CHAPITRE XII
LES €ONDmO^'6 OBJGC^TIVES DE L*£8PRrr MUSICAL RAPPORTS DE LA PSYCHOLOGIE MUSICALE ET DE L'ESTHÉTIQUE
Cessons maintenaDt de regarder en nous pour examiner ce qu'y fait la musique, les fonctions qu'elle amène de la puissance à l'acte, les impressions qu'elle détermine, les joies ou les douleurs dont elle nous remplit — douleurs qui sont encore des joies dont l'âme est avide — les souvenirs qu'elle dépose au fond de la conscience, les images qu'elle fait voltiger en désordre, à moins que l'attention ne les surveille et que la volonté ne les discipline, ce qui n'est point l'ordinaire ; oublions tout cela. Souvenons-nous de l'idée qui nous a dirigés pendant nos longues et parfois minutieuses recherches, à savoir ridée qu'au-dessus des fonctions de TOreille musicale il en est d'autres, relevant non plus du « sens » mais de « Tesprit » ou de « l'intelligence » ; demandons -nous ce que cela prouve à l'égard, non plus de ce que nous sommes, mais de ce que la musique doit être, de ce qui lui est impossible de ne pas être. Les fondions musicales ne sauraient dépendre exclusivement de ce que nous sommes. C'est l'œil, dit-on, qui crée la lumière. D'autres, et peut-être plus avisés, ajoutent que l'œil, en parant le monde de couleui*s et de formes, ne fait que lui rendre ce qu'il en a reçu. Car si les vibrations de la matière, objet immédiat de la vision, n'avaient point agi sur les organismes des hommes et des vivants, l'organe de la vision,
non seulement ne se serait jamais ouvert, mais les éléments anatomiques dont cet organe est fait ne se seraient jamais différenciés. C'est donc la lumière qui nous a rendus voyants. Et de même c'est la musique * qui, par son efficace, lentement mais continuellement agissante, nous a pourvus d*une Oreille et d'une Intelligence musicales. Elle les a faites à son image. Cherchons donc ce qui, hors de nous, permet à notre Intelligence musicale d'être et d'agir.
Nous attribuons à l'oreille tout ce qui est sensation pure. Dans l'état normal, tout le monde perçoit les sons musicaux (hauteur, intensité, timbre). Nous attribuons à Vintelligence tout acte consistant à saisir et percevoir l'unité d'une mélodie.
En effet, autre chose est comprendre une phrase, ce qui est occasionnellement, affaire d'oreille. Autre chose est entendre les sons élémentaires dont cette phrase est faite. La différence est évidente. Chaque fois qu'il nous arrive d'assister à une conversation dans une langue que nous ne parlons point, nous entendons des sons, ce qui est l'affaire de l'ouïe. L'intelligence voudrait intervenir. Mais elle ne peut comprendre.
Cette distinction vaut pour les phrases du discours ordinaire. Si nous avons été lus et compris, on accordera sans difficulté, j'imagine, qu'elle ne peut manquer de valoir pour les phrases chantées ou jouées par un instrument, n'importe lequel, pourvu que ce ne soit ni un tambour ni un tambourin.
— Oui, chacun l'accordera, mais à une condition. C'est qu'il y ait des « phrases » musicales. En est-il? Nous l'affirnjions jadis. Nous l'avons peut-être, insuffisamment établi.
Toutefois, si nous avons, les premiers à notre connaissance, prononcé les mots « d'Intelligence musicale » au sens que nous leur avons attribué, nous n'avons pas inventé la « phrase musicale » . Même le verbe phrase?*, qui ne s'emploie guère au sens de « parler », appartient, au temps où nous sommes,