux qui vivront encore, Phili. IIT, 21. Enfin, et nousinsistons sur ce point, l’apôtre des Gentils a toujours prêché l’imminence du royaume de Dieu (1), et à l'exception d’un jour où il vit la mort en face, 2 Cor. I, 8-10, il n’a jamais cessé d’espérer qu’il serait témoin de laparousie avant sa mort. Le verbe attendre employé au présent dans Phili. III, 20, et le passage IV, 5, de la mêmeépitre, le démontrent déjà, mais Rom. XIII, 11. 12, est particulièrement décisif; il montre de la façon la plus indéniable que non-seulement Papôtre n’a pas changé de sentiment quant à la proximité de la parousie, mais encore qu’il ne cesse pas de calculer le moment où celle-ci pourra se produire. Observons encore que si dans le passage, jusqu'ici incomplètement interprété, Rom. VIII, 19, sq. le mot xrisx désigne la nature tout entière, nous nous trouvons en face d’un élément nouveau dont il n’y avait pas trace dans les épitres antérieures, en sorte que, loin de s'être appauvrie progressivement, l’eschatologie paulinienne se serait enrichie au contraire d’un détail important.

Il résulte de ce qui vient d’être dit que saint Paul n’a jamais rejeté comme entachées d'erreurs ses premières idées messianiques, ne les a jamais reléguées consciemment ou inconsciemment au dernier plan de sa pensée, n’a jamais cru devoir y apporter aucun tempérament. Nous avons reconnu toutefois qu’il existe, à partir de la deuxième lettre aux Corinthiens, un changement de langage, une évolution morale dont nous devons maintenant rechercher la nature et les causes. Certaines des vues que nous exposons à ce

(1) Sabatier, l’apôtre Paul, p. 994,

Re ae

sujet nous sont personnelles et s’éloignent des conclusions de la science théologique moderne; c’est pourqüoi nous les avançons avec réserve, nous atlendant bien à ce que le temps et un supplément de recherches y apporteront tout au moins des modifications de détail.

Dans l'intérêt de notre démonstration, nous analyserons préalablement la théorie paulinienne de la résurrection des corps, théorie dont nous avons simplement signalé l’importance sans l’approfondir, pour n’avoir pas à nous répéter.

Cette croyance en la résurrection était l’une de celles sur lesquelles l’apôtre des gentils insistait davantage dans ses prédications, et il n’est aucune de ses lettres qui ne la mentionne plusieurs fois. Or, les populations grecques s’étaient montrées généralement fort réfractaires à cette doctrine. À Athènes, elle parut si révoltante qu’elle souleva un tumulte qui mit fin brusquement au discours de Paul. Les Corinthiens n’admirent pas ces idées sans beaucoup de difficulté, et même convertis au christianisme, ils continuèrent à émettre toutes sortes de doutes. L'arrivée au milieu de leur église d’un nouveau converti, nommé Apollos, suscita dans le troupeau des discussions plus vives encore. Les théories philoniennes qu’Apollos apportait d'Alexandrie, et qu’il exposait d’ailleurs avec une grande éloquence, plurent fort à un grand nombre, en sorte qu’on se mit à les comparer avec les idées un peu barbares de Paul, à les trouver bien plus conformes à Ja sagesse. L’argument sur lequel paraît s’être particulièrement appuyée l’opposition au paulinisme est tout entier contenu dans cette question : avec quel corps les morts reviendront-ils ?

Pour saisir le sens de la réponse qu’y fait notre apôtre, le chapitre 15 de la première épiître aux Corinthiens ne saurait suffire ; sous peine de faire fausse route, il est nécessaire d’avoir présents à l’esprit deux autres passages très

re, pen

importants, tirés du même écrit. Ils nous serviront à déterminer ce que Paul entend par ce mot de sux si souvent employé par lui, et sont contenus : le premier au chap. VI, versets 43 à 20, et le second, chap. XII, versets 14 à 26 (1).

