Russie
La part du lion que la Russie a tirée de la Pologne est l'événement politique le plus important par lequel l'influence de la réformation et des troubles religieux de l'Europe s'est fait sentir à ce pays. Il faut bien cependant faire entrer encore en ligne de compte quelques idées d'administration et de gouvernement que Pierre Ier prit en Hollande et en Angleterre. Surtout il ne faut pas oublier que son génie fut réveillé , que son esprit fut éclairé par un enfant de la réforme, par le Genevois Lefort, qu'on peut regarder comme le véritable législateur de la Russie. Au reste, du temps de la réformation, cet Empire, attaché à l'Église grecque, ne prenait aucune part aux dissensions de l'Église d'Occident. Mais Pierre Ier, après avoir vu ce qui se pratiquait chez les princes protestants, opéra à son retour une réforme dans l'Église russe , dont il se déclara le chef suprême, et la protestante Catherine II, élevée à la cour libérale de Rrunswick , • continua son œuvre civilisatrice. La tolérance des czars attira dans plusieurs provinces de leur vaste Empire des colonies de sectaires, tant de nos contrées méridionales que de la Pologne , de l'Allemagne et de la Hollande. Les anabaptistes , les frères moraves y ont plusieurs établissements. Là se sont aussi propagées , sous le nom de Raskolniques , de Théodosiens, de Philippons , des sectes de chrétiens ascétiques , qui mènent une vie conventuelle et n'ont pas seulement l'enthousiasme et la ferveur des anciens cénobites , mais , si nous sommes bien informés , des mœurs qui ont attirés sur eux les rigueurs du gouvernement russe. Plusieurs Hollandais avaient même établi, dans les premières années du règne de Catherine II, des colonies florissantes sur les rives du
Wolga. Le brigand Pugatschew, qui s'était fait passer pour l'empereur Pierre III, les a exterminées.
§ 2. Situation extérieure et respective des États de l'Europe entre eux.
Avant le cinquième siècle de notre ère , la plus grande partie de l'Europe était romaine , et par là soumise à une certaine unité d'action. Ce qui n'était pas romain cherchait à maintenir son indépendance contre l'ennemi commun de toutes les nations, et à cela se bornait tout le système politique du temps. Lorsque les peuples du Nord et du Nord -Est envahirent le Sud et l'Ouest , un chaos qui dura plusieurs siècles confondit tout en Europe. Les hordes errantes des nouveaux conquérants fondaient des empires d'un jour, détruits bientôt par de nouvelles hordes qui poussaient les anciennes en avant. Peu à peu cependant ces oscillations irrégulières se ralentirent, et des peuplades se fixèrent en Germanie, en Italie, en Ibérie, en Angleterre et dans les Gaules. Ils y formèrent des espèces de fédérations dont les limites et la constitution variaient souvent , et où le droit du plus fort était à peu près le seul droit public. Cependant les chefs de ces agrégats anarchiques où chaque possesseur de fief tranchait du souverain, affermirent à la fin leur autorité suzeraine , réduisirent un nombre de petits princes à la condition de sujets , et fondèrent ainsi des monarchies et des empires. Mais durant les faibles commencements de ce nouvel ordre de choses , la confusion et l'anarchie étaient grandes encore. Les rois goths d'Espagne se battaient contre les rois maures venus d'Afrique ; les rois de France avaient sur les bras les ducs de Bretagne, de Bourgogne, de Lorraine et les rois d'Albion, leurs feudataires; l'Italie souffrait d'éternelles invasions et de conquêtes suivies de revers ; la Hongrie était
livrée aux Musulmans et aux Impériaux ; l'Allemagne voyait ses princes se faire des guerres sans but comme sans fin. Il y avait donc autant de systèmes politiques en Europe que de groupes d'États , et le désordre régnait dans chacun de ces systèmes. L'intérêt du moment , l'intérêt local décidait de tout; chacun ne pensait qu'à son danger ou à son dessein actuel; les alliances étaient peu durables; le regard de l'homme d'État dépassait rarement les frontières d'un pays; la Hongrie n'était rien pour l'Angleterre, la Suède rien pour l'Espagne; les corps politiques n'étaient pas encore dans ce contact universel , qui fait aujourd'hui de l'Europe une confédération d'États , laquelle embrasse l'Ancien et le Nouveau-Monde. On voyait bien se former des alliances momentanées; mais elles étaient la plupart sans consistance , sans plan fixe et durable. Qu'on lise , pour s'en convaincre , l'histoire de la plupart de ces alliances; celle, par exemple, de la ligue de Cambrai , dont notre loyal Louis XII fut la dupe1. Cependant , il faut en convenir , la multiplicité des négociations et des ligues passagères de cette époque décèle le besoin généralement senti de se lier , de s'appuyer réciproquement , de s'étayer de principes. Les systèmes partiels avaient déjà trouvé à peu près leurs centres de gravité; le système total cherchait le sien.
