‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 42 sur 63 · DEPUIS MAHOMET JUSQU'A" HILDEBRAND. — DE 604 A · texte numérisé non relu

DEPUIS MAHOMET JUSQU'A" HILDEBRAND. — DE 604 A

L'autorité da siège romain devient prédominante en Occident, tant au spirituel qu'au temporel.

Dans la période précédente , on a vu fondre sur l'Empire romain une nuée de peuples du Nord, lesquels , vainqueurs à la fin des fameuses légions victorieuses du monde , poussèrent leurs exploits jusqu'à détruire l'Empire d'Occident , et a affaiblir l'Empire d'Orient. Le commencement de la troisième période est marqué par une invasion à peu près semblable , mais de peuples méridionaux , et par conséquent de mœurs et de caractère différents des premiers. Lès armes de ces nouveaux conquérants étaient destinées à renverser ce qu'il restait de l'œuvre des Césars. En effet, dans la suite des temps, l'Empire d'Orient tomba sous leslcoups des sectateurs de Mahomet, et les Arabes fanatisés par ce prophète, pénétrèrent, par l'Espagne, jusqu'au centre des Gaules.

Mahomet mourut, en 632, maître de l'Arabie et d'une partie de la Syrie, après avoir fondé une religion et un État étroitement unis entre eux, sous l'adoration €$$

Dieu unique et tout-puissant. Avec quelques dogmes simples et qui satisfaisaient à tous les besoins de l'esprit de ces hommes ardents et peu civilisés , les successeurs du prophète, les califes, étendirent leurs conquêtes, et gouvernèrent leurs vastes États avec beaucoup de modération et de sagesse. Ils tolérèrent toutes les sectes des chrétiens, qui passaient à leurs yeux pour les adorateurs d'un très-grand prophète, précurseur du leur. Mais surtout ils s'allièrent avec les jacobites et autres sectes orientales , dont la haine invétérée contre les Grecs et les Romains , leurs oppresseurs , fut d'un merveilleux secours à l'islamisme; Ces chrétiens, se propageant en paix sous leurs nouveaux maîtres , s'étendirent dans la Perse , les Indes, la -Tartane et la Chine. • imi

Pendant que l'orage de l'islamisme naissant grondait à la frontière méridionale de l'Empire, Phocas, son indigne chef, le révoltait par ses débauches et ses cruautés. Rétàclius, qui lui succéda, fit plus pour le bonheur de ses sujets et aussi peu pour le salut de l'Empire. L'affaire la plus importante de son règne , fut celle de l'opinion religieuse qu'on a nommée le monothélisme, ou la doctrine d'une seule volonté. On avait combattu longtemps pour les deux personnes de Jésus, puis pour ses deux natures. Enfin, étant tombé d'accord qu'il y avait en lui deux natures, la question s'éleva s'il fallait aussi que chaque na~ ture eût sa volonté particulière , et si Jésus avait eu en effet deux volontés, l'une comme Dieu, et l'autre comme homme; ou bien s'il n'en avait eu qu'une seule, vu l'étroite union des deux natures. C'est pour ce dernier parti que l'empereur se décida , et il fit triompher le monothélisme , vivement soutenu par Sergius, patriarche de Constantinople , mais réprouvé par le vieux Sophronius, patriarche de Jérusalem , celui qui mourut au moment où les Sarrazins s'emparaient de son siège. Ces opinions sur la simple

et la double volonté de Jésus-Christ troublèrent longtemps la société chrétienne. Héraclius publia en vain l'édit appelé Ekthèse , et Constant II l'édit connu sous le nom de Type1. L'exil de l'orgueilleux pape Martin II, qui avait fait con^ damner l'Ekthèse, put seul calmer momentanément l'ardeur de la dispute. Le fils de Constant , Constantin-le-Barbu , assembla enfin, en 680, le sixième concile œcuménique à Constantinople, où le monothélisme et tous ses partisans furent anathématisés , y compris le pape Eonorïus, mort de^ puis longtemps , et qui s'était montré favorable à l'opinion d'une seule volonté. Les monothélites de l'Empire , exaspérés par cette condamnation , se réfugièrent chez les Sarrazins , qui les laissèrent s'établir en paix dans les solitudes du Liban , où ils subsistent encore sous le nom de Maronites. L'empereur, au reste , qui avait convoqué le concile , le présida comme chef suprême de la chrétienté; le patriarche de Constantinople était assis à sa droite , et les légats de Rome à sa gauche.

