‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 32 sur 63 · SUR LE PROGRÈS DES LUMIERES · texte numérisé non relu

SUR LE PROGRÈS DES LUMIERES

lumières , et qu'un événement qui a contribué à délivrer l'esprit humain d'un tel adversaire doit être compté pour une des plus heureuses époques de la culture intellectuelle des peuples modernes. Le système opposé d'examen et de critique , établi parla réformation, est devenu l'égide sous laquelle les Galilée des siècles postérieurs , les Kepler, les Newton, les Leibnitz , les Hevel, les Laplace enfin, ont pu en assurance développer leurs hautes conceptions.

Mais dans cette carrière immense parcourue par l'esprit humain depuis trois siècles , comment discerner la part de la réformation ? Tant de causes ont concouru à la culture intellectuelle de cette période ! La réformation , ainsi qu'il a déjà été observé , n'a été elle-même qu'un premier effet du retour des lumières. Cependant cet effet doit être devenu cause à son tour ; il a du influer sur les événements postérieurs. Mais dans quelle mesure , et de quelle manière ? La réformation a-t-elîe accéléré , a-t-elle retardé la marche de l'esprit humain ? Lui a-t-elle été favorable ou nuisible ? On a soutenu l'une et l'autre opinion. Faut-il adopter l'une des deux ou peut-on rester entre les deux extrêmes ? L'auteur du présent essai va énoncer franchement son avis sur ce point , et chercher à le justifier.

Fille des lumières renaissantes , la réformation n'a pu qu'être favorable à leur progrès. Mais cet enfant de la lumière fut conçu au milieu d'un chaos de principes opposés. Dominée par les passions du jour, défigurée par l'ignorance et la superstition de ses propres partisans , la réformation , qui ne tendait originairement qu'au bien , a été la source de beaucoup de maux. Le bien qu'elle a produit est un résultat de l'esprit qui fait son essence; les maux qu'elle a occasionnés dépendent , pour la plupart , de la résistance qu'on lui opposa et d'autres incidents. On doit donc ici considérer deux choses qu'il est impossible de confondre sans injustice, savoir, l'impulsion mo-

raie donnée primitivement par la réformation, -et la secousse qui en résulta quand à cette impulsion primitive vinrent se mêler tant d'autres qui la modifièrent et la dénaturèrent ; en un mot, il faut considérer dans la réformation l'esprit et l'événement , l'intention et le fait.

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