Dans le style de notre épitre, le substantif s&ux désigne en général toute espèce d'êtres, et pourrait se traduire par le mot individu. Il y a donc des souurs terrestres, d’autres célestes ; et malgré l'inégalité d’éclat qui les différencie, tous, aussi bien le soleil, la lune, les étoiles, que les ternes objets placés au niveau du sol, tous sont dés individus dans l'espèce, des cwuurs. Toutefois, c’est d'habitude à l’être humain que Paul applique ce terme de préférence, et cela, toute les fois que l’homme est envisagé au point de vue de sa personnalité distincte, de son moi individuel. Quand il songe à l’homme en général, à l’espèce humaine, c’est le substantif ävôswros qui vient sous sa plume; ainsi +à ou&v couuta Signifie vos personnes, tandis que l’expression oi ävopwrot pourrait très bien se traduire par l'humanité. Maintenant, y a-t-il une partie de l'individu humain qui soit plus spécialement désignée par le mot de süux°? Le passage XV, 39, 40, nous avertit déjà de ne pas confondre ce terme avec celui de 639%, mais c’est surtout au chap. VI, v. 13 et suivants que les deux notions sont nettement distinguées. De l’appareil charnel (2) il est dit, en effet, que les viscères ont été créés en vue des aliments et les aliments en vue des viscères ; les uns et les autres disparaîtront au jour où ils seront devenus inutiles, Dieu les détruira pour toujours. Il

(1) Dans le passage 1 Cor. 11, 2% et sqs, le terme de coux a un sens Spécial non encore suffisamment élucidé à nos yeux.

(2) On ne doit pas se laisser influencer par le sens restreint du mot xotix amené par le cas particulier choisi par l'apôtre pour appuyer son raisonnement. En rapprochant ce passage de plusieurs autres, en particulier de XV, 50, on voit bien qu’il s’agit au fond de l'appareil charnel tout entier.

mu DAT n'en est pas de même du oôus: celui-ci n’a pas été créé pour remplir des fonctions physiologiques, où 7 roovetz (1), mais en vue du Seigneur, il est fait pour devenir partie intégrante du Christ, il doit être le temple de l’esprit saint, il ressuscitera. Ici donc le cüux est en réalité le moi humain destiné à la vie éternelle, et l'organisme charnel en constitue la couverture transitoire. Si maintenant on se reporte aux explications contenues dans le passage XII, 14-96, il semble que l’on soit en face d’une notion toute difrérente, car le sœux y est indubitablement représenté comme un composé de tous les membres, en sorte, qu’à première vue, la ox0È en serait partie intégrante. Y aurait-il donc là une contradiction ? Avant de se résigner à l’admettre, on doit se demander d’abord s'il n’y aurait pas moyen de concilier les deux idées en apparence si contradictoires. Ce résultat sera obtenu si l’on admet avec nous que la substance somatique apparaît à saint Paul comme ayant réellement une forme sur laquelle la chair est venue se mouler; le côux est en quelque sorte le substratum (2), l'appareil charnel est le vêtement. Il ne faut pas s'étonner de rencontrer de semblables notions chez un homme qui ne considérait pas le moi humain comme une simple abstraction, une « résultante », et n’avait, cependant, à l’époque où il écrivait 1 Corinthiens, aucune connaissance de ce que nous

(1) S’autorisant de plusieurs déclarations de Paul lui-même, certains chrétiens affirmaient que tout est permis et prétendaient justifier le dérèglement de leurs mœurs par ce principe : on peut user de tout ce que Dieu a fait. Paul répond que certains actes non coupables en eux-mêmes, en tant qu'actes purement physiques, ont cette grave conséquence de soustraire le cou à sa véritable destination, de fondre notre propre personnalité avec ce qu'il y a de plus dégradé, alors que nous devons devenir les membres de Christ.

(2) Paul n’a jamais usé d’un terme semblable; nous l’employons pour la clarté de notre exposé.

KT

appelons l’âme immatérielle (1). L’anthropologie paulinienne, telle qu’elle est contenue dans les premières épi: tres, connaît donc deux substances : le süux qui constitue au fond la personne humaine, et la 5495. Le cüux possède les facultés de premier ordre qui distinguent l’homme de la brute et qui sont entre autres : le rveüus faculté de penser, le voïs ou faculté de juger sainement des choses, tant qu’il n’est pas perverti par le péché, la xzpèts ou faculté d'aimer. La 642% est superposée au cu dont elle emprunte la forme et auquel elle communique en retour la vie, grâce au principe dont elle est elle-même animée, la dy, cet anhelitus que Dieu insuffla en Adam (2).

Quand l’homme meurt, la chair, le sang, les viscères se dissolvent et disparaissent pour toujours. Le cüux meurt de même, car il ne possède pas la vie en lui-même et reçoit sa faculté d’agir de la dy charnelle. Toutefois, il n’est pas absolument aboli ; la personne humaine reléguée dans les régions indistinctes du scheol rabbinique s’endort, À Thess. IV, 13. 14.15; — 1 Cor. VIT, 39; — XI, 30 ; — XV, 6. 18. 20. 51, c’est-à-dire qu’elle est privée pour un temps de toute espèce d’activité et de sentiment. Elle est là pour ainsi dire à l’état de devenir, absolument comme la plante, d’après la science de l’époque, est virtuellement contenue dans la graine. À la résurrection, cette ombre de l’homme sera tirée de son état de torpeur par la puissance de Jésus- Christ et recevra une nouvelle existence bien différente de

(1) On trouve chez un grand nombre de peuples à toutes les époques la croyance irraisonnée, mais presque invincible, que, l'homme mort et sa chair dissoute, il subsiste de lui une sorte de résidu à peu près impalpable, un fantôme de forme humaine. Le superstition juive a connu cette erreur. V. 1 Sam XXVIIL, 3 et sqs.

