‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 76 sur 109 · Lire aussi : Æiao-King, p · texte numérisé non relu

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Il est intéressant de remarquer que la doctrine chrétienne enseigne des préceptes presque identiques, avec cette seule différence que la base de la morale est, ici, l'amour de Dieu et non celui des parents. Ne dit-elle pas, en effet : « La vie nous vient de Dieu, c’est offenser Dieu que d’attenter à nos jours ; notre âme nous vient de Dieu, c’est offenser Dieu que de la souiller en commettant des péchés ; nos semblables sont nos frères en Dieu, c'est offenser Dieu que de les haïr » ? Cela nous permet-il de traduire le mot «piété» par le mot vertu, ou de lui donner le sens le plus étendu ? Non, évidemment. De même, il ne faut done pas attribuer au mot « hiao » les sens les plus variés : la piété filiale n'est pas une vertu politique, elle n’est que ce sentiment naturel d'amour et de respect d’un enfant pour ses père et mère.

Nous devons reconnaitre cependant que M. de Rosny: est parti d’une idée très intéressante en voulant distinguer la race jaune par l'importance qu'elle attribue à la piété filiale. Il a deviné dans le mot « hiao » un ceritérium très

juste ; il ne s’est trompé que dans la définition de ce critérium. C’est une erreur assez grave, car il ne sert à rien, à mon avis, de dire que le mot « hiao » peut caractériser les peuples de race jaune quand on arrive ensuite à cette conclusion que ce mot a un sens très étendu et très vague, qu'il signifie non seulement piété filiale, mais encore fraternité, honnêteté, courage, bienveillance, modestie, dignité, loyauté, bonté... En corrigeant cette définition et en reprenant l'idée de M. de Rosny, nous pouvons écrire que la race jaune est une race qui a bâti sa morale, non sur des croyances religieuses, mais sur la piété filiale dont elle à fait la source et le but de toutes Les vertus, qui croit que le premier devoir de l’homme est d'aimer et de respec-

ter ses parents, de les aimer et respecter à ce point qu'il doit sans cesse marcher dans la voie droite et s’efforcer d'élever son âme, afin qu'aucun de ses actes ne soit « de nature à causer de la honte à ses aïeux » (1).

Nous venons d'exposer, sous la forme indirecte d’une critique, la véritable doctrine de la piété filiale, et nous avons fait comprendre, en même temps, sa grande importance : elle est le centre et la base de la morale sinoannamite.

Cherchons à tirer de ces conclusions, et de tout ce que nous savons déjà de la civilisation chinoise, toutes Les conséquences logiques et inévitables.

LES RITES DE LA PIÉTÉ FILIALE. LE CULTE DES ANCÊTRES. — Nous venons de voir que la piété filiale a une très grande force en Annam et én Chine. Or nous savons que, dans ces pays, tous les sentiments doivent être manifestés par des rites précis, d’abord parce que les manifestations extérieures apparaissent comme des compléments indispensables, « comme des parures des sentiments du cœur », ensuite parce que les empereurs et les moralistes chinois ont vu en eux le meilleur des moyens de moralisation. La piété filiale a donc ses rites, comme tous les autres sentiments, comme les sentiments de bienveillance et de respect (rites de cour), de respect et d'affection (rites du mariage), de douleur (rites du deuil), d’urbanité, d'estime, de modestie (rites de bienséance), etc... Ceux de la piété filiaie sont même les plus importants de tous puisqu'ils expriment les sentiments les plus forts.

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