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» Ainsi donc, mes frères, vous n’avez aucune obligation » envers la chair pour vivre de manière à lui complaire, » puisqu’en retour de vos services elle ne vous promet que » la mort. Mas si par l'Esprit vous mettez à néant la puis- » sance du corps vous vivrez, car ceux qui se laissent con- » duire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont les fils de Dieu. Er » effet, vous n’avez pas reçu un esprit d’esclave qui vous » maintienne dans la crainte, vous avez reçu un esprit filial » qui vous fait vous écrier : Dieu estnotre père ; c’est l'Esprit » lui-même qui affirme à notre âme que nous sommes en- » fants de Dieu... »
Ce passage dont nous avons donné plutôt la paraphrase que la traduction, parce qu’il nous importait surtout d’indiquer comment nous comprenons la série des idées, établit fortement : 1° que Paul ne considère plus le corps comme partie intégrante de l’homme, 2 et que le moi véritable, l’adrès éyo, VIT, 95, est pour lui maintenant d’essence immatérielle. Toutefois, la pensée de l’apôtre ne parait pas s’être solidifiée dans une formule arrêtée; de là les expressions diverses, flottantes, prêtant à l’amphibologie, qui servent à désigner l’hommeintérieur.
Si la transformation que nous signalons est réelle, il faut pouvoir dire quels agents l’ont déterminée. Serait-elle sim piement le produit naturel de ce mouvement progressif qui entraine toute pensée humaine vers des idéesde plus en plus spiritualistes ? La distance franchie est trop grande, l’espace de temps qui sépere les deux lettres aux Corinthiens trop court pour que cette raison puisse suffire; c’est dans les faits contemporains de cette évolution que nous en chercherons les causes déterminantes.
Avant de quitter Ephèse pour se rendre en Macédoine, Paul venait de subir une épreuve terrible dont la nature n’est pas déterminée, mais qui mit ses jours en dan
Ne ger (1). (2 Cor. I,8.9). Jusque-là il s’était cru certain d’être au nombre de ceux qui ne mourraient point avant la parousie, mais lorsqu'il se vit aux portes du tombeau, il dut résoudre à nouveau la question du sort du chrétien mort avant Ja venue du Christ; il sentit clairement alors combien est insuffisante l'espérance de la résurrection et n’aperçut d'autre consolation que l’assurance d’aller auprès de Dieu immédiatement après la mort (2). Mais on n’invente pas une théorie religieuse par la seule raison qu’elle est consolante, et comme il y a ici un ressouvenir des idées platoniciennes, il nous paraît probable que le juif alexandrin Apollos fut le canal par lequel ces conceptions parvinrent à notre apôtre. Nous avons dit un mot déjà de l’arrivée à Corinthe de ce nouveau converti et de la scission qui se produisit dans cette église à la suite de ses prédications. Une différence de mérite oratoire n’aurait pas suffi pour diviser les Corinthiens en deux partis , il fallait l’intervention de cet éternel dissolvant qui s'appelle la passion de dogmatiser. Les croyances de Paul et d’Apollos différaient sur un point : Paul était moniste, Apollos admettait la distinction entre l'âme et le corps; Paul prêchait la résurrection des corps, Apollos a pu dire que l'âme, le rvsôuz, retournait auprès de Dieu après sa séparation d’avec la chair. Les Corinthiens s’imaginèrent qu’il y avait là des raisons de se diviser en deux sectes. Au moment où notre apôtre apprit ce qui se passait, Apollos était à Éphèse comme Paul lui-même; les deux serviteurs de Dieu s’entendirent bien vite, et si complètement que Paul, malgré l’espèce de jalousie qu’il éprou-
(1) Nous avons l'impression qu'il s’agit d'une maladie amenée par les inquiétudes, la douleur que firent éprouver à l’apôtre le relâchement de plusieurs églises et plus particulièrement la défection des Galates.
(?) V. Sabatier : l’apôtre Paul, p. 157-159. — Ces pages qui épuisent le sujet nous dispensent de plus longues explications,