(@) V. sur ce sujet les opinions diverses de MM. E. Haag, Théologie biblique, p. 506-508 ; — Sabatier, l’apôtre Paul, page 269, note ; — Ménégoz, le Péché et la Rédemption, p. 36 et passim.

Mot +

la vie terrestre. C’est là ce que les Corinthiens se refusaient à concevoir, mais Paul trouve leur résistance insensée, appov, XV, 36, et réplique par une comparaison très heureusement choisie. Voyez, dit-il, se conformant ainsi aux erreurs scientifiques de son époque, voyez ce qui se passe tous les jours sous vos yeux : le grain mis en terre meurt, il se corrompt, il n’en reste rien, et cependant une plante complète lui succède. Du néant Dieu a eu la puissance de faire sortir un être tout nouveau, dont l’espèce, chose remarquable, correspond exactement à l’espèce de la graine enfouie. Cela n'est-il pas incompréhensible, merveilleux ? Cependant il y a là un fait d'expérience journalière. Pourquoi donc repousser la résurrection, qui est un miracle de même nature? Seulement, de même que le végétal nouveau est autrement beau à voir que ne l'était le grain ensemencé, de même aussi l’homme nouveau sera infiniment supérieur à l’ancien. Ce sera un être glorieux, revêtu d’une forme idéalement parfaite semblable à celle de Jésus glorifié, v. 49. De lui auront été éloignées pour toujours les imperfections de la chair, car c’est dans le rveüux (1), non plus dans la dy4 qu’il puisera la force vitale : la personne charnelle, le oüua duy:xéy sera devenu un oôux nveuuarixv, V. 44. 45.

Telles sont lesidées de saint Paul sur la nature humaine,

(1) Le rveèux paulinien est une sorte de fluide divin que Dieu accorde à l'homme durant sa vie terrestre quand celui-ci a la foi. Il se combine avec la personnalité humaine, où il se trouve en lutte contre les tendances charnelles, Gal. V, 11. Il devient donc pour le chrétien une force sanctifiante.9 Thess. IT, 13; — Gaï. V, 22; il illumine son entendement, 1 Cor. Il, k. 10. 11. 13. 14; — V11, 40 ; — XII, 3, produit en lui un certain nombre de phénomènes appelés yzp'ouarx, 1 Cor. XII, 4 et sqs, constitue après la résurrection la source où le coua puise la vies Paul paraît avoir su ce que devient le nyedux entre la mort et la résurrection du chrétien, 1 Cor. V, 5, mais il ne l'explique nulle part.

as 5Dles effets de la mort, ceux de la résurrection, ainsi que nous les trouvons exprimées dans les épiîtres de la première catégorie. Si maintenant nous passons à celles dont la série commence par 2 Cor., nous nous trouvons en face de notions sensiblement différentes : L'homme tel que Paul le conçoit désormais, est un être emprisonné dans le cüux, la mort sera pour le chrétien une délivrance, et celui ci, en échappant à sa prison ira directement auprès de Jésus, sans qu’il lui faille attendre la résurrection. Il n’est pas nécessaire d’insister pour montrer que maintenant l’apôtre croit en une vie éternelle commençant immédiatement après la vie terrestre; c’est un fait dont on se convaincra facilement en se reportant aux passages 2 Cor. V, 1-10; — Phili. I, 21-95. Nous nous contenterons de relever ce détail significatif que les termes représentant la mort sous l’image d'un sommeil ne se rencontrent plus une seule fois.

Une idée si nouvelle n’a pu entrer dans l'esprit de Paul sans amener quelques changements dans ses conceptions psychologiques ; si fugitifs qu’ils soient, les signes que nous avons cru en découvrir nous semblent assez concluants pour mériter d'être relevés.