Les pertes que , par les conquêtes des Sarrazins , l'Église avait faites en Orient, portèrent les pontifes romains à étendre leur puissance en Occident. La terreur que le cimeterre musulman avait jeté dans tous les États chrétiens de cette contrée, favorisa singulièrement ce dessein. Le trône papal a plus d'obligation qu'on ne pense à Mahomet et à ses successeurs. Mais , pour affermir en Occident un Empire où le temporel se fondait sur le spirituel , le pape avait besoin de missionnaires zélés, éloquents , infatigables ; et c'est surtout en Angleterre, alors dévote et catholique , qu'il chercha des apôtres pour convertir les Saxons ,

{VEhthèse, publiée en 638, défendait d'agiter la question de savoir s'il y avait une ou deux volontés en Jésus-Christ, et enseignait en même temps qu'il n'y en avait qu'une , savoir la volonté du Verbe divin. L'édit nommé Type ou Formulaire , publié en 648,

supprimait l'Ekthèse et ordonnait le silence sur les querelles qu'el ava'.t agitées.

elle

les Francs et autres idolâtres d'origine germanique. Co lum* ban, Gallas, Kilian furent tirés des cloîtres d'Irlande pour aller prêcher les nations du continent. Ms trouvèrent dans Pépin d'Béristal un protecteur puissant. L'Anglo-Saxon Willibrod travailla simultanément, et sous les mêmes auspices , à la conversion des Frisons et des Flamands. Les pontifes romains furent pleins d'égards pour ces missionnaires. Grégoire H, après s'être -attaché ainsi le moine anglais Winfried, l'apôtre de la Germanie, connu sous le nom de Boniface, lui fit jurer foi et hommage au siège et à l'Église de Rome, puis l'envoya chez les Hessois , les Thuringiens, les Francs, les Bavarois et les Saxons. Mais quel christianisme prêchaient tous ces envoyés? L'obéissance au piape , la dotation des églises , des monastères et du clergé étaient la voie la plus directe pour arriver au salut , le moyen infaillible de se racheter de tous les crimes. Cependant il faut dire aussi que ces missionnaires apportaient quelques lumières et quelque civilisation aux barbares qu'ils convertissaient, et si leur enseignement n'était pas exempt de superstition , il valait toujours mieux que la mythologie du Nord.

De toutes les scissions religieuses , la plus déplorable fut celle qui concerne le culte des images au huitième siècle. La disposition à honorer les images de saints personnages, existait depuis longtemps chez les chrétiens. Elle avait été regardée, tantôt comme une disposition pieuse, tantôt comme une superstition , tantôt comme une chose indifférente. En Occident surtout, où les prêtres avaient affaire à tant de barbares et de peuples grossiers, les images étaient d'un merveilleux secours pour frapper les sens et exciter à la dévotion. Les moines s'étaient appliqués à une peinture et à une sculpture informe , mais suffisante pour ces temps, et ils s'étaient mis en possession d'un commerce d'images trèslucratif. Celles d'ailleurs qui ornaient leurs églises,, et à qui

