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été nourri et élevé dès son enfance à Jérusalem ?
On voit que pour nous Paul est un hejléniste non-seulement de par le fait matériel de sa naissance, mais aussi grâce à sa première éducation. Nous admettrons qu’il n’a jamais mis les pieds dans une école païenne, bien que cela ne soit pas tout à fait démontré ; nous reconnaissons que les quatre vers grecs relevés dans ses ouvrages ne prouvent pas grand’chose, et nous irons jusqu’à concéder son ignorance relative dans la littérature grecque, bien que le fait de dicter ses lettres à-un secrétaire ne prouve pas nécessairement qu’on ait une mauvaise écriture, et que les mots rnhixos yoauuuoiv Eyouba (Gal. VI, 11), puissent s’appliquer à toutc autre chose qu’à des caractères trop gros; mais nous croyons fermement que Paul a vécu assez longtemps à Tarse parmi les gentils pour apprendre (ce que la plupart des juifs ignoraient), que tous les peuples sont égaux devant Dieu. Si nous sommes dans l’erreur, d’où vient à notre apôtre son universalisme”? Qui le lui a enseigné”? Les apôtres? Mais, nous l’établissons plus loin, il n° a eu avec ceuxci pour ainsi dire aucuns rapports, et l’on sait que les disciples n’ont accepté qu'avec la plus extrême répugnance l’idée de l’évangélisation des païens. Parmi les collaborateurs sérieux de Paul, Silas appartient seul à la communauté de Jérusalem; encore pourrions-nous nous préxaloir des circonstances particulières qui l'ont amené à admettre l’évangélisation des gentils. (Act. XV.) Barnabas était Cypriote, Jean-Marc, cousin de Barnabas; Apollos, originaire d’Alexandrie; Timothée, né à Lystre d’une mère juiveet d’un père grec; Tite, grec et incirconcis. Ainsi Paul n’a trouvé d’amis personnels dévoués à sa personne et à sa cause que parmi les juifs dela dispersion et les païenrs convertis. (Col. IV, 10.41) (1). La conséquence se tire d’elle-même. Dira-t-on que s’il ne
(1) Ce passage est tiré de l’une des épîtres les plus contestées; on pourrait dire en outre qu'il ne s'applique qu’à une circons-
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lui vient pas des apôtres, l’unive-salisme de Paul lui a été inspiré par les circonstances, lui est venu par suite de l’inutilité de sa prédication chez les juifs purs et a été saisi dans toute sa largeur en face de l'opposition judéo-chrétienne? Cette explication sera jugée inacceptable, si l’on considère que Paul a été dès le début l’apôtre des gentils. A l'instant même de sa conversion, il se regarde comme tenu (4 Cor. IX, 16) d’évangéliser ceux du dehors. (Gal. 1, 16. — Act.
IX, 15; — XXIE, 15. 21; — XXVI,17). S'il eût songé sérieu-
sement à convaincre les juifs, c’est à Jérusalem qu’il devait se rendre en quittant Damas. Or, à expliquer Gal. I, 18, dans le sens le plus restreint, il ne s’y rend que trois ans après sa conversion et n’y reste que quinze jours. Mais, diton, Paul, dans ‘plusieurs passages significatifs, et notamment dans Gal. I, 13. 144; — Phili. IT, 4. 5. 6, insiste luimême sur la pureté des principes israélites qu’il a reçus de sa naissance et de son éducation. Evidemment; mais en quoi cela contredit-il notre manière de voir ? Paul n’a pus en tous cas, songer à nier l’influence qu'a eue sur sa pensée le milieu helléniste où se sont écoulées les premières années de son existence, caril lui eût fallu deviner longtemps à l'avance des théories toutes modernes, L’eùût-il fait, si catégoriques que seraient ses déclarations, nous ne saurions l'en croire sur parole. Il est bien rare que quelqu'un puisse dire même après coup quelles circonstances ont imprimé à son propre esprit sa tournure particulière; et, n’hésitons pas à le reconnaître, puisque, après tout, cela ne porte atteinte ni à la piété, ni au zèle, ni même à l'intelligence de l’apôtre, Paul était moins capable que personne de pareilles constatations. Un homme sujet aux extases et aux visions (2 Cor. XII, 2. 3. 4.7), et qui transformait par con
séquent ses propres pensées en réalités objectives, n’a pu
tance particulière. A lui seul il ne suffirait pas pour établir la thèse que nous soutenons.
