LA LANGUE MATERNELLE ET L'LNTELLIGENCE MUSICALE
OU moins spontané de la langue maternelle et l'apprentissage plus ou moins volontaire d'une langue étrangère, une fois venu l'âge d'adulte, il ne saurait y avoir que des différences de méthode. L'alternance de l'analyse et de la synthèse, ici comme là, nous paraît inévitable.
Voici maintenant ce qui a lieu au moment où apparaissent les premiers vestiges de l'Intelligence musicale. L'enfant n'a qu'une chose à faire : écouter et comprendre. Il n'a pour ainsi dire qu'un geste à faire, et ce geste est assez comparable à celui de « saisir ». La mélodie qu'on lui chante est composée de notes. Il n'a nul besoin ni de le savoir, ni même d'y prendre garde. Il n'a pas à s'inquiéter de la manière dont la chanson est faite. Il ne sera jamais contraint par les nécessités de la vie à démonter une chanson pour en composer une autre, ainsi qu'il est obligé de démembrer les phrases de la parole d'autrui pour arriver à son tour à en prononcer, par suite, à se faire comprendre. Il n'a même pas d'effort à faire. Il n'a même pas à ouvrir une oreille naturellement et perpétuellement ouverte, ni à la diriger, le pavillon de l'oreille externe étant naturellement et perpétuellement immobile. Il na, pour ainsi dire, qu'à prendre ce qu'on lui donne. La chose est relativement facile.
« Prendre ce qu'on lui donne tel qu'on le lui donne » : qu'est-ce à dire? L'air qu'il entend chanter est à portée de son oreille, car il l'entend. Mais il y prend plaisir. Quand on se tait, il donne des signes d'impatience. Si l'on recommence, il cesse de s'agiter, parfois môme il ébauche un sourire. Voilà tout ce que l'observation constate. Gurney' n'avait-il donc pas raison d'attribuer la perception des formes musicales à la seule oreille? Et ne venons-nous pas de compliquer inutilement la psychologie de l'audition musicale élémentaire, en ajoutant aux fonctions psycho-physiologiques de l'oreille une je ne sais quelle fonction d'intelligence, plus ou moins comparable aux fonctions par lesquelles nous arrivons à
1. Gurney, psychologue angh'.is d'un rare mérite, a écrit un livre fort curieux
sur le «Pouvoir du Son», Ike Poirer ofsouiul. London Smith 1888.) Gurney est
mort récemment. Il avait collahoré aux Phantasmata of liviugs avec Myers.
Il n'était pas ce qu'on appelle un « Spirile ». Il croyait aux faits de télépathie.
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i08 ESSAI SUR LESPRIT MUSICAL
comprendre le sens des mots et à nous servir de ces mots afin de nous faire comprendre ?
Non. Car la présence même du plaisir ressenti est un signe d'intelligence. Et ce signe d'intelligence a pour cause un acte de perception. Ce que lenfant perçoit est tout autre chose qu'un assemblage de sons, qu'une masse confuse de sensations sonores. Ce qu'il perçoit est un air. Un Air : ce monosyllabe est on ne peut plus digne de toute notre attention. Un « air » a beau résulter d'une juxtaposition de sons, toute juxtaposition de sons n'est pas un air. Où est la différence ? Si l'enfant pouvait parler, il dirait, par exemple, que ce qu'il chante lui fait plus de plaisir que ce (|u'il joue au piano, quand il laisse ses doigts errer sur le clavier. Etlai'aison de ce plus grand plaisir est qu'il n'arrive pas à jouer un air, tandis qu'il reconnaît un air dans ce qu'on lui chante. Il perçoit quelque chose d'un et de continu, malgré la discontinuité objective des éléments dont résulte la continuité subjective qui l'enchante. Cet acte de perception est un acte de synthèse. Et c'est un acte de synthèse qui n'exige, pour s'accomplir, aucun effort préalable d'analyse. Et cet acte a pour effet d'unifier dans la conscience musicale de l'enfant la phiralité des éléments dont la mélodie est faite.
Une objection se présente. On disait tout à l'heure que l'Intelligence musicale, telle qu'on peut l'observer à son degré le plus inférieur, à l'état naissant, pour ainsi dire, se dispense d'analyser les éléments qu'elle unit. Sa tâche consisterait à unir, à relier, à coudre. Elle n'a point à grouper ni à rassembler: c'est chose déjà faite. Et pourtant, si chacun des éléments sonores dont le plus simple des chants populaires se compose n'affectait distinctement notre oreille, comment pourrions-nous être accessibles au charme de la mélodie? Nous ])assons ici de l'enfant à l'adulte. Mais cela n importe guère. Entre l'adulte quand on lui cbante une chanson populaire et l'enfant ([tii donne des signes de joie, souvent !nème d'allégresse en écoulant cbanter sa mère, l'assimilation est permise: il est tant d'adultes cbez qui la perception musicale se maintient à son plus bas degré ! Ce sont les amis de la - nuisi(|ue cliantanle >. Us sont légion. Or,