IX, 14. » » X A0 LUC X
» pe XII; 2: » » XVII, 20.
» Rom. XIII, 14. 17. 20. » » V, 44,5ss.
Cependant il est vrai que le christianisme de Paul ne lui vient pas des apôtres ; et d’une manière générale, malgré le petit nombre de textes que nous venons de citer, il ne connaît du Jésus historique ni les actes ni les enseignements. Peu lui importait d’ailleurs de les connaître : et xat iyvoxuuev xaTa cdpxa Xprotév, QAAÏ vÜv oùxért yuwwsxouev. (2 Cor. V,16) (1). Je n’ai voulu rien savoir parmi vous, dit-il aux Corinthiens, ei un ‘Incoüy Xprordv xut rodrov éctaugouévov (1 Cor. II, 2) ; et, en effet, nous l’avons dit, la conversion de Paul s’est réduite à la reconnaissance de ce fait: Jésus est le Messie. Mais qu'est-ce qui prouve la messianité de Jésus? Sa mort d’abord, sa résurrection ensuite ; la mort, la résurrection, là est l'important, (4 Cor. XV, 14. 17.18.); tout le reste ne vaut pas qu’on s’y arrête, oûxért yivwsxouev. Une seule fois l’apôtre semble renvoyer à l’enseignement du Christ (Col. IIT, 16) ; ce texte unique ne saurait prévaloir contre les résumés trèsclairs que Paul donne de sa prédication orale (Gal. IIE, À ; — 1 Cor. 11,2; — XV, 3. 8.) Il est évident qu'aux yeux de l’apôtre, Jésus est l’instrument du salut de tous les hommes, non par sa vie terrestre, non par sa parole, mais par sa mort et sa résurrection. S'il en était autrement, Paul
(1) M. Sabatier pense que le Xpiordc dont il s’agit dans ce passage célèbre est le Messie juif, national, particulariste, triomphant d’une manière charnelle. Ce Christ, dit-il, Paul l’a connu avant sa conversion, il ne le connaît plus maintenant. (Ouv. cité p. 52.)Mais le contexte montre bien qu’il s’agit de Jésus, et nous nous demandons quel serait dans la vie de Paul avant sa conversion le moment où il aurait pu considérer Jésus comme étant le Messie national et particulariste.
FAR" je aurait dû, pour compléter son évangile, s’adresser aux douze, il serait devenu leur disciple; ne possédant plus qu’un christianisme de seconde main, il serait leur inférieur, ce qu’il se refuse absolument à reconnaître, 2 Cor, XI, 15.
L'indépendance de Paul en ce qui concerne la tradition représentée par le milieu apostolique est niée par un grand nombre de théologiens, à la tête desquels il faut placer M. Sabatier, qui a le premier présenté dans toute leur force les arguments invoqués. On ne doit pas s’étonner, dit-il en substance, de trouver dans les épîtres de Paul si peu d’allusions à la vie et aux paroles de Jésus. D’autres écrits du N. T. en contiennent moins encore. L’apôtre n'avait pas d’ailleurs à décrire le Christ historique dans ses lettres, et cela pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il avait dû le faire déjà de vive voix pendant la période de sa vie qui a précédé celle des grandes letires; en second lieu, parce que dans sa théologie Jésus est bien moins le prédicateur que l’objet de la foi: Mais la lecture des épîtres montre que leur auteur connaissait bien la vie et les discours du maître. L’imitation de Christ est un des principes essentiels de la morale paulinienne, ce qui suppose un modèle historique. Quand l’apôtre s’en réfère à un commandement de Jésus, celui-ci a réellement émis le précepte invoqué, et réciproquement, sur les points où ils déclare n’avoir rien reçu du Seigneur, Jésus est resté muet en effet. La peinture générale de la vie de Jésus que tracent les épitres pauliniennes est d’une vérité saisissante. — Paul nous donne des récits détaillés et fidèles de l'institution de la cène, de la mort de Jésus, et des diverses apparitions de celui-ci à ses disciples, après qu'il eût ressuscité. — La plupart des métaphores habituelles à Jésus se trouvent sous la plume de Paul. — Un grand nombre de passages des épitres rappellent d’une
(1) Ouv. cité, p. 55 et sqs. — Encycl, des sc. relig. Art, Paul p. 978.