ils ne manquaient pas de prêter des vertus miraculeuses , y attiraient la foule et les dons. En voilà assez pour sentir com* bien le clergé, depuis son chef jusqu'au plus humble clerc, devait tenir aux images et au culte qui leur était rendu. L'empereur Léon l'Isaurien s'avisa de vouloir l'interdire , dans les intentions les plus droites. Il sentit bientôt combien il est difficile de s'attaquer à l'intérêt de ceux qui ont le pouvoir de remuer les consciences. Il y eut des soulèvements et des révoltes. Le sang coula de tous les côtés; l'empereur passa pour l'antéchrist qui venait détruire la religion , tant les idées de cette religion pure et sublime étaient déjà altérées. L'empereur eut beau convoquer des conciles et déposer son patriarche: il perdit toute considération , toute tranquillité , l'exarchat de Ravenne et le reste de sa puissance en Occident. Ses partisans furent anatlîématisés sous le titre d'iconoclastes, et ses successeurs se trouvèrent dans des embarras inextricables, jusqu'à ce que l'ambitieuse Irène, avide de popularité, eût restitué à la multitude ses chères images , et trouvé une vraie croix à lui faire adorer. A l'occasion de cette longue guerre des images, les pontifes romains se jetèrent dans les bras des princes lombards , puis du Français Pépin-le-Bref> sur la tête duquel, sous le prétexte qu'il en était plus digne que le roi Qiildéric, le pape Zachar ie affermit une couronne usurpée. Après avoir préludé de la sorte au droit qu'ils s'arrogèrent plus tard de donner les couronnes, les papes se lièrent intimement avec les monarques francs. Etienne III, successeur de Zacharie, appela Pépin à son •secours contre les Lombards. Pépin vainquit les Lombards et lit présent d'une partie de leur royaume aux pontifes qui l'avaient mis en possession d'une couronne. C'est de là que date la puissance souveraine des papes sur une portion de l'Italie. Le fils de Pépin , ce Charles vraiment digne du surnom de Grand, parce qu'il lut un homme de

lumière dans un siècle de ténèbres , eut encore occasion d'aller au secours du pape Adrien iery contre les mêmes Lombards. Il détruisit leur domination, et confirma la donation de son père en faveur du Saint-Siège. Peu d'années après , en 800 , il fut couronné à Rome par le pontife reconnaissant, et proclamé empereur romain d'Occident. Ainsi renaquit , après plus de trois siècles d'extinction , l'Empire des Césars, qui a subsisté jusqu'à nos jours.

Charles ne borna pas son zèle pour l'Église de Rome à écraser les Lombards, il voulut encore anéantir le culte êrIrmensul chez les Saxons, et leur fit pour cette fin une guerre sanglante qui dura trente - trois ans. Son seul tort envers l'orthodoxie papale a été de n'être point favorable au culte des images qu'il proscrivit. Il s'efforça de réprimer les désordres du clergé et de le rendre plus instruit; entreprise difficile, où l'historien Paul Wamefried et le sayant Aleuin se sont immortalisés en secondant les intentions de leur prince. Charlemagne , au reste , gouverna l'Église comme faisant partie de son État, en législateur et en souverain. Il mit un abîme entre l'Église latine et l'Église grecque, en faisant déclarer par le concile d'Aix-la-Chapelle, en 809 , que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils, dogme en horreur aux bons Orientaux, qui voulaient que le Saint-- Esprit ne procédât que du Père.

Mais le prince qui avait élevé si haut les papes, meurt ^et emporte avec lui la vigueur et le jugement nécessaires pour les contenir et les empêcher de monter plus haut encore. Louis - le - Débonnaire fut le faible fils d'un grand homme et le plus infortuné des pères. On le vit , à Atligny, faire pénitence à genoux devant les prélats de son royaume. Et quel triomphe, quelle perspective ouverte pour l'avenir aux yeux de l'artificieux Grégoire IV, lorsqu'il vit les trois fils rebelles, se disputant la dépouille de leur père, le prendre pour juge de leur différend et le reconnaître ainsi

