‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 5 sur 109 · PHiLASTRE, I, p · texte numérisé non relu

PHiLASTRE, I, p

d'appliquer les principes, et les règles qui en découlent » (1).

3° Le cons. — Le code fut promulgué par l’empereur Gia-Long, le 1% jour, du 6° mois, de la 11° année de son règne (1812). D’après Philastre, ce code « n'est autre chose que le code chinois de la dynastie mandchoue, dont un très petit nombre d'articles a été supprimé, et dont quelques-uns, également fort rares, ont reçu quelques très légères modifications ».

Suivant les termes mêmes de la préface du souverain, c’est «un code général des défenses et des prohibitions ». Ilest général, car il embrasse toutes les affaires publiques et comprend, après quelques règles sur les peines, sur leur rachat, sur les vêtements de deuil, des règles de définitions, qui sont des règles générales, des lois administratives, des lois civiles, des lois rituelles, des lois militaires, des lois criminelles et des lois sur les travaux.

Et il est pénal, car chacune de ses dispositions fixe une peine.

B. Les King. — « La législation du pays, empruntée en quelque sorte de toutes pièces à la législation chinoise, comprend, comme celle-ci, quatre larges séries de lois et de coutumes touchant à tout ce qui peut intéresser les individus ou la société.

« En tête viennent les « ngu King », ou cinq livres canoniques, et plus particulièrement le Lé Ky (livre des rites).

La

arme ETS

4. Cn. ne Harzez (Ta-tsing tsi li) donne des renseignements plus détaillés ainsi qu'une traduction partielle de ce recueil. Lire aussi ci-dessous.

Toutes les lois civiles y sont consignées à l’état de préceptes ».

Voilà ce qu'on lit dans l'ouvrage de Schreiner. Et d'autres auteurs sont du même avis : Philastre et Moquay reconnaissent aux King la plus grande importance ; ils les placent, au premier rang, parmi les monuments de la législation sino-annamite (1). Ils leur reconnaissent non seulement une grande autorité morale, mais une vraie force de loi, puisqu'ils les citent toujours parmi Les sources du droit annamite, à côté des statuts de l'empire et du code.

En donnant un bref aperçu de la matière de ces King, Je vais montrer que c'est une erreur de trouver un caractère juridique aux règles qu'ils peuvent contenir, je chercherai les causes de cette erreur, je tächerai d'expliquer le véritable caractère de l'influence de ces textes, et je montrerai les conséquences que cette influence a eues sur les destinées du peuple chinois. (LA

Mon but ne sera pas de réfuter une opinion répandue, mais de faire comprendre l'influence des livres antiques. Leur enseignement est en eflet la source de toute la vie intellectuelle et morale du peuple chinois et du peuple annamite; quand on connait les vrais caractères de cette influence, qui a pour cause le respect de la raison et de la sagesse, et non une croyance religieuse, on est donc bien près de comprendre la mentalité des peuples que nous

1. Daresre écrit : « Quant à la famille chinoise, elle n’a pas changé depuis 4.000 ans. La matière est réglée non plus par la loi, mais par la coutume et par les rites, qui constituent une sorte de droit canonique, expliqué et développé dans certains livres dont le texte a été anciennement fixé et dont les lettrés, c’est-à-dire le gouvernement, sont les interprètes. Le législateur n’oserait y toucher ».

étudions et la pensée de leurs législateurs. Le but de ce travail étant de faire comprendre cette pensée, l'étude des King n'est donc pas une digression inutile. Elle est même une introduction nécessaire à toute étude sur la psychologie ou sur la législation sino-annamites.

Marière pes Kiné. — Les King sont des livres antiques, qui sont des recueils, des commentaires ou des compilations de documents plus antiques encore. Ce sont :

1° L'Y-Aing, ou livre des changements ;

2 Le Chou-King, ou livre des annales ;

3 Le Chi-King, ou livre des vers ;

4° Le Li-Ki, ou livre des rites ;

5 Le Chuen-tsieu, où livre du printemps et de lautomne (1).

L’Y-King est « une espèce de traité théorique et pratique de l’art divinatoire (2) ». Il est attribué au premier empereur de Chine, Fo-hi, et il a été interprété, entre autres, par Confucius, qui l’a fait suivre de plusieurs petits traités. « L'ouvrage entier forme une sorte de cosmogonie, une physique du monde, une morale complète, un livre des esprits et des sorts, le tout sans rime ni suite, traversé par de longues échappées d'ordre métaphysique qui mènent à la constatation de l'existence de Dieu (3) ».

« Le Chou-King est un livre d'histoire traitant du gouvernement des anciens empereurs, il est aussi un livre d'éducation politique et morale pour les gouvernants...

1. En Annam, ces livres sont appelés respectivement : le Dich- Kinh, le Tho-Kinh, le Thi-Kinh, le Lé-Ky, le Xuän-thu.

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