manière frappante certaines des paroles les plus célèbres du Sauveur. Enfin, l’apôtre Paul n’a rattaché aucun de ses enseignements à ceux de Jésus d’une manière plus expresse que son enseignement eschatologique. La preuve en est dans les nombreux points de ressemblance.
Ces divers arguments n’ont pu nous convaincre encore : Lorsque Paul fait allusion à sa prédication orale, ilne donne jamais à enténdre qu’il ait mentionné de Jésus autre chose que l'institution de la cène, la mort et la résurrection. — Si les Actes et l’ Apocalypse contiennent peu d’allusions aux ac: tions et aux discours de Jésus, c’est que, par leur nature, ces livres n’en comportaient pas.—Si l’épître de Pierre et la première épiître de Jean n’en contiennent pas davantage, cela vient de ce que leurs auteurs attendaient prochainement le retour glorieux du maître et voyaient celui-ci moins avec les yeux de la mémoire qu'avec ceux de l’espérance. — Supposer qu’antérieurement aux grandes épitres il ya eu une prédication de Paul où une large place aurait été donnée au Christ historique est une simple supposition qui, si plausible qu’elle soit, a contre elle les déclarations de Paul lui-même. (Voir plus haut). — De ce que Paul a considéré Jésus comme l’objet, non « comme le héraut de la foi », nous concluons qu’il n’a pas connu l’enseignement du Sauveur, Jésus étant uniquement, à notre sens, le plus admirable des enseignements par ses discours, par sa vie, par sa mort. — Quand Paul recommande d’être les imitateurs de Christ, ou bien l’on ne comprend pas ce que l’exemple proposé vient faire dans la circonstance (1 Thess. I, 6), ou bien le conseil est donné en termes trop généraux pour qu’on puisse conclure à une connaissance sérieuse du modèle (4 Cor. XI, 1), ou bien encore, c’est un Christ métaphysique qui est donné en exemple, non le Jésus des évangiles, mais le Christ v uopw 0coù. (Phili. II, 5 ss). On cite seulement deux passages où Paul s’appuierait expressément
…— 96 sur des commandements du Seigneur. Nous dirons plus loin comment nous comprenons les expressions : ox ëyw
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rveduax Deo généraux employés par notre apôtre pour caractériser la vie terrestre de Jésus appartiennent à l'A. T. Les expressions citées par M. Sabatier (1) sont tirées pour la plupart d’Esaïe L. III, ou s’appliquent à des généralités que nul ne pouvait ignorer. Plusieurs des métaphores communes à Jésus et à Paul ourebev aurelGva, normuiver rolunv, onelpeuv, Oepiteuv, xooroluvy sont si familières à l'A. T. qu’elles devaient se retrouver forcément dans la bouche de Jésus, sous la plume de Paul. Les termes grecs que nous citons après M. Sabatier sont précisément ceux employés dans leur sens métaphorique par la version des LXX dont Paul avait l’habitude de se servir. — Un petit nombre de passages des épîtres pauliniennes rappellent certainement la forme et le fonds des paroles de Jésus; nous en avons dit notre pensée. — En revanche, que de déclarations du Seigneur, combien d'évènements de sa vie dont on ne rétrouve aucune trace dans Saint-Paul! Certaines lacunes sont Fien caractéristiques. On sait le prix qu’attachaït notre apôtre à ce qui pouvait démontrer la messianité de Jésus; or ses épitres ne contiennent aucune espèce d’allusion à Jean-Baptiste le précurseur. C'était là pourtant un point des plus importants de la théologie apostolique. Paul ne mentionne jamais les miracles attribués par la tradition à Jésus. «IL n’a jamais connu l’enseignement si accentué et si explicite de J.-C. sur les tourments éternels des méchants dans l’enfer (2) ». L'expression fils de l’homme Si commune dansles synoptiques et même dansle quatrième évangile ne se trouve pas une seule fois dans les écrits de
(1) Ouv. cité, p. 63.