Dans les écrits antérieurs, le substantif cüux n’est pas employé une seule fois comme synonyme de 649Ë (1), et désigne généralement un être de nature très élevée ; c’est le temple de l'esprit saint, un membre de Christ destiné à la vie éternelle. Dans les écrits de la seconde série au contraire, cüux est assez souvent mis à la place de 549% et se trouve en conséquence accompagné d’expressions

(1) Nous laissons de côté le pass. 1 Thess. V, 23. Non-seulement il est unique de son espèce, mais encore la signification en est très discutée. Les mots rù nvsdua 421 n vuyh at rd cou pourraient bien n'être qu'une formule courante que l'auteur aurait employée sans en presser le sens. — Dans 1 Cor. V, 3 nous tradui- SONS arbv To watt, rapoy Où To rveduar par : absent de ma personne, présent par la pensée.

= 50 — avec lésquel'es on le chercherait vainement plus tôt. Ainsi, nous avons le cœux assimilé à la Ovérn otot 2 Cor. IV, 10, 11; — puis r6 6. tic auspriac Rom. VI, 6; — +6 Gvnrév 5. VE, 12; — VIII, 11; — 56 6. vod Oivurou VII, 245 — xd 0, rûs rareuvoseuc quov Phili. III, 21. — Il faut abolir l’activité du 6. Rom. VIIT, 43 ; — le glorieux héritage que le chrétien désire, c’est d’être délivré de son 6.2 Cor. V, 8. Ces différences tout extérieures annoncent qu’au fond le sens du substantif s’est modifié. En effet, le s. n’est plus le centre du moi, la partie essentielle de l’homme, ce qu’ii y a sous . la chair et qui est destiné à la vie éternelle ; il est devenu cette partie extérieure de l’homme qui se détruit peu à peu 2 Cor. V, 16, l'instrument qui nous sert à agir pendant la vie terrestre V, 10, une habitation temporaire V, 6. 8.9; — Rom. VIT, 93 ; — Phili. I, 22.24; une simple tente qui sera détruite 2 Cor. V, 1. 2. 4. En un mot, l’homme n'est plus un cu, il à un corps Rom. XII, 4. C’est pourquoi l’apôtre ne songe plus à dire : rù ouate uv wéAn Xpiotod Éctiv 4 Cor. VI, 15, mais il engage à (rapacrioot) rà ouate... T& 0e& Rom. XII, 1 ; il ne dit plus du ç. qu'il est le temple de l'esprit saint, et la formule dont il se sert désormais est celle-ci : dueïs vads Deod été Côvros, 2 Cor. VI, 16. — Cette altération du sens de su en entraine une autre non moins remarquable en ce qui concerne la dy. Dans 1 Cor. la dy étant le principe vital de là chair, XV, 45, devait nécessairement participer aux imperfections de celle ci, c’est pourquoi l’adjectif Luyrxés est employé dans un sens défavorable, 4 Cor. IT, 14. Dans les lettres postérieures, le péché presque personnalisé a pris la place de la dy, l'adjectif bnyixés a disparu, et Wyx n’est plus employé que dans une signification indifférente, moralement parlant (2 Cor. I, 33; — Rom. I, 9; — XI, 5; — XII, 1 ; — XVI, 4, — Phil. I, 27; — II, 3)). Le composé ovuÿüyos Phili. II, 2, a décidément une signification favorable, et dans 2 Cor. XII, 15, on

pente 14 Me ne voit pas le moyen de traduire üxès r&v duy&v buüv autrement que par : dans l'intérêt de vos âmes. Citons encore, pour corroborer ces observations préalables, un passage remarquable malheureusement isolé, et d’après lequel on peut croire que l’anthropologie paulinienne n’est pas la seule intéressée dans l’évolution qui nous occupe. Un système ontologique plus spiritualiste que celui basé sur le terme çüux semble avoir été au moins entrevu par l’apôtre dans 2 Cor. IV, 18, où un monde invisible est opposé à celui qui tombe sous les sens, le premier étant éternel, tandis que l'autre doit disparaître pour toujours. Mais sans nous attarder davantage à ces remarques préliminaires, indiquons le plus précisément possible en quoi nous semble consister l’anthropologie de la seconde période : tandis que 4 Cor.admet une sorte de dualisme assez matérialiste, fondé sur les principes 6495 et oüux, les épîtres postérieures laissent deviner un dualisme mieux accusé, plus spiritualiste, où le premier principe est un süux, organisme composé de chair; le second principe invisible, vivant, immortel, serait un rveüux ävüpwrou répondant par à peu près à ce que nous appelons l’âme immortelle. Les passages 2 Cor. V, 1-10, particulièrement les vs 6, 8, 10, et Phili. I, 22-24 montrent déjà que Paul conçoit la personne humaine indépendamment de son enveloppe charnelle; ailleurs, dans 2 Cor. IV, 16, il est parlé d'un homme extérieur (5 £o mu&v ävhowroc), qui se détruit, tandis que celui qui est en dedans {0 £5w0ev), se renouvelle de jour en jour ; autre part, 2 Cor. XII, 2-5, il raconte avoir été ravi au Ciel et dit ne pas savoir si ce fut avec son Corps où sans son corps. Mais nous avons hâte de passer sur ces détails pour en venir immédiatement au morceau dans lequel le dualisme nouveau se décèle le plus clairement ; ilcomprend cette portion des épitres célèbre par le nombre et la diversité des interprétations auxquelles elle a donné lieu, Rom. VII, 15; — VIII, 16. Deux particularités

