‹ Essai sur l'esprit musical (volume 2)Chapitre 15 sur 80 · LA LANGUE MATERNELLE ET L'INTELLIGENCE MUSICALE · texte numérisé non relu

LA LANGUE MATERNELLE ET L'INTELLIGENCE MUSICALE

sommes-nous autorisés à induire que rintelligence musicale, est soumise, avant sa naissance, à beaucoup moins de conditions que l'intelligence verbale. Elle a moins de cbemin à faire pour éclore, lenlant na pas besoin de répéter ce qu'il entend.

Il éprouve, à chaque heure de la vie, lutilité de se faire comprendre. La nécessité le contraint à des efTorts fréquents de l'organe vocal et de l'intelligence. Il faut que l'enfant parle ; et pour cela, qu'il se fasse comprendre ; et pour cela, qu'il comprenne. Or qu'est-ce que comprendre une phrase ? ^> disons pas que ce soit nécessairement en comprendre tous les mots. L'intellection, par l'enfant, d'une phrase entendue, et à laquelle il faut répondre, n'équivaut pas à une lecture mentale. Nous sommes encore et à plus forte raison, la chose va sans dire, très loin de l'analyse des grammairiens. Il n'importe, nous sommes en plein dans l'analyse, et, par suite, dans l'abstraction. Pour parler, pour comprendre, il faut que l'enfant détache sur un ensemble vocal, un ou plusieurs sons, qui, plus fortement, ont frappé son oreille. Il faut qu'à chaque occasion, il les distingue et les reconnaisse. Il faut donc que l'enfant parvienne, à force d'attention, à décomposer une masse sonore et à se servir des éléments de la décomposition pour en former de nouveaux ensembles. Certes le travail d'intelligence auquel l'enfant est contraint, est d'un détail qui passerait l'imagination la plus fertile ; et cela, parce que l'enfant a besoin d'imiter ceux qui parlent. Or il n'a nullement besoin d'imiter ceux qui lui chantent. Ce besoin lui est deux fois épargné. Il n'en ressent nullement l'aiguillon dune part. De l'autre, l'éducateur n'exerce sur lui aucune contrainte. L'enfant n'apprend à chanter qu'après avoir appris à lire. C'est peut-être un tort.

Ainsi rintelhgence musicale demande beaucoup moins d'efforts pour naître. Il ne s'agit point d'imiter ce que l'on entend. Il s'agit simplement d'entendre. Les économies d'attention peuvent causer du retard. Qu'importe néanmoins dans une société où les fonctions musicales sont des fonctions de luxe !

Mais nous n'avons pas seulement à distinguer l'inlelli-

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gence des signes musicaux de celle des signes verbaux, en nous attachant à la plus ou moins grande quantité de l'effort. Nous avons encore à nous interroger sur la qualité de cet effort, ou plutôt sur la nature des énergies intellectuelles dont la dépense est toujours indispensable. Le plus ou moins ii d'effort, ici, n'est plus ce qui importe. I

On sait la vieille comparaison tirée des alouettes toutes rôties tombant dans la bouche. Elle n'est pas applicable à l'intelligence des signes de la parole, puisqu'il faut, pour l'acquérir, décomposer, analyser, démonter, recomposer, et cela indéfiniment, sans compter qu'il faut le faire très vite, le plus souvent en un clin d'œil. Mais notre image est excellente s'il s'agit de l'intelligence musicale de l'enfant. Car c'est de la matière toute préparée qui lui entre dans l'oreille. Encore nous exprimons-nous assez mal. Ce qui est préparé, ici, ce n'est pas seulement de la matière, c'est aussi de la forme. Expliquons-nous, et pour mieux y voir clair, ne cessons pas d'avoir, à quelque degré, présent à l'esprit, le détail des phénomènes nécessaires à l'intelligence des signes du langage.

Ici l'enfant perçoit une suite de sons, dont il soupçonne, vaguement, la pluralité et la diversité éb'mentaires. Grâce au retour des mêmes phrases, il s'exerce à démêler cette pluralité, à s'apercevoir progressivement de cette diversité. Une sorte de numération inconsciente ne saurait manquer i( i d'intervenir. Et, pour qu'elle intervienne, il n'est aucunement nécessaire que l'enfant sache compter. Nous pouvons, ce nous semble, fixer ici la limite des efforts par lesquels l'enfant réduit les formes verbales entendues à une sorte de matière, afin d'assouplir cette maliens et à lui permettre de revêtir indéfiniment d'autres formes. Nous disions tout à l'heui'e qu'il ne s'agissait point de lecture mentale. Littéralement parlant, il ne s'agit point tie cela. 11 ne s'en fait pas moins quelque chose d'analogue. Et c'est l'enfant qui le fait. El ses parents no peuvent le regarder faire. Car tout cela se fait dans le demi-joui' de lasubconscienct'. Voilà donc. ce qui a lieu (juand nous écoutons la parole d autrui i)our apprendre à parler nous-mêmes. Entre l'apprentissage j)lus

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