(2) Ménégoz. Ouv. cité, p. 92.
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Paul. Dira-t-on que cela s’explique par le jour particulier sous lequel l’apôtre envisage le Christ? Mais cela même serait une preuve que le christianisme paulinien ne dérive pas historiquement du christianisme de Jésus. Si Paul a entendu une relation un peu complète de la parole de Jésus, comment ne songe-t-il jamais à tirer parti des déclarations sur le sabbat ou sur l’insuffisance de la loi mosaïque ? Est-il explicable que l’épître aux Romains ne laisse pas devinerle moindre ressouvenir de la parabole des vignerons (Matth. XXI, 33), et de tant d’autres passages du même genre? M. Sabatier pense que Paul avait assez étudié les discours de Jésus pour avoir l’assurance qu’on ne lui opposerait jamais sérieusement une deses paroles ; nous ne saurions le croire, quand nous songeons combien les passages Matth. X, 5.6; — XV, 24. 27 pouvaient facilement être exploités contre l’évangélisation des gentils (1). Nous avons dit combien il nous semble difficile de connaître leschatologie de Jésus, et par suite de la comparer à celle de Paul. Nous admettrons cependant a priori que de nombreux points de contact ont dû exister entre elles; mais ces ressemblances, quand elles auront été démontrées, s’expliqueront tout naturellement par la communauté d’origine des deux systèmes.
Au nombre des textes ayant trait à la question qui nous occupe, il en est quelques-uns invoqués contre notre ma-
(1) « Paul ne relève que de Jésus, de Jésus non tel qu’il futsur le bord du lac de Génézareth,mais de Jésus tel qu'ill’a vu dans sa vision intérieure.» (Renan, Saint-Paul, p. 470.) — Paul « fut sur le champ chrétien et parfait chrétien. De qui d’ailleurs aurait-il eu à recevoir des leçons ? Jésus lui-même lui était apparu. Il avait eu sa vision de Jésus ressuscité comme Jacques, comme Pierre. C'était par révélation immédiate qu’il avait tout appris... Abattu sur le chemin, il voulut bien se soumettre, mais se soumettre à Jésus seul... (Renan : les apôtres, p. 185-186.)
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nière de voir et sur lesquels nous devons des explications : 4 Cor. XV, 3. — (rapédwxx buiv,.… à xu mapéhabov, Ou...) Le verbe rzozhaubive signifie souvent apprendre par tradi- ‘tion ; M. Reusstraduit: je vous ai enseigné ce que moi aussi j'ai appris, ét nous traduirions nous-même : je vous ai transmis ce qui m'a aussi été transmis. C’est ici, à notre sens, le seul passage où Paul s’en réfère incontestablement à la tradition ; mais il s’agit seulement dans le contexte de la mort, de la résurrection et des diverses apparitions de
Jésus.