Il a déjà été dit que les croisades avaient pour la première fois accoutumé les peuples occidentaux à une réunion générale, à une sorte de fraternité européenne. Le catholicisme produisit constamment ce bon effet. La mo-
i En 1508 j ce bon prince avait eu l'imprudence de se joindre à Jules II , à Ferdinand-le-Catholique et à Maximilien Ier, pour humilier Venise, son allié naturel, sans prévoir que, ce but atteint, le pape se liguerait avec l'empereur, le roi d'Espagne et Venise, pour écraser la France. Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre !
narchie pontificale apprit aux princes et aux peuples à se regarder tous comme compatriotes, étant tous également sujets de Rome. Ce centre d'unité a été, durant des siècles, un vrai bienfait pour le genre humain. Mais il empruntait sa force de l'opinion et de la condescendance des princes. Depuis que des abus trop grands eurent soulevé l'opinion , que des princes eurent humilié les papes, qu'un long schisme eut offert à l'incertaine chrétienté le spectacle de plusieurs pontifes qui prétendaient simultanément à la même puissance , et de conciles qui se prétendaient audessus des pontifes , ce centre d'unité perdit sa force attractive', et le système général, qui s'en détachait insensiblement, fut menacé de retomber dans le chaos. Cependant des masses s'étaient formées , assez puissantes pour devenir des centres d'action. L'Autriche qui prédominait alors, la France, l'Angleterre, l'Espagne, avaient acquis une grande consistance intérieure ; ces corps puissants étaient en présence l'un de l'autre, et il ne s'agissait plus que d'un événement décisif pour les mettre en contact , les rendre rivaux ou amis, en un mot, les lier étroitement. Cet événement fut la réformation et les guerres auxquelles elle donna lieu.
L'intérêt nouveau que cette révolution religieuse fit éclore dans les esprits, devint une affaire générale pour toute la chrétienté. Des États qui auparavant existaient à peine les uns pour les autres , commencèrent alors à éprouver une sympathie qui en prépara l'union. La France s'allia à la Suède, l'Angleterre à la Hollande, la Bavière à l'Esr pagne. Les vues , en s'étendant , firent prendre des précautions. L'intérêt, devenu commun, exigea des mesures communes. Les desseins de la maison d'Autriche s'étaient fait voir à découvert, et on leur avait résisté ouvertement. Trouver un contre-poids qui pût équivaloir à cette puissance ambitieuse, et l'empêcher de s'élever à son gré, de-
vint l'affaire la plus importante de l'Europe nouvellement coalisée. De là l'idée féconde d'un équilibre entre les puissances européennes ; idée qui fut l'âme des négociations de Westphalie, et devint une considération majeure dans toutes les affaires publiques de l'Europe, depuis le traité qui en fut le résultat.
Alors l'Autriche , avec les États catholiques , pesait sur un des bassins de la balance , tandis que les puissances qui avaient combattu pour la réforme , y compris la France, pesaient sur l'autre. L'équilibre européen ne fut donc , en principe , que l'opposition du parti catholique et du parti réformé. Bientôt survinrent de nouvelles circonstances qui lui donnèrent un autre aspect ; mais toujours on voit en présence les deux partis catholique et protestant , luttant entre eux à chances à peu près égales.
