M SUR L'ÉTAT DE LA QUESTION
Ainsi l'historien gui cherche la cause qui a amené l'affaiblissement de l'autorité des papes , la guerre de trente ans, rabaissement de la maison d'Autriche , l'établissement d'une opposition puissante au sein de l'Empire , la fondation de la Hollande comme État libre , doit voir d'abord l'origine immédiate de tous ces événements dans la réformation, et les attribuer à son influence. Mais, poussant ses recherches plus loin , il s'aperçoit que cette réformation elle-même n'est évidemment qu'un résultat nécessaire d'autres circonstances qui l'ont précédée , un événement du seizième siècle , dont le quinzième était gros , pour me servir de l'expression de Leibnitz ; tout au plus la cataracte du fleuve. Combien de gens s'obstinent encore à trouver la cause première de la révolution française dans le déficit , dans la convocation des étatsgénéraux, dans le tiers-état, dans les curés ! D'autres , qui portent la vue un peu plus loin, la trouvent dans le parlement Maupeou , dans la suppression de l'ordre des Jésuites ou dans les écrits des philosophes, ils ont tous raison sous un certain point de vue borné , qui est le leur. Ceux-là cependant, qui voient les choses plus en grand , dont le regard embrasse plus de siècles, discernent à travers la Coîifusion produite par les intérêts et les passions de la multitude , une marche uniforme , une providence enfin, qui
prépare les événements et en dispose K
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JCeux qui ne veulent pas comprendre cela, font passer Luther pour le destructeur de la foi vivante du moyen âge, sans considérer qu'il n'a fait que combattre pour la foi étouffée par la lettre morte des ergoteurs de l'école. A moins de confondre la foi avec l'aveugle crédulité qui pense racheter ses crimes en dotant l'Église, qu'est-ce que la foi du moyen âge ? Le vampire qui s'est enivré du sang des Sarrazins, des Albigeois et des Juifs, qui s'est montré à la Convention en 1793, à Nîmes en 1815 et à Paris le 23 juin -1848. Il fut un temps qu'il s'appelait Barbares, aujourd'hui il s'appelle Communisme. La foi chrétienne a horreur de ce monstre altéré de sang.
SUR l'essence des réformations en général. 45
Il convient donc à l'historien , dans le cas donné, d'avoir égard à ce qui était avant le grand événement qu'il examine ; de déterminer par l'influence de quelles causes cet événement a été lui-même amené , et jusqu'à quel degré ces mêmes causes ont influé sur la série des événements postérieurs. Il lui convient encore de considérer ce qui serait arrivé par la marche lente et progressive de l'humanité, qu'on nomme le cours naturel des choses, si le grand événement, si l'éclat dont il est question n'était pas survenu ? Enfin il doit déterminer ce que le caractère propre et individuel de cet événement, le caractère du siècle et de la nation où il a eu lieu , celui des hommes qui y ont pris la principale part, a pu apporter de modifications particulières dans ses résultats.