TUE se distinguer par des analyses psychologiques bien sûres.
Lorsqu'il arriva à Jérusalem, Paul ne s’y trouva pas aussi dépaysé qu’on pourrait le croire; selon toutes les probabilités, il continua à vivre à peu près dans la même atmosphère helléniste qu’il avait respirée jusque là. Le fait d’habiter Jérusalem n'implique pas en effet la rupture de toutes relations avec Tarse. Les moyens de communication étaient faciles et nombreux, les grandes fêtes offraient des occasions toujours nouvelles de renouer connaissance avec les amis d'autrefois. Un grand nombre d’hellénistes habitaient la capitale du monde juif, et, circonstance qui dénote Ja persistance avec laquelle ils continuaient à se réunir en groupes distincts, ils y possédaient en propre plusieurs synagogues. — On voit que dans la nouvelle sphère où il entrait, Paul put rencontrer de nombreux éléments qui l’aideraient à ne point se laisser prendre par l’étroitesse nationale du pharisaisme dont le moment est venu de dire un mot.
Le pharisaïsme provient d’une scission produite à l’époque des Macchabées au milieu de ce partides hassidim qui s’était formé pour aider Esdras et Néhémie dans leur œuvre de restauration. Les Esséniens se retirèrent dans les pratiques de la vie contemplative ; les Pharisiens continuèrent l’œuvre nationale en la consolidant et en lui faisant produire toutes ses conséquences légitimes ou même fâcheuses. Ils ne formèrent, à proprement parler,ni une secte ni un parti, et le terme de pharisien, dont on ignore le sens précis, était plutôt une qualification qu’une dénomination. Ils furent, suivant l’expression de M. Reuss, ce que nous appellerions aujourd’hui en politique « les patriotes », en religion « les orthodoxes ». À ce double titre, ils devinrent les conducteurs du peuple qu’ils surent élever « à la pharisienne » par leur enseignement scientifique dans les écoles, par des leçons plus populaires dans les synagogues On ne s’étonnera point de voir l'influence politique et la prépondérance religieuse réu-
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pies dans les mêmes mains, quand on aura remarqué que les deux points de vue se fondaient en une doctrine théocratique ayant sa plus significative expression dans l’eschatologie du temps. Ils rendirent leur domination inébranlable en faisant briller aux yeux du peuple l’espérance d'une grande gloire prochaine, et en affirmant qu? cette gloire était promise aux seuls observateurs de la loi qu’euxmêmes se chargeaient d'interpréter.
Les événements promis devaient se produire au bénéfice de la seule nation juive. Remarquons cependant qu’une tendance moins étroite s’était fait jour au sein du pharisaïsme. Vers la fin du règne d’'Hérode les pharisiens se divisèrent en deux partis se rattachant : le plus fanatique au docteur célèbre Schammai, le plus tolérant au non moins célèbre Hillel. Pour ce dernier, les questions politiques venaient en sous-ordre; aussi montrait-il moins d’hostilité à l'égard des peuples étrangers et dans la loi relevait-il davantage le côté moral. Il déclarait que celle-ci pouvait se réduire à un seul précepte : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit à toi-même. » C'était, d’après lui, la seule chose qu’on dût exiger d’un prosélyte. On lui attribue cette parole qui reproduit trop textuellement un précepte de Jésus : « Ce que tu veux qu’on te fasse, fais-le toi-même aux autres : c’est là le sommaire de la loi, tout le reste n’en est qu’une application et qu’une conséquence ». C’est un légiste de son école qui, répondant à Jésus, résume à son tour Moïse et les prophètes dans l’amour pour Dieu et le prochain. (Luc X, 25-29.) A cette tendance appartint un petit-fils d’'Hillel, ce Gamaliel dont Paul fut le disciple. Le Talmud lui prête une certaine largeur d'esprit et une grande charité. Ainsi, il prescrivait de traiter les pauvres païens à l’égal des pauvres juifs, et il voulait qu’on leur adressât le salut de paix même quand on les rencontrait allant adorer leurs idoles. Le discours qui lui est prêté Actes
