‹ Essai sur l'esprit du droit Sino-AnnamiteChapitre 85 sur 109 · Farsexez, Le Peuple chinois, pp. 9 et · texte numérisé non relu

Farsexez, Le Peuple chinois, pp. 9 et

2. V.p.3:« Aujourd'hui règne encore au Houei-cha : Revenir-tuer ».

3. Nous avons déjà critiqué cette opinion, qui n’est soutenue par aucune preuve. V. ci-dessus, p. 105. *

4. FARIENEL, p. 8 : «... Aussi, la conservation des formules, est-elle de la plus haute importance ; d’après la tradition celles-ci ont une vertu merveilleuse. Chaque famille, soucieuse des vieux usages, possède son recueil et son livre généalogique transmis de génération en génération dans la branche aïnée et en ligne directe; au besoin, la tradition orale supplée les rituels ou les complète ». L'auteur fait allusion au Æia-pou. mais où a-t-1l vu que ce livre est un recueil de formules « mystérieuses et antiques » ? Le Æia-li, après avoir recommandé d'annoncer aux ancêtres tous les événements importants qui surviennent dans la famille (mariages, naissances, décès...), se contente de dire : « Toutes les prières annonçant les événements sont inscrites dans un même volume pour quatre générations » (p. 26). Ce volume devient ainsi un livre de famille où se trouvent mentionnés

tous les événements importants. En disant que ce livre contient des formules rituelles « mystérieuses et antiques », M. Farjenel confond les rites du culte des morts, non plus avec ceux de la religion

au sacrifice un but inattendu : celui de « racheter les fautes de l’homme, car tout homme est coupable... » Toutes ces allégations, qui reposent sur des erreurs, quand elles ne sont pas de simples affirmations sans preuves, sont bien contraires à ce que nous savons déjà des rites, en général, et du culte des morts, en particulier. Elles montrent le danger des idées préconçues et des assimilations arbitraires : pour avoir voulu établir que les Chinois connaissent une religion domestique semblable à celle des Romains, pour s'être trop inspiré de Fustel de Coulanges, M. Farjenel a été conduit à admettre un ensemble d'opinions non fondées et qu'un sino-annamite trouvera toujours bizarres. |

L'auteur a même été conduit au pessimisme, car c’est être résolument pessimiste que de vouloir, en dépit des textes qui affirment le contraire, expliquer par la peur ce qui s'explique si bien par l'amour etla reconnaissance. Le sentiment religieux, qui serait né iei de la crainte superstitieuse des morts et du besoin d’avoir en eux des protecteurs tout-puissants, le sentiment religieux serait-il, au moins, plus naturel à l’homme que les sentiments de piété filiale, d'amour maternel, d'affection paternelle ? Rien n'est plus contestable, car on peut trouver des hommes absolument irréligieux, ne seraient-ce que Vigny et les radicaux-socialistes, tandis qu'il est infiniment plus difficile de trouver des monstres qui ignorent l'amour maternel et la piété filiale. Ces sentiments sont tellement instinctifs qu'ils sont connus des hommes et des animaux,

bouddhique, mais avec ceux de la religion domestique des Romains. (Cf. Fusrez ne Courances, La Cité antique, pp. 36, 37). Lire les développements de Bouinais et Pauzus sur le livre de famille : Le Culte des Morts dans le Céleste Empire et dans l'Annam, pp. 199 et suiv.

tandis que ceux-ci ne sont peut-être religieux que dans les contes d'Anatole France et dans ceux de Maeterlinck.… Les opinions de M. Farjenel ne se justifient done ni par les textes, ni par la simple psychologie. Ainsi le culte des morts n’est une religion ni par ses rites, ni par les sentiments que ces rites traduisent.

La croyance à la survie des âmes permet-elle davantage de conclure au caractère religieux du culte ? On est tenté de le croire, car l’idée de religion se trouve souvent mêlée à l'idée de mystère ; une croyance serait donc religieuse quahd elle à pour objet une chose surnaturelle (1), et il semble que c'est le cas de la croyance à la survie. En réalité, le Sino-Annamite' trouve tout naturel de croire que les morts vivent, invisibles, près des vivants. Cette croyance ne vient pas chez lui d’un acte de foi, du besoin d'espérer ou de celui d'expliquer le mystère de la vie; ce n'est pas une simple conviction irraisonnée, naissant d’un besoin du cœur ou de l'esprit; c'est une véritable certitude qui s'impose à lui avec l'évidence des réalités visibles et tangibles. Les parents qu'il a perdus, il les a revus en rêve; peut-être même at-il vu des apparitions ; il connait les incorporations, il y a souvent recours et les enfants eux-mêmes s’y amusent (2) ; des processions circulent dans les rues promenant des médiums insensibilisés… De tels spectacles sont fréquents au pays d’Annam : la

1. Cette définition est d’ailleurs mauvaise. V. Durkneim, La définition des Phénomènes religieux, Année Sociologique, no 2.

2, Ils cherchent à obtenir dans le corps d’un camarade l'incorporation d’un esprit; lorsque le patient devient insensible à la brülure d’un bâtonnet d'encens, toutle monde se sauve, etle petit médium, guidé, paraît-il, par l'esprit, se met à fouetter toutes les personnes

qu’il rencontre ou à balayer toute la maison.

croyance à la survie ne s'impose donc pas comme objet de foi; elle est acceptée comme le résultat visible et contrôlable d’une science expérimentale ; elle n’a done rien de surnaturel, ni de mystérieux : on croit que les disparus vivent près des vivants, comme on croit à la lumière du soleil ou à la pesanteur du plomb, et de même que la croyance à la fluidité de l’eau, à la lumière du soleil n’est pas une croyance religieuse, de même la croyance à la survie ne saurait être considérée, pour le Sino-Annamite, comme ayant un caractère religieux (1).

Nous faisons remarquer, d'ailleurs, à ceux qui ont encore des doutes, que cette croyance n'est pas essentielle au culte des ancêtres, puisque, dans le système des rites chinois, il serait né même si cette croyance n'avait pas existé : ce culte a pour but, nous l'avons démontré, de rappeler aux vivants le souvenir des morts ; il naît de la morale qui ordonne la fidélité au souvenir et de l’institution des rites qui est, en Chine, au service de cette morale ; il est presque indépendant de la croyance à la survie, qui vient lui donner une justification de plus sans pouvoir en altérer la nature. Ce qui le montre bien c'est que « les sacrifices funèbres sont offerts même quand le sacrificateur a peu de confiance dans leur efficacité ». Dans une gracieuse poésie recueillie par Stanislas Julien, un mari dit : « J'ignore si ces dons seront utiles aux mânes de celle qui n’est plus, mais au moins son époux lui aura payé un tribut d’amour et de regrets » (2). Le culte des morts est donc bien, en Annam et en Chine, un culte du

1. En somme, les Annamites sont des spirites. Or, le spiritisme n'est pas une religion : les spirites parlent de sciences occultes et font des expériences.

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