‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 75 sur 109 · W. Wicuraws, The Middle Kingdom, 1, p · texte numérisé non relu

W. Wicuraws, The Middle Kingdom, 1, p

SECTION II La morale domestique et le droit de famille.

PLAN : 1. La piété filiale et le culte des ancêtres. 2. Le droit de famille.

$ Î. — LA PIÉTÉ FILIALE ET LE CULTE DES ANCÊTRES LA DOCTRINE DE LA PIÉTÉ FILIALE. SON IMPORTANCE. — La

doctrine fondamentale de la morale chinoise est celle de la piété filiale : le premier devoir de chacun est d'aimer , et de respecter ses parents. L'importance de ce devoir est même plus grande que celle du devoir de respect, et cette importance est si grande que M. de Rosny, après avoir traduit le Æiao-King, appelé par lui « livre sacré de la piété filiale », considère Le mot « hiao » comme étant le signe le plus caractéristique de la race jaune : l'importance attribuée à la piété filiale, dit-il, caractérise les hommes jaunes aussi bien et même mieux que la couleur de leur peau ou la forme de leurs yeux. Et l’auteur a développé longuement cette idée intéressante et très juste.

Mais quand il s’agit de déterminer le sens du caractère « hiao », on s'aperçoit que, pour M. de Rosny, comme pour la plupart des auteurs européens, ce sens est très étendu et très vague : les Chinois se serviraient de ce caractère pour désigner toutes sortes de vertus, et la piété filiale, pour eux, consisterait donc non seulement à aimer leurs parents, mais à remplir toutes sortes de devoirs (1).

4. pe Rosny, Aiao-King. La piété filiale au point de vue de l’ethnographie des peuples de race jaune, p. 159. Cp. aussi : Hexrt CORDIER,

La piété filiale et le culte des ancêtres.

En vérité, le mot « hiao » signifie seulement « piété filiale » ; il ne désigne qu'un sentiment d'amour profond et de respect infini que les enfants doivent avoir pour leurs père et mère. 1 4

Comment donc expliquer les sens si variés et si disparates que le Aiao-king semble donner au mot «hiao »? C'est que, pour les Chinois, la piété filale a une importance si grande qu’elle devient «la base de la vertu » ou «le principe de la vertu », «le couronnement de toutes les actions et le début de tout bien ». Sans elle il n° y a pas de vertu, et elle est l'essence, la source de toute vertu. L'idée de piété filiale devient donc inséparable de l’idée de vertu. Aussi les moralistes chinois peuvent-ils avoir une tendance à se servir du mot « hiao » quand ils parlent d’une vertu particulière ou de la vertu en général.

Mais ce n’est pas encore la véritable cause de l'extension considérable que semble prendre Le sens du mot « hiao ». L’explication doit en être cherchée dans ce simple fait que le Chinois a pour ses parents une si grande vénération que la piété filiale devient le but de toutes ses actions et de tous ses efforts. Il doit remplir ses devoirs de roi, de mandarin ou de sujet moins pour lui-même que pour être digne de ses parents, pour leur procurer du contentement ou pour leur attirer de la considération : l'individu n’est vu par le moraliste, comme par le législateur, qu'à travers la famille ou l'Etat: le but de tous ses efforts n’est pas placé en lui-même, mais en ses parents, de sorte que toutes ses vertus, même les plus étrangères à la piété filiale, ne sont jamais vues qu'à travers cette piété filiale. Ainsi, quand on manque à ses devoirs envers soi-même ou à ses devoirs envers ses semblables, on manque aussi à la piété filiale, car un bon fils ne s’appartient pas à lui-

même : il n'est que le donataire d’une vie qu'il tient de ses parents, dont il doit faire un bon usage et dont il doit rendre compte. Par l'importance qu'elle a dans la morale chinoise, la piété filiale devient done le but en même temps que la source de toutes les vertus.

Mais c’est une erreur de la confondre avec ces vertus ; la piété filiale, par exemple, n’est pas une vertu politique, comme le prétendent certains auteurs : elle consiste uniquement à aimer et à honorer ses parents, non à remplir ses devoirs de souverain, de sujet ou de fonctionnaire, à être économe ou à bien labourer sa terre. Il est seulement permis de dire que le mauvais roi ou le mauvais mandarin manque à ses devoirs d'enfant, car la mauvaise conduite du fils n'honore pas ses‘père et mère. C'est ce que dit le Chi-King, cité par le livre de la piété filiale (V, 8) : « De bonne heure lévé, tard couché, ne soyez Jamais une cause d’humiliation pour ceux qui vous ont engendré » (1).

Confucius à d’ailleurs parfaitement résumé sa doctrine en disant à son disciple Tseng Tse : |

«.… La piété filiale est la base de la vertu d’où découle toute science ;

« Nous avons reçu de notre père et de notre mère notre corps et nos membres, nos cheveux et la peau ; nous ne devons pas nous permettre de les détruire ou de les mutiler : tel est le commencement de la Piété filiale.

« Elever notre personne, pratiquer la morale, transmettre notre nom aux générations futures, pour glorilier notre père et notre mère : telle est la fin de la Piété filiale. »

Voilà ce que dit la morale chinoise.

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