‹ Essai sur l'esprit et l'influence de la reformation de Luther;Chapitre 50 sur 63 · VI. SA VIE COMME PROFESSEUR A WITTEMBERG · texte numérisé non relu

VI. SA VIE COMME PROFESSEUR A WITTEMBERG

Mais après ce temps, le révérend docteur Staupitz*, un des chefs de l'ordre et qui avait coopéré à l'établissement de la nouvelle Université de Wittemberg, désirant faire

1 C'est à son admiration pour saint Augustin , et non à la jalousie des augustins contre les dominicains au sujet du trafic des indulgences, que Luther dut les sympathies d'un grand nombre des membres de son ordre.

-Jean Staupits, gentilhomme saxon et vicaire général de l'ordre des augustins, réunissait à un grand savoir de grandes vertus. Longtemps le directeur de Luther, il avait donné son assentiment aux premières entreprises réformatrices de son élève ; mais il s'alarma bientôt de la marche des affaires et se retira à Saltzbourg où il mourut en 1324.

fleurir dans cette école l'étude de la théologie , et considérant combien les talents et l'érudition de Luther le rendaient propre à ce but, l'attira à Wittemberg, en qualité de professeur, l'an 1508. Luther était alors dans sa vingtsixième année. C'est ici que, au milieu des travaux de l'enseignement et de la prédication , son esprit commença à jeter un plus grand éclat, et frappa plusieurs savants personnages, entre autres le docteur Martin Mellerstadt, qui répéta souvent depuis : « qu'il y avait en cet homme une telle force d'intelligence qu'on pouvait dès lors facilement prévoir son influence décisive sur le mode d'enseignement vulgaire, qui était en ce temps le seul en usage.» Ce fut à Wittemberg que Luther enseigna pour la première fois la dialectique et la physique d'Aristote , sans négliger pourtant l'étude de la théologie. Depuis trois années il vaquait à ses fonctions, quand, à l'occasion de quelques controverses monacales , il fut appelé à faire le voyage de Rome * . Étant de retour la même année , il fut promu , suivant l'usage des écoles , au grade de docteur en théologie, et l'électeur de Saxe, Frédéric, fit les frais de la promotion. Ce prince avait entendu prêcher Luther, et avait admiré autant la vigueur de son esprit et de son éloquence que l'excellence du fond et de la matière de ses sermons. Et afin que tu voies, lecteur, que cette dignité doctorale ne lui fut accordée que dans la maturité de son esprit, saches qu'il était alors âgé de trente ans. Lui-même racontait que , fuyant et refusant de toutes ses forces un tel honneur, il fallut l'ordre et l'autorité de son supérieur Staupitz pour l'obliger à s'en revêtir; sur quoi ce dernier remarquait en badinant, «que Dieu avait en son Église beaucoup d'affaires, où il ne manquerait pas de l'employer.» L'événement a justifié ce mot qui n'avait été dit

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que par hasard, et c'est ainsi que quelques présages annoncent toujours les révolutions.

Luther se mit alors à expliquer l'épître aux Romains et ensuite les Psaumes. Il porta une telle clarté dans ses diverses explications, qu'il sembla qu'après une nuit longue et obscure il s'élevait un jour nouveau pour la science. Tel fut le jugement qu'en portèrent dès lors tous les hommes pieux et sages. Il y montra la différence de la loi et de l'Évangile. Il y réfuta cette erreur qui régnait alors dans les écoles et les temples, que les hommes se rendaient dignes de la rémission des péchés par leurs propres œuvres, et que leurs pratiques suffisaient pour les rendre justes devant Dieu, comme avaient enseigné jadis les Pharisiens. Luther ramena ainsi les cœurs des hommes au Fils de Dieu ; il montra , comme le précurseur, V Agneau qui efface les péchés du monde. Il fit voir que nos fautes nous sont remises gratuitement en considération du Fils de Dieu , et que la seule foi nous méritait ce bienfait. C'est de la même manière qu'il expliqua les autres parties de la doctrine chrétienne.

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