IX. DISPOSITIONS DE L'ÉLECTEUR FRÉDÉRIC A SON ÉGARD
Frédéric se distinguait entre les princes de notre âge par un extrême amour de la tranquillité publique. Peu sujet à l'intérêt personnel, il rapportait ses desseins au bien public , comme assez de preuves l'attestent. Il n'excita donc nullement Luther, et exprima, au contraire , son inquiétude et sa crainte sur un avenir fécond en discordes.
Cependant ce prince sage , ne prenant pas uniquement pour guides les conseils humains qui ordonnent d'étouffer promptement les faibles principes de toute révolution, mais admettant aussi une règle divine qui ordonne de se conformer à l'Évangile , lequel défend de repousser la vérité quand elle est reconnue , et qui traite de blasphème l'opiniâtre résistance qu'on lui oppose, fit ce qu'ont cru devoir faire tant d'autres hommes pieux et sages; il se soumit à Dieu, et fit, après un mûr examen, ce qu'il jugeait être vrai.
Je sais que souvent il en appela sur toutes ces affaires au jugement d'hommes éclairés et prudents. Lors de la diète que l'empereur Charles-Quint tint à Cologne après son couronnement, Frédéric pria amicalement Érasme, de Rotterdam, de lui dire avec franchise s'il pensait que Luther eût tort dans les contestations où il était engagé. Érasme lui répondit sans détour « que Luther avait raison, mais qu'il lui souhaitait plus de douceur. » Aussi , dans une lettre fort sérieuse à ce sujet , l'électeur ne manqua pas d'exhorter fortement Luther à se modérer.
Il est constant que , par suite de cette injonction , Luther promit au cardinal Cajétan de garder le silence de son côté , si on voulait l'imposer à ses adversaires. Cette circonstance prouve évidemment que Luther n'avait alors point en vue d'entamer de nouveaux débats et qu'il ne désirait que la paix. Mais les provocations incessantes d'ignobles écrivains l'entraînèrent peu à peu à d'autres disputes.