BrirrauT, Droit civil sino-annamite, p
et d'affection que ces liens supposent ; il n’a pas de raison d’être quand ces liens manquent, et, dans ce cas, la loi ne l’admet pas (1).
Le culte a donc bien pour base ces sentiments, non ceux de crainte et d'espoir, et il est inexact de dire que les Annamites et les Chinois, obéissant à un besoin de protection, divinisent leurs morts. Ceux-ci restent des parents, ils ne deviennent pas des dieux ; ils conservent même leur rang dans la hiérarchie familiale : ceux des vivants qui sont, par rapport à eux, de rang prééminent ne leur doivent pas le culte (2).
Les ancêtres ne sont donc pas des dieux, et c’est ce qui distingue le culte des Annamites de celui des Romains. Nos morts restent des parents qui sont l’objet d’un culte de respect, d'affection et de reconnaissance. Si on s’attache au fond des choses, en oubliant ia diversité des formes et les croyances secondaires qui viennent renforcer le sentiment principal sans en altérer la nature, on peut
4. Art, 76 : « Ceux qui voudront élever un enfant adoptif d’un autre nom de famille et, par là, troubler la souche, seront punis... »
2. C£. Aia-li, p. 22 : « Pour ceux (des enfants) qui meurent à l’âge mi-viril, les pères et mères seuls sacrifient; pour ceux qui meurent au temps de la grande impuberté (16 à 19 ans) ce sont les fils de leurs frères, seuls, qui le font ». Cf. aussi ; Sourriner, Il, p. 188 : « C'est au truong tôc, ou chef de la parenté, qu’incombe le soin de veiller à ce que le bénéficiaire du bien huong-hoa (bien cultuel)... accomplisse les rites et cérémonies. Si ce membre de la famille vient à mourir et qu’il laisse des garçons mineurs, le chef de la parenté pourra le remplacer s’il est un des frères cadets ; mais s’il est l'oncle, s’il est plus âgé que celui qui avait le huong-hoa, il ne pourra pas offrir les sacrifices pour les morts qui sont au-dessous de lui par la loi de l'âge. Dans ce cas, le truong tôc offrira les sacrifices aux ancêtres de la famille placés au-dessus de lui et choisira quelqu'un de convenable pour remplir les autres sacrifices... »
dire que ce culte existe aussi en France, quoiqu'il ait moins de force et qu'il soit plus rare. En France, on élève des statues, on prononce des discours, on dépose des fleurs ; en Annam, on élève des autels, devant lesquels on exprime aussi sa reconnaissance et son attachement, on brüle des bâtonnets d’encens, et on fait les grandes prosternations rituelles comme on en fait aussi devant les vivants qu’on respecte. Il y a donc une simple différence d'intensité et de forme, non une différence de nature, et il est peu logique de donner le nom de religion au culte des ancêtres et de le refuser à celui du soldat inconnu : tous les deux reposent sur le respect et la reconnaissance, ils n’impliquent aucune croyance religieuse, ils ne sont pas des reli-
gions.
Réfutation.— Pourquoi done parlé-t-on de la « religion domestique » des Chinois ? 3
Est-ce à cause de l'existence des rites ? La Grande Encyclopédie (1), après avoir reconnu que le culte des ancêtres est la conséquence de la piété filiale, ajoute qu'il est cependant une véritable religion, « avec des rites parfaitement déterminés ». Mais nous savons que les rites chinois n’ont, par eux-mêmes, rien de religieux. Et, d'autre part, il est impossible de voir dans l'existence des rites un critérium certain de la religion : Fensemble des rites constitue bien un culte, qui existe dans toutes Les religions, « mais quand on essaie de définir ce culte on s'aperçoit que, par lui-même, et si on ne le rapporte pas à quelque autre chose, il n’a rien de spécifique. IL consiste, en effet, en pratiques, c’est-à-dire en manières d'agir définies. Or, il n’est pas de pratiques