SUR L'ÉTAT DE LA QUESTION
procèdent tous les pas subséquents. Jette-t-il ses regards en arrière , le premier point ne lui apparaît plus que comme une suite nécessaire de ceux qui l'ont précédé , et seule» ment comme le passage pour arriver à ceux qui suivent. Aux yeux de l'esprit , chaque cause en remontant devient un simple effet ; chaque effet devient cause à son tour en descendant. Le penchant qui nous porte à attribuer tout ce qui vient après un événement à cet événement luimême , comme s'il en était la cause , est le fil conducteur qui nous aide à classer tous les faits historiques ; c'est la loi de cohésion par laquelle le présent se rattache au passé. Remonter ainsi de l'effet à la cause, jusqu'à une cause première subsistante par elle-même , et qui ne soit plus l'effet d'aucune autre cause , est un besoin de notre intelligence qui cherche un principe absolu où aboutissent ses spéculations. C'est sur cette pente glissante que se perd la métaphysique. Un homme qui ignorerait ce que c'est que le cours d'un fleuve , et qui arriverait sur ses bords , le voyant couler tantôt dans une vaste plaine , tantôt dans une étroite vallée, tantôt au saut d'une cataracte, cet homme prendrait pour l'origine du fleuve le premier détour où il serait caché par une gorge ; remontant plus haut , un nouveau détour lui ferait la même illusion ,* enfin, arrivé à la source , il prendrait la montagne dont elle jaillit pour la cause première du fleuve; mais bientôt, pensant que les flancs de la montagne s'épuiseraient à rendre toujours de l'eau et voyant les nuages se résoudre en pluies pour alimenter les sources, les nuages seraient pour lui la cause première ; mais ce sont les vents qui ap^portent les nuages en balayant les vastes mers ; mais c'est le soleil qui a tiré les nuages de la mer. D'où vient cette force dans le soleil? Le voilà dans la physique spéculative, à la recherche d'un principe absolu , duquel il puisse déduire en dernier ressort l'explication de tant de phénomènes.