Italie
Nous avons déjà parlé des raisons qui rendaient une réforme religieuse impraticable en Italie. Qu'on y ajoute le
ses enfants, que des amis dévoués étaient parvenus à faire sortir des couvents où ils avaient été enfermés.
Je cite ces faits authentiques de la chronique de mes ancêtres , pour montrer que les souvenirs auxquels "Villers fait allusion , n'existent pas uniquement chez les descendants des héros du Martyrologue de Crespin, mais dans les familles protestantes les plus infimes et les moins éprouvées par la persécution. Cela expliquerait bien un peu de fiel au cœur des Huguenots. Il n'en est rien pourtant, et je sais que mes coreligionnaires, affligés d'avoir usé de représailles , ne se souviennent que pour pardonner et pour prier le Seigneur de toucher le cœur de ceux qui regrettent les beaux jours de la persécution religieuse.
1 On se rappelle que le roi n'eut aucun égard à l'intolérant Mémoire de rassemblée générale du clergé de J780, contre les réformés, et qu'il en éluda les représentations par un compliment. Cette pièce a été réimprimée dans le tome ni des Mémoires histor. et polit, sur le règne de Louis XVI, par M. Soulavie. On y lit que : «L'hérésie, devenue chaque jour plus fière et plus entreprenante à l'ombre d'une longue impunité, ne se lasse point de déchirer le sein infortuné de l'Église, cette mère tendre et affligée» ; que: « Toutes les annales du calvinisme présentent une suite affligeante et non interrompue de conspirations, de guerres civiles, d'émeutes populaires» ... que: «L'autel et le trône seraient également en danger, si l'hérésie parvenait jamais à rompre ses fers. »
[Note de Vauteur.)
1 58 SUR LES JPRINGIPÀIIX JSTÀTS CHRÉTIENS.
voisinage du Saint-Siège , l'intérêt de toutes les 1 petites puissances italiennes à le ménager, et surtout la crainte des armées impériales, qui auraient impitoyablement saccagé: le premier État qui eût osé se montrer favorable à Luther. D'ailleurs, l'élégant Italien , qui encore aujourd'hui dit des protestants : non sono christiani, regardait comme des. barbares ces peuples du Nord chez qui s'opérait la réformation. Les plus éclairés y applaudissaient en secret; plus d'un prince se réjouissait de voir humilier le pape, mais aucun ne risquait de se montrer ouvertement. Ceux qui prenaient goût à la réforme, allaient en Suisse ou eu d'autres contrées pour s'y livrer à leur aise , comme les deux Socin de Sienne. L'Italie qui avait déjà perdu une si grande partie de son importance commerciale par la découverte de l'Amérique et du cap de Bonne-Espérance , acheva , par la réformation , de perdre celle que lui donnait la capitale de l'Église. Le premier de ces événements lui avait enlevé le commerce des épiceries et autres denrées de l'Orient ; le second lui enleva, en partie, celui des indulgences et des bénéfices. Les arts du dessin, ceux de la lyre , attachés à ce sol enchanteur, continuèrent d'y fleurir ; mais , pour la vraie civilisation et la haute culture de l'entendement , les peuples y restèrent en arrière des autres nations européennes. Les événements qui depuis ont agité l'Italie, ne tiennent que peu ou point à l'influence de la réformation.
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4 Pologne.
diirf Le latin généralement parlé en Pologne y donna un facile accès à la réformation. Elle y vint de la Bohême et de l'Allemagne et y fit de rapides progrès pendant la seconde moitié du seizième siècle. Le dernier des rois Jagellons, Sigismond H, dit Auguste, prince généreux, tolérant et
ami des lumières, se montra favorable a la nouvelle doc-^ trine. La majorité du sénat et de la noblesse l'avaient même ouvertement embrassée sous son règne. D'ailleurs la police peu rigoureuse des petites villes et du plat-pays j où chaque magnat, chaque seigneur s'attribuait une sorte de souveraineté, fit de cette contrée le lieu de refuge des sectaires les plus audacieux, proscrits même dans les pays protestants. Ils s'y retiraient en foule de la Moravie , de la Silésie, de la Bohême, de la Suède, de l'Allemagne et de la Suisse. Les deux Socin, oncle et neveu , y fondèrent la secte qui porte leur nom; secte fort répandue en Pologne, et dont le dogme principal est d'honorer Jésus- Christ comme un sage envoyé par Dieu , mais non comme une des trois personnes de la Divinité. Toutes ces sectes diverses qui ne trouvèrent en Pologne ni assentiment ni opposition de la part du gouvernement central , si ce n'est de Sigismond III , luthérien converti au catholicisme, n'y purent d'abord, vu cette tolérance même, prendre la vie , l'importance et le développement qu'elles prenaient ailleurs. Elles y restèrent opinions individuelles chez les nobles et les savants , et n'y produisirent aucune fermentation chez le peuple, composé de serfs ignorants. Tout se borna à des disputes théologiques et au nom de dissidents donné aux non - catholiques. Jl faut ajouter que lès deux partis témoignèrent longtemps un grand amour de la paix. Mais quand Charles XII, de Suède, vint à conquérir la Pologne , et qu'il s'y fut fait quelques partisans de toutes les croyances religieuses , comme il était luthérien , les sonpçons des catholiques se tournèrent sur ceux de cette secte ; la haine s'envenima, et les dissidentstransformés en parti politique furent obligés de prendre les armes pour se défendre et pour soutenir leurs droits. Dissident et partisan de la Suède devinrent synonymes. Cet événement acheva de jeter le trouble dans un pays que sa
constitution n'exposait déjà que trop à l'animosité des fa& tions , et où l'on n'oubliait pas que Gustave-Adolphe avait été le héros de la réforme. Quand Charles XII , le promoteur de ces nouvelles divisions , fut vaincu et affaibli , les catholiques devinrent persécuteurs , et les dissidents furent opprimés. La diète de 1717 leur enleva leurs droits politiques; on les écarta de la diète, de tous les emplois et professions ; plusieurs même furent conduits à l'échalaud pour leurs opinions religieuses. Depuis ce temps , l'aigreur des deux partis ne put se calmer , même lorsqu'il ne fut plus question d'une faction suédoise. Écraser les dissidents devint une maxime du gouvernement et du parti catholique. Les jésuites furent surtout employés à ce but , et s'acquittèrent de leur emploi avec une méthode qui fait honneur à leur sagacité. Ainsi , à une époque où les troubles religieux avaient cessé pour toute l'Europe , ils commencèrent dans la malheureuse Pologne. Ses voisins étaient depuis longtemps dans l'habitude de se mêler de ses affaires domestiques. Il n'échappa point à l'œil pénétrant de la grande Catherine , quand elle fut montée sur le trône de Russie, quels avantages sa politique pouvait tirer de ces divisions des Polonais entre eux. Dès 1764 , elle se déclara la protectrice des dissidents qui avaient réclamé son entremise. En 1768, un ministre et des soldats russes firent la loi à la diète, et arrêtèrent plusieurs de ses principaux membres. Les catholiques , désespérés , se confédérèrent à Baar et appelèrent à leurs secours les Turcs et les Français. La Turquie fit pour eux une guerre malheureuse aux Russes. La France se contenta de leur envoyer quelques officiers, ce qui ne les empêcha point de continuer la guerre civile qu'ils avaient commencée. Enfin la Russie , qui avait fait entrer dans ses vues la Prusse et l'Autriche, procéda à un premier partage du territoire de la Pologne, lequel fut suivi d'un second, et bientôt d'un troisième qui eftaça
définitivement cette contrée de la liste des États européens.