‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 47 sur 109 · Li-Ki, p · texte numérisé non relu

Li-Ki, p

2. Les souverains chinois y étaient conduits par la conception qu’ils avaient de leur rôle et du droit. Le droit n’était à leurs yeux que la morale, et leur rôle était de l’enseigner au peuple. Or le domaine de la morale est la conscience insaisissable, et les sentiments échappent au contrôle du législateur. Pour exercer ce contrôle malgré tout, le souverain était donc amené à donner aux sentiments une apparence, un corps; et ainsi il pouvait exercer au moins une contrainte indirecte sur la conscience.

Pour atteindre ce but de moralisation, quelles règles ont-ils suivies dans le choix des détails de chaque cérémonie ? Il est utile de chercher ces règles, car leur connaissance nous fera comprendre la vraie nature des rites.

Nous avons vu que le but desrites était d'exprimer les sentiments du cœur; aussi le li-ki nous apprend-il que « les rites établis par les anciens rois ont leur essence intime », et que « la droiture (ou la sincérité) est l'essence des rites ». Nous verrons que c'est /a raison qui guide les empereurs dans le choix des détails de chaque cérémonies des objets qui y doivent figurer, des gestes qu'on y doit faire. ; aussi est-il écrit que «les rites ont leur dehors, et que leur accord patent avec la raison en est le dehors » (1).

« La raison est la base de toutes choses, dit plus loin le /i-ki. Lorsque, dans les temps primitifs, les anciens rois établirent les rites (des sacrifices), ils empruntèrent aux objets extérieurs la signification que ces rites devaient avoir... » C’est ainsi que : « pour les (sacrifices aux Esprits des) lieux élevés, on prend pour image les monticules et les collines (qui semblent rendre hommage au pied des grandes montagnes) », (2). On prête donc aux objets toutes sortes de significations et on les fait figurer dans les céré-

4. Li-Ai, p. 51. Cp. aussi C. ne Harcez, 1-Ui, Intr. : « Son nom I-li signifie rites conformes à la convenance, rites de convenance ; et cette convenance n’est pas celle du goût, ni d’un Système particulier, mais ce qui convient à la nature, particulièrement à celle de l’homme, comme l'indique le caractère correspondant à I et formé de là signifiant « convenance, droit », avec le signe qui désigne l'être humain ».

2. Li-Xi, 56. Autre exemple : Code annamite, 1, p. 13 : description des vêtements de deuil.

monies pour représenter les sentiments de ceux qui y participent. « L'or que les seigneurs apportent aux grands sacrifices manifeste le ‘bon accord (qui règne entre le souverain et ses vassaux) ; Les pièces d’étolfe et les disques en jade ‘sont des témoignages de vénération pour les vertus (de l’empereur); le vermillon, le vernis, la soie, le coton et le bambou indiquent que (tous Les habitants de l’empire) mettent leurs biens en commun (avec l'empereur)... » La cloche aussi y a sa place et sert à « exprimer l'accord des sentiments » (1). Ainsi les Chinois connaissent un langage des choses, comme, en France, des collégiens ont un langage des fleurs et n’ignorent pas que l’œillet rouge signifie «amour ardent ». . Ges conventions ont des caractères identiques dans les deux pays, car, en employant certains objets dans les cérémonies, les Chinois ne leur reconnaissent aucune vertu mystérieuse : ces objets ne sont que des symboles, et si une chose représente un sentiment plutôt qu'un autre, une vertu et non une autre, ce n’est pas la foi religieuse, ou la superstition, qui en est cause, mais seulement la raison, la pure raison. Il suffit de lire ce passage du livre des rites pour s’en rendre compte : « … dès les temps anciens le sage a comparé la vertu au jade. (A ses yeux), le poli et le brillant (du jade figurent la vertu) d'humanité ; sa parfaite compacité et sa ‘ dureté extrême (figurent) la sûreté d'intelligence; ses angles qui ne coupent pas (quoiqu’ils paraissent tranchants, figurent) la justice ; les perles en jade qui pendent (au chapeau et à la ceinture), comme si elles tombaient (figurent) le cérémonial; le son pur, soutenu et prolongé qu'il rend (quand on le frappe), et qui à la fin s'arrête brusquement

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