mt T'UST V, 34ss., et qui nous semble authentique dans l’ensemble, sinon dans les détails, nous montre ce docteur sous le même aspect. N’exagérons rien cependant; latolérance de Gamaliel était toute relative, puisqu’avec son assentiment les apôtres furent battus de verges pour avoir parlé au nom de Jésus (1). Mais on pourra admettre que l’enseignement de Gamaliel ait été assez peu exclusif pour laisser Paul dans les senti-
(1) L'existence de l'école pharisienne hilleliste semble avoir été ignorée de Jésus, et nous ne connaissons dans les évangiles aucun indice montrant distinctement que la tradition se soit trompée dans les sentiments du Sauveur à l'égard du pharisaïsme. C’est contre toute l’école en tout cas qu'il s'élève avec tant de force. (Matth. V, 20; — XVII, 6; — XXII, 2 ss. et paral.) Cesont en revanche tous les Pharisiens qui se montrent ses ennemis au point de vouloir le faire périr. (Matth. XII, 14; — XXI, A5, 16, — XXII, 15 et paral.) Pour démontrer qu'un certain nombre d’entre eux se sont montrés favorables à Jésus on dit : 1° que des Pharisiens l’ont prévenu des mauvais desseins d’Hérode (Luc. XIII, 31), mais il est facile de voir par le contexte que Jésus considère cet avertissement comme un piège; — % que Jésus s'arrête chez des Pharisiens dans ses voyages (Luc. VII, 36 ss.) et consent à manger àleur table, (Luc. XI, 37, ss.); mais dans le premier exemple l’amphitryon néglige à l'égard de son hôte jusqu'aux plus simples devoirs de la politesse, et Jésus le lui reproche amèrement. Dans le second exemple, Jésus s'exprime contre les Pharisiens en termes si énergiques que le récit ne peut certes pas être invoqué dansle sens des bonsrapports: rù Écwbey du&vyéue &pnayñcxat mopvniac.(v. 39.) —3° On ditenfin que les Pharisiens ne sont pasresponsables de la mort de Jésus, car ils n'étaient pas en majorité dans ie sanhédrin. Ce fait resterait, ce nous semble, à démontrer; mais rien ànotre connaissancen’indique qu'une minorité quelconque ait défendu le juste ni au sanhédrin, ni ailleurs. Il y a plus : seuls les Pharisiens avaient l'oreille du peuple, seuls ils ont pu ameuter la foule pour lui faire réclamer à grands cris la mort du prophète. Même quand on démontrerait qu’ils se sont tout au moins abstenus, l'histoire conserverait jusqu'à nouvel ordre le droit de les accuser de n'avoir pas mis toute leur influence à empêcher un grand crime. — Nous n'avons donc aucune raison de nous demander si la conversion de Paul au christianisme n'aurait pas été préparée jusqu’à un certain point par l'enseignement de Gamaliel.
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ments de cosmopolitisme qu’il tenait de sa famille et de son entourage. Notre apôtre n’a donc pas hérité du chauvinisme pharisien, mais il a reçu de l’école une dialectique ingénieuse, une profonde Connaissance des Ecritures malheureusement interprétées à l’aide d’une méthode herméneutique des plus arbitraires; d'elle il tient encore ses idées sur Dieu, les anges et les démons, sa doctrine de la prédes- Unation, peut être aussi ses vues anthropologiques basées sur le triple principe 640%, düyn, rveüux. De Gamaliel enfin il a reçu la doctrine eschatologique que nous avons exposée.
Au moment où sous lenom de Eaÿlos, Paul nous apparaît pour la première fois (Act. VII, 58), il est mêlé au martyre d’Étienne d’une façon qui semble singulièrement démentir les idées de largeur dont fut empreint l’enseignement de Gamaliel. C’est que la tolérance en matière religieuse est d'invention contemporaine, et si, dans le siècle apostolique, quelques-uns l'ont pressentie, ilsn’ont pas su la formuler cependant. Les lueurs qu’ils purent en avoir durent vite s’évanouir dans les circonstances importantes, dans les dangers pressants.
