VIL SES PREMIÈRES TENTATIVES D'UNE RÉFORME DANS LA THÉOLOGIE
Un tel début, dans une aussi belle carrière , acquit au
nouveau professeur une grande autorité, surtout quand
on vit que ses mœurs étaient d'accord avec ses discours,
et que ses paroles partaient non des lèvres , mais du cœur.
Ce spectacle d'une vie pure et estimable pénètre et attache
puissamment l'âme des auditeurs '.
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* Si les calomniateurs de Luther ne sont pas confondus par ce témoignage du sage Melanchthon en faveur de sa moralité, je les engage à lire ce que son contemporain Érasme écrivit de lui, en 1519, à l'électeur de Saxe : «Je ne connais pas personnellement
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Les anciens ont dit : Ce qui inspiî-e le plus de confiance, c'est une conduite sans reproches. C'est pourquoi, quand par la suite Luther entreprit de changer certains usages reçus, les honnêtes gens qui l'avaient connu y apportèrent moins d'opposition. La facilité avec laquelle ils adoptèrent ses opinions, bien qu'ils vissent avec douleur le monde
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Luther ; mais chacun loue la pureté de la vie , et convient qu'il est aussi éloigné d'avarice que d'ambition , que sa conduite est sans lâche , qu'il est un homme pieux et sans reproche, » Supposons toutefois que ce soient paroles de courtisan, il nous resterait toujours la lettre du même Érasme au cardinal Gajétan où il déclare : «La vie de Luther a l'approbation générale; et ce n'est pas un faible indice de l'intégrité de ses mœurs, qu'il ne se trouve parmi ses ennemis personne qui ose le calomnier. »
On fera observer peut-être que le mariage de Luther est une preuve suffisante de la dissolution de ses mœurs et de la mauvaise foi de Melanchthon qui n'en parle pas dans sa notice sur ce réformateur. Il est facile de répondre à ces deux objections. Et pour ce qui est d'abord de la dernière , il est certain que Melanchthon, qui n'a voulu qu'esquisser le caractère de Luther et nullement donner sa biographie détaillée, n'avait pas à parler du mariage de son héros qu'il avait approuvé en ces ternies : «Si l'on prétend qu'il y a eu quelque chose d'inconvenant dans le mariage de Luther, c'est un mensonge et une calomnie. Je crois qu'il a dû se faire violence pour se marier. La vie du mariage est une vie humble; mais elle est une vie sainte, s'il en est une au monde, et partout les écritures nous la représentent comme honorable devant Dieu. » Quant au mariage lui-même , il n'est ni la preuve de la dissolution des mœurs de Luther, ni le motif secret de la réforme. Si Luther avait été un homme dissolu , l'exemple du clergé catholique de son temps lui eût assez appris à se passer d'une épouse , et s'il avait été poussé à la réforme pour se marier, il n'eût pas attendu huit ans pour profiter du bénélice de son entreprise. La réforme date de -1517, le mariage de Luther de A 525, et à cette époque il avait quarante-deux ans; ces chiffres réfutent assez les ennemis du réformateur. Luther s'est marie pour obéir à son père, pour être conséquent aux principes de la réforme et pour se conformer à la volonté de Dieu , qui recommande le mariage à tous les hommes. «Je veux, disait-il à ses amis, ne rien conserver de ma vie papistique. »
Avant de terminer cette note, il nous reste à apprécier un fait
divisé à leur sujet, avait sa source dans l'autorité que lui avaient acquise et renseignement de bonnes choses et la sainteté de sa vie.
Mais à l'époque dont nous parlons , Luther ne songeait encore à aucun changement; il était au contraire parmi les siens le plus zélé conservateur de la discipline établie; il ne mêlait jamais à ses leçons aucune de ses opinions
très- significatif aux yeux des adversaires de Luther, qui s'obstinent à soutenir que lui et la réforme ont favorisé la dissolution des mœurs. On comprend qu'il s'agit de la bigamie de Philippe-le-Magnanime , landgrave de Hesse. Il est très-vrai que Philippe a eu simultanément deux femmes, et que, à la rigueur, Luther peut être considéré comme ayant donné son assentiment au second mariage du landgrave. Mais, sans vouloir nous prévaloir de l'exemple considérablement apogryphe du comte de Gleichen, que le pape aurait autorisé à prendre une seconde femme , il nous semble que si le double mariage de Philippe est contraire aux mœurs chrétiennes, et si Luther a eu tort de le tolérer, il y a dans ces deux faits des circonstances atténuantes. Le landgrave préférait une seconde femme légitime a une ou plusieurs maîtresses que le pape et l'empereur lui eussent passées , et s'appuyait de l'exemple d'Abraham pour convoler en secondes noces avant la mort de sa première femme. Par de fausses considérations politiques peut-être, Luther eut la faiblesse d'oublier qu'il ne vivait pas au siècle des patriarches. Quoi qu'il en soit, il y a plus de conscience que de dissolution dans un homme qui, ne voulant ni répudier sa femme comme saint Charlemagne, ni vivre avec des concubines comme Dagobert-le-Grand , auquel les moines ont donné de si magnifiques éloges , se disposait à prendre une seconde femme du consentement de la première et sur l'avis de quelques théologiens. Cçs théologiens auraient dû donner un autre avis, les protestants l'ont toujours pensé; mais eût-il été plus édifiant s'ils avaient répondu : ayez autant de maîtresses que les rois de France, ou prenez conseil des successeurs de Borgia? Cela ne disculpe ni Luther ni Philippe , mais cela doit empêcher certaines gens de tirer de leur faute les conséquences absolues qu'ils ont voulu en déduire. Quant au prétendu adage de Luther : Si nolit uxor, ancilla venito , très-agréablement cité parle vicomte de Bonald, la biographie universelle et autres docteurs du même acabit, nous le renvoyons à ses juges naturels.
tant contestées par la suite. Chaque jour il s'appliquait davantage à l'exposition de cette doctrine commune et nécessaire à tous , de la pénitence, du pardon des péchés, de la foi , et des véritables consolations que nous offre la croix du Sauveur.
La douceur de ses enseignements charmait les âmes pieuses, et, d'un autre côté, les savants se réjouissaient devoir, comme sortir des ténèbres, ou d'un cachot, ou de la poussière, le Christ, les prophètes et les apôtres; de voir s'établir la distinction entre la loi et l'Évangile, et entre les promesses de l'une et de l'autre; de voir distinguer enfin la philosophie humaine de la doctrine évangélique, la justice spirituelle de l'ordre purement politique, de ce dont , certes , il n'y avait aucune trace ni dans Thomas, ni dans Scot et leurs semblables.
Dans ce temps, les écrits à' Erasme produisaient déjà leur effet, et portaient la jeunesse à l'étude des langues latine et grecque. Une foule de bons esprits commençaient à goûter ce genre plus noble d'instruction, et à détester la doctrine barbare et sophistique des moines.
Luther lui-même s'était fort appliqué au grec et à l'hébreu, dans la vue de pouvoir juger plus pertinemment des écritures, connaissant mieux la propriété du discours et de l'expression , et puisant la doctrine aux sources mêmes.
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