Gal. LIT, 4. — {... oïc xur 6@0ukuods ’Incoës Xotoros npceypton iv buiv écrausouévos.) — On cite ce passage comme une
preuve que Paul, dans ses prédications orales devant les Galates, aurait donné une large place au récit des faits dont se compose la vie de Jésus. Remarquons une fois de plus qu’il s'agirait ici seulement de la mort du Christ. Mais il y a plus, ces paroles ne peuvent pas signifier : vous aux yeux de qui la crucifixion de J.-C. a été dépeinte comme si elle avait eu lieu au milieu de vous. Le substantif yoxvn employé une cinquantaine de fois dans le N.T. n’y a jamais le sens de description ; toujours il s’applique aux l'vres de l’ancienne alliance, sauf dans deux cas où il a le sens d’écrit en général; (2 Tim. IT, 16 ; — 2 Pierre III, 16). — La forme simple ys2vw est répétée 194 fois, et dans un seul cas (Rom. X, 6). pourrait se traduire, quoique un peu librement, par caractériser. — Le composé qui nous OCCUpE, rpoyodow, est employé quatre fois : Jude 4 avec le sens d'inscrire; Eph. III, 3; — Rom. XV, 4avec le sens d’ecrire, dire à l'avance; et dans notre passage, où il nous semble devoir être traduit par pré-dire, — Paul reproche aux Galates de s’être laissé « ensorceler » au point de chercher leur salut dans les œuvres de la loi, ce -qui est d'autant plus difficile à comprendre, lui semble-t-il, que l'Écriture (yo4on) leur a parlé d'avance (roc) de la mort de
2 "60 = Christ. La preuve incontestable que Paul en appelle à Ecriture, non à sa propre prédication, est dans les Sept citations qui suivent, (v. 6. 8. 10. 11.12. 13. 14).
Gal. I, 18. — Dans les mots iorosout Kyoäv, on a vu une indication que Paul aurait, à l’époque de son premier voyage à Jérusalem, soigneusement interrogé Pierre sur la vie et les paroles de Jésus. ‘Ioroséo renferme bien l’idée d’information prise, mais la curiosité que ce mot nous révèle se rapporte grammaticalement à la personne de Pierre, non à celle de Jésus. M. Oltramare traduit par faire connaissance avec Pierre, M. Reuss plus littéralement par faire la connaissance de Céphas, la Clavis de Grimm par de facie cognoscere. La traduction de M. Reuss est celle que nous préférons.
4 Cor. VII, 10.12. 25. 40. — (oùx &y® aAAX 6 xÜptos. — 2yo oÙy xÜptos. — EmtTaynv xuplou oùx yo. — dox@ nveüux Veod ëyeuw. — Paul distingue entre les enseignements qu’il pense avoir reçus par révélation et les vérités qu’il tire de son propre fonds. Il donne ici son opinion comme quelqu’un qui, par la miséricorde du Seigneur, est digne de confiance, v. 25. Ses idées, même quand elles ne lui sont pas dictées par une révélation proprement dite, méritent cependant considération, car il est sous l'influence permanente de l'Esprit. Il explique ailleurs cette action de l’esprit guidant la conscience humaine, Rom. IX, 1.
4 Thess. IV, 15 — év Aoyw xuptou.. Ces mots ne se rapportent pas à une parole du Jésus terrestre, mais invoquent une révélation de Jésus glorifié. La description qui suit ne répond pas dans ses détails aux peintures des évangiles.
Nous avons donc le droit de l’affirmer, Paul est peut-être l’apôtre de J.-C., il en est certainement le témoin, il n’en est pas le disciple dans le sens ordinaire du mot. Toutefois, le paulinisme reste, malgré tout, profondément chrétien
240. = dans sa signification la plus importante et la plus féconde, dans sa signification morale et religieuse. Si, au point de vue spéculatif, le grand apôtre est l’auteur d’un système où la personne de Jésus occupe une place que celui-ci n’avait pas prévue, les deux pensées se rencontrent toutefois dans les hauteurs sereines de la confiance en la miséricorde infinie du père, de la nécessité pour l’homme de se créer un cœur pur. C’est qu’il est impossible d'approcher un foyer ardent sans en sentir la chaleur ; c’est que l’homme dont l’œil est sain ne saurait se meitre en présence de la lumière sans en être pénétré. Paul comme Jésus a vécu par la prière en communion avec le Saint des Saints; comme Jésus, quoique dans des proportions bien moindres, il a reçu de ce contact l’amour éternel, source de toute bonne pensée.
Vu Le Doyen F L'ICHTENBERGER
Vu Le Vice-Recteur GRÉARD =