PU

la rendent obscure : la première difficulté vient de l’emploi du pronom de la première personne désignant tantôt la personne toute entière, tantôt la personne mora'e, tantôt enfin la personne charnelle. La seconde obscurité naît du fait qu’au chap. VIII le substantif rveüux s'applique tour à tour à l'esprit de Dieu et à l’esprit de l’homme. Pour simplifier notre démonstration, nous donnons ici la traduction libre de ce passage, introduisant les mots âme et corps partout où ils nous paraissent propres à éclaircir la pensée de l'écrivain sans la dénaturer.

« …. Mon intelligence n’est pour rien dans mes actions, » car je ne fais pas ce que mon âme veut, et ce qu’elle hait, » c’est ce que je fais. Si je fais ce que mon âme ne veut » pas, j’accorde à la loi qu’elle est bonne; ainsi donc, ce » n’est pas moi qui agis, c’est le péché qui a élu domicile » dans mon corps. Car je sais que le bien n’habite pas en » moi... (en moi, c’est-à-dire dans mon corps, puisqu'il > m'est possible de vouloir le bien, non de l’accomplir; » et, en effet, le bien que mon âme veut, je ne le fais pas, » et le mal qu’elle ne veut pas, c’est là ce que je fais; si » donc je fais ce que mon âme ne veut pas, ce n’est plus » moi qui le fais, c’est le péché qui habite dans mon corps). » Ilse trouve donc que le mal est imposé à mon âme alors » qu’elle voudrait faire le bien; mon homme intérieur » adhère avec plaisir à la loi de Dieu, mais dans mes mem-

LT

bres est une autre loi combattant eontre la loi approuvée » par mon intelligence; elle fait mon âme prisonnière et l’asservit à la loi de péché qui est dans mes membres. Infortuné que je suis ! Qui délivrera mon âme de ce joug mortel ? Grâce à Dieu qui l’a délivrée par Jésus-Christ Notre-Seigneur !

» Ainsi donc mon âme (1) qui comprend la loi de Dieu

VI WOW v

(1) I faut bien se garder de traduire aÿrèç y par moi-même; ce serait faire dire à Paul qu’ilse considéraittoujours comme commet

voudrait la servir, mais ma chair commet le péché. Cependant ceux qui sont en Jésus-Christ n’ont plus à craindre de condamnation. Comment cela ? En ce que la loi acceptée par mon âme, et devenue vivante grâce à Jésus- Christ, m’a délivré de cette loi de péché et de mort (quë est dans mes membres luttant contre la loi de Dieu, VII, 23). Car l'impuissance de la loi causée par la chair a dis-

» paru depuis le jour où Dieu ayant envoyé son fils dans

une chair pécheresse semblable à la nôtre, a tué le péché en tuant la chair, de sorte que maintenant il est possible d'accomplir absolüment la justice de la loi, à ceux, du moins, qui n’obéissent plus aux suggestions de leur chair, mais à celle de leur âme. En effet, ceux qui donnent le pas à ce qui vient de la chair pensent et'agissent d'après la chair; ceux, au contraire qui préfèrent le bien de leur âme vensent et agissent d’après leur âme; or ce que pense la chair cause la mort, mais ce que pense notre âme amène la vie et la paix. Aussi les pensées de la chair sont-elles en guerre contre Dieu, car elles ne se soumettent pas à la loi de Dieu, elles ne le peuvent pas; de même ceux qui vivent pour la chair ne peuvent plaire à Dieu. Mais vous, ù vous n’agissez plus d’aprèsles impulsions de la chair, mais d’après celles de l’âme, si tuutefois l'Esprit de Dieu habite en. vous, car s’il est quelqu'un en qui n’habite point l'Esprit de Christ, celui-là n’est pas de Christ, mais si Christ est en vous, le corps il est vrai est mort à cause du péché, mais l’âme a la vie parce qu’elle pratiquela justice et si L'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

tantostensiblement toutes les œuvres qu'inspire la chair. L'apôtre va dire au contraire que le chrétien est désormais capable de se conformer à la loi de Dieu dans ses actes.

Page 1