États-Unis d'Amérique
Il suffit de nommer cet État nouveau, tout européen , sur le sol de l'Amérique, pour rappeler quïl fut créé par des partisans de la réforme et de la liberté fuyant devant l'oppression et l'intolérance des partis. Si les émigrés anglais qui furent chercher un asile sur le continent de l'Europe, pendant les troubles qui viennent d'être retracés, rapportèrent dans leur patrie des semences de discorde et de haine, ceux qui se réfugièrent dans les solitudes de laPensylvanie trouvèrent paix et tolérance dans le Nouveau- Monde. Ils y fondèrent Philadelphie, la ville des frères , assurément le plus beau nom qui ait jamais été donné à une habitation d'hommes. Échappés aux orages sur cette côte lointaine, rappelés à la nature et à la destination pri-
1 Aujourd'hui que les Irlandais sont émancipés et qu'on se montre disposé à satisfaire à toutes leurs. exigences légitimes , il faut espérer que ces vieilles rancunes céderont à de meilleurs sentiments.
mitive du genre humain ., ces colons, qui avaient emporte avec eux des lumières, eurent le loisir de réfléchir sur l'origine et les droits des sociétés , sur les devoirs respect tifs des gouvernements et des peuples. Ayant d'ailleurs à organiser un corps politique tout neuf , ils durent s'occuper de préférence des éléments de la législation. Aussi nous est-il venu de là de beaux préceptes et des exemples plus beaux encore. On sait qu'après avoir reconnu sa dépendance de l'Angleterre , cette association d'hommes libres et énergiques de presque toutes les nations européennes voulut plus tard reprendre le droit de se gouverner ellemême. Louis XVI la seconda dans cette entreprise, et y envoya une armée. Les Français qui la composaient arrivèrent comme amis chez ces républicains , furent admis dans leur intimité, et virent pour la première fois ce spectacle si surprenant pour eux, de la simplicité des mœurs, de la paix évangélique parmi des hommes qui soutenaient leurs droits. Cela les fit réfléchir; ils comparèrent les principes et le gouvernement de leur patrie avec ce qu'ils observaient chez les descendants de Penn , et l'on sait combien ces Français, qu'un monarque avait fait soldats de la liberté, se montrèrent tels en effet pendant les premières années de notre révolution , qui doit beaucoup à la République américaine , laquelle est née au sein de la réformation.
Faible encore, la République des États-Unis de l'Amérique septentrionale n'a pu jusqu'ici exercer une influence directe sur le système politique de l'Europe. Mais qui peut calculer celle qu'elle acquerra un jour sur notre système colonial et commercial? Qui peut dire tout ce qu'il résultera , dans les deux mondes , de l'exemple séduisant de cette indépendance conquise par les Américains? Quelle assiette nouvelle ne prendrait pas le système politique , si cet exemple était généralement suivi? Et sans doute , il
finira par l'être. Ainsi, deux moines saxons auront changé la face du globe ! Le dominicain Tetzel vient effrontément prêcher les indulgences à la porte de Wittemberg ; le franc et véhément Luther s'en indigne , s'élève contre les indulgences, et l'Europe entière s'émeut, fermente, éclate. Un nouvel ordre de choses en résulte; des Républiques puissantes se fondent. Leurs principes , encore plus puissants que leurs armes , s'introduisent chez tous les peuples. Il eu naît de grandes révolutions , et celles qui en doivent naître encore sont sans doute incalculables*