Or le christianisme a dû se présenter tout d’abord à Paul sous un jour des plus inquiétants. Le jeune pharisien attendait avec impatience le Messie; sans doute surveillait-il les évènements d’un œil attentif pour saisir les signes des temps, omueiz Toy xueüv, et deviner dès sa première apparition l’Antechrist qui devait au dire de l’école précéder immédiatement la parousie. Nous hasarderions-nous trop en supposant que Paul a pu voir dans l’apparition du christianisme L’abomination du dévastateur dont parle le livre dit de Daniel? Ce crucifié blasphémateur dont on a fait justice, ces disciples qu’on dit accomplir comme lui des miracles iv r& Bes}Ge6od] Gpyovrt rüv dutuoviov. (4ct. III, 1-10; —]1V,7;— V, 1-10, 12. 45. 16, etc. — Matth. XII, 24 et
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paral.,) cet Étienne qui profère d’abominables imputations contre Moïse, contre Dieu, contre la loi, contre le lieu saint dont il prédit la destruction (Act. VIT, 11. 13. 14), qu'est-ce que tout cela sinon l’adversaire avruxeluevos (2 Thess. II. 3. 4). Il faut donc faire à ces gens-là une guerre acharnée, les détruire par tous les moyens, car plus prompte sera leur défaite, plus prompte aussi sera la venue du libérateur. Si tels ont été les sentiments de Paul, nous ne devons pas nous étonner de le voir concourir au supplice d’Étienne, persécuter les disciples dans Jérusalem et s’élancer sur le chemin de Damas pour retrouver dans cette ville ceux qui y avaient cherché un refuge contre la persécution. Mais en route, et comme Saul est sur le point d'atteindre le but de son- voyage, tout à coup s’opère en lui un étrange et brusque revirement : Jésus n’est plus l’Antechrist, c’est le : Messie lui-même; il ne s’agit plus de lui faire une guerre acharnée, mais de parcourir le monde, se hâtant d'annoncer son prochain retour et de lui préparer les voies. Nous considérons la conversion de Paul comme un fait d’ordre purement naturel ; mais quel que soit le point de vue auquel on l’envisage, on reconnaîtra : 1° que les idées eschatologiques y furent d’abord seules intéressées; 2% que cette conversion s’est produite sans l’enseignement des disciples de Jésus, en dehors de leur l'influence directe.
C’est dans son eschatologie, disons-nous, que Paul est devenu chrétien ; ses théories sur le rejet provisoire d'Israël, son système du salut qui remplace le régime de la loi, par celui de la grâce, et qui donne au chrétien le pouvoir de s'identifier par la foi à la mort et à la résurrection du Christ, tout, dans ce que sa théologie a de personnel et d'original découle de cette circonstance : un juif de l’école libérale a cru en la messianité de Jésus. En effet, les espérances finales sont la raison déterminante qui, dès le début fait en-
treprendre à Paul son ministère, elles constituent le fonds essentiel de sa prédication. S'il annonce l’évangile aux païens, c’est afin de leur faire abandonner les idoles en vue de la parousie imminente, 4 Thess. I, 9. 10 ; — Tite. [, 2; — c’est aussi dans un but saintement intéressé, se faire avec les âmes qu’il sauvera, une couronne pour le grand jour, 4 Thess. II, 49. 20; — Phili. II, 16. Mériter une place dans le royaume de Dieu, éviter la ruine réservée au pécheur, telle est d’après lui l’utilité de la sainteté, (14 Thess. III, 43; — IV,6; — V, 6,93; — 2 Thess. I, 11; — 1 Cor.I, 8; — IX, 27; — XV, 32.58; — Rom. II, 16; — Col. I, 4.5; — ILL, 23. 25; — Phili. 1,10; — II, 15. 16; — 4 Tim. VI, 11. 15. 18. 19; — Tite. 11, 12. 13 ) C’est enfin en vue de ces espérances qu’il endure la persécution et l’opprobre; et cela non seulement pour jouir lui-même du bonheur à venir, mais aussi pour y faire participer les autres. (2 Thess. I, 5; — À Cor. XV, 29. 32; — 2 Tim I, 11. 12.)
