CHAPITRE II
SUR l'essence des réformations en général*.
Si l'esprit remonte la série des événements , et passe de chaque effet à sa cause pour arriver enfin à une cause première qui lui serve de principe, il redescend aussi des causes aux effets , avide de parvenir à un résultat définitif, à un effet absolu qui n'ait plus à devenir cause. Cet effet qui doit tout conclure , est le but cherché , le lieu
JDes hommes qui, pendant plus de trente ans, n'ont cessé d'é branler les fondements de l'édifice social , et qui sont aujourd'hui épouvantés des ruines qu'ils ont entassées, vont se récrier contre les idées de progrès exposées dans ce chapitre. Que ces révolutionnaires quand même jusqu'à la chute de Louis-Philippe comparent leur vie à celle de Villers et se rappellent les paroles de Joseph à ses frères : «Vous aviez de mauvais desseins contre moi, mais Dieu a tourné tout en bien,)) qui résument le chapitre incriminé j il y aura de quoi les confondre.
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de repos où l'esprit consent enfin à s'arrêter. Chacune de ses spéculations sur les événements humains s'enquiert du principe et du but. C'est entre ces deux points que s'exerce l'activité de l'esprit , et il se les pose plus ou moins éloignés , selon son étendue ou ses besoins actuels. Mais tant qu'il n'est pas arrivé d'une part à une cause qu'il puisse tenir pour première , et de l'autre à un but qu'il puisse considérer comme final , l'esprit de l'homme reste en suspens, vacille dans un équilibre forcé, et ressent l'inquiétude d'une âme en peine. Il lui est possible , à la vérité , de se poser une limite qui restreigne l'entier déploiement de ses forces ; mais cette résignation n'est pas au pouvoir, ni ne peut être dans la nature de tous les esprits.
Permettons à celui qui réfléchit sur l'histoire du' genre humain, de se demander où tend cette succession d'événements tumultueux , de commotions , de transmutations dans les choses et dans les opinions? Permettons-lui de donner un libre essor a sa pensée dans la recherche du but final de tant de révolutions progressives. 11 ne peut le trouver que dans l'idée sublime d'un état de choses, où la destination de l'humanité étant parfaitement accomplie, les hommes seraient aussi bons , aussi éclairés , aussi heureux que leur nature le permet. Non qu'il puisse être démontré que cet âge d'or de la moralité, ce chiliasme de la philosophie, doive jamais se réaliser tel que l'imagination le représente. Mais dans les efforts de l'homme, dans ceux des peuples , on ne peut méconnaître une direction vers le mieux, vers un ordre de choses plus juste, plus humain , et où les droits de chacun soient mieux assurés. Accordons que la perfection absolue ne sera jamais le partage des hommes; mais avouons en même temps que cette perfection forme l'objet idéal de leurs désirs , qu'elle est un besoin de leur raison. Il n'est pas sûr qu'ils y parviennent; mais il est certain qu'ils y aspirent. Peut-être que le phé-
nomèiie géométrique de Y asymptote1 doit se répéter dans le monde moral, et qu'approchant sans cesse d'un, point de rencontre sur la courbe, nous ne la touchions jamais. L'espoir toutefois de l'approcher suffit pour enflammer les belles âmes, et peut devenir un but digne d'elles. Eh! quel serait le sort des générations qui se succèdent, quel serait le désespoir de celui qui médite sur elles , si dans le chaos des choses humaines il était impossible de démêler les lois d'une création constamment active; si dans les plus sombres orages qui menacent de tout engloutir, l'éclair de la Providence ne laissait entrevoir un meilleur avenir? Il est bien vrai qu'au milieu des tempêtes de la vie , il est impossible de marcher droit au but : louvoyer, dériver, devient trop fréquemment nécessaire. L'observateur, parfois trompé, peut juger la marche rétrograde alors qu'elle ne l'est pas. Mais celui qui prétend qu'on rétrograde , confesse l'existence du but, puisque rétrograder c'est s'en éloigner. Et si bien même on s'en éloigne pour un temps , peut-il résulter de là qu'on ne s'en rapprochera pas ensuite avec d'autant plus de célérité? N'est-ce pas une vue bornée que celle qui ne peut pas se porter au delà du point de dérivation? Pour juger de la totalité de la route, il faut la contempler tout entière. Celle que parcourra l'humanité après nous ne nous est pas connue; mais on peut en présumer par celle qui a déjà été parcourue. Jusqu'à nous , les hommes ont gagné du terrain; il est croyable que nos successeurs en gagneront aussi. La Grèce et l'Italie, sauvages à leur origine , étaient bien en arrière de la Grèce et de l'Italie dans les beaux jours de leur culture. Mais quelque éminente que cette culture ait été , sous plus d'un rapport , elle était individuelle pour chacun de ces peuples , 01 , . . iuol eb teùhi
'- 'Ligne droite qui , indéfiniment prolongée , s'approche continuellement d'une courbe, sans jamais la couper.