‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 49 sur 63 · Y. SA VIE MONASTIQUE AU COUVENT DES ÀUGUSTINS D'ERFURT · texte numérisé non relu

Y. SA VIE MONASTIQUE AU COUVENT DES ÀUGUSTINS D'ERFURT

Mais peu après , ayant accompli sa vingt-unième année , tout à coup, et sans consulter ni ses parents ni ses proches * , il se rendit au monastère des aiujustins d'Erfurt, et demanda à y être reçu. Les portes de cet asile lui ayant été ouvertes, non-seulement il s'y livra à l'étude la plus assidue de la doctrine ecclésiastique , mais encore il se soumit aux règles les plus sévères de la discipline de l'ordre , et bientôt il laissa loin derrière lui tous ses confrères, dans les pieux exercices de la lecture , des discussions thëologiques, de la prière et du jeûne. En effet, ce que j'ai souvent admiré en lui, c'est que, bien qu'il ne fût ni d'une petite stature, ni d'une complexion faible, il était d'une extrême tempérance dans le boire et le manger. Je l'ai vu , étant d'ailleurs en pleine santé , passer quatre jours entiers sans prendre aucun aliment , et souvent se contenter, dans

i D'après les idées du temps, le consentement des parents ri'ë&lf pas nécessaire pour se vouer à Dieu et renoncer au monde.

une journée entière, d'un peu de pain et d'un hareng pour toute nourriture.

Voiei , comme il le racontait lui-même et comme beaucoup de gens le savent, quelle fut l'occasion qui lui fit embrasser ce nouveau genre de vie, qu'il estimait le plus convenable à la pratique et aux études de la religion. Souvent , après avoir médité profondément sur les effets de la colère de Dieu , ou sur des exemples mémorables de peines infligées aux pécheurs , il lui arrivait de se sentir frappé subitement de terreurs si grandes qu'il en tombait dans un accablement mortel. J'ai vu moi-même un Jour que , disputant avec application sur un point de doctrine , il fut surpris d'un saisissement qui le contraignit d'aller se mettre sur un lit , dans la chambre voisine , où au milieu d'ardentes prières je lui entendis répéter plusieurs fois ce passage de l'apôtre : Il a renfermé tous les hommes sous le péché, afin que tous aient part à sa miséricorde. Luther ressentit ces terreurs pour la première fois, ou du moins elles l'affectèrent plus fortement la même année où il perdit un compagnon chéri de sa jeunesse, qui fut tué par je ne sais quel accident1. ïi înemalfi ïhwïso

Ce ne fut donc pas la misère , mais un zèle pieux qui l'engagea dans la vie monastique. Il y étudiait avec ardeur la doctrine et les livres fondamentaux de la théologie d'alors. Dans les exercices publics , il excitait l'admiration par la facilité avec laquelle il se tirait du dédale , inextricable pour tous les autres, de la dialectique. Néanmoins > quelle que fut son aptitude à saisir toutes les méthodes scolastiques, il ne traitait ces études que comme de simples accessoires, recherchant dans la vie qu'il avait

A Si Melanchlhon ne le savait pas, il sera difficile de déterminer si ce jeune homme , qui s'appelait Alexis , a été tué par un coup de foudre ou par des coups de poignard , ce qui au surplus est fort indifférent pour l'histoire de Luther.

embrassée plutôt des aliments à sa piété que la réputation d'un esprit subtil.

Surtout il s'appliquait assidûment à la lecture des prophètes et des apôtres , ces sources de la doctrine céleste , afin de pénétrer son âme des préceptes de la volonté de Dieu , et de renforcer par des témoignages solides le respect et la foi qu'il avait pour eux. Les angoisses et les appréhensions , dont il était travaillé , le portaient également à ce travail.

Il racontait que , dans le couvent des augustins d'Erfurt, il avait été souvent consolé par un vieillard à qui il confiait ses alarmes. Ce bon père lui représentait l'efficacité de la foi , et le ramenait à l'article du symbole qui dit : Je crois à la rémission des péchés; l'interprétant de la sorte qu'il ne fallait pas seulement croire en général, comme les démons qui eux-mêmes ne peuvent s'empêcher de croire , que les péchés seront remis à quelques-uns , à David ou à Pierre , mais qu'il est enjoint à chacun de croire que ses propres péchés lui seront remis par la foi , ajoutant que cette interprétation se trouvait confirmée par les paroles de saint Bernard, dans son sermon du jour de l'annonciation : « Croyez encore que par lui vous obtiendrez le pardon de vos fautes. Tel est le témoignage que le Saint-Esprit rend lui-même dans vos cœurs , en disant : tes péchés te seront remis. Ainsi pense l'apôtre, que l'homme est justifié par le seul effet de la foi. »

Ces paroles, disait Luther, ne l'avaient pas seulement fortifié, mais lui avaient expliqué la sentence que saint Paul répète et inculque si souvent: nous sommes justifiés par la foi. Il avait lu grand nombre d'interprétations diverses de cette sentence ; mais depuis ses conversations avec ce vieillard, dont il avait. reçu tant de consolations pour son âme, il avait reconnu la vanité des autres explications alors en vogue. Peu à peu il acquit sur ce point encore

plus de lumières \ en lisant et en comparant les paroles et les exemples , tant des prophètes que des apôtres , et en s'animant chaque jour par de ferventes prières.

Ce fut alors qu'il commença à lire les livres de saint Augustin. Il trouva, surtout dans son Explication des psaumes et dans son livre De V esprit et de la lettre, une foule de maximes qui confirmaient clairement cette consolante doctrine de l'efficacité de la foi qui avait embrasé son cœur1. Il ne négligea cependant point les autres auteurs théologiques. Il apprit, presque par cœur, les traités de Gabriel Biel, et de Pierre d'Ailly, évéque de Cambray. Il lut assidûment et longtemps les écrits d'Occam; il préférait sa logique à celle de Thomas et de Scot. H avait aussi beaucoup étudié Gerson. Mais par dessus tout, il avait lu et relu fréquemment les écrits de saint Augustin , et les avait imprimés dans sa mémoire.

C'est dans ce cours d'études, opiniâtrement suivies, qu'il passa quatre années au couvent des augustins d'Erfurt.

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