Si grande es! l'importance accordée par notre apôtre à l'eschatologie qu’il crée, c’est le mot, une vertu nouvelle s’y rapportant, une vertu très haute mise à côté de la foi et de la charité l’espérance. (1 Thess. V, 8; — 1 Cor. XIII, 13; — Eph. VI, 17.) Nous osons affirmer que c’est là une notion qui est propre au paulinisme, et en effet, sur quatre-vingtcinq fois que le terme sx ou ses composés sont employés dans le N. T. Paul s’en sert cinquante-cinq fois. Sur les trente exemples que l’on rencontre ailleurs, nous avons trouvé que seize fois seulement le terme d’espérance est appliqué au bonheur à venir; de plus, et sauf cinq cas seulement, c’est toujours dans des ouvrages dérivant très visiblement de la théologie paulinienne. On le trouve mis dans la bouche de Paul dans Act. XXII, 6; — XXIV,15; — XXVI, 6. 7, — XXVII, 20. Il se rencontre encore dans un traité que l’on s’accorde à considérer comme imprégné de paulinisme, l’épitre aux Hébreux IIL, G; — VI, 11. 18; — VIT,
HORS 49; — X, 93; — XI, 1. Enfin l'espérance, il est vrai, est encore mentionnée dans les passages suivants : 4 Jean III, 3; — Act. II, 26; — 1 Pier. I, 3. 13; — IT, 21, — IT, 15; mais le nombre de ces citations ne suffit pas pour nous faire dire avec M. Jean Monod que Pierre soit plus spécialement que Paul l’apôtre de l’espérance (1). En effet, outre qu’il y a de nombreux rapports entre la théologie de l'épitre de Pierre et celle de Paul (2), il est à remarquer que ce dernier seul fait de l'espérance une vertu bien distincte.
Nous avons affirmé en second lieu que l’entrée de Paul dans le christianisme s’est faite sans le concours des chrétiens. Ce ne sera donc pas dans le milieu apostolique que nous chercheronslaraison des particularités de l’eschatologie paulinienne. Pour démontrer notre dire, nous nous appuyons sur les affirmations très-catégoriques de l’apôtre qui déclare lui-même son christianisme indépendant à la fois de celui des apôtres, et des enseignements du Jésus terrestre, de Jésus selon la chair. Sans doute il revendique hautement. le titre d’apôtre, et c’est en cette qualité qu’il parle, comme le démontrent entr’autres nombreux passages les suscriptions de toutes ses lettres, sauf les deux aux Thessaloniciens, et celle à Philémon. Mais il n’a pas reçu l’apostolat par suite d’un vote, comme Matthias (Act. 1, 26.), il ne lui vient pas des hommes, ox 47 'avhsorov onde à 'avOpwrou. (Gal. 1,1.12). Son évangile ne lui à pas été transmis par les apôtres qu’il connait à peine de vue. (Gal. I, 17. 22). Une seule fois sa doctrine a été mise en regard de la leur, mais ces hommes considérés jugèrent n’avoir rien à ajouter [oèdty mpoouvédevro) à Son exposition. (Gal. II, 6. Loin de les
(1) Encycl. des sciences rel. Art. Espérance, p. 510.
(2) V. Reuss. Hist. de la théol. chrét.t. II. p. 2%), la note. — VY. dans le même ouvr. même vol. p. 198, un remarquable chap. sur l'espérance.
