VIII. SA CONTROVERSE AVEC TETZEL
... yÀ*
Telles étaient les occupations de Luther, lorsqu'un trafic d'indulgences vénales vint s'établir dans le voisinage de Wittemberg. Le colporteur de ces indulgences était un dominicain nommé Tetzel, le plus impudent des Sycophantes. Irrité par ses discours impies et criminels, et enflammé d'un zèle pieux, Luther publia les fameuses
Thèses1, ou Propositions sur les indulgences, qui se trouvent au premier tome de ses œuvres , et les afficha publiquement à l'église attenante au château de Wittemberg, la veille de la Toussaint de l'an 1517 2. Tetzel, sans rien changer pour cela à sa conduite, espérant même s'en faire un mérite près du pontife romain , assemble son conseil , c'est-à-dire quelques moines et théologiens assez au courant de son art sophistique, et leur enjoint d'écrire contre Luther. Lui-même, pour ne point rester oisif, non content de simples prédications, lance contre son adversaire les foudres de l'Église ; il déclare , en vociférant en tous lieux , qu'il fallait livrer cet hérétique aux flammes , et il commence par brûler en public les Thèses de Luther, et un sermon qu'avait prononcé celui-ci sur les indulgences. Ces fureurs de Tetzel et de ses satellites déterminèrent Luther à traiter cette matière plus à fond et à défendre la vérité.
Tels furent les principes de cette controverse , dans laquelle Luther, loin de soupçonner, ou même de rêver un changement futur dans la religion, et sans rejeter les in-* dulgences, n'y demandait que quelques amendements.
C'est pourquoi ceux-là le calomnient avec une insigne fausseté , qui disent qu'il n'a fait qu'exploiter une circonstance favorable pour changer l'état de la chose publique et envahir la puissance , soit à son profit , soit au profit d'un autre.
Il est si peu vrai qu'il ait été suborné ou excité par des
dAu nombre de quatre-vingt-quinze, et dans lesquelles il dit entre autres, par allusion au trésor des mérites surabondants : Que le véritable trésor de l'Église était le saint Évangile , la gloire et la grâce de Dieu.
2 Loin de prévoir les conséquences de cette démarche , Luther n'avait fait afficher ses thèses que pour se conformer à son serment de docteur en théologie , par lequel il s'était engagé à enseigner la parole de Dieu avec une inaltérable pureté et vérité , suivant sa conscience et sans égard au respect humain.
grands, comme l'a prétendu le duc de Brunswick, que l'électeur Frédéric lui-même vit avec chagrin s'élever ces débats, prévoyant que peu importants à leur naissance, la flamme néanmoins s'en étendrait peu à peu de toutes parts, comme dit Homère de la querelle, qui, faible
d'abord, bientôt s'élève dans les airs.