‹ Essai sur l'esprit musical (volume 2)Chapitre 26 sur 80 · LA PERCEPTION MUSICALE ET L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

LA PERCEPTION MUSICALE ET L'IMAGINATION

venez de faire, de ce qui se passait on vous pendant que vous le faisiez, du travail intérieur qui s y effectuait. Et vous vous apercevrez que c'est un travail d'imagination dont la matière est du type mouvement. Nous voici, dès lors, au teime de notre analyse, et la réalité des images motrices est maintenant établie.

En raison des faits sur lesquels cette réalité se fonde, il y a lieu de se demander si les images motrices ne séveillent pas ou ne tendent point à séveiller dans lous les cas de perception musicale. Il est trop clair que l'exécution favorise son éveil, n'ayant jamais lieu sans un travail des doigts.

De dire quelle s'éveille toujours à quelque degré, nous serions assurément moins embarrassés que d'en fournir des preuves. Et si nous osions invoquer l'autorité de Richard Wagner, on ne manquerait pas de nous rappeler à une juste défiance. Les penseurs systématiques, et Richard Wagner en était, tiennent plus au succès de leur thèse qu'à la vérité objective de leurs opinions. Mais le succès d'une thèse ne dépend-il pas en partie, et en très grande partie, de sa vérité ? Quant à la naissance d'une thèse dans un esprit de penseur, est-elle toujours leffet du hasard ou du parti pris? N'est-elle pas, loutdahord, l'effet dune vérité aperçue à létat de lueur, d'une lueur qui, si elle était toujours intermittente ou vacillante, échapperait bientôt au regard et ne le retiendrait pas? Lesprit humain est fait pour imaginer le possible. 11 est fait pour cela et pour beaucoup d'autres choses encore. Et c'est pourquoi le possible qu'il rencontre en poursuivant le vrai a bien des chances de n'être pas chimérique. Ce possible-là touche au probable. Son vrai nom est la vraisemblance.

Or, quand il s'agit de faits psychologiques dont l'intensité est normalement assez faible pour ([u'ils descendent en deçà de la ligue d'aperceplion, le plus sage est de s'en tenir provisoirement au vraisemblable. Mais il y a d'autres bonnes raisons pour que l'image motrice reste inséparable de toute perception musicale.

D'abord s'il arrive à la musique de nous « mettre en train «, ou ce verbe n'a point de sens, ou il signifie qu'elle nous rend

plus dispos et plus alertes. Et ces adjectifs, à leur tour, ne signifient rien, s'ils ne sont les symptômes d'une action efficace, ou sur nos facultés motrices ou sur les tendances qui leur correspondent. Or tout éveil de tendances n'est-il pas un éveil d'images?

En second lieu, dans les cas où l'image psychologique prédomine, n'est-il point à supposer qu'elle recouvre l'autre, pour ainsi dire, et qu'elle la rend imperceptible en se superposant à elle? Ainsi l'imagination motrice travaillerait toujours même à lombre de l'imagination psychologique, ou encore de l'imagination visuelle.

Nous nous souvenons avoir rencontré dans Matière et Mémoire, ce livre d'Henri Bergson, si riche d'observations et d'idées, le terme de « plans de conscience», métaphore consciemment audacieuse et qui pourrait bien être l'expression indirecte d'une vérité directement inexprimable. Et elle i)orterait loin. Car elle nous rendrait aptes à nous « figurer » ce qui, de soi, paraît bien irreprésentable, jusqu'à en être inconcevable, à savoir l'inconscient. Cet inconscient ne serait tel que par l'efTet d'une sorte d'oppression. Il serait quelque chose comme du conscient refoulé. Et l'image des « plans de conscience », appliquée aux différentes espèces d'un même genre psychique, permettrait d'expliquer pourquoi les images qui s'ébranlent sourdement dans les couches inférieures et mal éclairées de la conscience — en particulier les produits de l'imagination diffluente — l'estent si souvent inaper(;ues.

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