Avant que les États de l'Europe se liassent en un système général, l'Italie et l'Allemagne formaient des confédérations particulières , au sein desquelles on cherchait à maintenir un certain équilibre et à contenir un parti par l'autre. Il est possible que cet équilibre partiel ait été le type de l'équilibre général ; mais ce dernier découle de vues plus vastes et plus précises. La politique qui , en Italie particulièrement , avait été jusqu'alors un tissu de fourberies , d'intrigues , de cruautés et de bassesses , devint plus large et plus libérale ; ses principes furent plus évidents , mieux connus ; le plus grand nombre des gouvernements puissants qui prirent part aux négociations par leurs ministres, s'éclairèrent mutuellement. Parmi ces gouvernements , quelques-uns étaient pleins de loyauté et de franchise ; l'esprit italien fut peu à peu banni des cabinets. Sans doute qu'ilentre encore quelque peu de fourberie dans la politique , et qu'on se trompe encore par-ci , par-là ; mais se tromper réciproquement n'est plus aussi facile, ni même aussi nécessaire. Depuis la lutte longue et universelle où
i 66 SUR LÉS PRINCIPAUX ÉTATS CHRÉTIENS .
toutes les puissances se trouvèrent engagées par la réformation , on vit que la vraie politique consistait dans la force réelle , et que celle-ci avait sa source dans la prospérité de l'État , le commerce , l'esprit public et le dévouement des citoyens. La force et les ressources de chaque État sont connues de tous les autres. La statistique rend de plus en plus cette connaissance exacte , et il n'est désormais guère possible de s'en imposer mutuellement. Chacun sent qu'il est nécessaire de soutenir son allié contre des entreprises ennemies , et que le faible doit être protégé contre le fort. L'égoïsme exclusif a cessé d'être l'esprit dominant de la politique européenne; on observe, on réprime celui qui veut s'élever ; on relève celui qui est près de succomber ; l'élévation démesurée de quelque puissance ne fait que resserrer le lien qui unit les autres entre elles. Les États même les moins considérables ont acquis dans ce système une importance réelle : surveillance et bienveillance au dehors , développement de toutes les forces par une bonne administration au dedans , telle est, en général , la nouvelle tendance qu'a prise la politique depuis le grand conflit amené par la réformation.
Première période , de 1520 à 1556.
Charles-Quint et François Ier sont les deux acteurs principaux des événements de cette période. L'accroissement colossal de la puissance autrichienne fut la première occasion qui fit sentir aux autres États la nécessité de s'allier étroitement contre elle. Dès lors le rôle de la France fut indiqué , et son monarque devint, par la nature des choses, le rival le plus redoutable de Charles. Mais effectuer l'alliance des États intéressés , et faire agir cette confédération avec l'efficace et l'énergie requises , n'était pas aisé. La réformation vint en donner les moyens , et par elle l'op»
position européenne s'organisa facilement. Henri VIII, qui aurait pu y occuper un rang honorable , tergiversa , soit qu'il craignît de paraître subordonné à François Ier, soit qu'il fût trop occupé de maîtresses et de théologie. En revanche , François Ier fit entrer la puissance ottomane dans le nouveau système. La France , la Turquie et les princes protestants du Nord , telle fut la première coalition destinée à faire contre-poids à l'Autriche allemande, à l'Espagne et à la Bourgogne. Ces deux masses opposées se groupaient, l'une autour du parti protestant , l'autre autour du parti catholique en Allemagne. On sentait généralement que l'équilibre dans l'Empire déciderait de l'équilibre dans le reste de l'Europe, et que, si Charles-Quint triomphait des princes protestants , sa puissance deviendrait irrésistible. Henri H, qui succéda à François Ier, s'allia étroitement à Maurice de Saxe. Enfin , en 1556 , le redoutable Charles disparut du théâtre des événements , s'enferma dans un cloître et sépara ses États d'Allemagne de la monarchie espagnole et de la Bourgogne. De là un changement dans le système européen.
Seconde période, de 1556 à 1603.