pour l'arbitre souverain des têtes couronnées! Ici commence l'époque où l'épiscopat romain devint une cour réelle, et où la cour de Rome travailla le plus activement à l'accroissement incompréhensible de sa puissance. Bientôt, à l'occasion d'un différend entre un archevêque de Reims et un évêque de Laon, son neveu, dont il voulait reprendre les mauvaises mœurs, parurent pour la première fois les fausses décrétâtes, attribuées à Isidore de Séville, et fabriquées probablement à Mayence sous la direction de quelque évêque dévoué à Rome. Les bévues et les contradictions historiques qui s'y trouvent en ont fait reconnaître l'évidente fausseté. Mais elles n'eurent que trop d'autorité dans ces siècles d'ignorance, surtout lorsque le pape Nicolas Ier les eut formellement reconnues pour authentiques. Leur but principal était d'affaiblir l'autorité des métropor litains, de soustraire les évêques à leur discipline, de faire ressortir ceux-ci immédiatement à Rome; en un mot , d'établir sans réserve la monarchie spirituelle des papes. Les évêques y trouvaient mieux leur compte qu'à être surveillés et contenus par des censeurs trop voisins d'eux et jaloux de faire valoir leurs droits. Avec des présents M?jÛP l'intrigue ils pouvaient étouffer toutes les accusations à Rome. Ce que les évêques pensaient des métropolitains, le clergé inférieur et les moines le pensaient des évêques. Chacun aimait mieux ressortir directement à Rome qu'à une juridiction plus sévère et plus clairvoyante par son voisinage. Chacun travaillait donc avec ardeur à l'accroissement du pouvoir immédiat des papes qui s'y prêtaient complaisamment. Les princes , de leur côté , s'accommodaient aussi de ces fausses décrétâtes. Ils aimaient à abaisser les premiers de leurs prélats et craignaient de voir prendre aux métropolitains une trop grande autorité au sein de leurs États. Il leur paraissait préférable de céder une autorité encore plus grande à un: pdntife' étranger, dont le

voisinage ne les offusquait pas, et que d'ailleurs ils s'accoutumaient à regarder comme un prince temporel, leur collègue. Une cruelle expérience les éclaira plus tard sur les dangers de cette politique; mais quand ils voulurent y apporter remède , le mal était devenu incurable, ils ne firent plus que l'accroître en l'irritant , et leur résistance contribua autant que leur condescendance à rétablissement de "la • monarchie papale.

Depuis la naissance du christianisme, chaque siècle, Chaque génération s'emparait de quelque idée ancienne ou nouvelle appartenant à cette religion, mais obscure et indéterminée dans l'origine, pour la façonner, la fixer, et pour ainsi dire la frapper au coin du temps et de l'opinion. Au neuvième siècle, ce fut le tour de Y Eucharistie. On avait admis depuis longtemps que le corps et le sang de Jésus- Christ se trouvaient dans le pain et le vin pendant la célébration de ce mystère. Mais comment s'y trouvaient-ils? Avec, ou sous le pain et le vin? Était-ce le corps né de la Vierge? Et comment ce corps en était-il né sans léser sa virginité? Fallait-il se servir de pain azyme ou de pain levé? Les laïques devaient -ils recevoir l'espèce du vin ou seulement celle du pain? Ces graves questions exerçaient surtout la subtile dialectique des moines, et Paschase-Radbert, bénédictin de Corvey, en Westphalie , mort en 851, parait être celui qui a donné au dogme de l'Eucharistie la forme qui fut adoptée depuis par l'Église romaine. Deux de ses adversaires , bien plus raisonnables et plus instruits que lui , Ralrame, également moine à Corvey, et Jean-Scot-Éricfène> moine irlandais , fondateur de la scolastique , se prononcèrent pour une opinion qui fut à peu près celle de Luther1. Ce même siècle fut aussi témoin de vives disputes

1 Radbert enseignait qu'à la sainte Cène on recevait le corps du Christ né de la Vierge, crucifié et ressuscité; Retirante et Scot pensaient qu'on l'y recevait spirituellement, par la Toi.

sur la prédestination. Les uns en voulaient, d'autres n'en voulaient point ; et un tiers-parti voulait deux prédestinations , une pour le mal et une pour le bien. Les papes , une fois reconnus juges, décidaient d'ordinaire pour le parti le plus dévoué à leur siège, ou pour les opinions qui se rapprochaient le plus de la leur. Dans tous les cas, ils gagnaient à ces dissensions. Tout ce qui divisait servait à établir leur empire : secte contre secte, évêques contre archevêques, moines contre prêtres , clercs contre laïques , ils tiraient parti de tout. Jamais le vieil adage , diviser pour régner, ne fut plus habilement mis en pratique.