NE regarder comme ses instituteurs, il a résisté en face à Pierre lui-même (Gal. If, 11). Bien que son apostolat ne lui vienne pas des douze, il n’en est pas moins légitime ; pour le démontrer, il n’a pas besoin de lettres de recommandation, ses lettres de créance sont dans son œuvre. (2 Cor. III, 1. 3 ; — 1 Cor. IX, 2). Son'’titre lui vient de Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ (1 Thess. If, 4. 13; — Gal. I, 1; — Rom. I,5), et le contenu de sa prédication a la même origine. C’est pourquoi il parle non en son nom, ni au nom d’un homme, mais au nom de Dieu (1 Thess. II, 8. 9; — IV, 1.2. 15; — 2 Thess. TI, 6.12; — 1 Cor. II, 16; — VIT, 10. 25; — XI, 23. (1) ; — XIV, 37 ;, —2 Cor. Il, 17). Aussi il ne reconnait en matière de foi nulle autorité même supraterrestre au-dessus de la sienne ; il n’y a pas deux vérités, deux évangiles; si quelqu'un prêche un autre évangile, c’est qu’il veut rénverser l’évangile de Christ. Anathème à quiconque annoncerait autre chose que ce que lui Paul a annoncé ! (Gal. I, 6. 9). Dans ces sentiments, il parle avec l’autorité d’un ambassadeur de Christ (1 Thess. II, 6; — 2 Cor. V, 20; — Eph. VI, 20), ne se souciant nullement de se concilier la faveur des hommes (Gal. I, 10.) ni de se donner bonne apparence en la chair. (Gal. VI, 12). Interprète de Dieu, ce ne sont pas des conseils qu’il donne, mais des ordres qu’il transmet. (4 Cor. VII, 10. 25.) Au besoin, il assume le rôle de juge, condamne, et livre le pécheur à Satan pour la destruction de la chair (1 Cor. V,3.5; — 2 Cor.
(1) Eyd yo mapéhu6oy àm> voÙ xvo!ov. Il s'agit del'institution de la cène. Faut-il traduire j'ai reçu du se‘gneur, ou de la part du seigneur? Grammaticalementles deux senssontadmissibles.M.Reuss se prononce pour le second : « Comme il s’agit de faits matériels, dit-il, nous ne voyons pas pourquoi on ne s'arrêterait pas à l'idée d'une communication falte par des disciples plus anciens.» M. Sabatier adopte le premier et y voit un curieux exemple de l'identification que fait Paul entre le Christ historique et le Christ intérieur. (Ouv. cité, p. 60).
fe XIII, 4. 3.) Qu'on ne l’accuse pas d’infatuation, ce qui fait son assurance, c’est d’abord qu'il n’est pas l'inventeur de son évangile (2 Cor. III, 4. 5), c’est aussi que la révélation qui lui en a été faite « est indépendante de toute tradition humaine » (1) et lui est venue miraculeusement et directement du ciel. Là-dessus l’apôtre est aussi catégorique que possible, et le passage Gal. I, 11-II, 14 est d’une force extraordinaire. Il débute par cette affirmation générale : où £yo mupa avôporou napéhaboy aûro oûre Eddy Onv, &AXX à” uroxakbYeus Tsob Xetoroÿ, et il continue par un raisonnement tendant à démontrer : 4° qu'avant sa conversion les apôtres n’ont pu rien lui enseigner, puisqu'il les persécutait ; 2° qu'après sa conversion, ils ne l’ont pu davantage, puisqu'il neles a pour ainsi dire pas connus ; 3° et que par conséquent l’évangile n’a pu lui être révélé que par une dispensation miraculeuse lors de son voyage à Damas. (1 Cor. IX, 1; — Eph. IIT, 3).
Évidemment Paul va trop loin. Ananias ne lui aurait-il donc rien dit de Jésus lors de leur entrevue à Damas? En admettant que pendant les quinze jours que l’apôtre a passé en compagnie de Pierre à Jérusalem il ne se soit pas échangé un mot sur la vie, les actes, les discours, la personnalité de Jésus, il est impossible de croire que du moins la voix publique ne lui en ait rien appris. Il sait sur la vie terrestre du Christ des choses qui lui sont venues certainement par un canal humain, témoin son récit de l'institution de la cène si semblable à celui de Luc (1 Cor. XI, 23.) ; témoin encore ce qu’il dit des diverses apparitions de Jésus après sa résurrection (1 Cor. XV, 4. 8). Plusieurs passages de ses épîtres reflètent clairement, quand ils ne les reproduisent
textuellement, certaines paroles de Jésus. Citons quelques exemples :
(1) Sabatier. Ouv. cité, p. 55.
Cf. 1 Cor. IV, 11. 12. 13. avec Matth. V, 6. 11. 14.
» » V,6. » ».' XIII, 33; Luc, XIII, 21. » PANE"T: » DANS A0),