Philippe II d'Espagne et Elisabeth d'Angleterre sont les deux grands personnages de cette période. Le paisible Rodolphe II laisse respirer l'Autriche et le reste de l'Allemagne. L'Espagne combat pour le papisme , l'Angleterre et les Provinces-Unies , révoltées contre Philippe , pour la réforme. A peine née , la République des Provinces-Unies se plaça au rang des premières puissances. Le ressort trop tendu de l'oppression avait provoqué en elle la réaction du ressort de la liberté ; les efforts faits pour la soumettre n'eurent d'autre effet que d'amener plus tôt le développement de ses forces. Si la France alors n'eût pas langui sous des princes faibles, qui semblaient n'avoir de l'éner-
gie que pour alimenter les factions, se prêter au fanatisme et poursuivre leurs sujets réformés ; si elle n'eût été réduite au rôle contradictoire et pénible de soutien de la réforme au dehors , et de son bourreau au dedans , nul doute qu'elle n'eût pu facilement seconder la ligue batave et se l'attacher pour jamais au détriment de l'Angleterre. Celle-» ci a bien su depuis tirer parti de ce dévouement de la Hollande que la France avait dédaignée. Il serait superflu de détailler ici tout ce que nous y avons perdu pendant deux siècles , et tout ce que nos rivaux y ont gagné. Tout le monde le sait.
Dans la période précédente , les armées de terre décidaient du sort de la guerre. Dans celle-ci , la position géographique des combattants exige des flottes , et le phénomène de puissances maritimes , s'entre-choquant sur les mers , se montre pour la première fois dans l'Europe moderne. Depuis ce temps , les armées navales eurent plus d'importance que les armées de terre. Les marchands de la Hollande s'emparèrent d'une bonne partie de la navigation des deux mondes , et firent voir ce que pouvait devenir un État commerçant avec le seul secours de ses vaisseaux. L'esprit religieux avait donné naissance à la nouvelle République , et la République donna naissance à l'esprit de commerce , qui peu à peu fit perdre au premier de son influence , et finit par régner à sa place.
Dans la lutte qui remplit cette période , l'opposition des deux partis religieux est plus marquée que jamais , puisque l'un est catholique , et l'autre protestant. Or , comme le parti catholique combattait pour l'autorité royale contre des sujets rebelles , et que le parti protestant combattait pour le soutien de ces mêmes rebelles et pour là fondation d'une République , il s'établit depuis , comme une maxime d'État , que le catholicisme était le meilleur appui du pouvoir absolu , tandis que le protestantisme favorisait la xé-
bellion et l'esprit républicain1. Encore de nos jours on n'ôterait pas cette maxime de la tête de certains hommes d'État. Elle peut avoir son côté vrai ; mais nous avons déjà t'ait voir en quel sens.
La puissante Elisabeth meurt après Philippe ; les Provinces-Unies subsistent par elles-mêmes; une nouvelle époque se prépare dans l'équilibre européen.
Troisième période, de i603 à 164S.
La période précédente n'avait été qu'un entr'acte des longs troubles d'Allemagne , entr'acte que remplirent les scènes de la liberté hollandaise et les guerres civiles de France. Après six années de guerre , et trois de trouble et d'incertitude, la ligue de Smalcalde avait obtenu de Charles-
4 Dans une note précédente nous avons établi que rien n'était moins fondé que cette assertion imaginée par un parti qui ne reculait devant aucun moyen pour arriver à l'extirpation des hérétiques. Le catholique d'Irlande , quoique moins opprimé que ne le fut le protestant de France , était-il naguère beaucoup plus maniable que le camisard. et les protestants ont-ils jamais inféré de ses doléances que le catholicisme favorise la rébellion? Les fauteurs du système de dénigrement inventé pour écraser le protestantisme . sont bien coupables et bien maladroits. Pensent-ils sérieusement que la haine aveugle fondée sur l'imposture, soit un moyen efficace de faire revenir a eux les protestants ? Ne les inquiétez pas et vous verrez 'ils sont portés à la rébellion. Je n'en veux d'autres témoins que 'ancien archevêque de Malines et Frédéric IL «Sous le double rapport de l'influence des prêtres et de l'influence du culte, dit le premier, la religion protestante est beaucoup plus avantageuse à la société que la catholique, y Bu jésuitisme ancien et moderne, par JPr de Pradt, p. 36. «Il est important, dit le second, que la religion protestante soit toujours la dominante dans un État, et que les autres ne fassent pas beaucoup de progrès; c'est celle qui convient le mieux à tous les gouvernements; son régime favorise le travail et la population ; elle s'accommode mieux avec toutes les autres sectes ; ses ministres sont sans importance, ils coûtent peu et ils sont sans influence politique. » Dernières pensées du grand Frédéric, écrites de sa main. Berlin 1785. Nous croirions, au surplus, faire injure au catholicisme en admettant qu'il soit le
Quint , fatigué , affaibli , la paix d'Augsbourg . qui date de 4553 , mais qui ne fut consolidée qu'en 4555, peu de mois avant l'abdication de l'empereur. En 4648 , la guerre se ralluma entre l'empereur et les princes protestants et dura msqu en 4648.