Enfin il fallait amener l'Église grecque, depuis si long*temps en scission avec YÉglise latine, à reconnaître la suprématie de cette dernière , ou rompre définitivement avec elle et déclarer l'Église latine la seule universelle. Le savant Photius, qui occupait le siège de Constantinople en même temps que Nicolas Ier occupait celni de Rome, n'était pas homme à céder à de pareilles prétentions , ni à se laisser effrayer par des menaces. Les deux prélats se roidirent, s'excommunièrent réciproquement et finirent par garder chacun le titre d'évêque universel. Mais dès lors le schisme fut consommé, et depuis l'on n'a pas pu parvenir à réconcilier les deux Eglises. Seulement, quand les Sarrazins envahirent la Sicile et la Calabre , et que le pape crut avoir besoin du secours de l'empereur d'Orient, il se montra un peu plus modéré envers le patriarche de Constantinople.

Cependant les prétentions à la suprématie temporelle du siège de Rome ne pouvaient manquer d'indisposer les princes revêtus de la dignité impériale, aux droits de laquelle ces prétentions portaient principalement atteinte. Alors commencèrent les longues et opiniâtres dissensions entre les empereurs d'Allemagne et les papes. On vit ceux-ci excommunier , anathématiser , destituer les empereurs , soulever et exciter contre eux leurs peuples et les princes

tant allemands qu'étrangers. On vit des empereurs se venger par les armes, emprisonner, destituer des papes, créer des antipapes. Le chef temporel et le chef spirituel , se portant les coups les plus sensibles, commencent à devenir le groupe dominant de l'histoire occidentale. Les rois de France, de Hongrie, d'Angleterre, de Sicile, les Normands, les Danois, les Polonais se déclarent tantôt pour l'un , tantôt pour l'autre de ces deux adversaires ; la faction des Guelfes, attachée aux papes, et celle des Gibelins, partisan des empereurs, leur prêtent l'appui de leurs haines et de leurs crimes. Dans cette lutte , les princes temporels avaient tout à perdre, et les papes rien; car, lorsque ces derniers avaient perdu leurs possessions, il leur restait l'Empire tout-puissant de l'opinion , et le vicaire de Jésus-Christ trouvait toujours assez de princes qui ployaient le genou devant lui , assez d'évèques qui recherchaient l'investiture de ses mains.

Dès que les pontifes romains furent parvenus à ce comble de puissance et de gloire, l'auréole de sainteté qui avait orné la tête de leurs humbles prédécesseurs pâlit jde jour en jour, et finit par disparaître entièrement. Tous les vices des cours , et des cours les plus corrompues dans les temps barbares , parurent ouvertement à celle du successeur de saint Pierre. On vit un pape, Etienne VI, qui avait été- l'ennemi personnel de son prédécesseur Formose, le faire déterrer, intenter un procès au cadavre, lui faire couper la tête et la main, puis le précipiter dans le Tibre. On vit pendant plus de trente années la prostituée Théodora, et ses deux filles, non moins prostituées qu'elle, gouverner les pontifes dont elles étaient les concubines, et par eux l'Église chrétienne ; on les vit disposer de la papauté, en revêtir leurs bâtards ou leurs amants, et se faire un jeu des crimes les plus atroces; préludant ainsi au règne de Borgia, qui devait couronner l'œuvre quatre

siècles plus tard. Pour fermer les yeux des nations sur tant d'usurpations et de turpitudes , les papes avaient besoin d'entretenir l'ignorance et la superstition. Les moines dégénérés, leur fidèle milice, les servirent à souhait dans cette œuvre de ténèbres. Ce siècle barbare porte avec justice le nom de siècle d'ignorance. Il ne connut pas l'hérésie : Est hérétique celui qui pense autrement que l'orthon doxe , alors on ne pensait plus *.

Remarquons cependant qu'à cette période appartient l'honneur d'avoir formé Hildebrand, pape sous le nom de Grégoire VII. C'est lui qui , avant d'être sur le trône , en disposait déjà , qui y plaça son ami Nicolas II, et fit arrêter par lui , au concile de Rome qui condamna Bérenger, archidiacre d'Angers, opposé à la transsubstantiation de Radbert, que l'élection du souverain pontife appartenait aux sept évêques sufïragants de Rome, et aux vingt-huit curés de la ville , lesquels prirent le titre de cardinaux. Cette dernière usurpation sur les droits du peuple et de l'empereur acheva de rendre le chef de l'Église indépendant de toute autorité civile^

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