Art. 243, C. O
2. Le législateur chinois a toujours réglementé les cultes d’après les conditions sociales. D’après le Li-Æi (Ch. Tchi-fa) qui remonte au n° siècle avant notre ère « le souverain a 7 temples pour son père et ses 6 ascendants immédiats du même nom; les grands fonctionnaires en Ont 5, 3, 2 ou 1 suivant leur rang; les particuliers n’en ont pas et doivent se contenter d’un simple autel ». Cf. Æia-li, p. 49.
le Ciel, pour lui, est une divinité supérieure et lointaine, si supérieure et si lointaine qu'il n'en doit rien: espérer ; il ne doit ni le prier, ni essayer de le fléchir; il lui est trop inaccessible pour ne pas le laisser à peu près indifférent. Ainsi le Ciel est devenu, en Annam eten Chine, une vague providence en laquelle le peuple croit, mais à laquelle il ne pense jamais. Quand il a besoin de secours, ce n'est pas au Ciel qu'il s'adresse, mais à des esprits qui lui sont plus accessibles, c'est-à-dire aux « Esprits protecteurs du village ou de la commune », qui changent d’un village à un autre.
Le peuple n’a donc qu'une religion territoriale et variable, et celle du prince n'est qu'une religion théorique : à l’une, il manque... des fidèles ; à l’autre, il manque cette unité qui, seule, peut donner de la force aux croyances religieuses. |
La doctrine du respect, en amenant le législateur à « fixer les devoirs religieux suivant la condition de chacun », en l’amenant à morceler la religion, est donc la cause première de la faiblesse de l'esprit religieux en Annam et en Chine.
Quoi qu'il en soit, nous voyons que le législateur sinoannamite reconnait au respect une importance primordiale. H à cherché à le développer par tous les moyens : par les rites qui « le font passer en habitude », par les lois pénales et par les lois somptuaires qui punissent sévèrement tout manquement direct ou indirect au devoir de respect.
Ainsi ce sentiment est à la fois prescrit par la morale, imposé par la Loi, rappelé à chaque moment par les pra-
tiques rituelles : objet d’une telle sollicitude, il n’a pu manquer d'entrer profondément dans les mœurs.
LE RESPECT ET LES MŒURS. — Et, en réalité, le caractère des Annamites en est profondément imprégné : la morale et la loi ont développé en eux un profond respect de la hiérarchie, ils y attachent la plus haute importance et sont toujours préoccupés de fixer une place à chacun afin de lui montrer tous les égards qui lui sont dus.
L'examen de la langue est particulièrement instructif à ce sujet : « Le style, le lexique, les formes grammaticales, varient selon que l’on s'adresse à un supérieur, à un égal ou à un inférieur, de sorte que la parole est le calque exact des conditions en, présence et des sentiments traditionnels que créent de part et d'autre ces conditions » (1).
Avec ce respect de la hiérarchie, les Annamites n'ont pu manquer de tout hiérarchiser dans l'empire, tant il leur est naturel, quand ils considèrent deux êtres, de voir en eux un supérieur et un inférieur ou deux égaux. Quand cette hiérarchie n'est pas déterminée par la loi, comme entre l'empereur et le Bouddha, les génies et les mandarins, l'imagination populaire y supplée naïvement, et il est intéressant de consulter les légendes et les contes, où se reflètent toujours fidèlement les croyances populaires, pour se rendre compte du degré d'importance que le peuple reconnait à chaque puissance naturelle ou surnaturelle qui le gouverne ou le protège. En comparant ces légendes, en les rapprochant de certaines règles du culte des génies ou de celui des ancêtres, on voit que l'imagination populaire reconnait une hiérarchie très
1, Truoxc vinx Ky, Les convenances et Les civilités annamites,
curieuse et très vaste qui comprend le ciel, les génies, les vivants et les morts. Dans cette hiérarchie, l'empereur occupe une place très élevée : il est le supérieur des génies des villes et des villages puisqu'il leur octroie sou- vent des brevets à titre de récompenses (1). Le Bouddha aussi doit à l’empereur respect et obéissance : la légende de Dinh tièn Hoang nous le montre bien (2). Quant aux mandarins, ce sont aussi des personnages très importants : ils sont bien au-dessus des hommes du peuple et ils sont respectés aussi par les morts, par les fantômes, qui s’en écartent avec respect ; des génies eux-mêmes doivent le respect aux grands mandarins et doivent se lever à leur passage.
Ainsi tout est hiérarchisé au pays d’Annam, et le premier devoir de chacun est de bien tenir sa place en respectant ses supérieurs, en traitant ses inférieurs avec bienveillance.
RÉFLEXIONS SUR LE RESPECT. — Le respect s'impose donc au sage, au sujet, à l’homme bien élevé : il s'impose au