‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 82 sur 109 · A l’article : Chine · texte numérisé non relu

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sociales qui ne présentent la même détermination. » (1). : [l faut donc renoncer à voir dans la simple existence de rites précis la preuve certaine du caractère religieux du culte. Pour savoir si des rites sont vraiment des pratiques religieuses, il faut d’abord chercher si ces rites traduisent

ou supposent des sentiments religieux.

Nous sommes ainsi conduits à chercher quelle est la nature du sentiment exprimé par le culte des ancêtres, quelle est la nature de la piété filiale. Cette question mérite d’être examinée, car la doctrine de la piété filiale a une si grande importance dans la morale sino-annamite qu'on peut se demander si elle n’est pas l'objet d'un dogme.

En réalité, cette importance a une cause profane, elle s'explique très simplement, sans qu'on ait besoin, pour cela, de créer une religion. Nos parents sont bien des êtres à qui nous devons le plus : non seulement ils nous ont donné la vie, ils nous ont nourris et élevés, non seulement ils nous ont défendus contre des dangers de toutes sortes, mais ils sont encore les êtres qui nous gardent l’affection la plus absolue, la plus désintéressée. Nous devons donc leur réserver l’amour le plus grand. Les Chinois l'ont compris, et dans leur morale ils ont donné la première place aux parents, puisque, dans cette morale laïque, la première place n'est pas réservée à Dieu. Et non seulement la conscience ordonne cette piété filiale, mais la société, au nom de l’ordre social, exige le respect absolu des enfants, des domestiques, de la femme elle-même, pour le chef de famille. À l'amour infini, s'ajoute donc

1. Durkaerm, La définition des phénomènes religieux, Année Sociologique, no 2,

un respect sans bornes, et cela donne la piété filiale des Annamites et des Chinois.

Or nous avons expliqué longuement que la pratique des rites à pu donner aux sentiments recommandés par la, morale chinoise la puissance des sentiments religieux (1) : par elle, la vénération des parents est passée en habitude en même temps qu'elle a échappé à la discussion. Ainsi la doctrine de la piété filiale a acquis la force d’un dogme, — puisqu'elle n’est discutée par personne —, sans en avoir la nature, — puisqu'elle n’a pas été imposée par une autorité religieuse au nom de la divinité. Sa place dans la morale sino-annamite s'explique donc très simplement par l'influence des rites.

. M. Farjenel, au contraire, semble dire que les Chinois ont un grand respect pour leurs parents, parce que ces parents sont pour eux des dieux futurs! Voici, en effet, comment il explique le caractère patriarcal de la monarchie chinoise et la force de la piété filiale : « Les familles primitives se sont agrandies avec le temps, elles sont devenues des tribus, puis des clans, plus tard elles ont formé des principautés et des royaumes, et enfin l’Empire, mais leur organisation patriarcale intime est toujours demeurée la même : phénomène singulier, mais qui s’explique par la persistance, à travers tous les âges, des croyances sur lesquelles la famille primitive s'était fondée. La religion des ancêtres qui donne aux parents une telle place dans l'imagination de l’homme, qui leur confère le caractère sacré, qui en fait pour leurs enfants des dieux futurs, a existé de tout temps chez le peuple chi-

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