L'Espagne était retombée dans l'inertie. L'Angleterre était agitée des convulsions terribles dont il a été fait mention à l'article relatif à cette puissance. Henri I V était monté sur le trône de France ; mais les premières années du règne de ce grand prince avaient été consumées à rétablir ce que tant de secousses avaient bouleversé dans l'intérieur du royaume. Si la Providence eût voulu le laisser encore aux peuples dont il était l'idole , quels maux son génie n'eût-il pas épargnés à l'Europe ! Il eût sans doute empêché ou abrégé la guerre de trente ans. Déjà il avait rendu à la France son importance en la remettant à sa place naturelle , c'est-à-dire en présence de l'Autriche , qu'il voulait contenir. Il était redevenu le protecteur du parti protestant en Allemagne , et avait résolu de maintenir la paix et l'équilibre dans la république européenne. Qui pourrait déterminer l'influence sur le monde de ce héros, secondé de Sully! On sait le projet de paix qui, dans la tête de l'abbé de Saint-Pierre, pouvait n'être qu'un rêve , mais qui , dans celle d'un puissant monarque , avait au moins des chances d'être réalisé. Henri fut enlevé au monde au milieu de sa belle carrière. La France retomba après lui dans un état de faiblesse et d'anarchie déplorables. Elle s'allia à l'Espagne qui lui avait fait tant de mal, et devint le jouet des petites intrigues de la cour italienne de Marie de Médicis. Ce ne fut qu'en 4624 que Richelieu
meilleur appui du pouvoir absolu tel qu'il est rêvé par un certain parti. Le catholicisme a ses racines dans l'Évangile comme le protestantisme, et bien entendu, il ne sera, pas plus que le proies^ tantisme, l'instrument servile d'un despote.
s'appliqua efficacement à son salut. Ainsi elle ne put jouer aucun rôle au commencement de cette période.
En 1630 , la Suède se montra sur le théâtre de la guerre en Allemagne , et bientôt la France y parut avec elle. Les armées des deux nations rivalisèrent de courage , et leurs chefs de talents. Cependant il ne faut pas se dissimuler que le rôle des Suédois , qui combattaient franchement pour la cause de leur religion , fut plus soutenu , plus constamment héroïque que celui de la France. IA\utriche , l'Espagne , le pape , la Bavière et quelques petits États catholiques d'un côté ; la France , la Suède et les États protestants d'Allemagne de l'autre , voilà les deux groupes principaux de l'équilibre européen vers la fin de cette période jusqu'à la paix. L'Autriche y vit son sort fixé. La France et la Suède devinrent les garants d'un traité qui réglait l'ordre futur de l'Empire. Toutes deux s'approprièrent des lambeaux de l'Allemagne qu'elles étaient venues défendre : la première , les Trois-É vécues et l'Alsace ; la seconde, les évêchés de Brème et de Verden , une partie de la Poméranie , quelques ports et îles de la Baltique.
Après la paix, la Suède déclina et la France s'éleva. L'équilibre des États de l'Europe subit de nouvelles modifications ; mais l'influence immédiate de la réformation cessant de s'y manifester , nous ne nous en occuperons pas. L'intérêt religieux n'est plus le principe dominant des cabinets. L'ambition de Louis XIV r la succession d'Espagne, les colonies , l'affermissement de la Prusse , l'intervention de la Grande-Bretagne dans les affaires du continent, d'autres événements encore viennent préoccuper les es^ prits. Néanmoins le maintien de l'équilibre continue d'être la, loi fondamentale de la politique européenne ; et de nos jours , où des événements nouveaux avaient troublé quelques instants cet équilibre , nous voyons les chefs des peuples s'empresser de le rétablir sur ses anciennes bases.
m RÉSULTATS DE LA RÉFORMATION